jeudi 17 août 2017

POINT DE PRESSE de Monseigneur DJITANGAR Goetbé Edmond Archevêque de N’Djamena

            Monsieur l’Abbé, Secrétaire général de la CET, Monsieur l’Abbé Curé de la cathédrale Notre Dame de la Paix, Mesdames et Messieurs les Journalistes, chers collaborateurs, bonjour.
            En célébrant la fête de l’Assomption, l’Eglise catholique commémore la montée glorieuse de la Sainte Vierge Marie au Ciel. Le 15 août reste dans la mémoire des Lamy-fortains comme la grand jour de fête et de convivialité organisée annuellement par la Paroisse Cathédrale qui avait pour Patronne Notre Dame de l’Assomption.
            Elle reste une des fêtes majeures dans l’Eglise catholique universelle, et c’est pourquoi nous l’avons choisie pour le lancement officiel de la campagne de sensibilisation que l’archidiocèse de N’Djamena entreprend autour du projet de restauration de la Cathédrale Notre Dame de la Paix… Ce sera le sujet principal de ce point de presse et accessoirement nous toucherons deux autres projet qui nous tiennent à cœur : la protection du site de la future Basilique et la relance des medias de l’Eglise catholique.
1 – La restauration de la cathédrale Notre Dame de la Paix
            Elle avait été rendue possible grâce à la prise en charge de son financement par le chef de l’Etat qui l’a inscrit avec bienveillance parmi les grands travaux présidentiels. Les travaux ont effectivement commencé le 22 juillet 2013 et devraient durer 18 mois ; mais malheureusement, le chantier fus suspendu quelques mois après en raison de la conjoncture financière difficile dont notre pays comme les autres du monde ont été frappés de plein fouet.
            L’Archidiocèse de N’Djamena s’est proposée :
            1. de rouvrir le dossier du projet et de le mettre à jour
            2. d’en étudier les phases de sa réalisation
            3. de s’impliquer davantage comme Maitre d’ouvrage et principal bénéficiaire.
4. et de commencer à chercher les moyens pour la couverture financière des            nouveaux volets qui n’ont pas été prévus dans le premier projet notamment le caveau pour le transfert des restes de Mgr Matthias et la réalisation des œuvres sociales de la Paroisse cathédrale, dont un établissement scolaire secondaire entre autres.
Il nous faut pour cela identifier les principaux acteurs :
1.    L’Eglise Catholique du Tchad et en particulier l’Archidiocèse de N’Djamena dans ses composantes paroissiales, dans ses institutions et ses organisations laïques.
2.    L’Etat tchadien à travers les Grands travaux présidentiels
3.    La SOGEA/SATOM
4.    GROUPEMENT/BEX…
5.    Les partenaires religieux qui sont :
¤ Les institutions de l’Eglise universelle
¤ Les Eglises et Mission évangélique du Tchad
¤ Le Conseil Supérieur des Affaires Islamique du Tchad
¤ Les autorités traditionnelles
¤ La communauté tchadienne à l’extérieur
¤ Les amis de l’Eglise catholique
¤ …et toutes les personnes de bonne volonté.
Où en sommes-nous ?
1.    L’information de communautés chrétiennes diocésaines a été faite par une lettre pastorale à l’occasion de la fête de Pâques
2.    Un comité diocésain de réflexion et de suivi du projet a été mis en place
3.    Ce comité a élaboré une feuille de route et a programmé des activités
4.    Une lettre d’information a été adressée aux « amis et partenaires » de l’Archidiocèse de N’Djamena
5.    Une brève relation sur l’historique de la Cathédrale notre Dame de la Paix a été rédigée par le curé de la Cathédrale.
6.    Nous avons donné information de la reprise du projet aux autorités hiérarchiques de l’Eglise catholique
7.    Nous avons pris un contact d’information avec le délégué-résident de la SOGEA/SATOM
8.    Nous avons obtenu une audience auprès du Chef de l’Etat pour lui présenter notre démarche et nos intentions par rapport au projet et sa suite.
Qu’est-ce qu’il y a à faire maintenant ?
