vendredi 21 avril 2017

LU POUR VOUS/Enlèvement d’un Jésuite dans le sud du Nigeria

Le Père Samuel Okwuidegbe, jésuite nigérian de 50 ans, a été enlevé par des inconnus le 18 avril sur la route reliant Benin City à Onitsha, dans le sud du pays.
Selon les informations recueillies par La Croix, le Père Okwuidegbe allait prêcher une retraite de prière à 150 Km du centre spirituel qu’il dirige et où il vit en compagnie de trois de ses confrères. Sa voiture a été retrouvée par la police qui poursuit les recherches.
« En ce moment, nous n’avons pas beaucoup de détails. C’est la première fois depuis plusieurs années qu’un prêtre de notre Compagnie est victime d’un enlèvement dans la région » a déclaré le Père Rigobert Kyungu Musenge, Secrétaire régional des Jésuites pour l’Afrique et Madagascar, qui relève que deux autres personnes ont été enlevées en compagnie du Père Okwuidegbe. « Nous ne pensons pas qu’il ait été enlevé en tant que prêtre » souligne-t-il.
En 2016, plusieurs prêtres catholiques avaient été enlevés au Nigeria, en particulier dans le sud. Le Père Sylvester Onmoke, Président de l’Association des prêtres diocésains du Nigeria (NCDPA) a, à ce moment-là, qualifié « la récente vague d’enlèvements de prêtres et de religieux (comme étant une) attaque contre l’Eglise »  (Agence Fides 21/04/2017)

mercredi 12 avril 2017

Message de Pâque de l'archevêque de Bangui (RCA)

