jeudi 28 novembre 2013

Centrafrique, cas de figures (par Pascal Djimoguinan)


            La Centrafrique fait enfin la une des médias. Il était temps qu’on s’intéresse à ce pays qui, sombrait doucement, à l’indifférence générale de la communauté internationale. On sait en gros que la France va augmenter son contingent de 800 hommes. Ceux-ci vont se joindre aux 400 déjà sur place pour aider la MISCA à restaurer la sécurité dans le pays. Personne ne sait cependant exactement comment vont se présenter les choses. Il serait peut-être intéressant de se perdre en conjecture et tenter d’imaginer les cas de figures possibles.

            La priorité est d’aider la Centrafrique à sortir de la crise. Selon le porte-parole du Quai d’Orsay, Romain Nadal, « La France est mobilisée pour tenter de parvenir une sortie de crise en République centrafricaine où la situation humanitaire et sécuritaire reste dramatique ». On sait que cette crise est multidimensionnelle et il faudra s’attaquer à plusieurs points en même temps. Comment résoudre les problèmes sécuritaires et humanitaires en même temps sans confondre les différents volets de l’opération qui va se mettre en branle ? Tel est le défi que devra relever la communauté internationale.

            Dans un premier temps, il faudra que l’ONU adopte un projet de résolution que la France présentera la semaine prochaine. Il est clair pour tout le monde que tout doit se faire sous mandat des Nations-Unis. Il faut donc voir ce que cette résolution, qui sera certainement adoptée, propose.

            - Dans un premier temps, ce projet de résolution adresse des messages fermes aux autorités de transition en RCA, afin que les engagements sur la transition politique, les droits de l’Homme et la réconciliation nationale soient tenus et que les élections aient lieu au plus tard en février 2015.     

            - Ensuite faire du rétablissement de la sécurité une priorité. Il faudra que la MISCA (la force africaine en cours de déploiement) puisse disposer d’un mandat robuste. La France apportera son concours à la mission sécuritaire de la force africaine.

            - La MISCA devra être transformée en opération de maintien de la paix sous « casque bleu ».

            - Il y aura un régime de sanctions, notamment contre les individus qui entravent le processus politique, y compris des atteintes aux droits de l’Homme ou l’exploitation illégale des ressources naturelles.

            Si le projet de résolution prend en compte les accords de Libreville et la déclaration de N’Djamena, il faut cependant savoir que cela ne protège pas les auteurs des violations des droits de l’Homme ; certaines violations qui ont été commises constituent des crimes de guerre. Il faut rappeler que la RCA a ratifié le statut de Rome.

            On est donc en droit de se demander si la transition restera telle quelle est aujourd’hui. Peut-être que la justice devra aussi passer par-là ! Ce qui est sûr c’est qu’après l’intervention française, il faudra s’attendre à un nettoyage. Les violations des droits de l’Homme ont atteint un tel niveau qu’on ne pourra pas tout simplement fermer les yeux. Jusqu’où peut-on faire remonter les responsabilités ?


Général Sanogo ou le crépuscule des idoles (par Pascal Djimoguinan)


            La nouvelle a fait le tour du monde. Le général Amadou Haya Sanogo, après avoir été arrêté dans la journée du 27 novembre 2013, a été en fin d’après-midi inculpé et écroué pour assassinats et complicité d’assassinats.

            Le général Sanogo est l’auteur du coup d’Etat qui en renversé Amadou Amani Touré le 22 mars 2012. Ce coup de force avait complètement déstabilisé le Mali et accéléré la mainmise des islamistes sur le pays. Les forces militaires françaises et africaines ont dû intervenir pour restaurer l’intégrité et la souveraineté du pays.

            Le cas de cet officier restait une épine au pied des autorités maliennes. Capitaine au moment du coup d’Etat, il avait été bombardé général de corps d’armée.

            Depuis quelques semaines, le passé essayait de rattraper le général. Après son coup d’Etat, lui qui était béret vert a connu une tentative de contre coup d’Etat le 30 avril par des éléments bérets rouges d’un bataillon proche de l’ancien président. Après l’échec de ce coup de force, des bérets rouges seront arrêtés, torturés, exécutés.

            Le général Sanogo, sûr de sa puissance, refusait depuis trois semaines de répondre à la convocation du juge. Il a fallu toute une opération le mercredi 27 novembre pour l’arrêter. Le quartier ou il habitait a été entièrement bouclé ; des militaires lourdement armés sont venus le chercher chez lui pour le transférer sous bonne garde sur le lieu d’interrogatoire. Au milieu de l’après-midi, il sera inculpé. Il est placé sous mandat de dépôt et pour des raisons de sécurité, son lieu de détention sera gardé secret.


            Le général pourra, au fond de son cachot, méditer sur son destin de météore et savoir qu’un homme, militaire fut-il, n’a pas le droit de prendre tout un peuple en otage et utiliser des exécutions extrajudiciaires comme méthode de gouvernement. L’homme de terre, ses jours sont comme l’herbe, il donne sa fleur, comme la fleur des champs.Qu’un souffle passe sur lui, il n’est plus, son coin de terre ne le reverra plus (Ps 103, 15-16).
 Tous les militaires doivent prendre cela comme un avertissement. Désormais, il n’y a plus de place pour les coups d’Etat. L’armée doit retrouver son rôle de grande muette…



mardi 26 novembre 2013

Et si la Centrafrique m'était contée (par Pascal Djimoguinan)


            Lorsque le 24 mars 2013, les hordes de Séléka se déversaient sur Bangui, pour beaucoup c’était en vue d’instaurer un nouvel ordre. Ce n’était certainement pas parce que les rebelles inspiraient confiance mais tout simplement parce que la population était blasée. Pour tous, il ne fallait que quelques jours pour que la paix et la sécurité soit restaurées sur l’ensemble du territoire.