1.    D’abord prier pour la reprise et le bon déroulement des travaux
2.    Créer dans chaque paroisse un comité paroissial d’animation et de suivi du projet
3.    La confection des supports et l’animation médiatique (dépliants…cartes de participation) pour accompagner l’exécution des activités programmées.
4.    Et bien sûr la collecte des fonds selon les orientations qui seront données par le comité.
II – La protection du site de la BASILIQUE
            Il s’agit du terrain cédé à l’Eglise catholique du Tchad par l’Etat tchadien en vue de la Construction d’une basilique. C’est sur ce terrain, sis au quartier ATRONE dans le VIIème arrondissement qu’a eu lieu la cérémonie de la bénédiction de la première pierre par feu Mgr Mathias NGARTERI et la pose officielle de cette première pierre par Son Excellence le Président Idriss DEBY ITNO. C’était le 05 avril 2013. Le terrain est aujourd’hui « squatté » par des marchands de sable, de gravier, de briques (fabriquées sur-place) et de voitures d’occasion.
            Nous avons créé aussi un comité chargé d’étudier et de proposer des activités qui nous permettent d’aménager ce terrain pour rétablir son caractère sacré et y développer des activités religieuses… en attendant le commencement des travaux en temps opportuns. Nous y avons célébré la bénédiction des Rameaux le 09 avril 2017 avec la Paroisse Ste Joséphine BAKHITA d’Atrone.
            Une crois a été plantée comme premier signe pour marque le caractère sacré de ce lieu mais les marchands de sable n’en ont fait cas. Notre souhait est de mettre une clôture pour permettre aux communautés chrétiennes de venir y exercer leurs dévotions. Le comité mis en place ad hoc établira un calendrier d’activités en vue d’aménager les lieux pour maintenir le caractère sacré de ce site.
            Ces deux propositions ne remettent pas en question les projets tels que conçus et prévus. Nous voulons couper court à toutes les spéculations autour de ces projets et entretenir l’espérance afin que les travaux puisse reprendre assez rapidement.
            Nous resterons en relation permanente avec nos différents partenaires et nous prions pour que la situation financière s’améliore le plus tôt possible afin que le projet aboutisse au terme de sa réalisation.
III – La relance des médias catholiques
            Mon installations au siège épiscopal de N’Djamena le 15 octobre 2016 avait été préparé et couvert par un groupe de communicateurs chrétiens bénévoles à travers la RADIO ARC-EN-CIEL et un bulletin « LE PELERIN » fut édité pour la circonstance.
            Vu ces potentialités, nous avons décidé de réactiver la Commission diocésaine des Moyens de communication sociale et de relancer officiellement les activités de la Radio Arc-en-ciel. Le site web de l’Archidiocèse fut réactivé et nous espérons que le « PELERIN DU TCHAD » pourra bientôt commencer une parution régulière.
            Je profite de ce point de presse pour rappeler à tous que ces trois organes de communication sont les lieux de la présence, de l’expression et la voix officielle de l’Eglise catholique dans le concert des média nationaux. Je vous présente une fois de plus l’Abbé Yves AMMANGOMI GUIRALBAYE, secrétaire général de la Conférence Episcopale du Tchad et porte-parole des évêques du Tchad.
            Si vous remarquez que je suis sobre en communication dans les média externes à l’Eglise, c’est dans l’attente que nos outils de communication soient disponibles et opérationnels pour m’adresser au peuple de Dieu et à toutes les personnes de bonne volonté au nom de l’Eglise. On ne produit la meilleure mélodie qu’avec son propre instrument de musique.
            Je vous remercie Mesdames et Messieurs de votre patiente bienveillante attention. Que le Seigneur vous bénisse et à travers vous qu’Il bénisse vos auditeurs et vos lecteurs. Qu’Il bénisse notre cher Pays et ses dirigeants.

