vendredi 13 juillet 2018

LU POUR VOUS/ RCA : Communiqué des évêques sur les assassinats d’hommes d’église.


« A qui profitent les violences à l’encontre de l’Eglise ? » demandent officiellement les Evêques de République centrafricaine dans un communiqué qui dénonce le meurtre, en date du 29 juin, de Mgr Firmin Gbagoua, Vicaire général du Diocèse de Bambari.
« Il s’est agi évidemment d’un homicide ciblé contre ceux qui dénoncent les groupes armés – a affirmé S.Exc. Mgr Nestor Désiré Nongo-Aziagbia, Evêque de Bossangoa et Vice-président de la Conférence épiscopale centrafricaine. « Mgr Firmin Gbagoua était l’une des personnes à la recherche du dialogue entre les communautés impliquées dans les violences ».
Les Evêques confirment ainsi les premières impressions confiées à l’Agence Fides par des sources locales selon lesquelles est en cours une campagne visant à faire taire les voix du dialogue en République centrafricaine en frappant en particulier les prêtres les plus engagés dans la recherche de la paix (voir Fides 03/07/2018). La Commission épiscopale centrafricaine a en outre dénoncé la propagande de haine lancée par la soi-disant « ligue de défense de l’Eglise en Centrafrique », qui incite les chrétiens à venger la mort des prêtres en attaquant les populations musulmanes, le contraire de ce qui a été vécu et prêché durant leur vie par les prêtres assassinés et représente une offense et une trahison de leur sacrifice. (L.M.) (Agence Fides 13/07/2018)

mercredi 11 juillet 2018

Le principe de la séparation des pouvoirs de Montesquieu


            (Nous avons toujours tout intérêt à revisiter les anciens. Ainsi pour mieux avancer, il faut quelquefois regarder le rétroviseur. Aujourd’hui, nous revisitons L’esprit des lois de Montesquieu. Dans le chapitre 6 du livre XI, De la constitution d’Angleterre, Montesquieu parle du principe de la séparation des pouvoir. C’est à nous de nous interroger si cela a perdu de sa pertinence aujourd’hui.)
            Il y a, dans chaque Etat, trois sortes de pouvoirs : la puissance législative, la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens, et la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil.
            Par le premier, le prince ou le magistrat fait des lois pour un temps ou pour toujours, et corrige ou abroge celles qui sont faites. Par la seconde, il fait la paix ou la guerre, envoie ou reçoit des ambassades, établit la sûreté, prévient les invasions. Par la troisième, il punit les crimes ou juge les différends des particuliers. On appellera cette dernière la puissance de juger ; et de l’autre, simplement la puissance exécutrice de l’Etat.
            La liberté politique dans un citoyen est cette tranquillité d’esprit qui provient de l’opinion que chacun a de sa sûreté ; et pour qu’on ait cette liberté, il faut que le gouvernement soit tel qu’un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen.
Lorsque, dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté, parce qu’on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques pour les exécuter tyranniquement.
Il n’y a point encore de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire ; car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d’un oppresseur.
Tout serait perdu si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçait ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers.
Dans la plupart des royaumes de l’Europe, le gouvernement est modéré, parce que le prince, qui a les deux premiers pouvoirs, laisse à ses sujets l’exercice du troisième. Chez les Turcs, où les trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan, il règne un affreux despotisme.




mercredi 27 juin 2018

LU POUR VOUS/PHILIPPINES - Plus de 200 demandes de port d’armes de la part de prêtres et de pasteurs