« ALLEZ DIRE A SES DISCIPLES : JESUS EST RESSUSCITE DES MORTS ET VOUS PRECEDE EN GALILEE » (Mt 28, 7)
MESSAGE DE PAQUES 2017 de S. Em. Dieudonné Cardinal NZAPALAINGA, Archevêque Métropolitain de Bangui à la communauté chrétienne de Bangui, aux hommes et femmes de bonne volonté
Chers frères et sœurs en Christ, et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté.
La paix du Christ !
Au bout de la Semaine Sainte éclate la joie pascale : le Christ est ressuscité ! Le crucifié est sorti victorieux de la mort. Sa gloire nous est manifestée dans toute sa splendeur. Dans la Pâques du Fils de l’homme nous contemplons le terme de la vie chrétienne, l’oméga de notre cheminement avec lui. Parmi tant d’autres, trois signes liturgiques expriment éloquemment le mystère de Pâques : le blanc qui se substitue au violet, le gloria et l’alléluia qui réapparaissent après avoir été tus pendant le carême. Le gloria qui est un chant de louange et exprime la joie du peuple de Dieu en marche vers le Royaume. Il exprime aussi le triomphe du Christ. Le gloria est plus qu’une simple acclamation de joie et de louange. C’est un trait d’union entre le ciel et la terre. En effet, il nous relie à la fête de Noël où il nous est donné par les anges : le ciel et la terre acclament le Sauveur. Mais encore, l’Alléluia pascal évoque la posture debout, posture du ressuscité et du missionné. À travers ce cri, nous exprimons la conscience que nous avons de vivre un temps nouveau et d’être envoyé pour en être d’authentiques témoins.
De la mort de Jésus à la Vie en Christ
Avec la mort de Jésus, il semble que non seulement sa vie mais aussi son œuvre soit complètement détruite. La mort est la fin ; après la mort personne n’est encore revenue à la vie. Maintenant qu’il est en train de mourir, ses adversaires se moquent de lui en ces termes : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est Roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! Il a mis en Dieu sa confiance, que Dieu le délivre maintenant, s’il aime, car il a dit : « Je suis Fils de Dieu ! » (Mt 27, 42-43). Les adversaires de Jésus l’ont poussé à démontrer ce qu’il prêchait, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort.
Jésus n’est pas descendu de la croix pour sauver sa vie. Dieu n’est pas intervenu. Jésus est mort dans la honte et le tourment. Ceci semble démontré à suffisance qu’il n’est pas le roi d’Israël, ni le Fils de Dieu, mais plutôt un imposteur comme l’accusaient ses détracteurs : « Le lendemain, jour qui suit la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate. Seigneur, lui dirent-ils, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit de son vivant : après trois jours, je ressusciterai » (Mt 27, 62-63). C’est de cette manière que se présentait la situation du coté de ses adversaires.
Jésus continue encore de souffrir et d’être humilié dans la chair de ceux qui sont ses frères. Il suffit de nous rappeler la parole adressée à Saul sur la route de Damas : « Saul, pourquoi me persécuter ? » (Ac 9, 5). Lors du jugement dernier, Jésus s’identifie aux touts petits qui sont ses frères : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
Beaucoup de nos frères et sœurs souffrent encore terriblement de la violence. Les nouvelles qui nous parviennent de l’intérieur du pays nous inquiètent. Il y a une recrudescence de la violence. Les puissances du mal se déchaînent et font des ravages. Des engins de destruction et de mort envahissent nos villes et nos villages. Le prophète Jérémie disait à son époque : « Dans Rama on entend une voix plaintive, des pleurs amères : Rachel pleure sur ses enfants, elle refuse tout réconfort, car ses enfants ont disparu » (Jr 31, 15). Pour paraphraser le prophète, nous pouvons dire qu’à Ngaoudaye, Bocaranga, Kaga Bandoro, Bambari…on entend des cris d’abandon, des larmes amères. Le peuple centrafricain est en pleurs car, à cause des criminels, c’est partout la désolation.
Comment alors annoncer le message de la résurrection à ceux qui souffrent ? Comment dire aux persécutés que Christ est ressuscité ? Comment annoncer aux bourreaux, aux criminels la Bonne Nouvelle de la résurrection ? Comment porter ce message du salut à tous ceux qui tirent la ficelle de ce conflit dans l’ombre ?
Certes, quand nous sommes plongés dans le cœur de la souffrance, nous voulons une réponse divine immédiate. Cependant, le temps de Dieu n’est pas le nôtre. Nous sommes plutôt appelés à nous unir au Christ dans sa passion. Avec ce que je vis, je descends dans le tombeau avec le Christ. Notre Sauveur a affronté la mort pour la vaincre ; il est descendu dans les entrailles de la mort, dévoilant ainsi tous ses secrets. C’est ce que nous disons dans la Séquence avant l’Evangile à Pâques : « La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne ».
 Notre souffrance ne trouve son sens que dans notre engagement à la suite du Christ, Chemin, Vérité et Vie. Jésus dans sa passion, nous a montrés le chemin : « En effet, qui veut sauvegarder sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, l’assurera » (Mt 16, 25). Jésus durant toute sa vie, a prêché dans la vérité, il est la Vérité. Voilà un mot qui pose problème en Centrafrique, la Vérité. Qu’est-ce que la vérité en Centrafrique ? Permettez-moi de citer la médiation du Pape Saint Jean Paul II, lors de la Via Crucis (Chemin de Croix) du Vendredi Saint pendant le jubilé de l’an 2000, car à mon avis, cela nous interpelle vivement ; en plus il est le premier Pape qui nous a rendu visite et nous avons sa relique ici en la  Cathédrale. Saint Jean Paul II, en méditant l’interrogatoire de Jésus devant Pilate disait : [« Le drame de Pilate se cache dans la question : Qu'est-ce que la vérité ? Ce n'était pas une question philosophique sur la nature de la vérité, mais une question existentielle sur son rapport à la vérité. C'était une tentative de se dérober à la voix de sa conscience qui lui ordonnait de reconnaître la vérité et de la suivre. L'homme qui ne se laisse pas conduire par la vérité se dispose même à émettre une sentence de condamnation à l'égard d'un innocent.
C'est de cette façon que Jésus a été condamné à la mort sur une croix, Lui le Fils du Dieu vivant, le Rédempteur du monde. Tout au long des siècles, la négation de la vérité a engendré souffrance et mort. Ce sont les innocents qui paient le prix de l'hypocrisie humaine. Les demi-mesures ne sont pas suffisantes. Il ne suffit pas non plus de se laver les mains. La responsabilité pour le sang du juste demeure. C'est pour cela que le Christ a prié avec tant de ferveur pour ses disciples de tous les temps : Père, «consacre-les par la vérité: ta parole est vérité» (Jn 17, 17)][1]