Bonne fête de l’Assomption à tous.

jeudi 10 août 2017

Tchad-Moyen Chari : Pour comprendre le système Sar, les No̰y̰

(Pour comprendre qui sont les No̰y̰, nous reprenons ici un chapitre du livret du père Joseph Fortier, Histoire du pays Sara, Centre d’Etudes Linguistiques, Sarh, 1982. Cette lecture permettra de mieux comprendre les choses et ne pas se laisser enfermer dans une idéologie qui a fait son temps. Il ne faut pas oublier le premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Pour les chrétiens, cela va encore plus loin car nous trouvons dans l’épitre de saint Paul aux Galate 3,28-29 que les barrières sont tombées et qu’il n’y a plus de différences, dès lors qu’on est chrétien : « Là, il n’y a plus de distinctions : Juif et Grec, esclave et homme libre, homme et femme ; tous vous êtes devenus un dans le Christ Jésus.  Et si vous êtes au Christ, vous êtes la descendance d’Abraham, les héritiers de la promesse. »)

            On ne peut rien comprendre au « système » de la royauté à Bédaya, si on ignore les forgerons « No̰y̰ » et le rôle capital qu’ils ont joué à l’origine surtout pour fortifier le pouvoir du Mbang. Or, il y a vingt cinq ans, en 1955, le secret sur ce rôle était si bien gardé que Robert Jaulin, dans son livre La mort sara, ne prononce pas une seule fois leur nom. Il ne savait même pas que le vieux Mûû aveugle qui l’avait initié à Béko était un No̰y̰.
            Pour l’homme de la rue, les No̰y̰ formaient une caste « d’intouchables » avec qui on évitait le plus possible des rapports : un simple repas sacrificiel pris avec les No̰y̰, ou le fait d’avoir, fût-ce une seule fois, des relations sexuelles avec une femme No̰y̰ suffisait à exclure un homme de la société sara  il ne pouvait plus épouser une femme de sa tribu. Les No̰y̰, femmes ou hommes, se couvraient le visage, baissaient la tête quand ils rencontraient un Sar. Les Sar, eux, passaient indifférents, mais redoutaient les No̰y̰ qui avaient la réputation de se changer en bêtes sauvages (phacochères, chacals, renards).
            Par ailleurs, c’étaient des hommes inoffensifs qui demeuraient en marge des populations sara environnantes : ils vivaient surtout de la pêche ou de vannerie en confectionnant ces fameux paniers ordinaires.
            L’étude comparative de la langue des No̰y̰ et de celles du groupe tounia-niellim dont il font partie a permis de cerner leur vocation essentielle, celle de forgeron. Les No̰y̰, au nombre de quelques centaines, sont strictement localisés en pays sar, entre les 3 rivières Mandoul, bahr sara, bahr ko dans les 5 cantons de Bédaya, Bessada, Djoli, Balimba et Koumogo. On n’en trouve pas ailleurs au Moyen-Chari.
            Il ne reste plus que des bribes de l’ancienne langue des No̰y̰. (70 mots environ recueillis par le PP Hallaire et Palayer)  45 de ces mots ont des correspondants dans l’une des langues du groupe tounia-niellim-kwa-tchini.
            Or, il se trouve que le mot No̰y̰ n’existe ni en sar, ni dans aucune des langues du groupe tounia. Ce n’est pas un nom d’ethnie. Les No̰y̰ se désignent eux-même par le terme Loo, proche du mot Lua par lequel se désignent les niellim.
            En revanche, Carbou, dès 1912, dans son livre La région du Tchad et du Ouaddaï, avait signalé que les Bilala du Lac Fitri traduisaient le mot arabe Haddad, par noe / pluriel Noege. Aujourd’hui encore chez les Kouka et les Bilala, No̰y̰o̰ désigne tout artisan et en particulier le forgeron. Les deux termes ne se recouvrent pas exactement : le mot bilala désigne d’abord l’artisan et surtout le forgeron et secondairement une « caste sociale inférieure », la langue sar qui dispose du mot Kode pour désigner le forgeron a retenu le mot No̰y̰ pour désigner cette caste inférieure. C’est Gayo Kogongar qui le premier a fait le rapprochement entre le mot bilala et le mot No̰y̰ employé par les Sar. Les forgerons No̰y̰ jouent un rôle important surtout à Bédaya et à Benguébé. Ngaridabay le forgeron du roi, celui qui forge ses anneaux de cheville, résidait jadis à Béroti petit village de pêcheurs en amont de Bédaya, sur le Mandoul. Depuis 1955, il est venu s’installer à Bédaya, au