Outre 200 prêtres catholiques et pasteurs d’autres dénominations chrétiennes ont déposé une demande afin de disposer d’un port d’armes aux Philippines. C’est ce que rend public le Directeur général de la Police philippine, Oscar Albayalde. Selon les données diffusées, le Bureau de la Police compétent en matière d’autorisations de port d’armes et de licences de détention d’armes à feu a reçu au cours de l’année passée – à compter de juin 2017 – les demandes provenant de 188 prêtres et de 58 ministres d’autres communautés chrétiennes.
« En tant qu’autorité constituée, nous pouvons accueillir des demandes dûment qualifiées, permettant la détention d’armes de la part de membres du clergé et de chefs de congrégations religieuses » a déclaré Oscar Albayalde, en spécifiant que, jusqu’à présent, aucune de ses demandes n’a encore été approuvée.
Les demandes de port d’armes de la part de prêtres ont connu une envolée à cause des meurtres de prêtres qui ont endeuillé le pays : trois en six mois. Oscar Albayalde a expliqué que la Police n’a pas connaissance de menaces de mort éventuelles reçues par ceux qui ont déposé une demande de port d’arme, précisant que la police est également disponible pour « fournir un entraînement aux responsables religieux qui désirent détenir des armes à feu ». Selon la nouvelle loi sur la propriété des armes, les prêtres font partie des professionnels auxquels il est permis de porter des armes à feu. La mesure, signée en 2014 par le Président de l’époque, Benigno Aquino III, comprend, au nombre des professionnels pouvant obtenir un port d’arme les journalistes, les commerçants, les procureurs, les avocats, les médecins et d’autres catégories encore.
Ces jours derniers, les Evêques et responsables religieux ont déclaré que les prêtres et agents pastoraux n’ont pas besoin de porter d’armes pour leur protection ou en vue de leur légitime défense. S.Exc. Mgr Jose Oliveros, Evêque de Bulacan, a déclaré que les prêtres devraient être « des hommes de paix et non de guerre », le Président de la Conférence épiscopale des Philippines, S.Exc. Mgr Ramon Arguelles, Archevêque de Lipa, déclarant quant à lui que les prêtres « affrontent toujours le danger de la mort dans l’exercice de leur ministère » mais qu’ils ne devaient pas porter d’armes, devant « être prêts à donner leur vie pour le Christ ». (SD) (Agence Fides 22/06/2018)

