samedi 21 avril 2018

Déclaration des évêques de la Conférence Episcopale du Tchad


            Frères et sœurs tchadiens,
« La paix soit avec vous » (Jean 20,19).
            Par cette salutation, le Christ ressuscité nous fait le don de la Paix que nous sommes chargés d’annoncer au monde comme pasteurs. Nous prions chaque jour pour cette paix qui est certes un don de Dieu mais constitue aussi une œuvre que nous sommes appelés à construire dans la justice.
            Réunis en session ordinaire du 12 au 19 avril 2018 à N’Djamena, au siège de la Conférence Episcopale, nous avons échangé sur la vie de l’Eglise et de la société. Notre rencontre se tient à un moment où le pays traverse une crise sociale dont il n’est pas encore totalement sorti. C’est dans contexte difficile qu’un projet de réforme des institutions est mis en œuvre. Et de ce fait nous constatons que ce projet ne reçoit pas l’adhésion de l’ensemble des citoyens.
            Ces deux situations nous préoccupent et nous amènent à prendre notre responsabilité de pasteurs.
            Comme Eglise, nous avons réfléchi sur notre engagement dans le service de la charité et du développement. Nous avons aussi examiné les interventions des unes et des autres dans le domaine de la promotion humaine mais force est de constater que la pauvreté grandit de plus en plus et que de graves violations des droits humains fondamentaux se généralisent.
            Nous avons pris toute la journée du 13 avril 2018 pour réfléchir sur la pratique de la Diya. Cette pratique se révèle être contraire à la volonté des Tchadiens exprimée dans la Constitution de 1996 qui stipule dans son préambule : « Nous Peuple Tchadien : affirmons par la présente Constitution de notre volonté de vivre ensemble dans le respect des diversités ethniques, religieuses, régionales et culturelles ; de bâtir un Etat de droit et une Nation unie fondée sur les libertés publiques et les droits fondamentaux de l’Homme, la dignité de la personne humaine et le pluralisme politique, sur les valeurs africaines de solidarité et de fraternité ».
            La pratique de la Diya divise les Tchadiens, compromet la paix sociale et les efforts faits pour restaurer l’Etat de droit, et ruine l’économie des communautés.
            C’est pourquoi nous demandons aux autorités compétentes que cette pratique ne soit pas imposée à une communauté où elle n’est pas de tradition et même dans les communautés où elle est reconnue, que son application soit très encadrée. Nous leur demandons aussi de restaurer l’autorité judiciaire et de dissoudre les accords intercommunautaires pris pour l’application de la Diya car cette pratique développe des rancœurs  intercommunautaires.
            Concernant la vie politique, nous exprimons notre inquiétude sur la manière dont le processus d’institution de la IVème République au Tchad se déroule. Ce processus, comme beaucoup le craignent, risque de fausser gravement les règles du jeu démocratique car il porte en germe une grave division des cœurs entre les citoyens. En plus de la divergence dans la classe politique sur le sujet, nous notons qu’une grande partie de la population tchadienne ignore complètement ce qui se passe.
            Un changement fondamental de cette nature devrait se faire dans le respect de la Constitution qui dit dans son article 224 : « La révision de la Constitution est approuvée par référendum ».
            Nous sommes conscients que notre déclaration peut être diversement interprétée, mais nous sommes poussés par l’amour que nous portons pour notre pays et le sens de notre responsabilité de pasteurs.
            Nous tenons à encourager les responsables politiques et administratifs, les acteurs sociaux et les leaders religieux, à continuer d’œuvrer pour la paix et la concorde sans oublier la population.
            Aux chrétiens ainsi qu’aux personnes de bonne volonté, nous demandons de garder au cœur l’espérance, car l’espérance ne déçoit pas.
            Que Dieu bénisse le Tchad !

N’Djamena le 19 avril 2018.

+ DJITANGAR GOETBE Edmond, archevêque de N’Djamena et administrateur apostolique de Sarh, Président de la CET
+ Jean-Claude BOUCHARD, évêque de Pala
+ Sébastien MIGUEL, évêque de Laï
+ Rosario Pio RAMOLO, évêque de Goré
+ Joachim KOURALEYO TAROUNGA, évêque de Moundou
+ Henri COUDRAY, vicaire apostolique de Mongo
+ Martin WAINGUE BANI, évêque de Doba.