quartier Ganguera près de l’ancienne famille des Mbang jonde, gardien du cimetière royal. Son arrière-grand-père Kode Kirkiyan et son grand-père Mang Koute étaient autrefois au service du Ngorgue Hori dans le canton de Balimba. C’est vers 1850 seulement qu’ils sont venus s’installer à Bédaya. A Benguébé, le quartier Kodi couvre le tiers du village, et l’un des deux forgerons est souvent appelé pour confectionner des béssi protecteurs. Le forgeron du roi se fait une haute idée de son métier ; « c’est Nuba (Dieu) qui lui a donné dans le ciel la masse-marteau au premier forgeron et lui a dit qu’en forgeant sur la terre, pour les hommes, des couteaux de jet, des sagaies, des houes et des haches, il aurait un grand pouvoir parmi eux. » Ce métier sacré, qui vient d’en haut, fait des forgerons des hommes à part, qui échappent à certains interdits. Ainsi ils peuvent manger du poisson et du gibier tombé à terre, au cours des chasses ou des pêches rituelles. Les Sar du commun ne le peuvent pas. Le roi lui-même, qui n’a pas le droit de s’asseoir par terre peut le faire quand il séjourne à la forge ; comme en témoigne un adage de Bébinga : « La forge est au-dessus du roi, bəla tɔy Mbang. » Le forgeron ajoutait qu’il salue le roi d’un simple geste de la main, mais sans se déranger. Par ailleurs la métallurgie du fer était, dans les temps anciens, quelque chose d’étranger aux Sar. Jusqu’à une époque toute récente (1940) ils n’ont jamais exercé le métier de forgeron. Seuls dans la région, parmi le groupe sara, nes Ngama extrayaient le fer en l’appelant yede-Nuba ’l’excrément de Dieu », lui attribuant eux aussi une origine céleste. Dans la version sar des mythes, Sou, le héros civilisateur, descend du ciel sur un câble de fer et il tombe non pas chez les Sar, mais chez les Ngama, où il deviendra après sa chute et sa disparition dans la rivière, un forgeron qui travaille sous la terre.
            On comprend donc que les Sar et leur roi aient voulu se concilier cette puissance redoutable de la forge et faire alliance avec les forgerons No̰y̰, considérés comme les premiers habitants du pays. Ils se les sont attachés mais en en faisant une caste, parquée dans un ghetto, comme pour se tenir à l’écart de la manipulation de forces dangereuses.
            Le premier groupe de No̰y̰, que rencontre Kuoliyo en arrivant dans la région, fut celui des No̰y̰-jonde ainsi appelés parce qu’ils résidaient jadis dans le hameau de Jondoo, situé près du cimetière royal. Un bosquet d’arbres jonde (balanites aegytiaca) signalait autrefois leur campement. Ils vivaient d’abord entre eux, puis quand le premier roi eut fait alliance avec eux, ils deviennent les No̰y̰-kage-ndoge-Mbang, « des poteaux de l’enclos du roi ».
            Voici comment l’alliance fut conclue :
« Au commencement, on a demandé au chef des No̰y̰-jonde d’être roi ; les No̰y̰ ont répondu : nous avons notre pierre à assouplir la paille pour fabriquer nos panier et cela nous suffit. »
            Alors on a demandé à un mûû, prêtre de l’initiation, d’être roi  il a répondu : j’ai mon gɔl bâton recourbé, insigne de ma fonction  cela me suffit, je ne veux pas être roi. Puis on a demandé à un forgeron qui a répondu : J’ai ma pierre d’enclume pour forger  cela me suffit, je ne veux pas être roi. » Enfin on a demandé à un simple cultivateur, un Meskine qui a accepté » (récit de Mantade, mère de Rode-i-ngar, chef des No̰y̰-jonde à Bédaya).
            Quand ce premier roi mourut, ajoute le forgeron de Bédaya, Ngaridabay, le nouveau roi demanda au chef des No̰y̰ de garder son tombeau, et de renouveler les poteaux de clôture de la concession du roi, à chaque intronisation. Ce roi fut également le premier à interdire aux Sar d’épouser des femmes No̰y̰ et de manger avec eux.
            En ce temps-là, Nganguera était un village Sar  les No̰y̰ vivaient encore à Béjondo. Ce n’est qu’après la conclusion de l’alliance avec le roi qu’ils ont peuple le quartier Nganguera.
            Bien sûr, la légende ne raconte que ce qu’on peut dire à tout le monde, aux femmes et aux étrangers. L’origine des No̰y̰ métissés réside dans le second volet de l’alliance.

