jeudi 31 octobre 2013

Libye, véritable western (par Pascal Djimoguinan)


            La Libye d’après Kadhafi n’arrêtera pas d’étonner. Si depuis ce qu’on a pris l’habitude d’appeler « révolution », on a l’impression de vivre un film western, les derniers événements pourraient nous aider à lui donner un titre : « Pour une poignée de dinars libyens ».

            On a appris ce lundi que 54 millions de dollars auraient été volés dans un fourgon de fonds à Syrte. Un groupe d’hommes armés non-identifiés auraient attaqué un fourgon de transport de fonds d’une branche de la banque centrale. Ces hommes, une dizaine, arrivés à bord de deux voitures, étaient lourdement armés et auraient dérobé l’équivalent 54 dollars répartis comme suit : 42 millions de dollars et l’équivalent de plus de 12 millions de dollars en monnaie américaine et en euros.

            Ces fonds avaient été transférés de Tripoli vers Syrte par avion avant d’être chargés dans un container spécial du fourgon.

            On est amené à se demander s’il existe encore un Etat en Libye. Après avoir appris comment les milices font la loi, nous voyons maintenant avec quelle facilité l’argent des banques peut être emporté par un groupe d’hommes sans foi ni loi. Cela montre l’état de délabrement dans lequel se trouve la Libye post-kadhafienne.

            Ce pays lutte pour affirmer sa souveraineté face à l’extérieur alors qu’à l’intérieur, il a bien du mal à se maintenir. La force d’inertie n’arrive plus à maintenir l’équilibre. L’apport extérieur a complètement désintégré le semblant équilibre intérieur. Personne ne peut prévoir l’avenir immédiat de la Libye. Comment aider ce pays ?

            Que ceux qui s’ingèrent de l’extérieur dans les efforts des Etats, brisant ainsi l’équilibre entre les forces intérieures réfléchissent désormais par deux fois avant de s’engager dans leurs actions déstabilisatrices.

mercredi 30 octobre 2013

La RDC : Est-ce le début de la paix ? (par Pascal Djimoguinan)


            Les choses se sont accélérées ces derniers jours en République Démocratique du Congé. Kilumba, Kiwanja et Rutshuru sont tombés les unes après les autres comme des fruits mûrs sous l’action conjuguée de l’armée régulière, les FARDC et la force de l’ONU. La situation est telle que le chef de la Monusco, Martin Kobler a déclaré que la rébellion du M23 est « quasiment finie en tant que force militaire ».

            On peut dire qu’il y a aujourd’hui plus de chance que la paix revienne à l’Est de la RDC. Le M23 défait, on pourra facilement arriver à trouver dans les jours qui suivent une solution diplomatique au problème des bandes armées qui a si longtemps empoisonné la vie en RDC. Un tournant a certainement eu lieu dans le Kivu.

            Une première constatation se fait. Les pourparlers de kampala ont trainé en longueur sans qu’une solution n’ait vraiment été trouvée. On a assisté à une valse de retrait-retour tout le temps qu’ont duré ces négociations. En début de la semaine dernière, le lundi 21 octobre, les deux parties en négociation, le gouvernement de la République démocratique du Congo et les rebelles du M23 avaient déclaré les négociations étaient suspendues. Les rebelles avaient même parlé de blocage même s’ils se disaient prêts à reprendre le dialogue.

            Il semble que des efforts diplomatiques à eux-seuls ne font pas beaucoup avancer les choses. On a vu les tergiversations et les atermoiements qui ont accompagné les négociations. Maintenant qu’une victoire militaire s’annonce, il est sûr que les choses deviendront plus claires.

            Faudrait-il que la situation Congolaise serve de modèle à toutes les négociations qui trainent en Afrique sans jamais ramener la Paix ? Il faut sans doute être capable de manier le bâton et la carotte. Un gouvernement en position de faiblesse n’est peut-être pas capable de négocier avec des groupes rebelles !


mardi 29 octobre 2013

L'excision, quelle alternative ? (par Pascal Djimoguinan)


            Il y a un débat qui ne cesse de nos jours de prendre de l’ampleur. Il s’agit de celui de l’excision. Malheureusement comme dans tous les grands débats, se trouvent engagés ici deux groupes qui s’engagent dans un dialogue de sourds, sans chercher à trouver un terrain d’entente, les adeptes de la cause et ses opposants. Est-il possible d’aborder le problème de l’excision sans tomber dans une sorte d’extrémisme qui ne dit pas son nom pour arriver à une alternative, qui ne jetterait pas dans un même élan, le bébé et l’eau du bain ?

            Les opposants avancent et cela avec raison, les arguments suivants : l’excision est une mutilation génitale, elle met en danger la vie (pendant l’opération-même et plus tard au moment des accouchements).

            Ceux qui sont pour l’excision avancent que  l’amputation de l’organe en question rend à la personne toute sa féminité, que cela correspond à une tradition qui doit être maintenue etc.

            Nous avons exprès choisi ici de caricaturer les arguments des deux camps, mais en vue de montrer que, tel que le débat est engagé, il est impossible d’arriver à une conciliation. Nous n’allons pas non plus entrer dans l’énumération des différentes sortes d’excisions qui feraient que si on voulait établir la répartition sur la carte (particulièrement de l’Afrique), on aurait tout une palette qui irait de la corne de l’Afrique vers l’Afrique de l’Ouest avec une excroissance vers le Proche-Orient.

            Et si l’on essayait d’aborder le problème de l’excision plutôt sous son aspect de phénomène social, avec toute la fonction d'intégration qu’elle joue ? Peut-être pourrait-on ainsi arriver à une solution qui réconcilierait tout le monde.

