mardi 31 décembre 2013

La cérémonie de dot, joute verbale entre sages (par Pascal Djimoguinan)


            Dans les débats entre intellectuels africains, la dot semble être sur le point de disparaître. Mais la réalité est tout autre. Les cérémonies de dot n’ont jamais autant prospéré dans les villes et villages africains que de nos jours. On est aussi surpris de voir que ce qui, à l’origine était beaucoup plus symbolique, tend à prendre une ampleur tant sur le plan de l’organisation que sur le montant exigé. Ce qui nous retiendra ici, c’est l’aspect de jeu qui, malgré tout, semble « opposer » deux familles.

            Il nous faut d’abord faire une affirmation qui fera se dresser les cheveux des opposants à cette pratique. Si la dot perdure et semble même s’amplifier, c’est qu’elle remplit une fonction sociale. Si nous prenons comme exemple la ville de N’Djamena au Tchad, nous pouvons constater que pratiquement tous les weekends, il y a des cérémonies de dot qui réunissent des centaines de personnes. Pour les n’djamenois originaire du sud du pays, il ne viendra à l’idée d’aucune personne appartenant à la famille des deux fiancés de refuser de prendre part à cette cérémonie.

            La cérémonie de dot, si souvent on ne voit que cela, n’est que la ligne de crête d’une longue préparation faite de multiples réunions dans les deux familles avec des allées et venues dans les deux sens pour se mettre d’accord sur toute la procédure. Finalement, une date et un lieu sont retenus pour la cérémonie. C’est toujours dans la famille de la fiancée que cette cérémonie doit avoir lieu.

            La famille de la fiancée se prépare donc pour cette cérémonie. Dès la veille, les femmes commencent à mettre au point tout le dispositif pour la nourriture de lendemain. Les hommes s’occupent des sièges, de la boisson et des bâches pour éviter que le lendemain la cérémonie ne se passe sous le soleil (ou sous la pluie).

            Le jour J, toute la famille de la fiancée se réunit sur le lieu retenu (souvent c’est chez le père de la fiancée). Tout le monde doit être là pour attendre la famille du fiancé. Il y a des places préparées pour elle. D’un côté les hommes et de l’autre, les femmes. Pendant ce temps, la fiancée est dans la maison avec quelques-unes de ses amies. Un fait très récent qui se généralise est que la veille, elle a utilisé le henné pour se parer les pieds, les mains et les bras.

            A l’heure dite, la famille du fiancé arrive. D’abord les femmes sous des you-you plus ou moins réussis (l’essentiel est de faire le plus de bruits possible). Elles portent des plateaux avec diverses choses : des étoffes, du sucre, des bonbons, des noix de cola, de la boisson, des chaussures etc. Derrière, marchent les hommes qui essaient de se donner un air digne pour cacher leur appréhension car on ne sait jamais comment va finir la cérémonie ; seront-ils à la hauteur du défi ?

            Une fois que tout ce monde est installé, on sort des tapis ou des nattes qu’on place au milieu de l’assistance. Y prennent place les représentants des deux familles.

            Après des discours de deux côtés, la discussion peut commencer. Le représentant de la famille du fiancé dira par exemple : « Notre fils a trouvé que votre famille est assez exemplaire et voudrait en faire partie. Pour cela il voudrait épouser votre fille. Il nous a informé cela et nous aussi nous venons appuyer sa demande ».

            A ce discours, le représentant de la famille de la fiancée répond en des termes semblables : « Cela nous fait plaisir de vous accueillir chez nous et de recevoir votre requête ; c’est d’un seul cœur que nous vous écoutons ».

            Ensuite suit un conciliabule entre les représentants des deux familles assis au milieu de la foule. Cela sera ensuite résumé par une personne : « Nos beaux-parents sont venus avec 300.000 frs CFA. Vous avez également vu que dans les plateaux qui ont été apportés, il y a 12 étoffes, 12 chaussures etc. »

            Ici, plusieurs possibilités se présentent. Quelquefois, il est demandé à la famille maternelle de venir prendre sa part de l’argent donné, puis les tantes paternelles avant que le père de la fiancée ne prenne sa part en exigeant que la belle famille ne complète l’argent de la dot.

            De nos jours, pour abréger les choses, le représentant de la famille dit quelque chose comme : « Vous avez apporté la somme de 300.000 frs, cela est bien mais vous devez encore ajouter 200.000 frs ». La famille du fiancé dira par exemple : « Nous avons bien entendu votre demande. Comme nous étions pressés de venir vous voir, nous n’avons pas eu le temps de prendre cette somme alors nous vous l’amènerons une autre fois ».

            Le représentant de la famille de la fiancée dira enfin : « Maintenant que nous avons notre avis, c’est à la fiancée de donner son point de vue. Si elle est d’accord, elle demandera à ses amies de venir prendre les colas que vous avez apportés. » Les amies de la fiancée peuvent alors sortir pour manifester l’agrément de la fiancée sous les applaudissements et les youyous. Alors, les noix de cola et des bonbons seront distribués à l’assistance.

            La famille du Fiancé demande alors de se retirer. La nourriture et la boisson sont distribuées. C’est la grande fête qui commence et qui ira jusqu’au soir. La fête continuera plus tard, par petits groupes, dans les débits de boisson.


lundi 30 décembre 2013

Bangui, situation de ni paix ni guerre (par Pascal Djimoguinan)


            La ville de Bangui vit ces jours-ci une situation où tout ne tient qu’à un fil. Il suffit à chaque fois de quelques secondes pour qu’on bascule du calme à des tirs nourris dont personne ne semble vraiment connaître l’origine. Comment prévoir l’avenir immédiat dans une telle confusion ?