            Quand Mbamoujigue, le 4ème roi décida de faire initier son fils, il confia le secret aux forgerons et leur demanda de diriger les premiers groupes d’initiés. En échange les forgerons dûrent offrir au roi deux jeunes filles vierges. Lors de la fête des semailles, l’une d’entre elles appelée Ngon-ngé-gombe, était chargée de préparer la sauce filante avec la plante gombe. Quand ces deux jeunes filles No̰y̰ devenaient nubiles, le roi, bien qu’il eût interdit à ses sujets d’épouser des filles No̰y̰, en faisait ses concubines, parce qu’il est au-dessus de la loi. C’est ainsi que le quartier Ngangera s’est peuplé de bâtards royaux, les « No̰y̰ de l’enclos du Mbang ». D’après Rode-i—ngar, cette coutume a cessé au début du siècle et il n’y a pas trace, dans la généalogie des derniers rois, d’alliance avec des filles de forgerons. Ce qui s’est produit plusieurs fois au contraire dans la famille du Mbang Sanguelé et du Ngorgue Hori.



vendredi 21 juillet 2017

Ainsi va le Tchad (par Pascal Djimoguinan)

            La construction d’une nation n’est pas chose aisée. Si tout le peuple est d’accord sur le concept, la réalité ne va pas sans son lot de frustrations et d’humiliation et quelquefois… de gratifications. Il suffit, pour s’en rendre compte, de relater un simple fait de la vie quotidienne au Tchad, un fait banal mais plein de sens.
            La ville de Sarh, au sud du Tchad, bien qu’elle soit cosmopolite est d’abord une ville où l’on parle majoritairement le Sar. Cette précision aidera à mieux comprendre l’anecdote dont il sera question par la suite.
            Un jour, j’accompagne un voyageur dans une agence de transport de la place (STTL pour ne pas la nommer.) Je m’approche du garçon qui range les bagages et j’entame une conversation avec lui en Français :
- Bonjour, à quelle heure part le bus ?
- Inti man ti kalim kalam arabe walla ? (Toi tu ne parles pas arabe?) me demande t’il.
- Je te demande à quelle le bus va partir ?
- Man ti kalim kalam arabe, inti man tchadien ? (tu ne parles pas arabe, tu n’es pas tchadien?)
- m-djijēí ké bus dá a āw̄ kə heure rí wa ? (Je te demande à quelle heure part le bus ?) lui demandé-je en Sar.
            Le garçon me regarde sans rien comprendre. Il a l’air gêné. Son ami me répond :
- Hou man yarfa kalam Sara (Il ne comprend pas le Sar)
M’adressant alors à celui qui vient de me parler, je lui demande de dire à l’autre :
- Demande-lui s’il n’est pas tchadien puisqu’il ne parle pas Sar ?
            Un fait divers bien banal qui montre que chacun des tchadiens doit faire un effort pour la construction de la nation tchadienne. Il ne faut pas un Tchad à deux vitesses !

            Ainsi va le Tchad !


mercredi 12 juillet 2017

Les jeux de mon enfance (par Pascal Djimoguinan)

Quand j’étais petit, à Fort-Lamy puis à N’Djamena, au quartier Ridina (au camp des officiers de la police), nous avions l’habitude de nous amuser le soir, après le coucher du soleil. Il n’y avait pas encore la télévision, donc il n’y avait pas les séries. Au clair de la lune, nos jeux nous unissaient, transcendant le temps et l’espace, à nos aïeux puisqu’ils nous étaient transmis pour nos aînés qui, eux-mêmes, les recevaient de leurs aînés.
Je me rappelle encore vaguement les paroles d’un chant que nous chantions dans nos jeux. J’en saurais grès à celui qui pourraient me retrouver les paroles exactes de ce chant et aussi à celui qui me dira en quelle langue sont les paroles de ce chant (Je n’ai jamais su pourquoi j’ai toujours pensé que c’était en kotoko.)
Lé lékilé (bis)
Lékilé mani kilé
Mani massakilé
Kand kou ti le Moussa
Kourkoutou na agni kito
Kam ki ban baagni kito
Har Na igni ndjé ndjé
Hour na igni ndjé ndjé
            C’est sans doute une comptine transformée pour nos jeux. Cela nous rendait heureux et nous rentrions le soir satisfait de la journée, attendant le lendemain pour continuer nos jeux.

            Le monde de mon enfance s’en est allé avec ses jeux. Sans doute la télévision enseigne beaucoup plus de choses aux jeunes d’aujourd’hui mais pour rien au monde, je n’échangerai mes souvenirs d’enfance avec celui qui n’aura vécu son enfance qu’à suivre les séries télévisées.


mardi 11 juillet 2017

LU POUR VOUS/ RCA - Nomination de l’Evêque auxiliaire de Bangassou

Le Saint-Père François a nommé ce jour Evêque auxiliaire du Diocèse de Bangassou (République centrafricaine) le Père Jesús Ruiz Molina, M.C.C.I., Curé de Moungoumba, Vicaire forain et Coordinateur diocésain de la Commission pour la Catéchèse au sein du Diocèse de M’Baïki, lui assignant le siège épiscopal titulaire d’Are de Mauritanie.
Le nouvel Evêque est né le 23 janvier 1959 à La Cueva de Roa, au sein du Diocèse de Burgos (Espagne). Il a étudié au Petit puis au Grand Séminaire du Diocèse de Burgos. Il a achevé ses études de Philosophie et de Théologie au Grand Séminaire de Moncada. Il a approfondi ses études théologiques à Paris, en fréquentant des cours de Sciences religieuses. Il a émis ses premiers vœux le 25 mai 1985 et ses vœux solennels le 24 avril 1988. Il a été ordonné prêtre le 11 juillet 1987.
Il a ensuite exercé les ministères suivants : 1987-1989 : Animation missionnaire en Espagne, 1990-1995 : Vicaire puis Curé de la Paroisse de l’Immaculée Conception à Bédjondo (Diocèse de Sarh au Tchad), 1996-2001 : Formateur à la maison des postulants des Comboniens et responsables des laïcs comboniens en Espagne, 2002-2008 : Provincial de la nouvelle Province du Tchad, 2008 : Etudes à l’Université de Salamanque, 2009 : Stage linguistique au sein de la Paroisse Sainte Anne de Dekoa (Diocèse de Kaga-Bandoro, République centrafricaine), depuis 2008 : Curé à Moungoumba (Diocèse de M’Baïki, République centrafricaine), Vicaire forain et Coordinateur diocésain de la Commission pour la Catéchèse.