Le « poncepilatisme » est très présent dans notre manière d’agir en Centrafrique. Nous refusons souvent de vivre dans la vérité, nous condamnons facilement l’innocent. Nous qui avons pouvoir de décision, le plus souvent nous gardons le silence pour sauver nos fauteuils. Beaucoup d’innocents continuent de souffrir et de mourir à cause du mensonge. Nous devons aimer la vérité et la vivre jusqu’au bout. Car c’est de cette manière que nous pouvons avoir la vie.
Des messagers de la vie et du pardon
 Le jour de Pâques est porteur d’un changement. Les femmes vont au tombeau du crucifié de bon matin. Elles l’ont suivi depuis la Galilée, elles ont assisté à sa mort et sa sépulture. Contrairement aux disciples qui ont pris la fuite, au moment de l’arrestation, elles sont restées avec Jésus et sont témoins de tous ces évènements. A la première occasion, elles n’ont pas hésité un seul instant d’aller à la tombe, en dépit du fait qu’il s’agit d’un homme mort dans l’ignominie et le discrédit. Elles ont fait le choix d’être fidèles à Jésus et de lui rester proches.
A la tombe, les femmes vont vivre le tremblement de terre et l’intervention d’un ange qui manifestent la puissance de Dieu (Mt 28, 2s). De la rencontre avec l’ange, elles vont apprendre ce qui est arrivé à Jésus et reçoivent l’envoi missionnaire. En effet, l’ange leur dit : « Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ». En ce mot « crucifié » se résume tout ce que les hommes ont fait à Jésus : « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront » (Mt 17, 22-23). De cette manière, Jésus est devenu solidaire de tous les hommes qui, tout au long de l’histoire, ont subi l’arbitraire et la cruauté de leurs frères.
Dans le message pascal, nous annonçons que Jésus est ressuscité. Dieu l’a ressuscité. Dieu a accueilli dans sa vie éternelle et immortelle le Crucifié qui a été tué avec violence. Ceci est un message d’Esperance pour toutes les innombrables victimes de la violence injuste. Le Crucifié est ressuscité en montrant ses plaies à ses disciples.
Chers frères et sœurs de Centrafrique et de l’archidiocèse de Bangui en particulier, ce que nous avons vécu dans notre pays a laissé des cicatrices. Pour les ennemis de la paix, ces cicatrices sont signes de victoire. Oui, il s’agit d’une victoire seulement apparente ; car de la même manière que Dieu est intervenu dans la vie de Jésus Crucifié en le sauvant de la mort, à Pâques, c’est Lui-même qui agit dans nos vies pour nous ressusciter avec nos cicatrices, pour confondre nos adversaires. Par voie de conséquence, nos cicatrices, nos souffrances, nos blessures retrouvent une dimension salvifique dans le renouvellement opéré par Dieu.
Après le tombeau, les femmes ont vite couru pour porter la nouvelle à ses disciples. Déjà au mont des Oliviers, Jésus avait annoncé aux disciples qu’après sa résurrection, il les précèderait à Galilée (Mt 26, 32). Cela est maintenant une réalité. Pour les disciples, ce rendez-vous a une importance décisive. Quand ils ont pris la fuite pendant son arrestation, d’une certaine manière, ils avaient rompu la communion avec lui ; ils se sont séparés de lui. Mais le Ressuscité leur accorde le pardon et la réconciliation. Il les invite et les précède en Galilée.
Le Ressuscité n’appelle pas de nouveaux disciples après la trahison des premiers qu’il a choisis. Il renouvelle sa confiance en eux, il les pardonne et les appelle frères : « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (Mt 28, 7). La résurrection n’est pas du sur place ni un retour en arrière. Le Christ nous remet debout et nous ordonne de rejoindre un lieu. Il nous met en marche. Sur la montagne du rendez-vous, il atteste sa seigneurie sur le monde entier et nous y envoie en mission : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant [...] leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. » Et surtout, il nous rassure de sa présence, de sa proximité : « Et moi je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 16s).
La résurrection implique une mission : vivre conformément au regard que la destinée du Fils de l’homme nous fait porter sur le monde. A partir de là, il nous incombe de projeter un regard nouveau sur les lieux anciens : les choses anciennes parce qu’éclairées par Jésus, nous pouvons les dépasser, les traverser. La haine et la violence par exemple, parce qu’en Jésus j’ai appris à les vaincre, je peux les dépasser. Nous échappons au règne de la haine pour dorénavant nous soumettre librement au régime de l’amour.
La nouveauté de la résurrection consiste en la prise de conscience que Jésus aujourd’hui encore nous relève de nos peines et de nos souffrances. Jamais il ne s’est absenté de notre société et de notre histoire récente quand bien même le spectre de la mort donnait l’impression de régner. La proclamation de la résurrection de Jésus implique un repartir, une reconstruction par l’action de l’Esprit Saint. Nous acceptons de laisser le Christ reconstruire notre être, notre conscience. Nous nous engageons à reconstruire l’amitié, la fraternité sur le socle du cœur et de l’esprit nouveaux que Jésus nous donne. Oui, nous acceptons de repartir, de reprendre la route qui mène à la Galilée, là où il nous donne rendez-vous.
La mort de Jésus en croix semblait avoir détruit sa personne et mis fin à son œuvre. La résurrection intervient alors comme l’évènement décisif et comme la révélation définitive. Elle montre que Dieu est à côté de Jésus et confirme en premier lieu toute l’œuvre de son Fils. Elle montre que Jésus est le Fils de Dieu et que 11 nous devons avoir confiance en Lui, en ses paroles et actions. Elle montre que Jésus est le vainqueur de la mort. Elle révèle que ce ne sont pas les hommes avec leur volonté de destruction qui ont le dernier mot. Dieu dans son amour et sa puissance est vainqueur de la mort.
Chers frères et sœurs,
Je souhaite que vous puissiez vous armer de la Parole et de l’expérience de Jésus Christ. Que l’Esprit désarme définitivement vos cœurs et vos esprits de tout regard destructeur, de tout projet de vengeance, de toute tentative de solution par la vengeance. Ainsi allégés, rendez-vous à la nouvelle Galilée, le Kilomètre 5,v quartier Fondo, quartier Haoussa, Kina, Boy-Rabe, Gbangou, Damara, bref tous les coins et recoins de notre archidiocèse. Là, vivez désormais en frères et sœurs de Jésus, en fils et filles de la lumière en partageant, en vous entraidant, en vous aimant. Que la Vierge Marie Notre Dame de l’Oubangui intercède pour nous et nous accompagne sur ce chemin de la Résurrection. Amen.
Dieudonné Cardinal NZAPALAINGA,
Archevêque Métropolitain de Bangui