            Depuis quelques heures, Bangui connaît un calme que beaucoup d’analystes qualifieraient de relatif.  Il y a des longs moments de calme, interrompus de temps en temps par des moments de tirs ou d’explosions. Personne ne prend vraiment la peine d’informer sur ce qui se passe réellement.

            La population a pris l’habitude de profiter de ces moments de calme pour sortir des quartiers considérés comme chauds, pour chercher refuge dans des endroits « plus sécurisés ». Il semble que rien que dans la ville de Bangui, il y aurait autour de 56 sites où se regroupent les déplacés. Le plus grand de ces sites serait celui de l’aéroport, sécurisé par l’armée française et qui compterait jusqu’à 100.000 personnes.

            Pendant ce temps, il y a quelques expatriés, surtout les citoyens tchadiens (mais aussi des camerounais), qui fuient la Centrafrique pour regagner leurs pays d’origine. Il est bien dommage que des populations qui aient vécu longtemps ensemble en bon commerce soient victimes de calculs politiques à courte vue; il y a trop de haine et de rancœur  en ce moment entre certaines communauté. Il faudra à un moment s’attaquer à ce problème car il sera impossible de faire la vraie paix avec cette décrépitude de la cohésion sociale. Ce qui est dommage, c’est que sans calme, il est impossible que la société civile puisse se faire entendre. Elle doit faire un effort pour monter en puissance et occuper un espace qui reste tristement vide.

            Il est cependant positif de voir qu’au milieu de tout ce chaos, des militaires, tant français qu’africains passent leur temps à patrouiller et à tenter de maintenir une « paix relative ». Les jours qui viennent nous diront si nous sommes entrés dans un cercle vertueux et que la situation va se normaliser.
            Il est en tout cas temps que les différentes milices se rendent compte de la situation de la Centrafrique et qu’elles adoptent des attitudes plus positives.


dimanche 29 décembre 2013

Centrafrique : au fil des jours (par Pascal Djimoguinan)


            Il y a des joies simples que nous avons perdu l’habitude de goûter. Il suffit quelquefois de très peu pour faire la joie d’une personne. En Centrafrique, après avoir vécu des moments d’horreur, on réapprend à redécouvrir des choses simples. La nuit du 28 au 29 décembre a été calme et cela paraît extraordinaire, cela ressemble à un miracle. On ne se souvient plus qu’il n’y a pas longtemps, cela était normal. Cela est possible parce que les forces françaises Sangaris et celle de la Misca passe la nuit à patrouiller. Si cela pouvait faire revenir la confiance. Souvent, nous ignorons que nous possédons ce que nous allons chercher ailleurs, parfois très loin. Je voudrais partager avec vous une chanson de Tracy Chapman : Remember the tinman (rappelle-toi le ferblantier) dans une traduction personnelle. Vers la fin, la chanson dit : « Souviens-toi du ferblantier qui a trouvé qu’il avait ce qui semblait lui manquer » !

Il y a des serrures sur les portes,

Et les chaînes sur toutes les entrées vers l'intérieur

Il y a une porte et une clôture

Et des barres pour protéger de ce que, Dieu seul sait, se cache dehors

Qui a volé ton cœur te laissant avec un espace

Que personne ni rien ne peut remplir

Qui a volé ton cœur, qui l'a retiré

Sachant que sans cela tu ne peux pas vivre

Qui a retiré la partie si essentielle à la totalité

Te laissant avec un corps vide

De peau et d’os

Quel voleur, quel larron a volé ton cœur avec sa clef

Qui a volé ton cœur,

Le sourire de ton visage,

La lumière innocente de tes yeux ?

Qui a volé ton cœur ou l’aurais-tu abandonné ?

Et si tel est le cas, quand et pourquoi ?

Qui a retiré la partie si essentielle à la totalité,

Te laissant avec un corps vide

De peau et d’os ?

Quel voleur, quel larron a volé ton cœur et sa clef ?

Maintenant tout sentiment a disparu,

Tu n'as plus confiance en personne.

Qui a volé ton cœur ?

Le savais-tu mais en ayant oublié la méthode et le moment ?

Etait-ce un illusionniste ayant utilisé un miroir et un trucage ?

Est-ce un élixir ou une potion que tu aurais bu ?

Qui a blessé ton cœur,

Le meurtrissant à un endroit

Que personne ni rien ne peut guérir

Tu es allé voir des sorciers, des princes et des mages,

Tu es allé voir des sorcières, des bonnes, des mauvaises et des indifférentes.

Malgré cela, tout sentiment est parti,

Tu n’as plus confiance en personne.

Si tu peux briser les murs,

Jeter ton armure, enlever tous les barricades et les barrages routiers

Si tu peux oublier qu’il y a des bandits et des dragons à tuer

Et n'oublie pas que tu défends un espace vide.

Et souviens-toi du ferblantier,

Qui a trouvé qu’il avait ce qui semblait lui manquer !

Souviens-toi du ferblantier,

Va trouver ton cœur et reprends le !

Qui a volé ton cœur ?