vendredi 15 juin 2018

TCHAD: Suspensions à gogo à Sarh

(Le Ministre de l’Administration du Territoire, de la Sécurité Publique et de la Gouvernance Locale monsieur Ahmat Bachir Mahamat est passé a Sarh pour prêcher la bonne parole de la 4ème République. Comme effet immédiat, il y a eu la suspension de plusieurs administrateurs. Après son passage, le Gouverneur du Moyen-Chari, par l’arrêté numéro 027/PR MATSPGL/RMC/SG/2018 a entériné la suspension du Chef de Canton de Balimba. Nous avons ici le déclaration du ministre dans sa rencontre avec les autorités civiles, politiques, militaires et religieuses le dimanche 10 juin 2018 à Sarh) 
            Nous avons survolé plusieurs questions et nous nous sommes focalisé sur les idéaux de la IVème République. Et Comme vous le savez la IVème République est l’émanation du forum national inclusif tenu à N’Djamena. Dans cette IVème République, il va y avoir beaucoup de choses qui seront contraires et de manière positive à la 1ère République, 2ème République et 3ème République. Et comme nous nous sommes déjà entendus que les idéaux de la IVème République doivent être vulgarisés et ce n’est pas tout le monde qui a participé au forum, c’était pour nous une occasion de vulgariser au maximum possible les idéaux de la IVème République devant les autorités administratives, traditionnelles, religieuses et militaires de la région du Moyen-Chari qui à leur tour prendront le relai et feront vulgariser les idéaux de la IVème République. Deuxième des choses, nous nous sommes focalisé sur l’imposition de l’autorité de l’Etat à tous, et nous avons pris un exemple. Le Sultan de Sarh a été nommé en juin 2016, bientôt deux ans. Sa chefferie a été réhabilitée aussi en juin 2016 ; depuis lors, les deux décrets sont restés sans application. Pourquoi ? Parce qu’un petit groupe de non d’accord avec les deux textes se sont permis de semer l’amalgame, de dramatiser la situation et ont tenu en haleine l’administration qui, à son tour, a démissionné. Nous avons pris ce comportement-là, pour mettre dans le panier de la 3ème République, et nous avons dit aux autres que c’est terminé la 3ème République, nous sommes dans la IVème République, l’autorité de l’Etat doit s’imposer, d’où j’ai pris la décision d’installer, vaille que vaille, d’installer et de mettre en œuvre le décret signé par le Président de la République Chef de l’Etat, réhabilitant le sultanat et nommant le Sultan. Ces deux textes sont restés en souffrance depuis deux ans, imaginez-vous ? Où est l’autorité de l’Etat ! J’ai compris aussi que par moments, et trop souvent même, ce sont les autorités de la place même qui sèment la confusion ; je prends l’exemple du préfet que j’ai eu à suspendre. Le préfet, au lieu d’essayer d’installer, parce que c’est lui qui installe, a catégoriquement refusé. Il m’a dit clairement que  « j’assume les conséquences, je ne veux pas lire ce décret » ; mais lui-même il est installé non ? Lui-même il est installé grâce à un décret signé par le Président de la République mais pourquoi il ne veut pas mettre en œuvre les autres décrets qui sont signés par le Président ? Ça c’est une sorte de rébellion contre les actes du Chef de l’Etat. Et comme tel, moi, j’ai pris la décision de le suspendre et de le renvoyer de la ville de Sarh, pour ne pas rester et intoxiquer les autres. Et c’est ce que j’avais discuté avec l’ensemble des autorités pour leur dire : Voilà, le changement de comportement s’impose à tous ; l’autorité de l’Etat s’impose à tous. Celui qui veut être dans la IVème République, eh bien, qu’il change de comportement, qu’il va dans la même direction que le Chef de l’Etat. Celui qui ne veut pas être dans la même direction, eh bien qu’il se prononce et puis tout de suite, je le mettrai hors d’état de nuire. J’ai demandé aux autorités d’installer et il a refusé clairement, j’ai demandé à sa secrétaire générale départementale, elle aussi, elle a refusé clairement pour me dire qu’elle a peur, alors que dans la IVème République on n’a pas de place pour les peureux. Pour celui qui a peur, il n’a qu’à aller cultiver son champ, pour celui qui s’assume, il va rester avec nous. Je les ai suspendus ; et le chef de canton de Balimba, il n’assiste pas à nos réunions malgré notre invitation. Il est contre aussi le décret ; je l’ai suspendu aussi et je vais continuer de suspendre quiconque qui se met dans le sens contraire. Le Moyen-Chari nous appartient. Moi-même, je suis archibalien, né à Fort-Archambault, grandi à Fort-Archambault. Donc la ville de Fort-Archambault et le Moyen-Chari nous appartiennent à nous tous, natifs de la région. Le peuple du Moyen-Chari est un peuple apôtre de la paix. Les sars, ils aiment la paix, ils aiment la tranquillité. Les autres composantes, tribus, aiment la paix. Nous allons tous œuvrer pour consolider la paix, la tranquillité et le développement de notre région. Je demanderai aux uns et aux autres, Moussa Bezo a régné pendant même que j’étais enfant, c’était ici, j’étais jeune, à l’école, quand Moussa Bezo régnait. Moussa Bezo est décédé, son fils Ali a régné douze ans durant ; lui, il est décédé, c’est un autre fils de Moussa Bezo qui arrive, Mahamat ; pourquoi les gens refusent ? Si ce n’est pas de l’ignorance de l’histoire. Le sultanat de Bezo, c’est pas un sultanat qui est né hier, depuis le temps colonial, en 1923 déjà les textes étaient là. Qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui pour que les petits hommes politiciens sèment la confusion dans l’esprit des citoyens du Moyen-Chari pour les pousser à la négation, pour les pousser vers un comportement néfaste. Le Chef d’Etat a pris un acte, nous allons mettre en œuvre le décret, n’en déplaise, je renvoie ceux qui ne sont pas contents là, à aller, disons, lire l’histoire de ce sultanat avant de venir parler.

vendredi 18 mai 2018

Pourquoi le Tchad refuse le développement (par Pascal Djimoguinan)