            Il a fallu vite déchanter. Chaque jour qui passe apporte son lot de souffrance, d’exactions, de violence, de viols, de massacres... L’Etat disparaît de plus en plus et le pays exsangue ressemble de plus en plus à une épave livrée à des charognards.

            Des voix s’élèvent jusqu’à implorer comme une grâce la mise sous tutelle du pays par l’ONU, ou du moins une intervention de la France. Lorsque l’on connait l’histoire du pays, cela est bien grave. Le père fondateur de la Centrafrique moderne, Barthélémy Bonganda à œuvrer toute sa vie pour la souveraineté et l’indépendance de son pays. Il s’est pratiquement tuer à la tâche pour que la Centrafrique soit libre. Qu’est-ce qui a pu bien arriver pour que son pays en arrive à appeler au secours l’ancienne puissance coloniale en sachant qu’il y a déjà eu un précédent qui n’a pas été très honorable. En effet, en 1979 déjà, la France était intervenue directement en Centrafrique en organisant un coup d’Etat pour renverser Bokassa et le remplacer par David Dacko que l’armée française avait ramené à Bangui dans les soutes de ses avions transals.

            Mais quel est le mal à extirper ? Qui faut-il chasser ? C’est vraiment une situation paradoxale où on a de la peine à retrouver son latin. Le président de la Transition est bien entré à Bangui à la tête de la coalition Séléka. C’est lui qui est aujourd’hui au pouvoir. Et pourtant tout le monde se plaint. De quoi se plaint-on ? Difficile à dire parce que la Séléka comme telle n’existe plus (du moins sur le papier). Un décret présidentiel l’a dissoute. Mais alors, qui sont ces ex Séléka dont tout le monde se plaint ? Est-ce des hors-la-loi ? Dans ce cas, il n’y a qu’une seule façon de les traiter. Est-ce l’armée régulière ? Alors pourquoi n’arrive-t-on pas à la cantonner et à la discipliner ?

            L’image qui vient à l’esprit est effrayante et on se dit qu’heureusement l’histoire ne se répète pas. On est tenté de penser au Khmers rouges. Est-ce la politique qui est en train de se mettre en place avec toute cette population qui vit en brousse, loin des villages ? Vers où va la Centrafrique ? Le pays traumatisé est sous la crainte des violences interreligieuses. Cela donne le vertige. Que l’ONU donne son accord et que la communauté internationale ramène la paix et la sécurité dans le pays. On ne peut se payer le luxe de faire perdurer cette situation ! Ce qui est sûr, c’est que cette situation d’insécurité généralisée ne peut durer. Que d’ici la mi-décembre, comme cela semble se confirmer, la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique), appuyée par la France, restaure l’ordre et l’intégrité du pays.

            Il y a également le fantôme de la métastase de ce cancer dans cette région de l’Afrique, déjà assez fragile. Le mal peut facilement se répandre aux autres Etats de l’Afrique centrale. Si on attend jusqu’à ce que cela ait lieu, il sera trop tard pour agir. Cependant, est bien malin celui qui peut déjà dire quel sera le visage de la transition dans les jours à venir.

dimanche 24 novembre 2013

Le Tchad a un nouveau Premier ministre (par Pascal Djimoguinan)


            Le Tchad a un nouveau Premier ministre, M. Kalzeubé Pahimi Deubet, nommé depuis le 21 novembre 2013. Quelques heures auparavant, l’ancien chef du gouvernement, M Joseph Djimrangar avait donné sa démission. Peut-on dire qu’il y aura un changement de politique ? Rien n’est moins sûr !

            L’ancien Premier ministre Joseph Djimrangar avait été poussé à la démission par les caciques de son propre partie. En effet, ceux-ci se préparer à déposer une motion de censure à l’encontre de son gouvernement, entre autre griefs, pour censurer ce gouvernement qui n’est pas capable de mener les réformes nécessaires pour répondre aux attentes du peuple tchadien.

            Dans un premier temps, Joseph Djimrangar était résolu à tenir tête à cette fronde mais il a semblé que les rapports de forces n’étaient pas en sa faveur et que le président n’a pas voulu que cette affaire aille plus loin. Il ne fallait pas rendre public une séance d’auto-flagellation du MPS. Le chef du gouvernement s’est finalement résolu à respecter la discipline du parti en donnant sa démission en Chef de l’Etat tout en disant qu’il ne doutait pas de la confiance que ce dernier gardait en lui. C’était la fin de l’acte I.

            Quelques heures à peine plus plus tard, le terrain était prêt pour que l’acte II commence. Le président Idriss Déby nomme donc Kalzubet Pahimi Deubet qui était en poste à la CotonTchad (organisme d’Etat chargé du coton) où il avait été nommé par decret. C’est donc un économiste qui prend désormais la tête du gouvernement.

            Dès le lendemain, le vendredi 22 novembre une brève et simple cérémonie de passation de service a lieu le matin à la primature. On aurait aimé faire oublier le précédent gouvernement qu’on n’aurait pas agi autrement. « Non licet omnibus adire Corinthum. »

            On se demande bien comment s’écrira l’acte III avec la formation du gouvernement. On s’attend à peut-être à un durcissement du régime. Qui vivra verra ! On n’espère que ce ne sera pas une fois de plus qu’un simple passage par le corridor de la tentation.

samedi 23 novembre 2013

Centrafrique, lu pour vous (par Pascal Djimoguinan)




Cris d’alarme pour la Centrafrique, l’ONU, les Etats-Unis et la France évoquent une situation prégénocidaire » dans ce pays d’Afrique centrale en proie à l’anarchie.