Personne ne peut peut-être le dire ;

Je prie pour qu’un jour tu puisses le retrouver.


vendredi 27 décembre 2013

Centrafrique, des chiffres qui font froid dans le dos (par Pascal Djimoguinan)


            On parle enfin de ce qui est en train de se passer en Centrafrique. Beaucoup entendent tout simple parler de guerre et des morts. Ce qu’on ignore souvent, c’est que tout conflit entraine une crise humanitaire profonde. Il est impossible de faire voir l’ampleur de la souffrance d’un peuple. L’expérience dépasse toujours tout ce qu’on peut décrire. Cependant, les chiffres peuvent quelquefois faire froid dans le temps ; ils peuvent donner le tournis parce qu’ils font prendre conscience que l’horreur est à son comble.

            La situation sécuritaire en Centrafrique reste une préoccupation majeure, plus particulièrement pendant ce mois de décembre où la crise semble connaitre un pic. Il faudrait que dans les jours qui arrivent, on arrive à assurer la sécurité de la population civile pour éviter de sombrer dans le chaos sécuritaire généralisé.

            Dans toute la Centrafrique, les humanitaires affirment qu’il y a maintenant 639.000 personnes déplacées. Si l’on se rend compte que la population de la RCA est de 4,7 millions d’habitants, on ne peut que rester songeur.

            Dans la ville-même de Bangui, il y a 214.000 personnes déplacées alors que dans toute la ville, il y a 600.000 habitants. C’est près de la population totale de Bangui qui est déplacée ; elle vit soit près de l’aéroport, soit dans les paroisses, soit dans au monastère ou autres maisons religieuses.

            Avec toutes ces personnes déplacées, toutes les activités sont arrêtées. La plupart des gens vivent au jour le jour. Il suffit d’un arrêt de quelques jours pour que toutes les activités régénératrices de revenu périclitent. Ce n’est donc pas étonnant que 2 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire ; cela fait plus de 43% de la population.

            Ces chiffres font voir toute la misère qui se cache derrière les conflits armés qu’on voit à la télévision.


jeudi 26 décembre 2013

Centrafrique, La rumeur au creux du conflit (par Pascal Djimoguinan)


            La ville de Bangui vient de vivre un tridium tout-à-fait particulier. Les 24, 25 et 26 décembre ont connu un pic de violence qu’on avait plus connu depuis le 5 décembre, date des derniers combats à Bangui. Que réserve demain ?

            Comme dans toutes les situations de tension, c’est la rumeur qui mène la vie à Bangui. Celle-ci naît on ne sait jamais comment, mais grandit avec les tirs d’armes automatiques. Elle fait grandir la peur qui à son tour nourrit la rumeur. Ainsi, la boucle est bouclée sans aucune issue de sortie.

            Le chaos qui s’installe dans le pays ne permet ni d’avoir une information viable, ni une protection suffisante. Ainsi, après chaque montée de tension, on voit des foules se déplacer avec des baluchons sur l’épaule, à la recherche d’un quartier où il pourrait y avoir un peu de sécurité.

            Il y a plusieurs problèmes à résoudre pour que la population puisse connaître la paix. Le premier et de loin le plus urgent est le désarmement de toutes les milices. Il faut qu’on puisse dépasser les soupçons de parti-pris des forces de maintien de la paix. Cela signifie qu’il faudrait qu’il y a une plus grande coordination de ces forces avec une concertation régulière entre leurs chefs. Cela ne sert à rien que chacun chasse de son côté, mais que chacun sache exactement ce qui est demandé à l’autre.

            Il faut se demander pourquoi les forces de maintien de la paix n’ont pas de radio. Cela apaiserait la population d’être informée  par le biais d’une radio dont les sources soient sûres. Ce qui sème la psychose dans Bangui, c’est que parfois, il peut y avoir des tirs nourris pendant deux ou trois heures sans qu’on ne sache ce qui se passe. Il faut attendre les médias étrangers pour s’informer mais comme ils sont souvent en retard sur l’actualité, la panique a le temps de s’installer. Si les forces de maintien de la paix en Centrafrique veulent gagner leur pari, ils doivent d’abord gagner le combat de l’information. Il faut se demander si les différentes milices ne distillent pas des demi-vérités dans le but d’entretenir la rumeur. Cela pourrait leur permettre de manipuler la population civile. Il faut leur enlever cette arme. Le désarmement pourrait commencer là !

mercredi 25 décembre 2013

Aujourd’hui c’est Noël (par Pascal Djimoguinan)


            Aujourd’hui c’est Noël ! Comment vivre cette fête en Centrafrique quand des centaines de milliers de personnes vivent dans la brousse pour certains, dans les églises pour d’autres. Cette foule désemparée, découragée, ce sont aussi les enfants du bon Dieu. Comme faire comme si tout était normal ? Toute la nuit du 24 décembre et dans la journée du 25, il y a eu des tirs d’armes automatiques et lourdes. Difficile de dire quelque chose ! Pour les Centrafricains et avec eux, je veux tout simplement reprendre ce chant de Vercruysse qui a bercé mon enfance :

- 1 -
C'est Noël chaque fois qu'on essuie une larme
Dans les yeux d'un enfant
C'est Noël chaque fois qu'on dépose les armes
Chaque fois qu'on s'entend
C'est Noël chaque fois qu'on arrête une guerre
Et qu'on ouvre les mains
C'est Noël chaque fois qu'on force la misère
À reculer plus loin.