samedi 31 mars 2018

Message de Pâques 2018 de l'Archevêque de Bangui


MESSAGE DE PÂQUES 2018, à la communauté chrétienne de Bangui, aux hommes et femmes de bonne volonté
« Car si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne. » Rm 6, 5
Chers frères et sœurs, Et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté, En cette Nuit sainte où tout culmine, l’Eglise célèbre, dans la joie, la résurrection de son Seigneur : c’est la Pâques, le couronnement, la clef de lecture de l’histoire du salut. Aujourd’hui, par toute la terre, retentit l’annonce de cette Bonne Nouvelle : Jésus-Christ est ressuscité, alléluia !
Avec Marie, les anges et les saints, célébrons l’aboutissement de notre longue marche dans le désert à la suite du Seigneur. La route a été longue, exigeante et parsemée d’embûches : notre prière insistante, nos justes privations, notre pénitence profonde et sincère et notre partage authentique, nous permettent aujourd’hui, par l’action de l’Esprit Saint, de contempler la lumière de la résurrection du Seigneur, la lumière de notre résurrection.
Oui, pendant les 40 jours qu’a duré le temps de carême, en famille spirituelle et domestique, en mouvements, fraternités, groupes de prières, communautés voire en paroisses, nous avons mené le combat spirituel et marché résolument jusqu’au Calvaire. Au moment où nous pensions que tout était perdu, au plus profond des ténèbres, à l’heure la plus âpre du combat, pour nous : « Fiat lux ![1]  » : la lumière a jailli et, 1 Que la lumière soit ! Gn 1, 3. 2 progressivement, elle s’est répandue dans toute l’église, dans tous les cœurs, sur toute la terre. Libérés de l’esclavage de la mort et du péché, nous sommes dorénavant filles et fils de Dieu ! Nous sommes les disciples du Ressuscité ! Une telle annonce ne met-elle pas en mouvement ?
Rentrant du tombeau vide, lorsque Marie Madeleine annonça à Pierre et au disciple que Jésus aimait que la pierre tombale avait été déplacée, n’y accoururent-ils pas[2] ? Ce fut une course non pas vers la mort mais vers la vie, la vie en plénitude. Nous aussi, en famille, courons vers Celui qui éclaire nos vies et habite plus que jamais notre histoire. Accueillons la lumière de son Esprit, elle qui, en nous faisant comprendre la richesse du mystère que la liturgie célèbre, fonde plus que jamais notre joie et notre dynamisme.
Avec le Christ, en famille, entrons dans la dynamique de la Pâques !
 La liturgie de la Pâques recèle une portée mystagogique insoupçonnée : elle nous introduit vraiment dans le mystère le plus intime de Dieu et de l’Homme. Du Jeudi Saint au Dimanche de Pâques, nous pouvons apercevoir que la famille est témoin privilégié des hautes œuvres divines pour le salut du monde.
Le Jeudi Saint évoque la Cène, l’institution de l’Eucharistie : il s’agit d’un repas réunissant autour de Jésus sa famille. Le Seigneur choisit le repas, l’une des réalités humaines et familiales les plus éminentes, pour en faire la source et le  sommet de la vie de toute l’Eglise. Il nous montre ainsi qu’au cœur de nos familles, le repas communautaire tient une place de prédilection : il est un moment de communion, de partage, de face-à-face sincère, d’échanges fructueux. Et encore, il nous enseigne que le repas eucharistique est l’âme de la nouvelle famille à laquelle la foi nous fait appartenir.
« Vous ferez cela en mémoire de moi3[3] » dit-il, injonction qui nous remémore le rituel de la Pâque juive. À chaque vigile de la Pâque juive, pendant le repas, le père de famille présidant la table se doit de répondre à la question posée par son plus jeune fils de savoir le sens de l’événement liturgique en question[4]. Il s’agit du repas commémorant le passage de l’esclavage à la liberté. Je voudrais m’appuyer sur le devoir du père de la famille dans la Pâque juive pour rappeler aux pères et mères, aux responsables de mouvements, fraternités et groupes de prière qu’il leur incombe de transmettre à leurs enfants la mémoire vivante des œuvres du Seigneur autant au sein de l’Eglise domestique que des familles spirituelles.
Dans notre Pâques, il s’agit aussi d’un repas de passage, mais le passage de l’esclavage de la mort et du péché à la vie d’enfant de Dieu. Chaque Eucharistie qui en est l’expression la plus forte l’actualise et signifie que Jésus vit et agit en nous.