Par Jean Christophe Ploquin

La Croix, Vendredi 22 novembre 2013

Courageux Africains

              Une personnalité remarquable a été récompensée hier par « le prix de la Fondation Chirac. Denis Mukwege est médecin  à Bukavu, ville de la République démocratique du Congo, frontalière avec le Rwanda. Dans cette région déchirée par la guerre depuis plus de quinze ans, ce gynécologue aide des femmes victimes de viols depuis 1999, 40 000 ont été opérées et soignées, le plus souvent pour des actes de chirurgie réparatrice, dans l'hôpital où il exerce. En le distinguant, la Fondation créée par l'ancien président Jacques Chirac soutient une figure emblématique de la société civile congolaise, qui se prend courageusement en charge malgré les exactions auxquelles se livrent des soldats et miliciens de tout bord. Le chaos est entretenu par des hommes d'affaires et dirigeants locaux et internationaux, qui veulent exploiter en toute impunité les richesses de la région.
            À Un millier de kilomètres de Bukavu. une autre société est en train de s'effondrer, malgré l'action de médiateurs, notamment religieux. En République centrafricaine, le président François Bozizé a été renversé il y a sept mois. Depuis, les violences n'ont pratiquement jamais cessé. Les rebelles, venus en majorité du nord et pour la plupart musulmans, pillent des villages, y compris des lieux de culte chrétiens. La terreur provoque des réactions d'autodéfense qui suivent les clivages religieux et ethniques. Les structures étatiques n'agissent plus, laissant la loi du plus fort s'exercer dans une anarchie qui aggrave une situation sanitaire et humanitaire déjà précaire. Ces derniers jours, l'ONU, les États-Unis et la-France ont évoqué un contexte « prégénocidaire » dans le nord-ouest du pays, des mots qui pèsent lourd dans un continent qui a connu en 1994 le génocide des Tutsis et des-Hutus modérés au Rwanda.
    Il faut donc agir. Dans les prochaines semaines, le Conseil de sécurité de l'ONU devrait voter une résolution donnant permission d'intervenir aux forces déployées par les pays voisins, l'Union africaine et la France, qui est prête à renforcer ses troupes déjà présentes. «Encore ! », soupireront certains, lassés ou indifférents vis-à-vis de ces drames africains à répétition. Mais, en Centrafrique comme en RD-Congo ou au Mali, c'est en rétablissant l'ordre, en redonnant une ossature à l'État que la société civile pourra pleinement se prendre en main. La sécurité est une des conditions du développement.


Centrafrique, Nicolas Tiangaye otage ? (par Pascal Djimoguinan)


            Alors que la situation sécuritaire en Centrafrique ne cesse de s’empirer, que les messages les plus alarmistes se succèdent sur le plan international et que le Conseil national de transition (CNT) vient de clore sa quatrième session en émettant des recommandations, le gouvernement du Premier ministre Nicolas Tiangaye est atone et semble ne pas prendre la mesure de la crise qui est en train de se dérouler. A moins qu’il ait été subrepticement mis à la touche !

            Tous se rappelle l’équation qu’il a fallu résoudre à la prise du pouvoir par Michel Djotodia et ses Séléka. Comment, alors que partout dans le monde, on condamne les coups d’Etat et toute prise de pouvoir par la force, accepter la nouvelle situation que le coup de force de la Séléka vient de créer. C’était d’autant plus un casse-tête qu’il y avait sur place les troupes de la Cemac, sensées sinon servir de forces d’interposition dans tout le pays, du moins empêcher que le ville Bangui ne tombe.

            Par un tour de force magique dont l’Afrique a le secret, la Cemac a dû ravaler son amour propre, oublier ses propres recommandations et accepter la situation de fait. Comme dernier sursaut d’orgueil, elle a exigé et obtenu que le Premier ministre Nicolas Tiangaye garde son poste. Ce dernier devait apporter la caution morale au régime qui se mettait en place.

            Seulement, depuis 9 mois, la situation semble s’être aggravée ; on est au bord du chaos. On serait en situation de « prégénocide ». Ce mot, s’il n’a aucune signification juridique, met cependant en garde en faisant savoir que l’irréparable n’est plus très loin.

            On se demande alors ce que fait le gouvernement. Il est peut-être dépassé. Quelle peut alors être la conséquence qui peut être tirée de cette constatation ? Nicolas Tiangaye devrait-il démissionner avec tout son gouvernement ? Serait-ce une solution à cette situation qui prévaut ?

            Il faudrait que les troupes internationales qui se mettent en place s’appuient davantage sur le chef gouvernement car c’est lui qui donne sa « légitimité » à tout le groupe. Son pouvoir doit être renforcé et le travail doit être fait pour que l’ordre constitutionnel se remette ne place.

jeudi 21 novembre 2013

Arche de Zoé, justice des pauvres (par Pascal Djimoguinan)


            Le procès en appel de l’Arche de Zoé est en train de se tenir à Paris, presque dans l’indifférence générale à N’Djamena. Eric Breteau et sa compagne Emilie Lelouch sont en train d’être jugés pour avoir voulu faire venir illégalement en France une centaine d’enfants tchadiens qu’ils avaient présentés comme des enfants du Darfour.

            Tout dans cette affaire semble montrer que lorsqu’on vient d’un pays nanti, précisément de la France, on peut se permettre de faire tout ce qu’on veut en Afrique sans avoir peur de subir la force de la loi dans toute sa vigueur. Cela crée dans beaucoup de pays africains un malaise. Nous pouvons relever plusieurs points que nous inspire ce procès.

- Il est étonnant de constater qu’un français puisse commettre un délit en Afrique mais ne puisse pas y subir les peines lorsqu’il a été jugé. Dans de cas, la meilleure solution ne serait-il pas tout simplement d’éviter de commettre un crime en Afrique ?

- Tout dans cette affaire ressemble beaucoup plus à un cirque qu’à un vrai jugement ; les prévenus peuvent se présenter devant le juge quand ils veulent et tenter de défendre l’indéfendable.

- L’humanitaire a pris un coup et continue d’en prendre dans cette affaire. Peut-on se faire la conception de l’humanitaire comme un désir personnel de sauver des vies à tout prix et tant pis si cela ne cadre pas avec les lois ? C’est une mauvaise publicité pour ceux qui s’engagent au service des démunis et qui œuvrent dans les organismes pour changer la vie de ceux qui souffrent.