            Une simple anecdote parle plus que mille leçons ! Lorsque l’on raconte aux jeunes de moins de 25 ans qu’il fut un temps où, au Tchad, on ne connaissait les coupures d’électricité qu’une fois le trimestre ou que si l’on devait couper l’électricité pour des réparations, on l’annonçait une semaine avant, les jeunes se mettent tout simplement à rire en disant qu’on leur raconte des histoires.
            Depuis quelques décennies, le Tchad a délibérément choisi une politique antiéconomique en ne mettant pas l’énergie parmi ses priorités. Ainsi, la norme ce sont les délestages qui ne sont pas seulement réguliers mais en plus aléatoires car il est impossible de savoir à quelle logique ils obéissent.
            Quelle politique mène la Société Nationale d’Electricité (SNE) ? Il suffit de voir son slogan publicitaire : « L’électricité, c’est la vue ». Cela en dit long sur la conception des dirigeants de la SNE. La vue ne prend en compte que la métaphore de la lumière. Pour eux, la lumière ne sert qu’à éclairer. Tout se trouve ici exprimer ; qu’importe s’il n’y a pas de lumière le jour, cela ne sert à rien. L’effort serait donc de fournir la lumière pour la nuit. La priorité n’est pas de donner l’électricité en plein jour.
            Cela politique de la priorité de la lumière uniquement pour la nuit étant acquise, ce sont les délestages de nuit qui posent désormais problème. Ainsi dans la ville de Sarh, les différentes zones de la ville croisent des doigts pour avoir la lumière la nuit pendant la semaine.
            Il n’y a qu’une seule situation qui transcende toutes les difficultés. Lorsqu’il y a un match de l’UEFA, on n’est sûr d’avoir de l’électricité ; la priorité étant là où elle doit se trouver, il n’y a plus à se préoccuper des détails sans valeur.
            La priorité étant donnée à l’éclairage la nuit, toutes les autres utilisations de l’électricité deviennent secondaires au Tchad. Les conséquences économiques de cette politique ne peuvent être que désastreuses.
            Tous les petits métiers qui utilisent l’électricité, telle la soudure ou les garages tournent au ralenti. On ne peut se réveiller à 22h (heure à laquelle l’électricité est quelquefois donnée à Sarh) pour faire des travaux de soudure.
            L’agroalimentaire ne peut pas se développer. On ne peut maintenir la chaîne du froid à Sarh. Il est même étonnant qu’il n’y ait pas jusque-là une explosion d’épidémie de gastroentérite.
            L’administration est les différentes sociétés de la ville ont besoin de l’énergie électrique pour les ordinateurs, les imprimantes, les photocopieuses, les scanners, etc. La question serait de savoir ce que font tous ceux qui ont besoin d’électricité quand ils sont dans leurs bureaux sans électricité. L’Etat perd ainsi des heures de travail à cause d’une politique « non éclairée » de la SNE.
            Il est temps que le problème de l’énergie redevienne une priorité absolue si l’on veut que le Tchad puisse reparler de développement économique. Pour cela, il faut commencer à former tous les responsables de la SNE, à tous les niveaux, sur l’utilisation de l’électricité qui n’est pas que pour l’éclairage.




mardi 8 mai 2018

Tchad : La route, paradigme d’un mal d’être profond (par Pascal Djimoguinan)



 Et si l’on parlait de la circulation routière au Tchad… Quel désastre, quelle catastrophe. La circulation au Tchad souffre d’un manque de règles qui s’instaure en règle et fait loi. Sur la route, les citoyens tchadiens retrouvent l’état de nature si cher aux philosophes des siècles passés.
            Ne pensez pas que je sois en train d’insinuer qu’il n’y a pas de code de la route officielle au Tchad, nenni ! Il y a bien un code de la route, il y a des cours de conduites, il y a des écoles pour former des conducteurs.
            Là où le bât blesse, c’est que sur la route, personne ne respecte le code de la route. Chacun s’invente son mode de conduite. Tant qu’il n’y a pas d’accident, on se fâche mais tout s’arrête là.
            Le grand problème c’est lorsqu’il y a un accident. Ici, le code de la route n’a plus de valeur et d’ailleurs les agents de la circulation entrent dans ce jeu.
            La première règle est que l’engin le plus cher, le véhicule le plus puissant doit nécessairement payer. Entre une moto et une bicyclette, la moto doit payer ; entre une voiture et une moto, c’est la moto qui doit payer. Dans tous les cas, s’il y a un piéton, c’est lui qui doit être endommagé. Les circonstances de l’accident importent peu. Le propriétaire du véhicule a en charge les soins et la nourriture de l’autre accidenté jusqu’à la guérison.
            La deuxième règle est que si l’accident entraine le décès du piéton et de l’usager de l’engin le moins puissant, on doit prendre en charge les funérailles et payer une somme pour compenser la perte du citoyen. N’allez surtout pas parler de priorités et autres règles de la circulation.
            L’anarchie est totale sur les routes du Tchad. Sûrs de l’impunité, les usagers de la route en font à leur aise. Il n’est pas étonnant de voir des cyclistes et des motos rouler à contresens pour économiser du temps et cela quelquefois devant les agents de la circulation. Que voulez-vous, on est au Tchad, dit-on !
            Il faudrait que les règles changent. La police doit faire son travail. En cas d’accident, il faut faire un constat et que la règle s’applique. Dura lex sed lex, disent les juristes.
            La route est souvent l’image de ce que vivent les citoyens. Si on ne respecte pas le code de la route, on ne respectera aucune autre loi. La délinquance commence toujours sur la route. Cessons donc d’être des délinquants.