Enfin, dans le récit des préparatifs de la Cène[5] , nous pouvons apercevoir le dynamisme et le sens du service régnant dans la famille de Jésus. En effet, pour que le repas pascal ait lieu, les disciples déployèrent une certaine activité : réservation du lieu, l’aménagement de la salle... Dans la fresque qui traditionnellement représente la Cène, nous voyons Jésus qui, de par sa position centrale, celle du chef de famille, distribue le pain et le vin et en donne le sens spirituel. Dans l’évangile selon Saint Jean[6], c’est le jour où il lave les pieds de ses disciples montrant que le service est la règle d’or de la vie dans la famille de Dieu. En somme, la dimension familiale caractérisant le Jeudi Saint préfigure déjà en quelque sorte la solidarité de Jésus et des siens dans sa passion.
En effet, le Vendredi Saint n’est rien d’autre que l’accomplissement du mystère que le Jeudi Saint symbolise. Ce jour-là, par sa mort sur la Croix, Jésus réalise l’offrande de sa vie que les paroles de la Cène traduisent. La couleur liturgique du Vendredi Saint est le rouge, symbole de l’Esprit qui unifie et vivifie voire encore du sang versé pour la multitude : c’est le sang de Jésus-Christ qui consolide les liens dans sa nouvelle famille. Le Vendredi Saint nous fait penser à la réalité de la mort.
 En mourant sur la croix, Jésus partage toute la condition humaine à l’exception du péché. Il nous montre ainsi que la mort n’est pas la fin de tout mais, au terme de notre vie menée dans la foi, l’espérance et la charité, nous entrons dans la vie de Dieu. Jésus n’a pas banalisé la mort. Bien au contraire il en a éprouvé la souffrance lui qui a pleuré le décès de son ami Lazare[7]. Cela nous rappelle la signification forte de la célébration des funérailles dans notre société. Ce sont des occasions où les liens se resserrent, où la compassion et la miséricorde se manifestent dans toute leur force : la famille proche et lointaine, les amis, c’est tout le monde qui vient pleurer et partager la peine de la famille éprouvée.
Frères et sœurs,
Le Vendredi Saint devrait questionner notre comportement et notre manière de célébrer la mort aujourd’hui. Car, malheureusement il arrive qu’ici et ailleurs nous banalisons la mort au point de ne plus en percevoir la sacralité. La figure de Tobith peut nous être une occasion d’avoir une attitude chrétienne vis-à-vis de la mort, attitude faite de compassion et de solidarité : Tobith est ce père de famille pieux et charitable qui ensevelissait les morts abandonnés[8]. Ce faisant, il accomplissait déjà la prédication paulinienne selon laquelle : « soit que nous mourons, soit que nous vivons, nous appartenons au Seigneur[9] ».
Le Vendredi Saint nous fait encore penser au grand silence inhérent à la mort de Jésus : dans le silence de la croix, Dieu nous exprime tout son amour pour nous. La liturgie du chemin de croix nous montre que Jésus n’est pas seul dans sa passion. Il est conduit jusqu’au bois victorieux accompagné par la prière et la tristesse de sa famille représentée par Véronique, Simon de Cyrène[10], les femmes de Jérusalem[11], celles qui l’accompagnaient souvent[12], le disciple qu’il aimait tant et Marie, sa mère. C’est la sainte Vierge, Notre Dame des Douleurs, qui recueille dans ses bras son Fils défunt comme l’illustre merveilleusement la Pietà de Michel-Ange. Elle symbolise tout notre amour et notre proximité pour Celui qui s’est fait solidaire de nous de tout à l’exception du péché. C’est sur la croix que naît la nouvelle famille de Jésus : à l’instar du disciple que Jésus aimait, dorénavant, il nous incombe de prendre Marie chez nous[13], de faire communauté avec Dieu.
La grande extension de la famille nouvelle que Jésus instaure est mise en évidence dans la liturgie du Samedi Saint. C’est la « nuit de la nouvelle création[14] » marquée par le symbolisme de la lumière et de l’eau. En effet, la célébration débute dans le noir. Puis le Cierge pascal et les lumignons que nous portons en marchant vers le chœur colonisent progressivement les ténèbres pour les évincer définitivement dans la proclamation de l’Exultet : c’est la proclamation de la résurrection. Nous parcourons alors toute l’histoire du salut de la Genèse à l’Apocalypse, l’histoire de l’Alliance de Dieu avec les hommes. La famille de Dieu regroupe le peuple d’hier et celui du ciel dont la prière et le témoignage éclairent notre présent et orientent notre espérance. Dans la nuit du Samedi Saint, en procédant à la célébration du baptême, l’Eglise manifeste effectivement l’avènement des temps nouveaux ainsi que celle de la nouvelle famille de Jésus-Christ.