- Les fondateurs de l’Arche de Zoé se croient capables de décider qui a telle nationalité et qui ne l’a pas. Pour eux la raison pour laquelle ces enfants ne sont pas tchadiens, c’est qu’il n’y a pas d’état civil là-bas. Rien ne peut donc prouver. On a envie de demander « Prouver quoi ? ». Si on ne peut pas prouver que ces enfants sont des tchadiens, peut-on pour autant prouver qu’ils sont du Darfour ?

            En tout cas, on ne peut pas dire que ce groupe est ce que la France a produit de mieux dans tout ce qu’elle exporte. Il faut éviter de faire du procès des « Zozos » un paradigme de la relation judiciaire entre les pays riches et les pays pauvres.


mercredi 20 novembre 2013

Tchad, monseigneur Matthias Ngarteri n'est plus (par Pascal Djimoguinan)


            L’archevêque métropolitain de N’Djamena, monseigneur Matthias Ngartéri Mayadi n’est plus depuis hier 19 novembre 2013. Il est décédé dans l’avion médicalisé qui l’évacuait vers la ville de Lyon en France.

            Monseigneur Ngarteri était affaibli depuis quelque temps. Déjà cet été, son état de santé avait avait alerté plus d’un mais heureusement, il a pu relativement se rétablir vue qu’il était un homme solide. La dernière alerte date d’une semaine où il a été alité suite à un accident cardio-vasculaire.

            Dès que la nouvelle du décès du prélat a été annoncée, un deuil national de deux jours a été annoncé : les drapeaux sont mis en bernes, les écoles confessionnelles catholiques ont fermé leurs portes, les radios ont interrompu leurs programmes habituels pour passer la musique religieuse et classique.

            Monseigneur Matthias Ngarteri laissera un vide au sein du clergé tchadien. Il avait été ordonné prêtre en 1978 en même temps que son jumeau dans le sacerdoce monseigneur Edmond Djitangar, actuel évêque de Sarh. Monseigneur Ngarteri est le premier évêque tchadien. Il a été tour à tour, l’ordinaire du diocèse de Sarh, puis de Moundou avant de se retrouver dans l’archidiocèse de N’Djamena, poste qu’il a occupé jusqu’à son décès.

            Monseigneur Matthias qui a instauré la restauration de la cathédrale de N’Djamena et la construction d’une basilique à N’Djamena, n’aura pas le joie de voir ces œuvres achevées mais cela peut être vue comme un message d’espérance qu’il laisse au peuple de Dieu.
 
            Par son directeur de cabinet, le président de la République Idriss Déby Itno a présenté ses condoléances à l’ensemble des hommes de Dieu et a salué la mémoire de l’illustre disparu
 


mardi 19 novembre 2013

Centrafrique, grève des magistrats, le début de la fin ? (par Pascal Djimoguinan)


            A la suite l’assassinat d’un haut magistrat Modeste Martineau Bria, ancien procureur de la République, actuel directeur général des services judiciaires et de son aide de camp par les éléments de l’ex rébellion Séléka, les magistrats de Centrafrique ont décidé une grève d’un mois et exigent que la vérité soit faite sur cet assassinat.

            On peut commencer à s’interroger sérieusement quand on sait que depuis quelques jours, la rue est en ébullition parce que la population qui est malmenée depuis le 24 mars, date de l’entrée des éléments de l’ex Séléka dans Bangui tenait de moins en moins sur place et avait commencé à réagir dans la rue.

            Si aujourd’hui les magistrats ont décidé d’entamer un mois de grève pour protester contre l’assassinat de leur confrère et pour exiger que la vérité soit faite sur cet assassinat, il faut s’attendre à ce que, dans les jours qui vont suivre, d’autres groupes s’engagent à la suite des magistrats. Le climat deviendrait alors très vite insoutenable.

            Tout dépendra sans doute de la façon de le gouvernement gèrera ce problème. Saura-t-il être à la hauteur du défi ?

            Il y a déjà le conseil de transition qui se prépare à interpeller quelques membres du gouvernement notamment ceux qui sont chargés de la sécurité et de l’administration du territoire. D’aucuns doutent déjà de l’utilité de cette entreprise d’autant plus qu’ils ont l’impression que ce sont les autorités qui jouent aux pompiers pyromanes.

            Bangui est au bord de l’explosion sociale. L’assassinat de ce magistrat serait-il la goutte d’eau qui ferait déborder le vase ? Les jours qui suivent seront les jours de tous les dangers où tout pourrait arriver.

lundi 18 novembre 2013

Bangui, nouvelle Soweto ? (par Pascal Djimoguinan)


            Le weekend du 16 au 17 novembre n’a pas connu d’exception à Bangui en République Centrafricaine. Avec une régularité de métronome, depuis le début de novembre, la capitale de la RCA connaît des manifestations de protestation à la suite d’assassinats perpétrés par les éléments de l’ex Séléka ; en raprésailles, ces éléments mal intentionnés tirent sur les manifestants et augmentent le nombre des morts.

            Beaucoup se rappellent les images aux heures sombres de l’apartheid à Soweto en Afrique du Sud. On se rappelle les pneus brûlés sur la voie publique lors des manifestations. C’est l’image qui nous revient ces jours-ci lorsque nous nous promenons dans Bangui.

            Tout est parti de l’assassinat d’un magistrat par les anciens rebelles de la Séléka. Le magistrat Modeste Martineau Bria, directeur général des services judiciaires et son aide de camp ont été abattus pour les éléments de l’ex Séléka dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 novembre au quartier Sica II (au centre de Bangui) au moment où ils allaient quitter une buvette. Les assassins, au nombre de deux et venus à moto voulait braquer le véhicule du magistrat. Ils étaient habillés en civile et parlaient arabe ; l’un deux portait un grand boubou.

