lundi 30 septembre 2013

Tour de vis sécuritaire au Tchad (par Pascal Djimoguinan)


            Depuis son intervention militaire au Mali, le Tchad se trouve aux premières loges dans la lutte contre le terrorisme islamique en Afrique. Après les attentats du mois de mai au Niger, le Tchad a été nommément cité parmi les cibles possibles d’un attentat. Depuis, l’appareil sécuritaire est mis en branle au Tchad.

            Le grand dilemme pour le Tchad est de choisir entre la liberté et la libre circulation de ses citoyens d’une part, et de renforcer les contrôles pour éviter les attentats. Entre les deux solutions, la prudence a voulu que le choix penche du côté de la deuxième.

            Ainsi dès qu’on arrive, on se rend compte que la sécurité a été renforcée. Les formalités sont faites avec plus de sérieux que d’habitude, avec l’outil informatique qui aide à tout numériser. L’entrée de l’aéroport est tellement sécurisée que même ceux qui viennent chercher les passagers ne peuvent venir à plusieurs en même temps.

            Il faut apprécier l’effort qui est fait car si la sécurité est renforcée, cela se fait sans brutalité et avec professionnalisme. Il faut mieux connaître un peu de désagréments et éviter un attentat qui ne manquerait pas d’emporter la vie de pauvres citoyens.

            Lorsqu’on continue le voyage à l’intérieur du pays, on se rend compte que les mesures sécuritaires sont toujours présentes. Des postes de contrôle sont créés le long de la route ; les hommes doivent descendre des véhicules pour présenter leur carte d’identité nationale. En général, ces contrôles se font sans violence lorsque les pièces des passagers sont en ordre.

            Il faut cependant signaler deux défaillances qui pourraient, si l’on y prend garde, être la cause possible d’attentats si l’on n’y prend garde :

- Le contrôle des passagers ne concerne que les hommes ; on vérifie leurs pièces et au besoin, ils sont fouillés. Les femmes ne sont pas contrôlées. Or on connaît la propension des terroristes à utiliser les moindres failles sécuritaires ; le danger pourrait donc passer par là. Si un attentat se prépare, les terroristes pourraient bien utiliser les services de femmes pour transporter les armes et les explosifs.

- Lors des contrôles, il arrive qu’on découvre des passagers voyageant sans pièces d’identité. Au lieu de s’informer davantage sur l’identité de ces passagers et de déterminer leur degré de dangerosité, les chefs de postes véreux se contentent de se faire payer 600 francs. Ceux qui n’ont pas de pièces d’identité savent donc qu’à chaque poste de contrôle, ils doivent payer cette somme d’argent qui fait le bonheur des militaires. Ce qui est difficile à comprendre, c’est comment le fait de payer cette somme d’argent peut faire du passager une personne qui ne va pas commettre un attentat. Les autorités politiques et militaires devraient avoir plus leurs hommes en main et éviter que des intérêts personnels ne soient un obstacle à la sécurité des citoyens.

dimanche 29 septembre 2013

Doba sous les pluies (par Pascal Djimoguinan)


            La ville de Doba est le chef-lieu de la région où a coulé pour la première fois le pétrole au Tchad ; cela lui vaut d’ailleurs le nom de ville pétrolifère dont les médias usent et abusent. A part ce vocable combien flatteur, il n’y a pas de grand changement dans cette ville qui attend une modernisation qui ne vient pas. La population se contente de cela puisqu’elle sait qu’elle ne peut plus rien attendre du pétrole ; est-ce un problème de gestion des ressources ou tout simplement un manque de fonds ? Il est difficile de savoir exactement d’où vient le problème.

            Il faut tout de suite noter qu’au tout début, quand le pétrole coulait à peine des pipelines, il y a eu de grandes cérémonies dans la ville et tout autour. Pour beaucoup, c’était la renaissance de la ville de Doba mais il a fallu très vite déchanter. Après quelques saupoudrages qui ont consisté à repeindre quelques vieux bâtiments et à en construire deux ou trois pour dire que 5 pour cent des revenus du pétrole profitent à la ville de Doba, il n’y a plus rien eu.