            Prenons l’exemple du groupe Sara du Sud du Tchad. En parlant d’excision, on croirait à tort qu’elle ne se réduit qu’à l’opération d’amputation. En réalité, elle comporte plus que cela.

            L’excision consiste en toute une initiation qui marque un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte, de l’anonymat culturel au stade de femme dans la société. C’est la période où les néophytes apprennent leurs droits et leurs devoirs de femmes dans la société avec un temps de réclusion.

            Ce passage est marqué officiellement par les danses dans des tenues où la coquerie n’est pas laissée à côté du sérieux de l’événement.

            La difficulté de ceux qui sont contre  l’excision est venue du fait qu’ils n’ont pas pris en compte cet aspect. Ils ont cherché à supprimer l’excision dans sa totalité, sans donner la possibilité de marquer le passage par un rite.

            Il est possible de supprimer l’excision comme opération mais en gardant l’aspect de rite de passage. Cela est possible parce qu’un exemple existe déjà, chez les mouroums qui vivent dans la région de Laï, au Sud du Tchad.

            Les jeunes filles mouroums, sans connaître l’excision comme telle, ont une période d’initiation traditionnelle qui marque le passage de l’enfance à l’âge adulte. C’est la période où elles sont initiées à leurs rôle de futures mères, épouses, de femmes

            Il est donc possible de voir comment, partout où l’excision se pratique dans le Sud du Tchad, on pourrait arriver à ce type d’excision symbolique dont la richesse pourrait encore être plus grande. On aurait ainsi la fonction sociale sans avoir à pratiquer l’amputation génitale.

            Il faut sortir des sentiers battus et cesser de croire qu’il suffit de reproduire à l’infini les mêmes gestes pour être fidèle à la tradition. La tradition aurait intérêt à se développer dans l’inventivité. Cela éviterait de figer la pensée dans le face à face stérile où se trouvent les groupes qui refusent tout dialogue.

lundi 28 octobre 2013

Centrafrique : le danger des va-en-guerre (par Pascal Djimoguinan)


            Dans la journée du samedi 26 octobre 2013, des combats ont eu lieu dans la ville de Bouar, une ville situé à environ 400 km au nord-ouest de Bangui. Des tirs nourris d’armes lourdes et légères auraient fait fuir la population. Dans l’après-midi, l’armée aurait repris le contrôle de la ville.

            Depuis la prise du pouvoir par Michel Djotodia à la suite d’une rébellion armée le 24 mars 2013, le pays est livré à des chefs de bande et des mercenaires. L’Etat peine à restaurer son autorité et il est à craindre que le pays sombre dans un conflit religieux entre chrétiens et musulmans.

            La situation semble s’être aggravée ces dernières semaines. Des anti-balakas, des milices paysannes d’autodéfense ont vu le jour en réaction aux violences et aux exactions commises par les ex selekas.

            Le danger qui pointe à l’horizon est qu’avec la multiplication de ces milices et des attaques qu’elles organisent contre les villes, il ne soit pas possible d’organiser les élections dans les 18 mois comme convenu et que la Transition dure plus longtemps.

            Il serait intéressant de se demander si la création de ces milices est survenue de manière fortuite. Si cela est le cas, il serait assez facile de les circonscrire pour permettre que le jeu politique se mette en place.

            Si par malheur, et cela est une crainte, la naissance de ces milices est le fruit d’une machination, en vue d’empêcher les élections et de prolonger le temps de la transition, il serait bien difficile de mettre fin à cela.

            Qui aurait intérêt à ce que l’insécurité perdure et que les élections n’aient pas lieu à temps ? Il est bien difficile dans les circonstances actuelles de dire exactement ce qui est en vue mais il faut reconnaitre que la Centrafrique est en danger. Tous les amis du pays devraient prendre cela au sérieux et user de tous les moyens pour que la sécurité revienne et que les élections aient lieu



dimanche 27 octobre 2013

RCA, la fin du chao politique ? (par Pascal Djimoguinan)


            Pour une fois, les nouvelles en Centrafrique ne se réduisent pas seulement à un inventaire de violence, d’exactions ou de tirs d’armes automatique. On annonce la naissance d’un nouveau parti politique. Est-ce un signe d’une accalmie dans le ciel Centrafricain ? C’est sans doute le souhait de beaucoup de Centrafricains.

            La nouvelle vient de Monsieur Anicet George Dologuélé, ancien Premier ministre  sous le gouvernement d’Ange Félix Patassé, de 1999 à 2001. Il annonce la création d’un parti, l’URCA (Union pour le Renouveau Centrafricain) qui lui servira de tremplin pour se présenter aux élections présidentielles qui devraient avoir lieu dans les 18 mois suivant la prestation de serment de Michel Djotodia, président de la Transition.

            Monsieur Dologuélé est conscient des difficultés qui jalonneront son chemin. Bien qu’affaiblis par toute la situation socio-politique actuelle, les vieux partis sont encore sur le terrain. Il s’agit du parti des anciens présidents du pays, le MLPC, le RDC et le Kwa na Kwa. En plus, il y a un problème conjoncturel ; comment, dans la situation de grande insécurité que connaît le pays, arriver à implanter un nouveau parti à l’intérieur du pays et être prêt pour les échéances à venir ? Cela devient carrément les travaux d’Hercule lorsque le défi consiste à préparer non seulement l’élection présidentielle mais aussi les législatives et les cantonales.

            Malgré toutes les difficultés à venir, cela fait plaisir de voir qu’enfin, on commence à parles et à préparer des élections. Personne ne sait comment sera demain mais la politique n’est-elle pas l’art du possible ? Il faut que l’échiquier commence à se préciser en Centrafrique et que la soldatesque retrouve la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter, la caserne.