            Dans la journée du dimanche 17 novembre, le quartier Sica II était sens dessus-dessous. La population de ce quartier du 2ème arrondissement est sortie dans la rue pour manifester contre ce double assassinat. Elle a barricadé l’avenue France et brûlé des pneus pour protester. Il y a eu deux personnes tuées et d’autres blessés par balles lors de ces manifestions.

            On constate que la ville ne compte plus sur les autorités publiques pour assurer la sécurité de la ville. Les populations, abandonnées, pensent que seule la rue leur permettra le mieux d’exprimer leur ras-le-bol.

            Cette colère continue de grandir et la population est encore dans les rues au-delà du weekend. Les éléments des forces de l’ordre tentent de contrôler les événements et d’essayer de maîtriser les manifestants mais il est à craindre qu’il y aura des débordements.

            Il est grand temps d’arrêter de mettre de l’huile sur le feu. Il ne sert à rien de vouloir jouer aux pompiers pyromanes car la situation est en train d’échapper  à tout contrôle. Il faut agir pendant qu’il est encore temps. Les jours sont comptés.


dimanche 17 novembre 2013

Enlèvement d'étrangers, nouveau danger en Afrique ? (par Pascal Djimoguinan)


            Le jeudi 14 novembre, l’information qui se relaie dans la presse internationale est celle-ci : « Le père Georges Vandenbeusch, curé de la paroisse de Nguetchewe dans l’extrême-nord du Cameroun a été enlevé par des hommes armés dans la nuit du mercredi à jeudi. Très vite, les soupçons vont se focaliser sur la secte islamique Boko Haram du Nigéria voisin. Assez rapidement d’ailleurs, une revendication viendra de la part d’un homme se réclamant d’Ansaru, une faction dissidente de Boko Haram, laissant dans la perplexité les spécialistes. Quel que soit l’auteur de cet enlèvement, il faudra désormais repenser le type de présence d’expatriés dans les régions reculées partout en Afrique.

            L’enlèvement du père Georges Vandenbeusch, après l’enlèvement de la famille Moulin-Fournier en Février, semble indiquer que les terroristes sont en train d’adopter un nouveau mode opératoire. Avant, c’était des représentants de l’Occident dans des entreprises ou des organismes officielles qui étaient enlevés. Cette fois-ci, sans doute l’appât du gain facile amène ces gens à se prendre à tout ce qui est occidental, principalement français pour les cas précités. On peut même se demander si des hors la loi, sans appartenir à des groupes bien précis n’aient pas senti le filon et qu’ils s’engagent comme les chasseurs de primes du far West, à la recherche d’occidentaux qu’ils revendraient ensuite à des groupes terroristes islamistes. Désormais, les groupes islamiques savent qu’ils ne pourront plus, comme ils ont pu le faire au Mali pendant un certain temps, prendre des villes et les gérer. La seule possibilité qu’il leur reste est de maintenir l’insécurité dans les régions où ils se trouvent pour pouvoir continuer à vivre. Cela signifie continuer de trafiquer les stupéfiants et prendre des otages européens.

            Le développement de la situation montre que les endroits isolés sont d’une certaine vulnérabilité face à ce genre d’opérations, notamment les paroisses et les presbytères. Les Grandes entreprises seront de plus en plus protégées, laissant les missions à la merci de ces brigands de grands chemins. Il faudra rapidement résoudre une contradiction qui naît de cette situation. Ou bien protéger toutes les églises et presbytères, rendant ainsi inaccessibles ces endroits qui, par essence, devraient être des lieux ouverts à tous et alors réduisant les fruits de la pastorale pour protéger les expatriés, ou bien demander à tous les expatriés de quitter les régions où il y a un risque (et cela semble être la solution que voudrait adopter la France puisque l’ambassadrice de la France, lors d’une tournée à Maroua aurait demandé aux français de quitter la région). Cela ferait le jeu des terroristes parce que ces endroits, déjà isolés, n’auraient pas un regard extérieur pour observer ce qui s’y passe. Ces régions deviendraient alors des lieux de non-droit, loin de tous les regards. Les islamistes pourraient alors se développer et se fortifier pour frapper plus tard. Il y a dès lors un nouveau défi qui s'exprime dans les termes suivants: comment ne pas alimenter le terrorisme?
            La naïveté pourrait faire croire que cela ne sera qu’un phénomène circonscrit au nord Cameroun. Il y a une crainte pour une généralisation de ces phénomènes dans toute l’Afrique, en commençant peut-être par la zone Sahélienne mais se propageant partout, tel le cancer. Il faut donc agir sans attendre qu’il y ait métastase.

vendredi 15 novembre 2013

Insécurité à Bangui : pas de répit (par Pascal Djimoguinan)


            Le mois de novembre semble connaître un regain dans les exactions à Bangui. Tout semble aller vers le retour de l’insécurité après un temps d’accalmie qui a suivi les débuts du désarmement fait par la Fomac. Comment interpréter tout cela si on voit que concomitamment, se développe l’idée des élections en février 2015. Est-ce vraiment fortuit ?

            Depuis le début du mois de décembre, les weekends semblent être à Bangui le moment de tous les dangers. Nous avons donc connu le premier weekend du 1er ai 3 novembre, des incidents à Bazanga dans le 5ème arrondissement et à Miskine dans le 8ème, avec mort d’hommes. Le deuxième weekend a connu des incidents à Miskine, des tirs d’armes automatiques avec pour conséquence la mort entre autres d’un ex aide de camp de Bozizé. Dans la nuit du 11 ay 12 novembre, des vols de motos avec utilisation de grenades défensives qui auraient provoqué la mort de 2 personnes à Castor.

            La population supporte de moins en moins ces braquages, exactions et violences. Elle n’hésite plus à ériger des barricades sur la voie publique, à brûler des pneus et à jeter des pierres contre les forces de l’ordre.

            De plus en plus, ce qui reste de confiance de la population envers la police et la gendarmerie est en train de s’éroder et il est à craindre qu’on arrive à une anarchie, prélude d’une explosion populaire.