            Le seul grand changement est la route bitumée sur l’axe Moundou-Sarh mais il n’y rien d’extraordinaire puisque c’est un projet global qui consistait à relier la ville de N’Djamena à Sarh avec en grande partie la contribution financière de l’Union Européenne.

            Il y a, bien sûr, le long de certaines rues des lampadaires mais ce sont des vestiges d’un éclairage public qui attend son heure. Il faut dire que ces poteaux électriques sont beaucoup plus des monuments pour orner la ville pendant la journée et qu’ils peuvent devenir un danger public pour les automobilistes la nuit puisque n’éclairent pas la ville faute de courant…

            Le plus grand malheur à Doba, c’est la saison des pluies. Aucune route n’est praticable après la pluie. Il y a de l’eau partout et c’est vraiment un parcours du combattant que de vouloir se rendre d’un point de la ville à un autre en passant par la voie publique.

            Il n’est pas rare de rencontrer en pleine ville des personnes plus aisées se promener avec des bottes ; et encore, c’est pour les endroits où il n’y a pas trop de dégâts sinon ils se retrouveraient avec de l’eau dans les bottes. La meilleure façon de se déplacer à Doba après la pluie, c’est tout simplement de retrousser son pantalon, de prendre en main ses chaussures et de marcher pieds nus.

S’il est difficile de circuler en plein centre de Doba pendant la saison des pluies, il est pratiquement impossible de se rendre dans les villages qui l’entourent. Une inondation dévaste la plupart des villages autour de Doba sans que cela ne soulève de l’inquiétude de la part des autorités. Plusieurs villages ne sont que des tas de ruines puisque les cases se sont écroulées sous des fortes pluies. Les routes des villages deviennent des marécages où les enfants pèchent les silures. On peut dire qu’à quelque chose malheur est bon. Les villageois se consolent de leurs déboires en mangeant du poisson frais. Vive la ville pétrolifère du Tchad.


samedi 28 septembre 2013

Westgate, menace sur l'Afrique (par Pascal Djimoguinan)


            Une semaine après l’attaque du centre commercial Westgate au Kenya qui a fait plus de 60 morts, on commence à avoir des détails dans la presse locale. Il semblerait même que les autorités kenyanes auraient été alertées de menaces d’attentats, ce mois-ci. Le gouvernement aurait été informé de l’imminence d’attentats dans la capitale. Citant un rapport des services de renseignement kenyans, la  presse affirme  que des attentats simultanés étaient en préparation à Nairobi et Mombasa autour des 13 et 20 septembre.

            Après ce coup de main des shebabs au Kenya, force est de constater que ces djihadistes qu’on disait en perte de vitesse avaient en réalité la maîtrise de la situation et de la communication pendant  l’attaque du centre commercial.

            Si les terroristes ont pu, malgré les mesures de sécurité prises par les autorités kenyane, attaquer un centre commercial, prendre des otages et contenir l’assaut des forces de sécurité pendant 4 jours, il est à craindre pour ce qui pourrait se passer les jours à venir.

            On peut se demander si ce qui s’est passé à Nairobi n’est pas que la répétition d’un scénario à venir qui pourrait très bien se dérouler aussi bien à Lagos qu’à Niamey, à Bamako qu’à N’Djamena…

            Comment prévenir ce mal presque certain qui menace les Etats africains qui ont osé s’élever contre les shebabs, Aqmi, Boko Haram sans sombrer dans la psychose ou la paranoïa ?

            Le propre du terrorisme est d’instaurer la terreur partout pour pouvoir sévir. Si en plus des contrôles, les forces de sécurité commençaient à arrêter tous les suspects et à avoir peur du serpent sous la carpette, les terroristes auront marqué un point.



dimanche 22 septembre 2013

Le Tchad sur du charbon ardent à Bangui (par Pascal Djimoguinan)


            Face à la situation sécuritaire qui ne cesse de se dégrader en République centrafricaine, il est question de désarmer les hauts gradés de l’ex-Seleka. Cette mission urgente devrait commencer dans la semaine du 23 septembre. Point n’est besoin de dire que cela sera une mission délicate et dangereuse. Le président  en exercice de la communauté économique des Etats de l’Afrique centrale, le tchadien Idriss Déby vient d'envoyer un escadron supplémentaire de plus de 400 hommes pour compléter l’effectif déjà sur place afin de faire ce travail.