De 2013 à 2015, il a également été Conseiller de la Délégation des Comboniens en Centrafrique. (SL) (Agence Fides 11/07/2017)

vendredi 7 juillet 2017

Tchad téléphonie : Airtel, clients ou otages (par Pascal Djimoguinan)

            Au Tchad, deux grandes compagnies de téléphonie se partagent le marché ; sans doute à cause du manque de concurrence, les deux compagnies agissent en situation de quasi-monopole. Une réflexion s’impose et  les consommateurs devraient avoir leur mot à dire.
            Un fait tout à fait banal mais qui se répète chaque jour sur toute l’étendue du territoire tchadien. Il s’agit d’un achat d’unités pour le téléphone, « achats de crédits » comme on le dit.
            Le vendredi 7 juillet 2017, j’avais des affaires urgentes et importantes à traiter par téléphone. Comme je n’avais plus d’unités dans mon téléphone, il fallait que j’en achète. Pour éviter toute transaction avec des complications, je me suis rendu au « container » du marché central de Sarh qui sert de bureau pour les services de la compagnie de téléphonie Airtel. J’avais entendu que c’était une représentation officielle et qu’on était à l’abri de toute surprise désagréable.
            Je commence d’abord par « Airtel Money ». Je demande de me faire un transfert de 10.000 francs. Quelques instants après, je reçois le message sur mon téléphone : « Trans. ID : 1707051582330. Vous avez reçu 10.000,00 FCFA de 23568669144. Le solde de votre compte Airtel Money est de 14.508,00 FCFA. »
            Je demande alors un autre transfert de 5000 francs mais cette fois-ci côté appel. Après avoir attendu quelques instants, ne voyant rien arriver, j’interroge mon compte. Rien n’était arrivé. Je le signale. Après vérification, j’apprends que le compte est parti sur un autre numéro. L’excuse est : « je vous ai demandé deux fois et vous avez dit oui. » Je fais comprendre que je ne comprends pas qu’il y ait deux transactions et que la seconde ne réussisse pas. Après une insistance d’au moins 30 mn, comme une grâce, on me fait un transfert ; je reçois un message disant : « 207 : Vous avez reçu un crédit de 2500 FCFA du 68669144. Votre solde est de 2843 FCFA. Trans.ID : R170707.1151.220183. Tapez *342#
            Etonné, je fais comprendre que j’avais payé 5000 francs ; rien n’y fait. On me fait comprendre que 5000 francs c’était trop et que l’on devait partager les pertes. Je demande de faire requête. Après une heure d’attente, il m’a été dit que je pouvais rentrer et qu’on essaiera de voir ; si jamais il y avait une chance, on me transfèrerait les 2500 francs restant.
            Depuis, j’attends, en sachant que cela durerait une éternité.
            Le résultat est que je n’ai pas pu faire mes appels urgents et importants. Je suis amené à me poser des questions :
- Faut-il encore se fier à Airtel ?
- Le client sans défense est-il un otage lorsqu’il fait des transactions à Airtel ?
- Celui qui ne veut pas perdre du temps et de l’argent, doit-il encore traiter avec Airtel ?
- Quand on est une institution qui se veut performante, ne serait-il pas mieux de traiter avec l’autre compagnie de téléphonie ?
            Sans doute, l’avenir me donnera des réponses à ma question.

vendredi 30 juin 2017

Bédaya – Ngakédjé : les célébrations : Na Sar, Nouvel An (Par Pascal Djimoguinan)