Au matin de Pâques, à ceux qui l’aiment et qui lui sont configurés, Jésus se montre vivant. Il leur apparaît pour affermir leur foi. De la rencontre avec Jésus ressuscité naissent une ardeur et un dynamisme inflexibles. L’homme debout, posture du ressuscité que nous faiso 7 chantant le Alléluia, est celui que Jésus envoie de par le monde annoncer la Bonne Nouvelle du salut[15].
Ce dynamisme nouveau, nous sommes appelés à le manifester à l’intérieur de nos familles de tous ordres. Pour nous tous, Pâques signifie le temps de la marche nouvelle. Le peuple hébreu après la traversée de la Mer Rouge a chanté un cantique d’action de grâce[16] tout en marchant vers la Terre Promise : à leur instar, nous aussi, la résurrection du Christ, devient la raison de notre dynamisme, de notre engagement à marcher sur le chemin de la foi jusqu’au bout. Oui, frères et sœurs, avec le Christ ressuscitons !
 En famille, ressuscitons avec le Christ !
En lui nous mourons du vieil homme pour naître du nouvel homme[17] : nous délaissons alors la vie selon la chair pour la vie selon l’Esprit. Vivre sous la mouvance de l’Esprit découle de la paix que le Christ nous offre et de la peur de témoigner que nous exorcisons au profit d’une confiance inébranlable en l’amour du Seigneur.
En effet, lorsque Jésus apparaît aux Apôtres qui se sont emmurés dans la peur et la déception, le premier don qu’il leur fait est celui de la paix : « la paix soit avec vous ! [18]» Il le dit par trois fois, comme les trois fois où il dit à Pierre : « m’aimes-tu ?[19] » La rencontre avec le ressuscité est réellement pour nous une pessah, un passage, de notre état de pécheur à celui d’aimé de Dieu, de la peur de témoigner au désir de tout offrir pour le Christ, même notre vie ; c’est un passage de la mort à la vie, de la peur de la sorcellerie ou des envoûtements à l’assurance de la puissance glorieuse du nom de Jésus, du fatalisme à l’espérance, de la haine à l’amour, de la désunion à la réconciliation et enfin de l’offense au pardon. À l’image de l’expérience de Pierre, Jésus ressuscité offre à l’humanité pécheresse une autre espérance ; il veut conduire sur une autre rive. Je le dis pour les familles dans lesquelles perdurent la colère, la haine, une division apparemment insurmontable : avec le Christ accueillons le passage vers la nouvelle vie et la nouvelle fraternité.
Frères et sœurs,
Comment ces merveilles peuvent-elles parvenir jusqu’à nous de façon que cela ne reste pas seulement parole, mais devienne réalité dans laquelle nous sommes impliqués ? En famille, il nous faudra courir vers la Vie.
En famille, courons vers la Vie
 Oui, à l’instar de Pierre et de Jean, courons vers la vie. Ne craignons pas d’être bouleversés, allons résolument à la rencontre de Celui dont le rayonnement de l’amour suscite notre entrain. Courons vers la nouveauté que la foi en la résurrection nous offre : si « nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi[20]. » Poussés par l’Esprit Saint, emboitons dorénavant le pas au Christ sur le chemin de la gratuité et de la fidélité à notre engagement à tous les niveaux de notre vocation chrétienne.
Courons vers la vie en rejetant toute proposition, toute attitude mortifère : l’égoïsme, la violence, le mépris, l’exclusion, l’endurcissement du cœur, la facilité… Tout cela a été immolé sur la croix. Désormais, de tout notre cœur, de toute notre énergie et de toute notre intelligence, recherchons les choses d’en haut[21]. Courons vers la vie nouvelle, vers la société nouvelle en sachant que notre histoire familiale, personnelle et collective, est illuminée par la résurrection : Jésus assume notre histoire, fût-elle faite de rejets, de trahisons et d’épreuves sanglantes. Il nous entraîne vers un ailleurs où nous devons à notre tour nous engager pour plus de solidarité, plus d’éducation, plus de dignité, plus d’attention aux pauvres et aux petits de nos sociétés, de nos familles. Oui, courons dans les lieux de morts de nos quartiers pour y crier la victoire et la souveraineté de la Vie.
Que Marie, Notre Dame de l’Oubangui, elle qui a vécu le chemin de croix de son Fils, qui a partagé la joie de la résurrection et de l’avènement du Saint Esprit sur les apôtres, nous aide à vivre pleinement notre foi en son Fils ressuscité. Amen !
Dieudonné Card. NZAPALAINGA