            Il est étonnant que, malgré la détérioration de la situation, on ne cherche pas une solution qui ramènerait totalement la sécurité dans la ville. Il faudrait que les autorités disent où elles en sont avec les opérations de cantonnement et de désarmement. D’où viennent les ex séléka qui continuent à semer le désordre, la mort et le chao ?

            Faut-il croire si à la suite de la réunion du Groupe international de contact pour la mise en œuvre des accords de paix du 11 janvier pour une sortie de crise tenue le vendredi 8 novembre en présence du président du Congo Denis Sassou Nguessou, il a été décidé que les élections présidentielles et législatives auront lieu en février 2015 pour doter le pays de nouvelles institutions démocratiques ?

            La priorité pour la population aujourd’hui, c’est qu’il y ait hic et nunc la paix et la sécurité. Que tous les groupes réfléchissent à cela parce que tout le processus politique qui suivra dépend de cette condition.

            Il faut savoir que la Centrafrique a un nouveau code électoral ; le Conseil national de transition (CNT) l’a adopté cette semaine et le Chef de l’Etat l’a promulgué. On sait désormais que le prochain président sera élu pour un mandat de de cinq ans renouvelable une fois et que tous les responsables de la transition ne pourront briguer la magistrature suprême !

Centrafrique : Bangui ou Bagdad ? (par Pascal Djimoguinan)


            Bangui présente ces jours-ci, son pire visage. Tout le progrès sur le plan sécuritaire qui a été fait ce dernier temps semble s’être totalement évaporé. On se croirait dans une jungle où une bande de prédateurs est lâchée, prêt à s’abattre sur tout ce qui bouge. On se croirait dans les jours les plus chauds de Bagdad où les morts se comptaient par milliers.

            Dans cette montée de l’insécurité qui revient, un nouveau point semble avoir été atteint dans la journée du mercredi 13 novembre. Faudrait-il y voir la direction que prendront les événements dans les jours à venir ?

            Dans la journée du 13 novembre, les quartiers Fatima et Petevo semblent avoir pris la relève. L’insécurité qui n’y était jusque-là que dans un état latent pendant que les choses chauffaient surtout à Miskine, Combattant et Castor a connu un réchauffement brusque.

            Tous les indices semblent indiquer que le point de départ serait l’enlèvement d’un jeune du quartier Fatima par d’ex rebelles de la Seleka. Cela aurait poussé la population à bout. Mécontente, elle aurait érigé des barricades et brûlé des pneus. Un pic aurait été atteint lorsque le président de la transition qui passait par-là pour se rendre à une cérémonie aurait été hué. Après ce  passage, d’ex rebelles seraient revenus et auraient ouvert le feu sur la population.

            La suite montre une progression dans la détérioration de la situation qui augure de mauvais jours à venir.  Les éléments de la Fomac qui ont voulu s’interposer, ont été pris pour cible par les ex Seleka. La Fomac se serait retirée en laissant le champ libre. La panique s’est alors emparée de la population et beaucoup aurait quitté le quartier. Les ex rebelles se seraient retirés tard, laissant place à un calme précaire.

            Cet incident montre que ce qui restait encore comme autorité dans cet Etat en pleine décomposition est en train de se détériorer gravement. Le président de la transition est considéré par la population comme celui qui a amené les Seleka dans Bangui et de plus en plus, la population n’assimile carrément à ces fauteurs de troubles. Ce qui est plus inquiétant, c’est que les ex rebelles s’en prennent à la Fomac. Jusque-là, la Fomac était la seule force capable de ramener le calme dans la ville. Si les ex rebelles commencent à s’en prendre à elle, cela signifie que nous allons connaître dans les jours à venir une aggravation de la situation. Il faudrait que la communauté internationale en prenne conscience et prenne une décision avant que cela n’arrive. Les minutes sont désormais comptées. En attendant, la question est de savoir ce que nous réserve le prochain weekend. On croise les doigts!!! En attendant, on espère pas qu'un jeu d'échec va s'engager sur le plan international pour savoir s'il faut s'occuper de la Somalie ou de la Centrafrique. Il faut prendre conscience du danger et ne plus commettre la même erreur qu'au Mali en sous-estimant la menace.



samedi 9 novembre 2013

Liberté de presse au Tchad, nouveau souffle ? (par Pascal Djimoguinan)


            Ce jeudi 7 novembre, lors de la visite de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU au Tchad, le président Idriss Deby a tenu un discours qui a étonné plus d’un après les démêlés que le gouvernement tchadien a eu avec la presse ce dernier temps.

            Il faut remarquer que le fait nouveau qui a sans doute influencé l’affirmation du président tchadien est sans doute le climat général de colère et de révolte causé par l’assassinat des deux journalistes de RFI, Ghislain Dupont et Claude Vernon au Mali le samedi 2 novembre 2013 et de la prise de conscience qui l’a suivi.

            Idriss deby a profité de la présence de Ban Ki-moon pour présenter ses condoléances à la France et au Groupe RFI. Il a encouragé les journalistes à « continuer de rechercher la vérité partout où elle se trouve ». Le président tchadien a eu un mot très fort à l’endroit de la presse en déclarant : « Un monde sans presse est comme un corps sans âme. »

            Le monde de la presse au Tchad a accueilli ses affirmations avec optimisme. Ce n’est pas la première fois que le président tchadien a fait des affirmations aussi fortes en faveur de la presse, notamment lors de sa prise de pouvoir en 1990 et qui a été suivie par l’essor de la presse privée dans la pays.

            Il faut espérer que ce qui a été dit soit suivi d’effet et que le Tchad suive dans les faits la déclaration de son président en favorisant la liberté de la presse.