            Il ne faut pas se douter que dans les jours à venir, d’autres candidats préciseront leurs positions et que les activités des partis commenceront vraiment. Depuis quelques jours, la police et la gendarmerie ont commencé à se réinstaller dans les préfectures de l’intérieur. Il va sans dire que de la sécurité dépendra la réussite des élections à venir. Il faudra compter sur la Fomac et peut-être sur des forces onusiennes.

samedi 26 octobre 2013

Taubira comparée à un singe : ne pas oublier (par Pascal Djimoguinan)


            Dans un reportage de l’émission Envoyé Spécial, Anne-Sophie, candidate Front national aux municipales a assumé un photomontage publié sur sa page Facebook où elle montre côte à côte un petit singe et Christiane Taubira. La légende dit : « à 18 ans et maintenant ». Devant les camera, la candidate a continué « à la limite, je préfère la voir dans un arbre après les branches, que la voir au gouvernement ».

            Les idées racistes ont la vie longue. Il s’agit bien du racisme. Si madame Taubira a été comparé à un singe, ce n’est certainement parce qu’elle est ministre de la Justice. Si on doutait du caractère raciste de ce fait, il suffit tout simplement de voir quels sont les joueurs qui, dans les stades, sont lapidés (presque) de bananes avec des cris de singes.

            Je préfère la voir dans un arbre après les branches, que la voir au gouvernement. Le racisme ose vouloir rejeter toute un groupe de personnes hors de l’humanité.

            A court d’arguments politique rationnels, les racistes n’hésitent pas à prendre le raccourci de la vulgarité qui peut aller jusqu’à l’insulte.

            Contre le racisme, il faut éviter d’utiliser les mêmes armes. Il faut savoir rester digne et ne pas tomber dans la vulgarité et dans l’insulte. Le racisme est souvent un manque d’éducation et il faut rester un être cultivé. Ne pas tomber dans la violence, ce qui réduirait à l’animalité sans rendre meilleur à l’attitude qu’on voudrait combattre.

            Il faut utiliser les armes de la justice afin que ce qui a été connu sous les fascismes ne reviennent plus. Ne jamais oublier l’histoire afin d’éviter que l’humanité ne retombe dans l’horreur. Ne plus jamais retomber dans la barbarie.

            J’ai aimé la réaction de madame Taubira. Nous devons la garder et la méditer car elle est très instructive : « Cette personne connaît comme nous tous la pensée meurtrière et mortifère» de son parti, du Front national… «Cette personne, qui a des responsabilités puisqu’elle était tête de file, elle le sait, simplement elle n’a pas compris que sa direction a dit qu’il faut faire semblant. Mais on sait bien le contenu de cette pensée meurtrière et mortifère... : c’est les noirs dans les branches des arbres, les arabes à la mer, les homosexuels dans la Seine, les juifs aux fours et ainsi de suite ! C’est quand même la pensée de ce parti… »

            Sans tomber dans le langage de la haine et de la violence, il ne faut pas oublier car c’est le combat de la liberté qui est ici engagé. Selon le mot de Levinas, la liberté consiste à savoir que la liberté est en péril. Mais savoir ou avoir conscience, c’est avoir du temps pour éviter et prévenir l’instant d’ l’inhumanité. C’est cet ajournement perpétuel de l’heure de la trahison – infime différence entre l’homme et le non-homme – qui suppose le désintéressement de la bonté, le désir absolument Autre ou la noblesse, la dimension de la métaphysique.
 

vendredi 25 octobre 2013

RCA : faut-il juger les anciens seleka ? (par Pascal Djimoguinan)


            Le week end du 19 au 20 octobre, on a appris le départ du général Moussa Assimeh de Bangui avec 15 de ses hommes pour Birao à bord d’un avion affrété par le président de la transition. Ce chef de guerre soudanais avait participé à la prise de pouvoir le 24 mars par la seleka. Petit à petit, l’unanimité s’était faite entre la Fomac et les autorités de transition autour du départ de cet homme de la Centrafrique dont la présence commençait à être embarrassante.

            Bien que son départ ait été désiré, les autorités se sont rendu compte qu’il fallait ménager cet homme et le caresser dans le sens du poil car il était craint (aucun autre groupe de la seleka n'aurait osé s'attaquer à lui) ; il a ainsi été décoré pour sa participation aux opérations de désarmement à Bangui. Il a été élevé au grade de commandeur de l’ordre national de la reconnaissance centrafricaine.

            A Bangui, tous se rappellent ce général du fameux camp des pompiers. La descente de ses hommes dans les quartiers de Bangui était synonyme de pillages et d’exactions. Tout le monde évitait soigneusement d’avoir affaire à eux tellement ils étaient craints.

            Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour s’étonner que cet homme puisse ainsi repartir au Soudan sans avoir été inquiété pour tous les crimes commis. Il semblerait bien qu’il soit rentré avec tous ses hommes.

            Tout le monde a encore à l’esprit comment Boy-Rabe, un quartier de Bangui a été mis en coupe réglée par ce général et ses hommes. C’est ainsi que Jonas Andji, le secrétaire général des victimes de Boy-Rabe a fait entendre son indignation : « Je suis étonné d’apprendre le dimanche la nouvelle du départ du général Moussa Assimeh. Notre souhait est de le voir répondre devant la justice du pays, des actes que lui et ses hommes ont commis sur la population centrafricaine. C’est lui qui a organisé le fameux désarmement du quartier Boy-Rabe, qui a soldé par la mort de nos frères et sœurs que nous continuons à pleurer jusqu’aujourd’hui ».