            Le grand personnage à Bédaya est, s’il faut le rappeler, le Mbang-Day, l’homme soleil. Il est donc le responsable de la fertilité. C’est lui qui préside une fête des semailles, qui doit assurer la pluie et de bonnes récoltes aux vivants.
            Dans la hierarchie Sar, on a également le Ngorgue Hori. Il est l’homme de la Lune et de la nuit. C’est lui qui préside la fête du Nouvel An qui doit apaiser la colère des défunts et éloigner les épidémies.
Le calendrier Sar
            Le calendrier des célébrations importantes du pays sar sont comme suit :
Avril : Le Na Bena à Bédaya
Fin novembre : Le Na Sar à Ngakédjé, au Canton Balimba.
            Ces deux fêtes constituent les deux sommets du cycle festif en pays sar.
1.    La fête du Nouvel An à Ngakédjé
En partant de Balimba, le long du Bahr ko, Ngakédjé est signalé sur la gauche par l’arbre sacré, constitué par les troncs enlacés des deux ficus bol et dol et l’orme yala, sur la droie par le gros tambour de guerre, Ngardobo, qui est monté sur un pilotis et entouré de six greniers à mil avec des toits de pailles qu’il protège des voleurs.
      Si l’on prend le Ngorgue Nambatengar qui est décédé en 1978 et qu’on essaie de faire sa généalogie, on peut à peine remonter jusqu’à 1850 ; elle comporte 9 noms. Par contre, il y a la présence de l’enclume de pierre, mbal-ninga qui est à demi-enterrée dans un champ et qui a sans doute été laissée là par l’arrière-grand-père Kikiya du forgeron de Bédaya lorsqu’il a quitté Nakédjé vers 1850… Ici comme à Bédaya, le prestige de la chefferie repose sur l’alliance avec les forgerons Nôy. Parmi les dignitaires du Ngorgue, les deux mûû, officiants de l’initiation, le balafoniste, et la mère du Nambatengar appartenaient à cette caste.
      A Ngakédjé, plus encore qu’à Bédaya, le Couteau de jet sacré est considéré comme un bessi dangereux et il n’est jamais montré, même pas le jour de la fête. Il est couché sous un arbre à 100 mètres du village, dans une paillotte dont le toit est surmonté d’une lance. C’est une réplique antithétique du Miya-bo de Bédaya ; il est constitué par deux fourreaux de cuir, contenant chacun 7 couteaux. Les 7 couteaux en F dont les pointes sont tournées vers l’est, lorsqu’ils sont couchés sur leur lit de baguettes ; ils sont dits ‘mâles » et constituent le talisman véritable ; les 7 autres ont les pointes tournées vers le couchant ; elles sont dites « femelles » et on les appelle nguéégue « princesse » ; elles n’ont pas les mêmes valeurs que les mâles. Le miya-bo servait à la purification des criminels. Le Ngorgue le plongeait dans l’eau dans une calebasse et les criminels devaient s’y laver les mains. Ils étaient alors assurés de l’impunité tant qu’ils restaient dans le village de Ngakédjé, au service du maître du lieu.
Célébration du Na sar en 1973 (Joseph Fortier)
      Le lundi 26 novembre, u peut après le coucher du soleil, tandis que tous observaient l’apparition du mince croissant de lune à l’Ouest, un peu au-dessus de l’horizon, le Ngorgue, accompagné de son Ngombang est allé chercher le Miya-ba dans sa paillotte ; ils se sont dirigés vers l’ouest, derrière l’arbre sacré ; là, il a brandi le couteau de jet vers la lune, puis l’ayant replacé dans sa paillotte, il est revenu dans sa concession : personne n’avait rien vu.
      A la nuit tombée, vers 18 heures, un cortège se forme, Ngorgue et ngombang en tête, portant des cannes de sorgho ; puis, viennent le Nguébessi, qui porte le panier aux reliques (belague et guedé), les deux balafonistes et enfin les gens du hameau. Quand on arrive derrière l’arbre sacré, le Ngorgue et son Ngombang énoncent à toute vitesse une série de souhaits : pour la santé des villageois, pour que tous aient des bonnes récoltes, succès à la chasse et à la pêche, pour que les femmes aient beaucoup d’enfants… puis, chacun à son tour lance vers la lune trois ou quatre cannes de mil, selon sa « chance », suivant que son premier-né est un garçon ou une fille. Tout le monde rentre chez soi.
      Le « charivari », propre aux fêtes du Nouvel An, commence ; cris stridents, youyou des femmes ; calebasses ou cuvettes en émail entrechoquées ; puis, tout rentre dans le silence, il fait nuit noire, la lune a disparu.