Refrain
C'est Noël sur la terre chaque jour
Car Noël, ô mon frère, c'est l'Amour.

- 2 -
C'est Noël quand nos cœurs oubliant les offenses
Sont vraiment fraternels
C'est Noël quand enfin se lève l'espérance
D'un amour plus réel
C'est Noël quand soudain se taisent les mensonges
Faisant place au bonheur
Et qu'au fond de nos vies la souffrance qui ronge
Trouve un peu de douceur.

- 3 -
C'est Noël dans les yeux du pauvre qu'on visite
Sur son lit d'hôpital
C'est Noël dans le cœur de tous ceux qu'on invite
Pour un bonheur normal
C'est Noël dans les mains de celui qui partage
Aujourd'hui notre pain
C'est Noël quand le gueux oublie tous les outrages
Et ne sent plus sa faim.

Pour finir:
C'est Noël sur la terre chaque jour
Car Noël, ô mon frère, c'est l'Amour.

C'est Noël sur la terre chaque jour
Car Noël, car Noël c'est l'Amour.

mardi 24 décembre 2013

Les anti-balaka, l'inconnue dans l'équation centrafricaine (par Pascal Djimoguinan)


            Lorsque la France, forte du vote des Nations-Unies, a déclenché en Centrafrique l’opération Sangaris pour soutenir les forces africaines dans le but de restaurer la paix et assurer la sécurité des civils, les choses semblaient claires. Il suffirait de désarmer les ex Séléka pour que toute rentre dans l’ordre. Dans cette logique binaire, on n’avait peu ou prou pris en compte l’inconnue anti-balaka. Maintenant, force est de constater qu’il faut s’atteler à la résolution de l’équation centrafricaine en déterminant la valeur de l’inconnue.

            Véritable nébuleuse, les anti-balaka se présente officiellement comme une milice d’auto-défense d’obédience chrétienne qui s’est soulevée contre les exactions des ex Séléka. On les présente souvent comme une bande hétéroclite de jeunes et de moins jeunes, dépareillés, armés de machettes, de couteaux et de vieilles armes de chasse.

            Une fois que la poésie est dépassée, il convient de se demander qui sont réellement les anti-balaka. La réponse à cette question est difficile à trouver et certainement les services de renseignement militaires tant français et des forces africaines sont en train de se casser la tête pour la trouver.

            Une des grandes difficultés vient du fait qu’aucun nom ne surgit vraiment pour représenter les anti-balaka. Les autorités politiques l’accusent d’être sinon créée, du moins manipulée par l’ancien président Bozizé. Si elles ont annoncé avoir pris langue avec les anti-balaka, les autorités n’ont pas donné de noms des délégués avec qui elles sont en contact. Plusieurs fois, une voix intervient, se réclamant des anti-balaka pour infirmer, dénoncer et quelquefois accuser. Il s’agit du lieutenant Konaté, responsable des Combattants de libération du peuple centrafricain (CPLC),  un mouvement anti-balaka. Il se confirme qu’on retrouve parmi les anti-balaka les faca et les anciens de la garde présidentielle de Bozizé.

            Les revendications officielles des anti-balaka sont : départ de Djotodia, désarmement des ex Séléka, départ du contingent tchadien de la Misca et depuis peu, départ du contingent congolais de la Misca…

            Un fait troublant cependant est dans le fait que ces revendications vont de pair avec des manifestations « spontanées » de la population. Parmi ces manifestants, il y en a qui portent des machettes. On ne peut pas encore affirmer de manière sûre qu’il y en a qui portent des armes à feu.

            Ce qui est certain, c’est que les anti-balaka ont une grande proportion à se fondre dans la population civile, ce qui rendra leur désarmement compliqué. Ils utilisent sans doute la méthode de guérilla des communistes vietnamiens pendant la guerre de libération.

            Ce qui semble bizarre en ce moment est que les anti-balaka semblent « diriger » les forces du maintien de la paix. Ils exigent et semblent imposer leurs points de vue. Il faudrait que les forces françaises et africaines reprennent la main. Ce sont elles qui sont les maîtres grâce au vote du Conseil de sécurité. Elles doivent imposer la paix. Cela fait déjà trois semaines que la grande partie de la population de Bangui vit dans les églises et près de l’aéroport. Pourquoi malgré les nombreuses patrouilles et le nombre important des forces internationales, toutes ces personnes ne se sentent pas en sécurité chez elles ?

lundi 23 décembre 2013

Centrafrique, le bourbier (par Pascal Djimoguinan)


            La crainte est en train de devenir une réalité. La situation des forces de maintien de la paix en Centrafrique est en train de devenir un vrai bourbier. L’opération Sangaris qui était censée restaurer la paix et la sécurité à Bangui puis dans toute la Centrafrique en 6 mois connaît ses premiers ratés. Tout montre que la situation va aller en se compliquant chaque jour. Il faudrait que très vite une solution soit trouvée.