            La Centrafrique qui peine à retrouver son calme depuis l’entrée des troupes de la seleka à Bangui n’a pas intérêt à laisser se développer l’impunité au sommet de l’Etat. Le fait que le général Moussa ait pu regagner le Soudan sans être inquiété est vu par la population comme une récompense qui est accordée à ceux qui ont pillé la Centrafrique et tué ses enfants.

            Désormais, ce qui sera fait sera considéré comme un acharnement sur le menu fretin afin de permettre aux grands criminels de s’échapper. On peut seulement espérer que la justice pourra, par la suite, poursuivre tous ceux qui auront été mêlés de prêt ou de loin à la souffrance que connait la Centrafrique et qu'il n'y aura pas d'impunité.

            C’est seulement quand la justice aura dit son mot que la Centrafrique retrouvera la paix.

jeudi 24 octobre 2013

Les écoutes de la NSA : où se situe l’Afrique ? (par Pascal Djimoguinan)


            Les médias européens nous relatent ces jours-ci, avec une indignation sans doute feinte, toujours exagérée, les écoutes à large échelle pratiquées par l’agence américaine de renseignement NSA. C’est un secret de polichinelle que de révéler que les Etats alliés s’espionnent mais comme les révélations ont été publiées, il fallait marquer le coup. S’il y a eu des réactions, sur le plan individuel, des Etats européens, le parlement européen a recommandé, quant à lui, au Conseil européen de suspendre l’accord conclu avec les Etats-Unis sur le programme américain de pistage des financements terroristes. Cet accord permettait aux autorités américaines d’avoir un accès aux données bancaires européennes stockées sur le réseau SWIFT.

            Comme on peut s’en rendre compte, ces révélations n’arrêtent de faire des vagues en Europe. Même si l’Europe ne pourra finalement pas prendre une décision importante contre les Etats-Unis, son mérite aura été d’avoir pu réagir.

            Il est cependant amusant de voir l’Europe jouer la sainte Nitouche, feignant la vertu jusqu’à un degré qui étonnerait le plus naïf des observateurs. Peut-on dire que cette Europe innocente n’espionne pas les Etats émergeants, notamment les Etats africains ?

            Nous espérons tout simplement que la nouvelle glasnost ira jusqu’au bout et que les médias joueront la transparence jusqu’au bout en diffusant le rôle de l’Europe. Nous pourrons alors dire qu’une nouvelle révolution se met en place. Ce ne sera que lorsque nous saurons ce que l’Europe elle-même fait par rapport aux Etats africains que nous accorderons crédit à sa réaction d’indignation.

mercredi 23 octobre 2013

Tensions au Mozambique, conflits archaïques ? (par Pascal Djimoguinan)


            Cette semaine, comme par un tour de passe dont il a le secret, l’Afrique vient de nous rappeler ses vieux conflits qu’on croyait déjà révolus à jamais. Faut-il dire que l’Afrique tient à son archaïsme ? La tension s’est de nouveau rallumée au Mozambique. La saga entre le pouvoir et la Renamo a recommencé. La base des anciens rebelles a été conquise le lundi 21 octobre par les troupes gouvernementales.

            On croyait les guerres coloniales et postcoloniales dépassées en Afrique et que les seuls combats qui restaient étaient ceux du développement et de la démocratie.

            En 1992, au plus fort de la crise qui secouait le Mozambique, un accord de paix a, sous l’entremise de Sant ‘Egidio, mis un terme à 16 années d’une guerre civile entre le Frélimo (au pouvoir) et la Renamo.

            S’il y a eu par intermittence dans accès de fièvre dans la situation du Mozambique, on peut dire que ce qui se passe actuellement peut être considéré comme l’une des plus fortes tensions que le pays connaît depuis la fin de la guerre civile.

            Si le pays renoue avec ses démons, l’occasion nous est donnée pour nous demander pourquoi, alors que partout dans le monde, les efforts de paix vont vers un plus grand développement économique et vers plus de liberté individuelle, sur le continent africain, les hommes politiques reviennent toujours avec une régularité du métronome à l’usage des armes pour la revendication d’intérêts personnels ?

            On ne peut pas dire qu’il y a sur ce continent une sorte de fatalité. L’homme, ici comme ailleurs est capable de prendre en main sa destinée. Il faut donc doubler d’effort pour que l’éducation se développe car c’est l’unique chemin vers ce qu’on d’autres, en d’autres temps ont appelé le désarmement moral.

            Que plus jamais les armes ne résonnent en Afrique ! Cela est possible !!!


mardi 22 octobre 2013

L’an 2 après Kadhafi (par Pascal Djimoguinan)


            Voilà Deux ans déjà que Mouammar Kadhafi est mort. Il était la victime d’une coalition d’une « révolution » libyenne et des Etats occidentaux dont la France qui a voulu paraître comme le chef de fil. Aujourd’hui, la situation de la Libye ne s’est pas stabilisée, les grands chantiers de construction sont à l’abandon, la production du pétrole a diminué et les assassinats se multiplient à tous les niveaux. Est-ce déjà le temps des bilans ?

            On ne peut que s’étonné lorsque l’on voit la situation actuelle de la Libye. Des groupes armés qui s’affrontent tout le temps, un premier ministre qui est enlevé par une milice ; tout ce qui se passe manque de lisibilité.

            Tout se passe comme si la seule ligne politique était la recherche de l’élimination d’un homme, Kadhafi. Maintenant cela est fait on se trouve désarmé, sans aucune ressource pour aller de l’avant. On ne sait même plus où se trouvent les puissances occidentales qui voulaient, comme par des incantations magiques, changer la situation de la Libye par la mort de Kadhafi. La plus grande surprise est venue d’une intervention américaine en Libye pour enlever un chef islamiste. Quand cela vient s’ajouter à l’attentat de Benghazi il y a un an où l’ambassadeur américain a trouvé la mort, on se rend compte que la situation est très mauvaise.