[1] Que la lumière soit ! Gn 1,3.
[2] Cf. Jn 20,1 s.
[3] Lc 19,22.
[4] Cf. Ex 13, 14. Le repas pascal juif s’appelle « Seder ». Bénédiction et distribution du repas puis narration de l’histoire sainte sont faites par le chef de famille. Placé à sa gauche, le plus jeune enfant se penche vers lui pour lui poser les questions qui lui permettent de faire mémoire de l’histoire du salut.
[5] Lc 22, 7-13.
[6] Jn 13,13.
[7] Jn 11,35.
[8] Tobie 2,1 s.
[9] Rm 14,7.
[10] Lc 23,26.
[11] Lc 23,27.
[12] Lc 8,1-3.
[13] Jn 19,25-27
[14] Benoît XVI, Homélie de la Vigile pascale, 2012.
[15] Cf. Mt 28, 19.
[16] Cantique de Moïse, Ex 15, 1-18.
[17] Ep 4, 22.
[18] Jn 20, 19-29.
[19] Jn 21, 15-19.
[20] Rm 6, 4.
[21] Cf. Col 3, 2.

vendredi 16 mars 2018

Tchad : Grève et éducation, l’étudiant est l’éternel perdant (par Pascal Djimoguinan)




            Enfin la nouvelle est dans toutes les agences de presse du pays : « Ce mercredi 14 mars 2018 à la présidence de la république, le gouvernement tchadien et les centrales syndicales ont signé un accord après près de 9 heures de discussions sous l’égide du directeur du cabinet civil du président, Issa Ali Taher, de son conseiller à la sécurité, Djiddi Saleh et du secrétaire général de la présidence de la république, Me Jean Bernard Padaré. »
            Cet accord qui a mis fin à une grève sèche et illimitée qui a duré sept semaines avec la fermeture des tous les établissements d’enseignements et des hôpitaux publiques du pays.
            Cet accord rend les sourires aux fonctionnaires de l’Etat puisqu’ils ont obtenu la satisfaction dans la grande partie de leurs revendications, en grande partie pécuniaire.
            Les cours vont reprendre, et les hôpitaux rouvrir et on reviendra à la situation antédiluvienne.
            Cette conception simpliste de la réalité est fausse. Si les fonctionnaires et différents agents de l’Etat retrouveront leurs salaires avec aucun autre préjudice, il n’en sera pas de même pour les étudiants, les élèves et les étudiants.
            Il n’est jamais aisé d’interrompre les cours pendant sept semaines. A la reprise, pour beaucoup, ce sera tout simplement comme à la reprise de l’année scolaire ou académique. Il y a tout simplement des choses qu’on ne pourra pas rattraper.
            Il faudra revoir les programmations dans les différents niveaux. Faudra-t-il tout reprendre ou faire semblant de continuer ? Nous sommes tous les agents de la baisse de niveau des étudiants. Arrêtons de le leur reprocher puisqu’ils n’en sont que des victimes.
            Que dire des élèves de terminales ? Il y a plusieurs examens à passer sous réserve du bac. Ces examens, pour la plupart d’entre eux, ne sont pas composés au Tchad. Il suffit de parler de l’UCAC, l’ASECNA, les différentes écoles de statistiques.
            Lorsque les sujets arriveront, ils ne tiendront pas compte du temps où les cours s’étaient arrêtés au Tchad. Ils ne suivront que la programmation normale d’une année scolaire. Les élèves tchadiens qui sont en retard dans les programmes ne pourront qu’échouer. Nous pouvons donc dire que pour beaucoup d’élèves de terminales, l’année est déjà perdue.
            Une autre question qui porte en elle un dilemme se pose. A quel moment programmer le bac ?
            Si le bac a lieu tôt, les élèves tchadiens pourront s’inscrire dans les universités de la sous-région pour l’année prochaine.
            Cependant, programmer le bac tôt, cela signifie que tout le programme de terminale n’aura pas été vu. Même inscrit dans les universités de la sous-région, les étudiants tchadiens n’auront pas le niveau. Ils ne pourront pas combattre à armes égales avec leurs condisciples ayant suivi une année scolaire normale en terminale.
            Il est grand temps de décider quelques choses pour les jeunes qui étudient. Depuis 1979, ils sont sacrifiés dans les différentes luttes politico-militaires et sociales. Un code de conduite doit être adopté pour ne plus sacrifier les jeunes sur l’autel des différentes luttes. Que les adultes prennent leurs responsabilités. Une société qui ferme l’avenir à ses membres les plus fragiles et à sa jeunesse est une société vouée à la disparition.




vendredi 23 février 2018

LU POUR VOUS /L’Homme cosmique (Engelbert MVENG sj)