            L’intention est fort louable ; désarmer les troupes qui n’acceptent pas leur cantonnement et ramener la paix dans le pays. Il faut dire que le président tchadien, fort de son action au Mali qui a été appréciée peut se permettre de s’engager en Centrafrique.

            Il faut cependant reconnaitre que ce pari est fort risqué lorsque l’on connaît la situation socio-politique de la Centrafrique.

            D’abord à cause de la proximité géographique entre le Tchad et la Centrafrique, il faut craindre qu’il y ait une contagion des problèmes que rencontrent habituellement les pays frontaliers. Comment intervenir en Centrafrique sans qu’au moindre problème le Tchad ne soit pas accusé de toujours tirer le drap de son côté et ne chercher que ses intérêts ?

            Depuis l’entrée de l’ex Seleka à Bangui, le problème centrafricain a de plus en plus l’allure d’un problème religieux entre chrétiens et musulmans ; or en Centrafrique, tchadiens est presque synonyme de musulman. Comment éviter que l’intervention des troupes tchadiennes ne soit considérer par la population centrafricaine comme une intervention des musulmans qui viendraient compliquer le résolution de la crise que traverse leur pays ?

            Il y a une forte population tchadienne en Centrafrique ; cette population, à tort ou à raison, est accusée d’être fortement liée à l’ex-Seleka. Quelle sera le comportement de colonie face aux troupes tchadiennes dont l’effectif est en train de grossir au point d’être sur le point d’être la plus fournies des troupes étrangères en Centrafrique ?

            L’armée tchadienne sera-t-elle vraiment une armée professionnelle en Centrafrique ? Se comportera-t-elle vraiment comment une force de maintien de la paix ? Ne se laissera-t-elle pas attirer par les sirènes de l’argent facile ?

            L’avenir dépend de la façon dont les troupes tchadiennes se comporteront face à la population. La société civile avait déjà exigé son départ de la Centrafrique. Le Tchad parviendra-t-elle à faire changer l’idée que les centrafricains se font de ses soldats ? Wait and see !


vendredi 6 septembre 2013

Le Kenya veut se retirer du statut de Rome, fondement du CPI (par Pascal Djimoguinan)


            Le mercredi 5 septembre 2013, la majorité des députés kenyans ont voté pour proposer une loi afin que le pays se retire du statut de Rome, constitutif de la Cour Pénale Internationale (CPI). Ils se sont donné un délai de trente jours pour voter cette loi.
            Depuis les violences post-électorales que le Kenya a connues en 2007-2008, il y a des affaires en cours à la CPI contre William Ruto et Uhuru Kenyatta devenus entretemps respectivement vice-président et président du Kenya. La manœuvre en cours a pour objectif de montrer une mobilisation de la classe politique autour de ses dirigeants, même si en réalité, cela n’aura pas d’effets sur les affaires en cours.
            Le débat au parlement qui a duré 4 heures de temps et qui a été retransmis en direct à la télévision tournait autour d’un argument massif : « La Cour pénale internationale est l’instrument des anciens colonisateurs européens. Le Kenya est une grande puissance en Afrique et ne doit pas abandonner sa souveraineté. » Pour les députés de la majorité présidentielle et leurs alliés, le Kenya devrait se retirer de la Cour pénale internationale parce que même « des grandes puissances comme les Etats-Unis, la Chine, ou encore la Russie, n’ont pas signé le statut de Rome. »
            L’opposition a tenté en vain de se faire entendre. C’est sous des huées que son chef, Francis Nyenze, a déclaré « que ce retrait ferait du Kenya un Etat paria et qu’il s’agissait d’un suicide politique. »
            Le kenya est certainement une grande puissance en Afrique. Elle  votera certainement cette loi qu’elle veut. Plus rien  n'empêche désormais le gouvernement d'écrire au Secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon pour lui notifier l’intention du Kenya de sortir du Statut de Rome.
            L’Afrique sortira peut-être la tête haute de ce bras de fer avec les anciens colonisateurs européens. Désormais, les dirigeants politiques africains auront acquis le droit de tuer en toute impunité leurs citoyens les plus faibles. L’extérieur n’aura pas de mots à dire puisqu’on se tue entre africains.
            Il faudra cependant se demander s’il y a une place pour l’éthique en politique ici en Afrique. Désormais, les franges les plus faibles, sur qui peuvent-elles compter ? Et lorsque s’approche des élections, les populations les plus faibles doivent-elles se réfugier dans les pays limitrophes jusqu’à ce que les plus puissants finissent leur business ? Ainsi Satan conduit le bal !