            L’insécurité ne se cantonne pas uniquement en Libye. La situation de toute la sous-région est devenue explosive. Avec la disparition de Kadhafi, des armes de tout calibre se retrouvent partout, notamment dans les mains de différents groupes islamo-terroristes.

            Au lieu de lire ce qui se passe et d’essayer de trouver une solution, les nations occidentales se tournent vers la Syrie, en essayant d’exporter la solution libyenne. La sagesse ne demande-t-elle pas de trouver une solution à ce casse-tête qu’on a créé ?

            En tout cas, les Etats ne doivent pas, comme les personnes, agir sur le coup de l’émotion ou poussé par le désir de vengeance contre un homme.

            Kadhafi était sans doute un dictateur mais, la solution qu’a consisté son assassinat en utilisant tous les moyens n’est-elle pas dire ? Aujourd’hui, deux ans après la mort de Mouammar Kadhafi, certains libyens commencent à regretter la sécurité qui régnait sous l’ancien régime. Est-ce un échec de la révolution ?


lundi 21 octobre 2013

Hommage à Jean Hélène (par Pascal Djimoguinan)


            Il y a dix ans, le 21 octobre 2003, s’éteignait à Abidjan une voix qui était devenue familière à tous les auditeurs de Radio France Internationale. C’était celle de Jean Hélène. Plusieurs parmi nous découvrions alors que celui que nous croyions vraiment connaître, tellement ses reportages nous enchantaient, s’appelait en réalité Christian Baldensperger. Cet infatigable voyageur, messager de l’information mourait parce qu’il faisait son métier.

            Il était tombé sous les balles d’un policier, le sergent Théodore Séri Dogo.

            L’heure n’est plus aux pleurs. Il suffit tout simplement de rappeler le dévouement de tous ces hommes et femmes qui, au péril de leur vie s’engage dans des missions les plus périlleuses pour que d’autres soient informés.

            Souvent dans les guerres, Les plus faibles et les plus démunis souffrent et sont tués loin des regards, oubliés par tous. Seules quelques personnes, des reporters, des correspondants d’agence de presse n’acceptent pas la loi du silence. Ils vont chercher les conflits oubliés de notre globe pour les faire connaître. Grâce à eux, nous ne pouvons pas arguer notre ignorance de ce qui se passe pour avoir bonne conscience.

            Aujourd’hui, Jean Hélène est tombé en faisant son devoir mais d’autres continuent à risquer leur vie pour nous informer. On ne pourra jamais taire l’information en tuant les journalistes.

            Nous devons tous prendre la défense des hommes et femmes de presse car ils représentent le bien commun de toute l’humanité.

            Hommage à toi, Christian Baldensperger  alias Jean Hélène !

dimanche 20 octobre 2013

Centrafrique prise de conscience citoyenne ? (par Pascal Djimoguinan)


            Le samedi 19 octobre, le président de transition Michel Am-Nondokro Djotodia  a demandé aux jeunes lors d’une rencontre avec eux à Bangui de dire non aux manipulations et à refuser de prendre les armes les uns contre les autres. Est-ce un signe que dans les plus sommets de l’Etat, on commence à se rendre compte du danger que le communautarisme et le confessionnalisme font courir à la Centrafrique ?

            Le conflit qui a amené au pouvoir l’actuel président et ses ex séléka avait pris une tournure plus ou moins communautariste lorsqu’une crise de confiance a commencé à naitre entre les populations et les anciens sélékas. Cela a commencé d’une manière assez dramatique autour de Bossangoa où des groupes d’autodéfense, appelés les « anti-balaka » ont attaqués des positions séléka, entraînant des représailles. Des maisons de musulmans ont été brûlées par les uns alors qu’en retour, d’autres ont brûlé les maisons des chrétiens.

            Un climat délétère a commencé à se répandre sur tout le territoire. Les populations civiles déplorent les exactions des ex séléka contre les maisons des chrétiens alors que pour les musulmans, leurs maisons sont prises pour cible par des groupes d’autodéfense avec le soutien d’anciens des Facas (Forces armées centrafricaines) et de la garde présidentielle de l’ancien président Bozizé.

            Ce climat, les humanitaires l’ont si bien senti qu’ils ont sonné la sonnette d’alarme. Par la voix du directeur de la coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU, ils ont appelé les autorités, lors d’une mission qui a lieu en Centrafrique depuis le jeudi 17 octobre, à doubler d’effort pour reconstruire leur pays ; « N’Empruntez pas le chemin de la violence. La violence va simplement détruire tout le monde. Il n’y a pas d’avenir possible avec la violence » ont conclu les humanitaires.

            Les autorités ont sans doute pris conscience du danger d’où la déclaration du président de la transition aux jeunes. La situation en Centrafrique est déjà assez compliquée pour qu’elle ne prenne des allures confessionnelles. La priorité est la cohésion sociale et la reconstruction du pays. C’est un vaste chantier qui demande tout l’effort du pays. Il ne faut pas de pertes d’énergie.


samedi 19 octobre 2013

Centrafrique connexion : trafic d’armes ? (par Pascal Djimoguinan)


            On croyait avoir vécu ce qui ressemble à un mauvais film jusqu’au bout et qu’on n’avait plus d’autre alternative que de sortir du tunnel ; or les faits nous font prendre conscience que le calvaire ne fait que continuer car si, un peu partout, on cherche à sortir la RCA de son impasse, tout le monde ne l’entend pas de la même manière. Il y a encore des esprits qui cherchent des moyens pour enfoncer davantage le pays dans l’innommable. Une affaire de présumé trafic d’armes vient d’être mise à jour.