            Le point de départ de la pensée négro-africaine n’est pas l’être en tant qu’être. Il est au contraire l’expérience la plus fondamentale de l’Homme, l’expérience de la vie, et de la vie de l’Homme vivant. Nous sommes ici en face, non d’une ontologie mais d’une anthropologie.
            On a dit et répété, avec le Père Tempels, que c’est la force vitale qui constitue le point de départ de la philosophie négro-africaine. Cette force vitale considérée comme un « en-soi » nous ramène à l’ontologie. L’analyse des mythes africains nous met aux prises avec le mystère de la Vie. Cette vie n’est pas une notion simple et abstraite ; c’est une expérience vécue de façon dramatique, au sens étymologique du mot. Ce drame met en scène deux forces contradictoires : la Vie et la Mort. C’est l’expérience de ce drame qui constitue, à proprement parler, le point de départ de la philosophie et de la religion négro-africaines. L’homme, en vivant intensément ce drame, se découvre dans la totalité de ses dimensions, microcosme au sein du macrocosme : destinée, communauté, histoire, pérennité.
            Les textes que nous avons mentionnés présentent l’Homme avant tout comme un être cosmique. Ol est, comme on dirait aujourd’hui, l’aboutissement de l’évolution, à partir du Nun primordial, en passant par les étapdes d’Atun, (forcevitale), du Shu et Tefnet (masculinité et féminité), de Geb et de Nut (terre et ciel). Cette évolution n’est pas avant tout celle de la conscience. Elle est essentiellement celle de la vie, qui, à travers le laborieux cheminement de son devenir, se personnalise dans l’Homme vivant. Ce processus se vérifie dans les cosmogonies ouest-africaines, chez les Dongons, les Senoufo, les Bambara, comme en Afrique Centrale chez les Fang ou les groupes Bantou du bassin du Zaïre (RDC). Quelle que soit la terminologie employée, même dans le cas de la Dialectique du Verbe chez les Bambara dont parle le Professeur D. Zahan, ce cheminement est celui de la vie vers la conquête de son plein épanouissement.
            Cette évolution n’est pas, comme chez les Grecs, une dégradation et une chute ; elle ne part pas du Nous pour tomber, en passant par le Logos et la Psychè, dans le Chao de la Hylè. Elle est au contraire une marche en avant, une ascension, une conquête, une passion, un mort, une résurrection.
            Dans cette montée, c’est tout l’univers qui s’affranchit, s’unifie, se personnalise et s’accomplit. Le rite africain est incompréhensible à qui n’a pas la claire vision de cette dimension cosmique de l’Homme. L’Homme est à la fois du monde des Vivants et de celui des Morts ; il est esprits, animaux, minéraux ; il est feu, il est eau, il est vent ; il est Geb et Nut, c’est-à-dire ciel et terre. La liturgie africaine, c’est le cosmos qui emprunte la voix de l’homme pour adorer Dieu et célébrer la victoire de la vie sur la mort. Le vêtement liturgique est à la fois masque, dépouilles animales, végétales et minérales ; la matière du rte est eau, feu, sang, plantes, animaux ; tout cela récapitule en l’homme l’univers qui s’humanise ainsi et devient l’Eglise de la célébration cosmique, c’est-à-dire la communauté de foi ou toute la création s’exprime dans l’homme vivant.
            Cette anthropo-cosmologie n’est pas panthéisme. Dans la généalogie qui va de Nun à Osiris, Atum représente le Primum Movens, le premier Principe qui crée tout et qui n’a pas été créé.
            Ce premier principe qui apparaît comme la négation du Néant primordial (Nun) ne se confond pas avec les divinités. On dit que ces dernières sont créées par lui. En fait les divinités représentent dans la pensée populaire de l’Egypte – et de l’Afrique traditionnelle – ce qu’ailleurs on nomme les héros civilisateurs, ces archétypes d’une Humanité exemplaire, celle des fondateurs et des Saints protecteurs. Ce premier principe ne se confond pas non plus avec Shu et Tefnet de qui procèdent Geb et Nut (la terre et le ciel), c’est-à-dire notre univers. Les Dieux eux-mêmes ne s’identifient pas avec ce double principe mâle et femelle. Tout se tient sans se confondre : il y a comme on dit aujourd’hui, participation ; il n’y a pas émanation ni confusion.
            L’homme apparait comme le Fils de la Terre et du Ciel, véritable synthèse de l’univers auquel nous appartenons. Il appartient au monde céleste, monde des esprits, du soleil, de la lune et des étoiles, mon des forces cosmiques et des puissances mystérieuses, là où règnent les « Puissances, les Trônes et les Dominations. » Il appartient au monde terrestre, avec son foisonnement de la vie et de la mort. Il appartient enfin au monde d’en bas, royaume des ténèbres, de l’angoisse et de la peur.
            L’homme appartient à la totalité de la durée ; il est racine initiatique, à la fois aboutissement et commencement absolu ; il est le fondement de l’histoire qui donne à la durée son sens et son contenu. A la fois, terre et ciel, esprits et forces cosmiques, passé, présent et avenir, l’homme est réellement l’univers en miniature, microcosme au sein du macrocosme.