jeudi 5 septembre 2013

Le mil sera beau dans la plaine (par Pascal Djimoguinan)


            Aujourd’hui, l’exode rural a atteint au Tchad des proportions incroyables. Jusque-là, aucune politique n’arrive à trouver des solutions alternatives. Au contraire, tout semble vouloir encourager les jeunes à partir des villages vers les villes, même s’il n y a pas du travail pour tout le monde.

            Pourquoi vouloir vivre une amnésie et ne pas se souvenir de ce qui a pu marcher autrefois. Dans les premiers jours de l’indépendance, tout un travail d’accompagnement du monde paysan  a été fait avec succès par la JAC (Jeunesse Agricole Chrétienne). Cela a favorisé l’introduction de la culture attelée, avec les progrès qui l’ont accompagnée. Qui se rappelle encore aujourd’hui la fameuse chanson que la JAC a laissée ? Comme souvenir pour les jeunes qui ne la connaissent pas, nous la reproduisons ici :
        
Jeunesse tchadienne

Soyons tous unis

Ta main dans la mienne

Marchons mon ami

 

1 Le mil sera beau dans la plaine

Ami si tu viens avec moi

Unis tous les deux dans la peine

Unis tous les deux dans la joie

2 Pourquoi donc traîner dans la ville

Quand la terre a besoin de toi ?

Pourquoi tes deux bras inutiles

Ami viens aux champs avec moi

3 Ami nous tracerons la route

 De ton village jusqu’au mien

Nous unirons quoiqu’il en coûte

Entre eux les villages tchadiens

4 De l’eau pure en nos calebasses

Chassons au loin la maladie

Près des arbres de la grand-place

Ami nous creuserons le puits

5 Salut ô pays de mon père

Voici que je reviens vers toi

J’avais le regret de ma terre

Je veux vivre et mourir chez toi

mercredi 4 septembre 2013

Les funérailles au Tchad, traits culturels 3 (par Pascal Djimoguinan)


            Au Tchad, lorsque survient un décès, tout devient irrationnel. Les comportements sortent de l’ordinaire. On a l’impression de vivre dans un monde parallèle à celui où on vit habituellement. La seule explication plausible de tout ce changement est que la mort étant elle-même absurde, il faut une autre absurdité pour en sortir. C’est seulement en suivant cette clé de lecture qu’on pourrait trouver du sens aux comportements humains qui accompagnent un décès.

            Si nous avons jusque-là décrit tout avec un calme absolu, c’est tout simplement que nous avons voulu pénétrer au corps de l’irrationalité pour en extraire une signification. En réalité, rien ne se passe exactement comme décrit dans les pages précédentes.

            Dès que le décès survient, tout tend vers l’excès, à commencer par les femmes. Elles expriment leur douleur bruyamment avec des pleurs et en se jetant par terre. Il faut un être assez fort à côté pour les retenir et leur éviter de se faire mal.

            Aussi bien pendant le temps du recueillement (en présence ou sans le corps), toute femme qui arrive pour le première fois à la place où se tient le deuil doit éclater en sanglot, entraînant les pleurs de celles qui étaient déjà présentes. Il y a une sorte de solidarité qui consiste à accompagner la nouvelle arrivante dans ses pleurs.