            La nouvelle semble venir de l’instance qui en Centrafrique est chargée du désarmement et de la sécurisation du pays, la FOMAC. Elle dit avoir arrêté un intermédiaire qui tentait de lui acheter des armes ; cela se serait passé ce jeudi 17 octobre.

            Un homme serait entré en contact avec la FOMAC dans l’intention d’acheter des armes pour le compte, semble-t-il, du général Yahya (qui serait en service à Bossangoa). L’homme espérait que la FOMAC lui vende des armes prises dans le stock des armes récupérées lors du désarmement.

            Une enquête est ouverte pour vérifier les affirmations de l’homme appréhendé, notamment sur l’implication du général Yahya et de la quantité d’armes déjà achetées.

            Cette histoire digne des romans d’espionnage vient rappeler qu’il faut rester éveillé si l’on veut vraiment travailler pour le désarmement et la sécurisation en RCA. Tout le monde ne trouve pas son intérêt dans la paix et beaucoup continueront à œuvrer pour que l’anarchie règne dans ce pays.

            Pour la plupart de ces trouble-fêtes, la loi ne vaut pas ; tout est négociable pourvu qu’on en paie le prix.

            Ce qui vient de se passer est une mise en garde à peu de frais. Il ne faut donc pas baisser la garde. Le peuple centrafricain a déjà assez souffert.  

vendredi 18 octobre 2013

Le Tchad au Conseil de sécurité (par Pascal Djimoguinan)


            Le Tchad a décroché ce jeudi 17 octobre 2013 un siège de membre non permanent au conseil de sécurité de l’ONU. Il fait partie des cinq pays élus qui devienne, en principe, pour la première fois membres non permanents de ce Conseil. Il s’agit, en plus du Tchad, de l’Arabie saoudite, du Chili, du Nigeria et de la Lituanie. L’Arabie Saoudite aurait fait déjà savoir qu’elle refuserait son siège au Conseil de sécurité pour protester contre l’impuissance des Nations-Unies en Syrie.

             Alors que l’Assemblé des Nations-Unies compte 193 pays, le Conseil quant à lui en compte 15 dont 5 permanents et 10 non permanents. Chaque année, 5 des  sièges de membres non permanents sont renouvelés sur une base régionale. Il serait bon de retenir que les 5 autres membres non permanents sont le Rwanda, l’Argentine, le Luxembourg, la Corée du sud et l’Australie.

            Le mandat des cinq pays qui viennent d’être élus commencera le 1er janvier 2014. Ils remplaceront le Maroc, le Togo, le Pakistan, le Guatemala et l’Azerbaïdjan.

            Pour le Tchad, c’est une bonne occasion pour remettre les compteurs à zéro. Le pays devrait profiter d’une pareille occasion pour acquérir une respectabilité sur le plan national et international.

            Lorsqu’on veut partager la table des princes, il faut être soi-même un seigneur. Il faudrait donc que la démocratie devienne plus effective et que la liberté de la presse ne souffre pas d’entrave. Cela donne toujours une mauvaise impression de voir comment les journalistes et les bloggeurs ont eu maille à partir avec la justice ce dernier temps. Bon prince, les dirigeants politiques pourraient en faire leur honneur qu’on n’entendra pas de problèmes de liberté de presse pendant tout le temps que le Tchad sera au Conseil de sécurité.

            En même temps que cela pourrait être une occasion de fierté, le fait d’être au Conseil de sécurité exige des devoirs. Nous attendons donc que le Tchad se rende digne de cet honneur qui lui est fait.

            Félicitations mais que le pays sache que nous serons exigeants parce que nous l’aimons !


mercredi 16 octobre 2013

Paris-Pretoria : remake de la conférence de Berlin de 1885 ? (par Pascal Djimoguinan)


            Du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, les pays occidentaux ont tenu à Berlin (Allemagne) une conférence où ils se sont partagé l’Afrique. L’acte de cette conférence, établit le 23 février 1885, établit plusieurs points :

- Toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l’intérieur jusqu’à rencontrer une sphère d’influence voisine.

- Il ne peut y avoir annexion que par l’occupation effective du terrain et les traités conclus avec les populations indigènes doivent être notifiés aux autres nations colonialistes.

- Liberté de navigation sur les fleuves Niger et Congo et liberté de commerce dans le bassin du Congo.

- Interdiction de l’esclavage.

- La conférence prend acte de l’existence de l’Etat indépendant du Congo en tant que puissance souveraine, territoire appartenant en propre au roi Léopold II de Belgique. La France quant à elle obtient la reconnaissance de son autorité sur la rive droite du Congo et de l’Oubangui.

            Toute l’histoire coloniale est la suite de cette conférence où l’Afrique était présente mais d’une manière passive alors que les nations occidentales s’arrogeaient la légitimité de l’envahir, de la gérer et de l’exploiter.

            Comme l’histoire semble quelquefois bégayer, on semble assister à un remake de la conférence de Berlin en petit modèle, version Hollande-Zuma.

            Le président François Hollande vient d’effectuer une visite de deux jours en Afrique du Sud. Cette visite qui a pris fin le mercredi 16 octobre, avait pour but d’accentuer les échanges commerciaux entre la France et l’Afrique du Sud et de discuter les différentes crises sur le continent africain. Depuis quelques années, une tension existe entre les deux pays à cause du leadership sur le continent.

            Selon les observateurs, l’Afrique du Sud a semblé plus conciliante à la présence militaire sur le continent, notamment en RCA. L’Afrique du Sud aurait même évoqué la possibilité de travailler ensemble avec la France sur le continent africain.

            L’Afrique du Sud semble vouloir jouer au grand frère des autres Etats africains. Le paternalisme ne semble pas loin et les autres Etats seront-ils prêts à vivre une sorte de régence ?