Engelbert Mveng, L’Afrique dans l’Eglise. Paroles d’un croyant, L’Harmattant, Paris, 1986, pp. 10-12.

jeudi 22 février 2018

LU POUR VOUS /L’Afrique prête à prier pour la paix en RDC et au Soudan du Sud

L’Eglise de toute l’Afrique se mobilise pour accueillir l’appel lancé le 4 février par le Pape François invitant à dédier le deuxième vendredi de ce Carême, 23 février, à une Journée de prière et de jeûne pour la paix dans le monde et en particulier en République démocratique du Congo et au Soudan du Sud.
En RDC, les Evêques ont élaboré un programme détaillé prévoyant que les communautés sacerdotales et religieuses, outre la prière de la liturgie des heures et la Messe du jour, la prière du Rosaire, l’Adoration eucharistique à tenir dans toutes les Paroisses, le Chemin de Croix et enfin une prière œcuménique laissant libres les différents Diocèses de l’organiser sur la base des rapports entretenus avec les autres confessions chrétiennes présentes dans leur juridiction.
Les aumôniers des écoles sont invités à célébrer avec les élèves et les enseignants la Messe pour la paix en RDC et au Soudan du Sud ou à réciter ensemble le chapelet.
Au Soudan du Sud, les Evêques ont invité tout un chacun à s’unir en communion de prière avec le Pape François. Dans la capitale, Juba, la prière se tiendra en la Cathédrale à partir de 16.00 locales le 23 février. L’Archevêque de Juba, S.Exc. Mgr Paulino Lukudu Loro, a invité les fidèles des autres confessions chrétiennes ainsi que les musulmans à participer à la prière.
S.Exc. Mgr Erkolano Lodu Tombe, Evêque de Yei, a déclaré que, dans son Diocèse, la préparation spirituelle à la prière de demain a déjà débuté. L’Evêque a souhaité que des prières et des jeûnes pour la paix se poursuivent dans le pays et en RDC au-delà du 23 février.
D’autres Conférences épiscopales africaines ont également adhéré pleinement à l’appel du Pape.
La Conférence épiscopale du Bénin fait partie de celles-ci. Les Evêques de ce pays avaient entre autres exprimé, au terme de leur Assemblée plénière ayant eu lieu du 24 au 26 janvier, leur pleine proximité « émotive et spirituelle à l’Eglise catholique en RDC, au peuple congolais, promettant leurs prières afin que Dieu répande Sa paix dans ces nations blessées par tant d’années d’instabilité politique ».
Au Togo, qui connaît une situation de forte tension politique en quelque manière similaire à celle de la RDC, la Conférence épiscopale locale a invité les fidèles à être en communion avec le Pape à l’occasion de la Journée de prière et a demandé aux togolais de demander à Dieu la conversion des cœurs, en particulier de ceux qui ont en main le destin de la RDC et du Soudan du Sud et de ceux qui sont impliqués d’une manière ou d’une autre dans la situation de ces pays. La Conférence épiscopale du Togo a demandé également de prière pour le Togo où a, depuis peu, été lancé un dialogue politique pour tenter de faire sortir le pays de la crise.
Les Evêques de Côte-d’Ivoire ont demandé, le 19 février, à l’ensemble des prêtres, religieux et laïcs de prendre les dispositions nécessaires pour vivre cette Journée en communion avec l’Eglise universelle.
Au Ghana, S.Exc. Mgr Philip Naameh, Archevêque de Tamale et Président de la Conférence épiscopale locale, en accueillant une délégation électorale de la RDC, a exprimé la solidarité de l’Eglise ghanéenne envers celle présente en RDC, en affirmant que les catholiques ghanéens prient actuellement afin que les élections prévues en RDC le 23 décembre prochain soient pacifiques.
Au terme de leur Assemblée plénière, le 21 février, les Evêques du Burkina Faso-Niger ont, quant à eux, envoyé un message de solidarité à la Conférence épiscopale de RDC (CENCO) suite à la répression des manifestations organisées par le laïcat catholique afin de demander le plein respect des Accords de la Saint Sylvestre. (L.M.) (Agence Fides 22/02/2018)

samedi 17 février 2018

Tchad : Et si on osait… (par Pascal Djimoguinan)