 En 2013, le Tchad a été classé 121ème sur 179 dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. Si jamais le Tchad accepte de laisser les journalistes faire leur travail, nous pourrions dire que ce serait le meilleur hommage rendu à Ghislaine Dupont et à Claude Verlon.

jeudi 7 novembre 2013

Aujourd'hui, Albert Camus aurait eu 100 ans (par Pascal Djimoguinan)


            Il y a 100 ans, le 7 novembre 1913, naissait Albert Camus en Algérie (l’actuel Annaba). Il ne connaitra pas son père qui meurt une année après sa naissance ; celui-ci, blessé à la bataille de Marne en septembre 1914, mourra à l’hôpital militaire de Saint-Brieuc à l’âge de 28 ans. Le jeune Albert sera donc élevé par sa mère Catherine Sintes qui est d’origine espagnole et surtout par sa grand-mère et par un oncle, grand lecteur de Gide.

            Très vite, Camus se trouvera confronté à la vie et côtoiera la misère dans les rues d’Alger, dans le quartier populaire de Belcourt. Sa mère qui ne sait pas lire fera le ménage pour les nourrir, son frère Lucien et lui.

            Albert Camus étudia la philosophie. Il fait sa licence à la faculté d’Alger et prépare son diplôme d’études supérieures à la faculté d’Alger. A cause de la tuberculose qu’il a contractée, il ne pourra pas faire l’agrégation et être professeur comme il le voulait.

            C’était un homme engagé, qui n’arrêtait pas de dénoncer toute forme d’injustice ; on le retrouve dans la plupart des combats de son temps (résistance par la presse, dénonciation de la justice sommaire d’après la seconde guerre mondiale, dénonciation des massacres de Madagascar, fait un appel en faveur de communistes grecs condamnés à mort, démissionne de l’Unesco qui a admis l’Espagne franquiste, proteste contre la répression soviétique en Hongrie, lance un appel pour une trêve civile en Algérie, invite les intellectuels à protester à l’ONU.)

            Camus est un grand romancier ; il est surtout connu pour l’étranger, La peste, le mythe de Sisyphe (un essai), La chute. Le 10 décembre 1957, il obtient le prix Nobel de littérature « pour l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes ».

            Camus trouvera la mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960.

            Albert connu était surtout connu pour son humanisme qui se déploie comme une prise de conscience de l’absurdité de la condition humaine. Face à cette absurdité, il faut apporter une réponse qui consiste en la révolte ; cette révolte doit conduire à l’action et cela donne ainsi un sens au monde et à l’existence.
« C'est cela l'amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.  » Albert Camus, Les Justes
 

mercredi 6 novembre 2013

Le M23 ou le bouchon qu'on pousse trop loin (par Pascal Djimoguinan)


            Le mardi 5 novembre 2013 est pour l’armée de la République démocratique du Congo une grande date à écrire en lettres d’or. Elle marque sa victoire historique sur le M23. Ce mouvement rebelle, maintenant en déroute, veut se transformer en parti politique et arracher un accord qu’il n’a pu signer à temps, faute d’anticipation politique.

            Le M23 a eu son temps de gloire lorsqu’il était en position de force et a pu prendre la ville de Goma. Il n’a malheureusement pas su tirer les dividendes de cette victoire. Il faut dire qu’il lui manquait une vision politique réelle qui lui aurait servi à négocier avec Kinshasa et s’affirmer sur l’échiquier politique congolais. Comme le dit un adage Africain, le M23 « avait les yeux plus grand que le ventre ». Il s’est attribué une importance qui était très loin de sa valeur réelle. C’était une rébellion locale qui s’est laissé tromper par une victoire éphémère au point de vouloir jouer dans la cour des grands au niveau national. Peut-être aussi le M23 a péché pour n’avoir pas su se trouver une homme politique de grande valeur.

            Désormais les cartes vont être redistribuées. Kinshasa, prend le temps de Goûter cette victoire qui s’est fait longtemps attendre. Ainsi le gouvernement peut affirmer par son porte-parole Lambert Mende Omalanga : « « Nous sommes allés à Kampala pour écouter les griefs de nos compatriotes qui sont au M23. Ça ne leur donnait aucune légitimité. On ne peut pas, étant une force négative, signer des accords avec un gouvernement. Je pense que tous nos partenaires de la communauté internationale sont d’accord avec ce point de vue et c’est donc une simple déclaration qui sera signée, pas un accord. »

            On se demande si cette défaite militaire du M23 ne va pas se transformer en défaite politique.  En tout cas, ce mouvement n’aura que ses yeux pour pleurer de n’avoir pas été capable de voir le vent tourner. En effet, les choses ont vraiment commencé à changer quand les Nations-Unis avaient décidé de mettre sur place une force militaire avec un caractère offensif ; c’est ce qui a tout transformé.

            Une mise en garde a été adressée à tous les groupes rebelles qui combattent à l’Est de la RDC. Ils doivent négocier ou connaîtront le rôle du M23.

            Cela amène à s’interroger sur le rôle que jouent les différents groupes rebelles en Afrique. C’est connu qu’ils règnent partout par la peur et par la violence. Ils ont été tolérés très longtemps. N’est-il pas temps qu’on pense beaucoup plus au politique. Toute rébellion est suivie de son cortège de malheurs que sont les fermetures d’écoles et de dispensaires, les réfugies et les déplacés de guerres, les viols, etc.
            La question intéressante est de savoir comment arriver à mettre en place une structure qui puisse accompagner et favoriser l’éclosion d’une société vraiment démocratique. Il existe, çà et là, sur le continent des instituts universitaires qui enseignent les droits de l’homme, la recherche et le maintien la paix. Il faudrait peut-être aussi penser à la formation au leadership

mardi 5 novembre 2013

Savoir se protéger des tous les dangers d'intégrisme (par Pascal Djimoguinan)


            Les événements actuels nous font prendre conscience du danger de tout intégrisme. Pourtant, nous nous étonnons de son omniprésence. La grande question est souvent de savoir comment cet intégrisme semble faire si bon ménage avec la rationalité. Comment pourrions-nous en protéger ?

            Il nous faut d’abord prendre conscience que l’intégrisme est le maître de l’esquive et du déguisement. Elle donne l’impression de n’être que religieux mais on la trouve partout, dans tous les aspects de la vie. On peut même dire que le racisme est aussi une forme d’intégrisme.