samedi 21 avril 2018

Déclaration des évêques de la Conférence Episcopale du Tchad


            Frères et sœurs tchadiens,
« La paix soit avec vous » (Jean 20,19).
            Par cette salutation, le Christ ressuscité nous fait le don de la Paix que nous sommes chargés d’annoncer au monde comme pasteurs. Nous prions chaque jour pour cette paix qui est certes un don de Dieu mais constitue aussi une œuvre que nous sommes appelés à construire dans la justice.
            Réunis en session ordinaire du 12 au 19 avril 2018 à N’Djamena, au siège de la Conférence Episcopale, nous avons échangé sur la vie de l’Eglise et de la société. Notre rencontre se tient à un moment où le pays traverse une crise sociale dont il n’est pas encore totalement sorti. C’est dans contexte difficile qu’un projet de réforme des institutions est mis en œuvre. Et de ce fait nous constatons que ce projet ne reçoit pas l’adhésion de l’ensemble des citoyens.
            Ces deux situations nous préoccupent et nous amènent à prendre notre responsabilité de pasteurs.
            Comme Eglise, nous avons réfléchi sur notre engagement dans le service de la charité et du développement. Nous avons aussi examiné les interventions des unes et des autres dans le domaine de la promotion humaine mais force est de constater que la pauvreté grandit de plus en plus et que de graves violations des droits humains fondamentaux se généralisent.
            Nous avons pris toute la journée du 13 avril 2018 pour réfléchir sur la pratique de la Diya. Cette pratique se révèle être contraire à la volonté des Tchadiens exprimée dans la Constitution de 1996 qui stipule dans son préambule : « Nous Peuple Tchadien : affirmons par la présente Constitution de notre volonté de vivre ensemble dans le respect des diversités ethniques, religieuses, régionales et culturelles ; de bâtir un Etat de droit et une Nation unie fondée sur les libertés publiques et les droits fondamentaux de l’Homme, la dignité de la personne humaine et le pluralisme politique, sur les valeurs africaines de solidarité et de fraternité ».
            La pratique de la Diya divise les Tchadiens, compromet la paix sociale et les efforts faits pour restaurer l’Etat de droit, et ruine l’économie des communautés.
            C’est pourquoi nous demandons aux autorités compétentes que cette pratique ne soit pas imposée à une communauté où elle n’est pas de tradition et même dans les communautés où elle est reconnue, que son application soit très encadrée. Nous leur demandons aussi de restaurer l’autorité judiciaire et de dissoudre les accords intercommunautaires pris pour l’application de la Diya car cette pratique développe des rancœurs  intercommunautaires.
            Concernant la vie politique, nous exprimons notre inquiétude sur la manière dont le processus d’institution de la IVème République au Tchad se déroule. Ce processus, comme beaucoup le craignent, risque de fausser gravement les règles du jeu démocratique car il porte en germe une grave division des cœurs entre les citoyens. En plus de la divergence dans la classe politique sur le sujet, nous notons qu’une grande partie de la population tchadienne ignore complètement ce qui se passe.
            Un changement fondamental de cette nature devrait se faire dans le respect de la Constitution qui dit dans son article 224 : « La révision de la Constitution est approuvée par référendum ».
            Nous sommes conscients que notre déclaration peut être diversement interprétée, mais nous sommes poussés par l’amour que nous portons pour notre pays et le sens de notre responsabilité de pasteurs.
            Nous tenons à encourager les responsables politiques et administratifs, les acteurs sociaux et les leaders religieux, à continuer d’œuvrer pour la paix et la concorde sans oublier la population.
            Aux chrétiens ainsi qu’aux personnes de bonne volonté, nous demandons de garder au cœur l’espérance, car l’espérance ne déçoit pas.
            Que Dieu bénisse le Tchad !

N’Djamena le 19 avril 2018.

+ DJITANGAR GOETBE Edmond, archevêque de N’Djamena et administrateur apostolique de Sarh, Président de la CET
+ Jean-Claude BOUCHARD, évêque de Pala
+ Sébastien MIGUEL, évêque de Laï
+ Rosario Pio RAMOLO, évêque de Goré
+ Joachim KOURALEYO TAROUNGA, évêque de Moundou
+ Henri COUDRAY, vicaire apostolique de Mongo
+ Martin WAINGUE BANI, évêque de Doba.