            Au Sud du Tchad, pour une grande partie des populations, il ne fait pas bon pour un homme de perdre sa femme alors qu’il n’a pas encore payé la dot. Ce serait le comble de la désolation pour lui. La belle-famille viendra avec le corps de la défunte chez le veuf et tant qu’il n’aura pas payé  la dot jusqu’au dernier sou, il ne sera pas procédé à l’inhumation.

            Au cimetière, avant l’inhumation, on assiste à toute une mise en scène où se mêlent la parodie, la mesquinerie, la vengeance et l’hypocrisie. C’est le lieu où toutes les querelles contenues vont s’exprimer avec une violence qui étonnera plus d’un. La violence du décès semble ne pouvoir se résorber que par une autre violence qui remettra les choses à l’endroit.

            Après l’enterrement, la famille se recueillera à la maison familiale transformée en « place mortuaire ». Le durée de ce recueillement dépendra du sexe du défunt : trois jours pour les hommes et quatre pour les femmes.

            Pendant cette période, les cousins croisés passeront leur temps à parodier le défunt dans tout ce qu’il faisait, ce qui mettra une ambiance plus détendue dans l’assistance. Les fils et filles du défunt accepteront toutes les plaisanteries que leurs cousins feront. Il peut arriver que certains se fâchent et gâtent la fête mais cela n’est pas courant.

            A la fin de ces jours, on égorgera soit un mouton, soit une chèvre pour un repas commun avant qu’on donne la permission aux différentes personnes présentes de rentrer chez elle ; c’est le signal de la « dispersion ». Ce sera aussi l’occasion d’une réunion familiale pour voir comment continuer la vie après le défunt.

            La question qu’il faudra se poser est de savoir comment tout ce comportement autour de la mort se maintient alors que d’autres valeurs plus importantes de la culture sont en train de disparaitre. Faut-il se dire en suivant la théorie fonctionnaliste que si toutes ses structures se maintiennent, c’est qu’elles ont une fonction dans la société donc sont utiles ?

mardi 3 septembre 2013

Les funérailles au Tchad, traits culturels 2 (par Pascal Djimoguinan)


            Lors des célébrations des funérailles, pour la grande partie des populations venant du Sud du Tchad, le moment qui va du retrait du corps du défunt de la morgue jusqu’à l’inhumation puis les jours qui suivent sont des moments très forts en sens.

            Lorsque la famille s’est décidée, après consultation, de la date de l’enterrement, le rendez-vous est pris à la morgue à une heure précise. Un cortège se forme autour du véhicule principal transportant le cercueil et tous se dirigent vers la morgue.

            A l’arrivée, un groupe de personnes membres de la famille restreinte entre pour la mise en bière puis le convoi se remet en route pour le domicile familiale du défunt. S’il s’agit d’un croyant, une chorale entonne un chant religieux tout le long du trajet, sinon on n’entend que les pleurs des femmes.

            A l’arrivée du groupe à la concession familiale, un rituel dont les origines se perdent dans la nuit des temps se met en place. Les hommes s’installent dans un endroit séparé de celui des femmes. Les femmes sont placées sur la place centrale de la concession et c’est au milieu d’elles que sera placé le cercueil.

            Ce fait qui semble banal est plus chargé de sens qu’on ne le croit. Toute personne humaine commence sa vie après un séjour d’environ neuf mois dans les entrailles de sa mère. A sa naissance, il évoluera sous la protection des femmes jusqu’à ce qu’il devienne un peu plus autonome. S’il s’agit d’une personne de sexe masculin, il se séparera, symboliquement du groupe des femmes pour rejoindre le groupe des hommes alors qu’une personne de sexe féminin continuera d’évoluer avec les autres femmes. Lorsque la mort frappe, les différences sont abolies. Le corps du défunt retrouvera sa place au milieu des femmes avant d’être réintroduit dans les entrailles de la mère terre. La vie humaine est passage des entrailles de la mère humaine aux entrailles de la mère terre, avec une parenthèse que nous allons la vie active.