            Dans la journée du dimanche 23 décembre, des incidents ont éclaté dans un quartier de Bangui proche de l’aéroport, le quartier Yangoto, alors qu’une opération de désarmement était en cours. Un accrochage aurait opposé les soldats français à quelques éléments de l’ex séléka dont trois seraient tués. Des manifestants civils pro-séléka ont barricadé les rues avec des pierres et brûlé des pneus pour protester contre la présence des français. Leur grief est que le désarmement laisserait les musulmans à la merci de la population et de la milice « antibalaka ». Dans l’après-midi, des musulmans ont marché pacifiquement en criant contre la France. Manifestement, les forces françaises ont perdu leur crédibilité aux yeux des musulmans. Pour ces derniers, la France serait là pour soutenir les chrétiens contre les musulmans. En tout cas, le péché originel de la force Sangaris aura été, dans les premiers jours de l’opération, d’avoir désarmé des éléments de l’ex séléka et de les avoir laissés sans défense et n’avoir rien fait pour les arracher des mains de la foule qui les lynchait à mort. La France aura du mal à s’en racheter. Il lui faudra faire amende honorable !


            Parmi les forces de maintien de la paix, il y a également le contingent tchadien qui n’a pas la confiance de l’autre partie de la population qui l’accuse de prendre parti pour les ex séléka et la population musulmane. Les revendications s’élèvent pour que le Tchad retire ses militaires de la Centrafrique. La situation est telle que le Tchad a décidé d’évacuer ses ressortissants de la Centrafrique.

            L’équation centrafricaine s’est encore plus compliquée car le mot sécession a été prononcé. Un chargé de mission à la présidence, Abakar Sabone, en accusant la France d’être partisane a déclaré : « Dans un délai d’une semaine, nous allons prendre la décision que tous les Nordistes, musulmans, rentrent dans le Nord et demander la scission de la République en deux : Nord et Sud ». Même si par la suite, le porte-parole de la présidence, Guy Simplice Kodégué, a affirmé que déclaration n’engage pas le chef de l’Etat, il faut dire que cela vient rendre les choses encore plus complexes.

            Jusque-là, il n’y a pas encore eu un grand désarmement des antibalaka mais il faut prévoir que lorsque cela se fera à grande échelle, ce sera l’autre partie de la population qui commencera à manifester contre les forces de maintien de paix.

            En tout cas, on est pas sorti de l’auberge et il faut s’attendre à ce que les jours à venir voient la tension monter encore d’un cran. Bien malin celui qui sera capable de dire comment tout cela va finir !

dimanche 22 décembre 2013

Qui pourra m'expliquer l'Europe ? (par Pascal Djimoguinan)


            Je voudrais faire part de mon inculture en matière d’Europe et chercher une personne qui puisse m’expliquer certaines choses. J’ai dû, n’étant pas encore entré dans l’histoire, rater quelque chose. Peut-être qu’enfoncé dans les préoccupations de la vie quotidienne, je n’ai pas pu me rendre compte que les contradictions de la pensée doivent être surmontées par le biais de la sursomption. Je n’ai donc peut-être pas pu comprendre qu’être et pensée sont identiques. Alors qu’un esprit plus perspicace m’explique les choses dans une sorte de livret comme « L’Europe expliquée aux nuls ».

            J’ai vu la fameuse vidéo de la honte montrant des migrants à leur arrivée à Lampedusa ; J’ai vu comment ils devaient se déshabiller en plein air pour être soumis devant les autres à des jets d’un traitement contre la gale. Un instant, je me suis demandé s’il ne s’agissait pas en réalité d’un film historique sur les camps de concentration. Pleins de questions se sont bousculées dans ma tête. Est-ce la quête d’un espace vital ? Est-ce le prix à payer pour entrer dans l’histoire ?

            Heureusement, cela a soulevé en Europe. Trois mois à peine après des naufrages qui ont laissé sur le carreau des centaines de migrants, cette image est de trop. Il est étonnant que la seule réponse jusque-là à ce phénomène de migrants qui grandit ne soit que de l’ordre de la répression. On met toute la rationalité au service des opérations dignes de refréner ces hordes qui envahissent l’Europe sans tenir compte de leur humanité. J’ai pensé que un de leurs plus grands penseurs avait dit : « Ce qui est rationnel est réel ; tout ce qui est réel est rationnel ». Je me suis tout simplement demandé si cela était raisonnable. Mais ma question n’est pas importante puisque je ne comprends rien à l’Europe. D’ailleurs je n’avais déjà rien compris au problème des roms.

            J’ai vu que les bananes peuvent être assimilées à des humains pour peu qu’ils aient la couleur de la peau un peu foncée. Cela est souvent accompagné de cris de singes. Je ne vois pas tout de suite le rapport mais je vous avais dit que je ne comprenais pas grand-chose à l’Europe. Je ne sais pas si tous ceux qui mangent des bananes sont des singes. Je n’ai jamais pris le temps de regarder dans les supermarchés qui achète les bananes…

            Et pourtant, je sais que l’Europe a un rapport presque viscéral avec les droits de l’homme, avec le respect de toute loi. C’est vrai qu’un de leurs plus grands auteurs a écrit un ouvrage remarquable, De l’esprit des lois. Il est bien dommage que beaucoup n’en ont lus que les livres XIV à XVIII sur la théorie des climats. Très peu en ont lu le chapitre V du livre XV.

            Si je ne comprends pas encore l’Europe, ce qui me reste le plus à travers la gorge, c’est le manque de réaction de l’Union Africaine devant tout ce qui se passe. Ce n’est pas important pour nos dirigeants puisque leur pouvoir n’est pas menacé. Que vaut pour eux la vie de leurs compatriotes ? Peut-être une simple banane.