            Depuis plusieurs semaines, toutes les activités sont à l’arrêt au Tchad, suite à ce qu’on appellerait pudiquement un mouvement social. L’administration est au ralenti, sans doute avec les conséquences que l’on ne sentira que plus tard. La pire des choses est que les établissements d’enseignement, aussi bien maternels, fondamentaux, secondaires qu’universitaires sont fermés avec des jeunes désœuvrés et s’attendant comme d’habitude à une année scolaire et académique tronquée. Personne n’est en mesure de dire actuellement quand cet état de fait prendra fin. Faut-il se croiser les bras et attendre tranquillement ? Est-il possible de faire quelque chose ? Alors que faire ?
            Notre point de départ dans la réflexion est le concept wébérien de l’usage légitime de la force. Dans son ouvrage Le Savant et le Politique, Max Weber forge le concept politique de  violence légitime que détient l’Etat : « Un Etat est une communauté humaine qui revendique le monopole de l’usage légitime de la violence physique sur un territoire donné. » Max Weber explique alors que si des individus peuvent faire usage de la violence, elle ne peut pas être légitime. Même le cas de légitime défense est octroyé par l’Etat.
            Partant de cela, nous ne faisons pas entrer la possibilité de la violence, quelle qu’elle soit dans le cadre de notre réflexion. Il ne nous reste plus que la possibilité de la non-violence dans ses différentes formes.
            Couramment, la non-violence est conçue comme « opposition à la violence sans nuire ou causer du tort à autrui. » (Kahwa Njojo) Aussi bien principe du christianisme, des religions d’Inde, de l’Islam que de la philosophie, la non-violence a une autorité aussi bien morale que religieuse et aucun être rationnelle ne pourrait la décrier ou simplement l’ignorer.
            Dans la pratique, la non-violence emprunte trois voies selon le choix des individus, à savoir, l’objection de conscience, le pacifisme et (ou) la résistance passive.
            Des actes de non-violence peuvent être appliqués au service de la non-violence par rapport à des institutions ou des autorités civiles, en vue de réformes politiques, économiques ou sociales, en faisant appel à l’opinion publique. On peut avoir alors ce qu’on appelle la résistance non violente et (ou) la désobéissance civile.
            Pour que la non-violence soit efficace, il faudrait qu’elle soit graduée.
            Il y a une manière simple de vivre cette non-violence. En regardant autour de nous, nous pouvons emprunter ce que font nos voisins et amis.
            Nous savons que dans la journée du 23 février 2018, plusieurs choses sont prévues : les chrétiens catholiques vont jeûner pour la paix dans le pays. Des organisations de la société civile appellent à une journée sans téléphone pour protester contre la cherté des prestations des sociétés de téléphonie.
            Il est une autre action que peuvent faire tous les étudiants, élèves, parents, enseignants, tout en restant chez eux. Si d’ici là les cours n’ont pas repris, tous sont invités à porter un tee-shirt noir toute la journée du 23 février. Moi j’ai déjà acheté le mien et je le porterai ce jour si les cours ne reprennent pas. J’appelle donc tous les sympathisants à la cause de l’éducation dans notre pays d’acheter dès maintenant un tee-shirt noir. A partir du vendredi 23 février, on pourrait porter des tee-shirts noirs tous les vendredis jusqu’à la reprise des cours.

vendredi 16 février 2018

LU POUR VOUS/ TCHAD : action citoyenne contre les compagnies de téléphonie

Dans une déclaration conjointe, dix organisations de la société civile appellent les populations à sortir la semaine prochaine. Cela pour exprimer leur mécontentement contre les principaux opérateurs sur toute l’étendue du territoire national.
Le Collectif Tchadien contre la vie chère (CTVC), le Collectif des artistes (ANDUR), la Jeunesse en Marche (JM), le Projet pour une alternance crédible au Tchad (PACT), le Collectif « Ça doit changer » (CDC), la Dynamique citoyenne pour la protection des droits Consommateurs (DCPDC), la Coordination nationale des jeunes pour la paix et le développement au Tchad (CONAJEPDT), l’Association tchadienne pour la paix et le développement (ATPDD) et la Coordination jeunesse apport positif (CJAP) invite les abonnées des principaux opérateurs téléphoniques « à l‘action citoyenne pour protester contre les prélèvements abusifs des taxes sur les coûts d’appels téléphoniques, la spoliation des unités d’appels, la mauvaise qualité du réseau, le coût exorbitant de communication qui (est) en effet le plus cher de l’Afrique, les sonneries improvisées, la médiocrité et la cherté du service internet, les publicités mensongères, les messages non désirés spontanés » le 22 février 2018.

En outre, il invite les populations à observer une « grève du téléphone » la journée qui suit, le 23 février 2018, de 5h à 14h. « une journée sans téléphone, sans achat de crédit, sans connexion » lit-on sur la déclaration. (Tchadinfos)