            La France doit éviter de tomber dans l’erreur de croire qu’il suffit de s’entendre avec l’Afrique du Sud pour avoir le droit de tout faire en Afrique. La relation entre la France et l’Afrique du Sud ne concerne que ces deux pays. Il ne faut pas oublier que chaque Etat africain est indépendant et dispose de sa souveraineté. Les africains ne permettront plus qu’une autre Conférence de Berlin ait lieu, même si c’est dans une capitale africaine.


mardi 15 octobre 2013

Démocratie, bonnet d'âne pour l'Afrique (par Pascal Djimoguinan)


            Une information qui passe loin des feux de la rampe. Une fois de plus, la fondation Mo Ibrahim a décidé de ne pas accorder de prix pour récompenser la bonne gouvernance 2013. Personne n’a été jugé digne de ce prix cette année. Faut-il en rire ou en pleurer ? Pauvre Afrique !

            Le prix Mo Ibrahim parrainé par le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim, récompense d’anciens chefs d’Etats africains qui ont quitté leur fonction dans les trois dernières années sans être allés au-delà de leur mandat électif et qui ont poursuivi leur action au service du continent.

            Le constat est triste. Le président du comité du prix a déclaré d’une manière laconique : « Aucun africain ne remplit ces critères ». Cela signifie tout simplement que dans les trois dernières années, il ne s’est trouvé aucun chef d’Etat en Afrique à avoir quitté sa fonction sans être allé au-delà de son mandat électif et à avoir poursuivi son action au service du continent.

            Il ne faut pas penser que le prix ne vaut rien ; il est doté de 3,6 millions d’euros, ce qui représente un pactole.

            Que faut-il penser de tout cela ? Plus de deux décennies après la chute du Mur de Berlin et de l’espoir démocratique qui a suivi, il faut simplement constater que l’alternance démocratique n’est pas de mise en Afrique et que le meilleur moyen de prendre le pouvoir en Afrique reste celui des armes. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

            Il est étonnant de constater que nos chefs d’Etats, prompts à se fâcher lorsqu’il s’agit de leurs prérogatives en tant que représentants des états, ne respectent pas les textes de leur propre pays.

            Sur le plan international, on vient de leur faire porter le bonnet d’âne de la démocratie sans que cela les pousse à chercher de la dignité pour l’Afrique. Il est encore plus inquiétant de constater que c’est la troisième fois de son histoire que ce prix n’a pas de lauréat.

            Cependant il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur. La fondation a dévoilé son indice de la gouvernance en Afrique en 2013 et refusant de tomber dans l’afro-pessimisme, affirme que « 94% de la population africaine vit dans des pays qui progresse. »

            Il faut espérer que les progrès démocratique viendront de la base et que malgré tout, l’Afrique ne baissera pas les bras dans son effort d’invention démocratique.


lundi 14 octobre 2013

Espoir et inquiétude en Centrafrique (par Pascal Djimoguinan)


            Le dimanche 13 octobre, Bangui a reçu la visite expresse du chef de la diplomatie française, Laurent Fabius et la commissaire européenne à l’aide humanitaire Kristalina Georgieva. Le but de cette visite était d’exhorter la communauté internationale à intervenir afin de sortir le pays de la crise.

            On peut se réjouir que la crise centrafricaine, longtemps oubliée, commence à intéresser le monde entier. On voit sinon un mouvement, du moins un frémissement qui indique que les mois à venir seront décisifs et que la communauté internationale va s’engager pour améliorer la situation du pays.

            La commissaire européenne à l’aide humanitaire déclaré : « Nous devons faire de l'humanitaire, mais aussi restaurer l'État, car sans État, les seigneurs de guerre vont gagner ». Laurent Fabius quant à lui, a annoncé l’envoi de troupes françaises supplémentaires tout en demandant l’organisation d'élections libres début 2015 auxquelles le pouvoir actuel ne pourrait pas participer.

            Sachant que nous sommes au moins d’octobre et que les élections doivent avoir lieu début 2015, cela signifie que c’est dès maintenant que les préparations doivent commencer.

            Or chacun sait qu’il n’est pas possible, en l’état actuel des choses, de préparer ces élections. Il faudrait donc faire bouchée-double sans bâcler les choses.

            Dans un premier temps, il faudrait que la dissolution des sélékas soit effective et que la sécurisation du pays se fasse sans trop tarder. Comment être sûr que les citoyens n’auront pas à voter avec des kalachnikovs derrière eux ? Il ne faut pas attendre le dernier moment et se laisser surprendre par ce qu’on aurait pu pouvoir.

            Nous retenons cependant l’aspect positif de la visite ; la RCA commence à être visible et on ne pourra plus continuer de tuer en silence.

dimanche 13 octobre 2013

Fabius à Bangui, éviter les erreurs du conquérant (par Pascal Djimoguinan)


            Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius est en visite ce dimanche 13 octobre à Bangui. Cette visite, la première d’un haut responsable européen en Centrafrique depuis la prise de pouvoir par Michel Djotodia, a lieu quelques jours après l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution renforçant la présence de l’ONU sur place et prévoyant le déploiement d’une opération de maintien de paix. Il faut dire que beaucoup d’espoir repose sur cette visite mais en même temps, il faut éviter de commettre des erreurs qui viendraient entacher tout le bénéfice qu’on pourrait en tirer.

            La France part sur un passif pour beaucoup de centrafricains. Beaucoup pensent que la France, avec ses soldats sur place, était capable d’éviter l’entrée de sélékas dans Bangui ; cela aurait largement changé la situation actuelle. Maintenant, si la France essaie de colmater les choses, elle doit le faire avec doigté.