            Euh, pour Noël, voulez-vous une banane ?


samedi 21 décembre 2013

Désarmement, le casse-tête centrafricain (par Pascal Djimoguinan)


            La Centrafrique, plus particulièrement le ville de Bangui, connaît un regain de violence depuis quelques jours alors que les forces de maintien de paix (tant françaises qu’africaine) essaie de multiplier les patrouilles et de procéder au désarmement des milices. Les faits sont en train de démontrer que les choses ne seront pas aussi simples qu’on l’imaginait.

            Le conflit qui a recommencé depuis quelques jours oppose, semble-t-il, les ex Seleka aux antibalaka.


            Une question vient à brûle-pourpoint. Les séléka ont été cantonné dès les premiers jours de l’arrivée des forces de l’opération Sangaris. Comment alors les séléka peuvent-ils ainsi sortir armés à leur guise pour affronter les antibalaka ? Il faudrait peut-être alors revoir les conditions du cantonnement si cela ne crée qu’une passoire inutile qui n’arrête pas la capacité de nuisance des seleka. Cependant, si l’on pense que le cantonnement est bien fait, alors qu’on nous dise qui sont réellement les protagonistes.
           Une deuxième question est de se demander d’où sortent les antibalaka. Les faits montrent qu’ils ont une grande capacité de se fondre dans la population civile. Cela complique les choses car il ne sera pas aisé de les désarmer. En plus, la population civile pourrait facilement leur servir de boucliers humains en cas de pépin. Il faudra peut-être commencer à clarifier les choses. Toute personne qui s’oppose à la résolution des Nations-Unies demandant le désarmement des milices se met hors la loi. Il n’est plus temps qu’une milice, de quelque bord qu’elle soit, impose encore ses conditions. Il faut que tout le monde soit désarmé et que la sécurité de la population civile soit assurée. Ce n’est pas normal que chaque jour, cette population soit aux aguets et qu’elle passe son temps à courir et à se réfugier dans les édifices religieux et dans la brousse.

            Le plus grand danger vient du fait que plus la situation perdure, plus des politiciens donnent une coloration religieuse à un conflit politique. Il faudrait que les leaders religieux, la société civile et les hommes de bonne volonté s’engagent à désamorcer cette situation. Les rumeurs sont mortifères ; il faut que les medias informes davantage la population. Tout doit être mis en œuvre pour éviter la catastrophe.

vendredi 20 décembre 2013

Centrafrique, et si le Tchad se retirait de la Misca (par Pascal Djimoguinan)


            Encore une fois, malgré la présence des forces françaises de l’opération Sangaris et celles de la Misca, des incidents ont eu lieu oppsant les éléments de l’ex Seleka et ceux de la milice antibalaka au quartier Gobongo à Bangui. Par ailleurs, près de l’aéroport, un véhicule de la Misca transportant des soldats tchadiens a essuyé des tirs d’origine inconnue, faisant 6 blessés dont 2 dans un état grave. Le point commun dans ces deux événements est que des soldats tchadiens de la Misca y sont plus ou moins impliqués. Cela n’appelle-t-il pas à tirer certaines conclusions ?

            Une chose est sûre ; auprès de la population de Bangui, les soldats tchadiens de la Misca ont perdu toute crédibilité. Il n’est plus temps de se demander si cela est dû à l’info ou à l’intox. Cela a déjà trop duré pour qu’un simple discours puisse arranger les choses.

            Beaucoup de centrafricains, à tort ou à raison, accusent le président tchadien d’être de mèche avec la Seleka. Ce qui est sûr, c’est qu’il était vraiment difficile à certains moments de faire la différence entre les soldats tchadiens de la fomac des Seleka. Ils portaient tous la chèche et parlaient souvent arabe (pour les centrafricains, il est impossible de faire la différence entre l’arabe tchadien et l’arabe soudanais et encore pire de savoir si quelqu’un fait semblant de parler arabe en utilisant quelques mots arabes dans une phrase sans sens ; nous en avons déjà été témoin plusieurs fois dans Bangui).

            Avec la suspicion qui ne cesse de grandir à propos des soldats tchadiens, il faudrait avoir le courage de se poser la question de savoir si on veut vouloir le bien de quelqu’un contre sa volonté. Les opérations de maintien de paix sont celles où la confiance joue un très grand rôle. Si les soldats tchadiens n’ont plus la confiance des centrafricains, leur présence ne porte-t-elle pas préjudice aux forces étrangères présents en Centrafrique ?

            La solution à ce problème serait assez simple. Le Tchad pourrait se retirer de la Misca et être remplacé par un autre pays. Cela aurait l’avantage de clarifier les choses. Pour que les opérations de désarmement puissent avoir un succès, il faudrait que la neutralité des forces étrangères en Centrafrique ne souffre d’aucun soupçon.

            Il faudra donc que le président Idriss Deby du Tchad, en entente avec ses pairs, prenne la décision courageuse de retirer les militaires tchadiens de la Misca. Le Tchad serait ainsi en réserve pour aider autrement si le besoin se fait sentir. Cela ne serait pas un acte de lâcheté. S'il a fallu à un moment, compter sur les soldats français parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'autres pays prêts à s'engager en RCA, cela n'est plus le cas maintenant. La présence des soldats tchadiens est par ailleurs très appréciée au Mali. Il faudrait donc s’en tenir à cette intervention.

jeudi 19 décembre 2013

Centrafrique, un sourire malgré les épreuves (par Pascal Djimoguinan)


            Alors que la situation humanitaire et sécuritaire n’est pas encore au beau fixe et qu’on annonce un millier de morts à la suite des derniers combats qui ont eu lieu à Bangui, il est des choses qui peuvent prêter à sourire. Il y a des signes que la Centrafrique est vivante et qu’elle se relèvera !