Cette présentation du Miya-bo à la lune nouvelle est propre à Ngakédjé et à Sanguelé, au canton voisin de Djoli. Dans la symbolique générale des religions, la lune est toujours plus ou moins en relation avec les « défunts ». Même si on ne les a pas spécialement invoqués, cette première offrande d’épis à la lune n’en est pas moins hautement significative.
      La fête publique a lieu le lendemain après-midi : elle attire régulièrement trois à quatre cents personnes venues de tout le canton de Balimba. Vers 15 heures, le Ngorgue, entouré de ses dignitaires et des chefs de terre du voisinage, s’avance en dansant, avec marches et contremarches, vers l’arbre sacré qui se trouve de l’autre côté de la piste, à une centaine de mètres de son enclos. Suivi de son ngobang et du porteur de reliques, puis des gens du hameau, ils vont faire trois ou quatre fois le tour de l’arbre sacré, puis assis à son pied, ils vont procéder aux libations de bière de mil, sur un monticule de sable, évasé au sommet, et préparé à cet effet. Le Ngorgue prononce un bref discours : « S’il préside aujourd’hui cette fête du Nouvel an, la « lune des Sar », c’est pour suivre la coutume et continuer les rites (bessi) légués par les « ancêtres ». Ces rites, bien observés, doivent éloigner les épidémies, assurer de bonnes récoltes, des pêches abondantes, permettre aux femmes d’avoir de nobmreux enfants » Le ngobang émet des vœux analogues, ils il verse une calebasse de bière au somme du cône de sable et en canalise la coulée aux quatre points cardinaux, en l’honneur des ancêtres. Les défunts, ayant eu leur part, les vivant speuvent boire à leur tour. Le Ngorgue d’abord, puis tous les autres dignitaires boivent à tour de rôle à la même calebasse. Le sens de cette libation dans le cône de sable est clair :
      Le sorgho hâtif (godji) est la tête de toutes les récoltes et à ce titre, dangereux ; il doit être consacré par un rite : c’est pourquoi la bière, confectionnée avec les grains de godji est offerte par le Ngorgue aux « ancêtres défunts », avant que les vivants puissent la consommer sans danger.
Bénédiction avec les reliques. Au coucher du soleil, ceux qui ont des souhaits personnels (réussite à un examen, emploi à trouver, etc.) se rendent au fond du petit bois, derrière l’arbre sacré, devant la paillotte aux reliques. Ils déposent leurs offrandes, épis de sorgho, pièces de monnaie, exposent leurs désirs et le Ngué-bessi leur frappe deux fois le front avec la petite massue (belague) et une fois avec la patte de civette (guedé).
      Ces deux objets sacrés n’ont que peu de rapport avec le nom qui les désigne. Le petite marteau, en peau de biche-cochon, contient, dit-on, des pierres tombées du ciel et il est enfermé, comme la patte de civette, dans un panier rond dont le couvercle est orné de cauris, de petits coquillages marins, (oulague, belague) qui servaient autrefois de monnaie à travers l’Afrique. Quant au guedé, il désigne un arbre de savane qui jouait autrefois le rôle de refuge pour le criminel ; si ce dernier l’enserrait de ses bras, en invoquant son aide, on ne pouvait le tuer.
Le Gorgue Hori et le Mbang Day
      Déjà de son temps, le ngorgue Nambatengar (+ 1978) ne se reconnaissait pas de lien d’allégeance avec le Roi de Bédaya. Il allait jusqu’à rappeler que lors de la dernière razzia de Mamat Abou Sékkine en 1884 à Bédaya en pleine sémailles, Mougode, le Mbang de Bédaya, fugitif, fut accueilli par Kindé son ancêtre près de Bémouli. Son ancêtre lui avait alors accordé sept villages des environs, pour y faire observer sa coutume ».
      L’importance de Ngakédjé réside dans le fait que la fête du Nouvel An, qui est en même temps la fête des ancêtres défunts, est la plus populaire chez les Sarh de l’est, ceux qui dépende de Bédaya (Koumogo, Balimba et Djoli). La veille au soir, chaque père de famille dépose au pied de son lit boule de mil et calebasse de bière, pour que les défunts puissent manger et boire pendant la nuit. Le lendemain, il tuera poulet ou cabri et festoiera avec tous les siens. Or, le Ngorgue Hori est le seul dans sa région à célébrer lui-même avec éclat cette fête de la « lune sar ». A Bédaya, le Roi ne se montre pas et se borne à faire en privé des offrandes aux Mbang défunts.

      Le Ngorgue ne se rend jamais à Bédaya pour la fête des sémailles. Il ne fait qu’envoyer un panier de petit mil pour les boules rituelles. En retour, le Mbang lui envoie un bouc et un panier de millet, en septembre quand il célèbre la Na-bol, fête de la croissance des épis.