            Après un moment de recueillement, avec quelquefois le service religieux, on procède à ce qu’on a pris l’habitude d’appeler la visite du corps. Tous ceux qui sont présents seront invités à passer voir le corps pour la dernière fois, en commençant par la famille la plus proche. Ce sera aussi le moment où tous ceux qui auront acheté « leur linceul » (amercani) le déposeront sur le cercueil. Ce geste est très important car normalement, tous les parents et la belle famille du défunt ou de la défunte se doivent d’apporter ce tissus pour le déposer sur le cercueil.

            Lorsque la visite du corps est terminée, il faudra faire la biographie du défunt ; souvent cela est fait par les collègues du défunt. Après cela, le représentant de la famille prendra la parole pour les annonces.

            Une fois que tout cela a été fait, on prend le cercueil pour le cimetière. Le convoi se remet en marche. C’est toujours le moment le plus émouvant car tout le monde cherche à prendre place dans les différents véhicules, sans tenir compte du nombre de passagers déjà présents. Il n’est pas rare de voir des accidents souvent tragiques survenir sur la route du cercueil. En Afrique, lorsque survient un décès, on est en plein irrationnel.

            Au cimetière, après quelques annonces, on procède à la mise en terre avant de revenir à la maison familiale.

            Après cela, il y aura quelques jours de veillée funèbre dont nous parleront ultérieurement.

lundi 2 septembre 2013

Les funérailles au Tchad, traits culturels 1 (par Pascal Djimoguinan)


            On est étonné en arrivant au Tchad de voir comment pratiquement tous les week-ends sont occupés par les enterrements et les funérailles. Cette activité a pris une importance tellement grande qu’il faudrait s’y arrêter un instant. Sûrement qu’en décrivant les choses, en laissant les choses venir telles qu’elles sont, des interrogations pourrait s’élever…

            Les cérémonies funèbres dans les grandes villes connaissent un léger changement dans leur organisation à cause de la généralisation des morgues. Alors qu’il y a encore quelques années, l’inhumation se faisait dans les heures mêmes qui suivaient le constat du décès à cause de la rigueur du climat qui n’autorisait pas une conservation prolongée du corps, aujourd’hui, on se donne le luxe de garder les corps plus longtemps.

            Lorsque survient un décès, il y a deux possibilités. Le décès peut survenir soit au domicile du défunt soit à l’hôpital.

            Lorsque le décès survient au domicile, il y a toujours la toilette funèbre qui est faite par les parents du défunt (du même sexe).  Après avoir lavé le corps, on le revêt de ses plus beaux vêtements avant de le mener à la morgue.

            Dans les cas d’un décès survenu à l’hôpital, le corps est mené directement à la morgue ; la toilette funèbre est assurée par le personnel de la morgue. Généralement, la famille se réunit pour décider de la date de l’inhumation. Ce jour, toute la grande famille se rend à la morgue pour le retrait du corps. Tous les moyens de transport seront mis à contribution : automobiles, motos, vélo ; certains iront à pied pour pouvoir assister à la mise en bière. La famille se rend donc à la morgue avec le cercueil qui a été acheté au préalable, après concertation et cotisation.

            Un fait important qu’il ne faut surtout pas oublier : un communiqué doit être passé à la radio ; c’est un honneur d’avoir son nom parmi ceux qui font l’annonce. Cela fait qu’un communiqué nécrologique a toujours pour auteurs toute une liste de personnes ; tout le clan y passe. Ceux dont le nom n’est pas cité se sentiront rejetés, sinon négligés dans la famille. Le communiqué est adressé aux parents, même à ceux qui sont dans des endroits où ils ne pourraient pas capter la station qui passe les annonces. Dans l’annonce, on fait toujours mention, parmi les destinataires, du chef de canton et du chef de village du défunt ; qu’importe si ceux-ci sont déjà au courant.

            Une fois que le corps est retiré de la morgue, il est convoyé au domicile du défunt pour un temps de recueillement avant l’enterrement.

            Il ne nous reste plus qu’à raconter comment se déroule ce temps qui va du recueillement à l’inhumation du corps.