            Une crise politique se profilait après que le président de la transition, sans avoir consulté son Premier ministre comme l’exigeaient pourtant les textes, a limogé trois de ses ministres et le directeur du Trésor. Une réunion de conciliation a eu lieu le mercredi 18 décembre sous l’égide de partenaires internationaux (des représentants du comité de suivi et de l’Union africaine) et il a été décidé que d’ici la fin du mois de décembre, un réaménagement du gouvernement aura lieu en tenant compte des sensibilités politiques. La crise a été sinon évitée, du moins ajournée.

            La journée du 18 décembre est celle où la Fomac (Force mutinationale des Etats de l’Afrique centrale) passera la main à la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique). Cette force passera désormais sous le commandement de l’Union africaine et passera de 3.000 à 6.000 personnes. Cela signifie qu’elles auront plus de moyens, seront mieux équipées donc plus efficaces. Avec les français de l’opération Sangaris, la Misca va mieux sécuriser les pays, en attendant un possible passage sous l’autorité directe des Nations Unies. On peut voir ici une bonne évolution des choses et on espère des lendemains plus radieux pour la Centrafrique.
            Au Gabon, l’équipe nationale de football de la Centrafrique (les basu ougangui, communément appelée les fauves) s’est qualifiée pour la finale de la coupe du CEMAC après avoir éliminé les Saos du Tchad et les Lions indomptables du Cameroun. Lorsqu’on connait l’épreuve que vit la Centrafrique en ce moment et dans quelles conditions l’équipe centrafricaine s’est entraînée puis s’est rendue au Gabon, on ne peut s’incliner devant elle. C’est avec cette hargne et ce désir de vivre que la Centrafrique s’en sortira. Tout n’est pas perdu pour ce pays. Maintenant, il faut que la communauté internationale ne rechigne pas à lui donner un coup de main.



mercredi 18 décembre 2013

Kwame Nkrumah, le panafricanisme (par Pascal Djimoguinan)


            L’avenir de l’Afrique se trouve dans le bon usage que nous pourrons faire de notre passé. Ce passé a été fait par des hommes et des femmes que nous devons prendre le temps de redécouvrir pour nous laisser interroger par leur pensée.

            Parmi ces hommes, il en est un dont je voudrais parcourir rapidement la vie et la pensée. Il s’agit de Kwame Nkrumah.

            Kwame Nkrumah est né le 21 septembre 1909 à Nkroful dans l’actuel Ghana et est mort le 27 avril 1972 à Bucarest en Roumanie. Le parcours académique de cet homme fera de lui un érudit et un homme de culture (diplômé de l’école Achimota à Accra, passé par le grand séminaire catholique, bachelier en théologie, master en philosophie et études de sciences politique à l’Université Lincoln aux Etats-Unis).

            Très tôt Kwame Nkrumah s’est engagé très tôt dans les activités politiques. Il arrive aux Etats-Unis en 1935 pour les études ; là, il a été le président de l’Organisation des étudiants africains des Etats Unis et du Canada. En 1945, il quittera pour Londres où il participera au 5ème congrès panafricain de Manchester. Il fondera par la suite le Secrétariat national de l’Afrique de l’Ouest qui va s’adonner à la décolonisation de l’Afrique. En même temps, il sera le vice-président de l’Union des africains de l’Ouest, WASU (West African Student’s Union).

            Il regagnera son pays en décembre 1947, après avoir été invité à servir comme secrétaire général du parti indépendantiste l’UGCC (United Gold Coast Convention).

            Les événements vont alors s’accélérer. Le 28 février 1948, la police tire sur des africains qui protestent contre l’augmentation des prix et fait 68 tués. Cela va donner lieu à des émeutes à Accra, à Koumassi et ailleurs. Le gouvernement suspectera l’UGCC d’être la main invisible derrière toutes ces manifestations. Kwame Nkrumah sera arrêté le 12 mars 1948 en compagnie d’autres leaders. Ils seront relâchés un mois plus tard, le 12 avril parce que les britanniques se rendront compte de leur erreur, mais cela donne lieu à l’émergence d’un leader du mouvement en sa personne. Il commencera à arpenter le pays et à revendiquer un gouvernement autonome pour le Gold Coast. Il réussira alors à fédérer autour de lui les planteurs de cacao, les femmes et les syndicats. Il fini

ra par transformer ces divers mouvements en un nouveau parti en 1949 qui prendra le nom de Convention Poeple’s party (CPP). Il va évoluer vers le désir de l’indépendance et appellera au boycott et à la désobéissance civile. Cela l’amènera en prison où il restera jusqu’à 1951. Les britanniques, ayant organisé des élections législatives, seront obligés de libérer Nkrumah et de le nommer Premier ministre car la CPP sortira vainqueur.

            Nkrumah se basera sur la politique « d’africanisation de l’administration, de panafricanisme et d’anticommunisme » et décidera de développer les infrastructures de son pays grâce aux excédents de l’Office commercialisation du cacao. L’éducation et la santé connaîtront un grand progrès.