            Il faut se rendre compte que l’intégrisme est pervers. Il agit selon une logique qui lui est propre et qui consiste à renverser la vision des choses.

- L’intégrisme commence à enfermer ses adaptes. Ainsi, on un petit groupe qui seul, parvient à garder la pureté de la doctrine ou de l’espèce.

- Ensuite, l’intégrisme se crée une doctrine de victimisation. Tous les autres sont contre le groupe. Les gens de l’extérieur cherchent à envahir le groupe et à le détruire.

            Une fois que l’on a intégré ce double aspect propre à l’intégrisme, on applique la fameuse stratégie qui dit que la meilleure défense est l’attaque. Après la première phase de sa constitution, tout intégrisme passe à l’étape du prosélytisme violent. On attaque tout ce qui est étranger.

            Beaucoup s’étonnent que l’intégrisme se développe alors que la rationalité n’est pas absente. En fait, cela n’est pas du tout étonnant. L’intégrisme est bien rationnel. Ce qui lui manque, c’est d’être raisonnable.

lundi 4 novembre 2013

Insécurité à Bangui : quelle solution (par Pascal Djimoguinan)


            La ville de Bangui a connu pendant le weekend du 1 au 3 novembre une montée de fièvre. Deux quartiers, Bazanga dans le 5ème arrondissement et Combattant dans le 8ème, ont été secoués par des événements qui auraient pu se transformer en une situation d’insurrection

            A Bangaza tout serait parti d’un général de l’ex Séléka, le général Zakaria, qui a cherché à construire un mur autour de sa maison. Cette construction allait obstruer une ruelle menant à la route principale. La population qui a voulu protester a été prise à partie par le renfort appelé par le général qui ouvert le feu. Il y aurait deux blessés graves par balles, selon la gendarmerie.

            A combattant, tout se serait produit à la suite d’un incident dans un bar dansant. Deux ex Séléka auraient menacé des jeunes qui ne se sont pas laissé faire. A suivi un lynchage ; par la suite des coups de feu auraient été tirés.

            Il faut se rendre compte que ces scènes ont tendance à se multiplier dans Bangui. La population, excédée par toutes les exactions, ne veut plus se laisser faire. Les autorités doivent prendre conscience de ce fait nouveau et œuvrer à ce que la sécurité revienne rapidement pour éviter que l’on ne se retrouve dans une situation d’insurrection.

            Jusque-là, à la suite de tous ces événements, la Fomac a réagi avec célérité et permis ainsi de faire revenir la sécurité.

            On se demande où en est le cantonnement car on ne comprend pas comment des éléments de l’ex Séléka continuent de semer le désordre dans les quartiers. La priorité est que la ville soit sécurisée pour éviter d’amener la population à bout.

dimanche 3 novembre 2013

Hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon (par Pascal Djimoguinan)


            Encore une fois, les forces du mal ont frappé. Sous les cendres de Kidal, au Nord-Ouest du Mali, couve l’extrémisme qui n’a pas hésité à s’exprimer. Ils ne veulent pas que l’information puisse voyager. Ils ont voulu tuer son messager.

            Il n’est pas étonnant que tous ceux qui veulent cacher quelque chose ne veuillent pas de journalistes à côté. L’obscurantisme ne veut pas de lumière. Mais saurait-on cacher la lumière ? Est-il possible de l’emprisonner ? Tout comme il est impossible de cacher la vérité, il est impossible d’interdire l’information. L’histoire en est témoin.

            Ghislaine et Claude ont été tués mais d’autres journalistes se lèveront et la vérité germera.

            Ghislaine et Claude, vos visages dans la poussière, vous voilà morts chers amis, mais d’autres visages s’éclaireront et se mettront au service de l’information.

            Que vos âmes reposent en paix !


samedi 2 novembre 2013

Tchad, vers une nouvelle armée : le droit humanitaire (par pascal Djimoguinan)


            Selon un communiqué du CICR datant du jeudi 31 octobre, le Comité international de la Croix-Rouge, en coopération avec l’armée tchadienne, vient d’achever la formation d’un millier de militaires tchadiens en droit international humanitaire. C’est sans doute une prise de conscience que désormais, il ne suffit pas de savoir manier la kalachnikov pour être un bon militaire. Il faut en plus de cela avoir une tête bien faite et les autorités tchadiennes semblent avoir retenu la leçon après leur tentative infructueuse de mettre un général tchadien à la tête des forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
            La formation qui a duré 5 jours a eu lieu au centre d’instruction de Loumia et permis aux militaires de se familiariser d’une part avec les notions de bases du droit international humanitaire, à savoir comment limiter les effets des conflits armés en protégeant les civils et les blessés dans un effort pour restreindre les moyens et les méthodes de guerre et d’autre part avec les règles d’engagement applicables aux forces armées dans les opérations de maintien de paix.

            Le chef de la délégation du CICR au Tchad, Linh Schroeder a déclaré à propos de cette formation que « le participants ont été sensibilisés aux conséquences humanitaires découlant des opérations militaires qu’ils auront à mener sur le terrain. Des sujets aussi importants que  la protection des civils  dans les conflits armés ont pu être abordés ».

            Cette mission vient à point car les militaires tchadiens, si jusque-là, on ne pouvait nier leur courage lors des engagements militaires, avaient la fâcheuse tendance à croire qu’on pouvait résoudre tous les problèmes avec le fusil et la baïonnette. Ainsi dès que les combats prenaient fin et qu’il fallait assurer le maintien de paix, faire le travail de la police, les militaires tchadiens se transformaient tout simplement en forces prédatrices.

            Ces militaires ainsi formés seront envoyés au Mali et en Centrafrique. Il faut espérer qu’après cette formation, ils comprendront mieux ce qui est attendu d’eux et qu’ils aideront  aux opérations de sécurisation et de maintien de paix dans les régions qui ont connu la guerre.