            Le plus grand secours serait que l’ONU envoie des troupes pour le maintien de la paix car le pays est exsangue. Les forces françaises sur place pourraient servir de fer de lance aux soldats de l’ONU.

            Cette visite de Fabius doit se faire de telle façon qu’elle puisse favoriser la paix. Pour cela, Fabius doit éviter des comportements et des discours qui pourraient rappeler une attitude néocolonialisme ou tout simplement la Francafrique.

            Il est dit que Laurent Fabius rencontrera le président de transition Michel Djotodia mais pas en tête à tête ; ce sera une rencontre commune avec les deux autres autorités de transition, le Premier ministre et le président du Conseil national de transition. La raison présentée par la diplomatie française est la suivante : « Il y a des dissensions à la tête du pays. Il est donc préférable de tenir un discours unique aux différents interlocuteurs. »

            Dans notre naïveté, nous voulons tout simplement nous demander comment est-ce que cela pourrait être interprété. Un ministre français qui vient en Afrique et qui réunit ses chefs de cabinet africains ? La réciproque est-elle possible ? Un chef d’Etat africain pourrait-il, en visite en France, refuser de rencontrer le président seul ? Le protocole et la préséance ou tout simplement la diplomatie n’est-elle pas valable quand on est en Afrique ? N’aurait-on pas pu agir autrement ?

            Nous pouvons nous tromper dans nos questions naïves mais peut-être valent-elles la peine d’être posées !


samedi 12 octobre 2013

Sommet de l'UA : pas de naufragés, tout va très bien (par Pascal Djimoguinan)


            Ce samedi 12 octobre, un sommet extraordinaire des chefs d’Etat s’est ouvert à Addis-Abeba, au siège de l’Union africaine. Le sujet portait sur la relation des pays africains à la CPI, avec une possibilité des Etats africains de se retirer du traité de Rome qui lui a donné naissance.

            Comme d’habitude,  un grand tapage médiatique a été fait autour de ces  messes qui ressemblent à une réunion du syndicat des chefs d’Etat africains. Si finalement un retrait de la CPI n’est plus à l’ordre du jour, la plus grande probabilité sera de demander au Conseil de sécurité des Nations Unis le gel des travaux de la CPI pour le Kenya au moins pendant douze mois le temps que ce pays se dote d’une justice conforme aux standards internationaux ; ainsi le président et le vice-président du Kenya pourront être jugés dans leur pays. Le président soudanais ne devrait donc plus être poursuivi. L'UA decide qu'Uhuru Kenyatta n'ira pas à la CPI. Celui-ci  qualifie la CPI de "jouet des pouvoirs impérialistes en déclin". 

            Quand on sait la célérité avec laquelle le seul cas où l’UA s’est engagée pour juger un ancien chef d’Etat, Hissène Habré, traine en longueur on se demande si les victimes peuvent être au même diapason que les chefs d’Etat.

            A mon humble avis, on cherche une fausse solution à un problème réel. Au lieu de chercher à ne plus être jugé par la CPI, ce qui abaisserait notre ego d’africains, si nos chefs d’Etat essayaient de protéger leurs citoyens, le problème n’existerait même plus.

            J’ai envie de pousser un coup de gueule ! Quel est le sujet brûlant de l’heure en Afrique ? Pendant que nos chefs d’Etat se réunissent à Addis-Abeba pour parler de la dignité de l’Afrique, aucun d’eux ne parle de la tragédie des migrants qui meurent en allant chercher du travail et plus de liberté ailleurs. Tout le monde parle des naufragés de Lampedusa et de Sicile sauf les chefs d’Etat africains. Il est temps que ces chefs d’Etat s’intéressent à leurs concitoyens.

vendredi 11 octobre 2013

Centrafrique, bientôt les casques bleus ? (par Pascal Djimoguinan)


            Ce jeudi 10 octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté, pour la première fois depuis la prise de pouvoir par Michel Djotodia, une résolution sur la RCA. Il s’agit du renforcement de la présence de l’ONU dans le pays avec une possibilité de déploiement dans les prochains mois d’une opération de maintien de la paix. Toutefois, rien n’est encore assuré ; à quoi peut-on s’attendre dans les jours à venir ?

            La résolution n’est pas encore allée jusqu’au bout de sa logique. Il y a encore au préalable tout un travail de préparation. Le secrétaire général de l’ONU doit d’abord faire un rapport pour se prononcer sur un soutien militaire destiné à mettre fin au chaos.

            Le conseil se réunira de nouveau dans un mois pour décider s’il faut mettre sous mandat de l’ONU les 1400 soldats de la Misca (Mission de stabilisation de l’Union africaine en Centrafrique) déjà sur place et de doubler leur nombre, ou bien d’envoyer directement des casques bleus.

            La France qui dispose déjà de 450 soldats sur place a exclu une intervention sur le modèle Serval comme au Mali. Cependant ces forces prennent déjà part aux opérations destinées à rétablir et à maintenir la paix dans la ville de Bangui.

            Les centrafricains attendent avec beaucoup d’espoir que l’ONU prenne en charge les forces sur le terrain. Cela aura pour avantage de clarifier les choses. Certains faits avaient dans le passé amenés les centrafricains à dénoncer une collusion entre certains éléments de la Fomac et les séléka. Il ne peut y avoir une opération de maintien de paix sans la confiance de la population locale.

            Le conseil de sécurité ne doit pas trop tarder avant de se décider car il faudra que la situation se normalise pour que les activités socio-économiques reprennent et pour que la vie politique puisse évoluer vers la fin de la transition. C’est seulement si la sécurité est présente que les activités politiques pourront reprendre et que les élections à venir pourront avoir lieu. Le Centrafrique n’a pas intérêt à s’éterniser dans la transition.