            Aux élections législatives de 1956, la CPP remportera les trois quart des sièges ; Nkrumah obtiendra ainsi l’indépendance de Gold Coast le 6 mars 1957 ; c’est la première colonie à obtenir son indépendance après le Soudan (1966). Le jour de l’indépendance, Krumah adoptera pour son pays le nom de Ghana à la place du nom colonial qu’il portait jusque-là. Le Ghana deviendra une république le 1er juillet 1960 tout en restant membre du Commonwealth.

            Le régime de Nkrumah ne va pas échapper aux avatars de l’époque ; il commencera à se durcir et à faire des prisonniers politiques ; il finira par arrêter tous les parlementaires de l’opposition et censurera la presse.

            Ayant échappé et deux tentatives d’assassinat (août 1962 et janvier 1964), Nkrumah deviendra de plus en plus méfiants à l’égard de son entourage et développera en même temps le culte de la personnalité. Il instituera le monopartisme à partir de 1963 et se proclamera président à vie. On l'appelle désormais "Osagyefo" c'est-à-dire le rédempteur! Ayant adopté le socialisme, il se mettra à dos l’Occident.

            Le 24 février 1966, il est renversé par un coup d’Etat militaire pendant qu’il effectue un voyage en Chine. Sékou Touré l’accueillera en Guinée en lui proposant la coprésidence du pays.

            C’est en exil en Guinée qu’il fonde une maison d’édition. Cela lui permet de publier ses théories révolutionnaires ainsi que ses livres sur l’unité africaine. Il meurt le 27 avril 1972 à Bucarest, de suite d’un cancer d’estomac.

            Il suffit jeter un regard sur les titres de ses livres pour savoir ce qui l’animait de l’intérieur (Le consciencisme ; Ghana ; L’Afrique doit s’unir ; Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme ; Le panafricanisme).

            De tous ses écrits, le plus connu est le consciencisme. S’il faut dire deux mots de cet ouvrage, on dira que le Consciencisme est une philosophie de la décolonisation. Le livre commence par un appel aux africains ; les africains doivent se réapproprier leur culture et leur histoire. C’est l’histoire qui oriente l’avenir. L’Afrique n’aura pas d’avenir propre tant que son histoire restera interprétée, écrite et transmise même aux africains par les blancs colonisateurs.

            Nous pouvons tout simplement finir par la définition que Nkrumah donne du consciencisme : « Le consciencisme est l’ensemble, en termes intellectuels, de l’organisation des forces qui permettront à la société africaine d’assimiler les éléments occidentaux, musulmans et euro-chrétiens présents en Afrique et de les transformer de façon qu’ils s’insèrent dans la personnalité africaine ».

mardi 17 décembre 2013

Pauvre Afrique, Afrique des conflits (par Pascal Djimoguinan)


            Ne faut-il pas quelquefois parler comme un poète ? Si cela m’était permis, je dirais tout simplement que j’ai mal à mon Afrique. J’ai mal à mon Afrique comme quelqu’un dirait « J’ai mal à la tête… J’ai mal au ventre… J’ai mal au dos ». J’ai mal à mon Afrique quand je laisse mon regard errer.

            Il y a encore deux jours, on croyait déceler des signes d’espoir. En RD Congo, le M23 avait déposé les armes et il y avait l’espoir que la paix revienne enfin à l’Est du Congo. Ce peuple martyr allait enfin connaître une situation de vie normale. Même s’il y a encore quelques groupes armés, leur éradication n’était plus qu’une histoire de temps…

            En Centrafrique, bien que la situation sécuritaire soit encore précaire, l’intervention des forces françaises et africaines a fait voir que tout était encore possible. Dans Bangui, la paix revient petit à petit et les organismes humanitaires ont commencé à s’occuper de la  frange de la population la plus vulnérable. A partir de Bangui, on s’attend à ce que la sécurisation s’élargisse à tout le pays.

            Je pensais que l’Afrique allait connaître un temps d’accalmie puisque la fièvre baissait un peu partout (Mali, Nigéria, RD Congo, Centrafrique…) C’était prendre mes désirs pour la réalité, pauvre de moi…

            En me réveillant le lundi 16 décembre, j’ai reçu les nouvelles de l’Afrique comme un boxeur qui reçoit en pleine figure un uppercut. Je suis resté groggy. Des tirs nourris à Djuba au Soudan du Sud. Il y a une explication entre les militaires fidèles au président Salva kiir et ceux de l’ancien vice-président limogé en juillet Riek Machar. Il y a des morts civils ; on n’a pas encore le bilan complet de la situation. Plusieurs civils ont cherché refuge dans les églises.

            Il y a des tirs nourris à Brazzaville autour du domicile du colonel Marcel Ntsourou, ancien secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité congolais. A la mi-journée, on a même eu droit à un direct lorsque sous les tirs, le colonel a été joint au téléphone par RFI (radio France internationale). On parle de 22 morts dans les affrontements.

            L’Afrique connaitra-t-elle un jour la paix ? J’ai mal à mon Afrique dont les fils et les filles passent leur temps à s’expliquer à la kalachnikov. Je ne sais même pas si nous fabriquons les armes en Afrique mais je sais que nous faisons partie des plus grands utilisateurs dans le monde.

            J’ai mal à mon Afrique parce que peut-être qu’en me réveillant demain, j’apprendrai qu’il y a des tirs nourris dans une autre ville, dans un autre pays. Tuer est devenu banal sous nos cieux. Cela n’émeut plus personne et cela est très grave. Quand redécouvrirons-nous le prix de la vie humaine ? J’ai mal à mon Afrique !