[1] Voici l’intégralité de la méditation du Pape Saint Jean Paul II : «Es-tu le roi des Juifs ?» (Jn 18, 33). «Ma royauté ne vient pas de ce monde; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici» (Jn 18, 36). Pilate ajouta : «Alors, tu es roi ?» Jésus répondit : «C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui 6 appartient à la vérité écoute ma voix». Pilate répliqua : «Qu'est-ce que la vérité ?». À ce point, le Procureur romain considéra l'interrogatoire comme terminé. Il alla chez les Juifs et leur dit : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation» (cf. Jn 18, 37- 38). Le drame de Pilate se cache dans la question : Qu'est-ce que la vérité ? Ce n'était pas une question philosophique sur la nature de la vérité, mais une question existentielle sur son rapport à la vérité. C'était une tentative de se dérober à la voix de sa conscience qui lui ordonnait de reconnaître la vérité et de la suivre. L'homme qui ne se laisse pas conduire par la vérité se dispose même à émettre une sentence de condamnation à l'égard d'un innocent. Les accusateurs devinent cette faiblesse de Pilate et c'est pourquoi ils ne cèdent pas. Avec détermination ils réclament la mort en croix. Les demi-mesures auxquelles Pilate a recours ne l'aident pas. La peine cruelle de la flagellation infligée à l'Accusé n'est pas suffisante. Quand le Procureur présente à la foule Jésus flagellé et couronné d'épines, il semble chercher une parole qui, à son avis, devrait faire céder l'intransigeance de la foule. Montrant Jésus, il dit : «Ecce homo ! Voici l'homme !» Mais la réponse est : «Crucifie-le, crucifie-le !» Pilate cherche alors à discuter : «Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation» (cf. Jn 19, 5-6). Il est toujours plus convaincu que l'Accusé est innocent, mais cela ne lui suffit pas pour émettre une sentence d'acquittement. Les accusateurs recourent à l'ultime argument : «Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. Quiconque se fait roi s'oppose à l'empereur» (Jn 19, 12). La menace est claire. Devinant le danger, Pilate cède définitivement et émet la sentence. Mais non sans faire le geste lâche de se laver les mains : «Je ne suis pas responsable du sang de cet homme; cela vous regarde !» (Mt 27, 24). C'est de cette façon que Jésus a été condamné à la mort sur une croix, Lui le Fils du Dieu vivant, le Rédempteur du monde. Tout au long des siècles, la négation de la vérité a engendré souffrance et mort. Ce sont les innocents qui paient le prix de l'hypocrisie humaine. Les demi-mesures ne sont pas suffisantes. Il ne suffit pas non plus de se laver les mains. La responsabilité pour le sang du juste demeure. C'est pour cela que le Christ a prié avec tant de ferveur pour ses disciples de tous les temps : Père, «consacre-les par la vérité: ta parole est vérité» (Jn 17, 17).

lundi 10 avril 2017

LU POUR VOUS/SYRIE - Réflexions de l’Archevêque syro catholique d’Hassaké Nisibi à propos de l’attaque américaine sur une base aérienne syrienne

« Le Président Trump pense comme un homme d’affaires et se comporte comme un homme d’affaires. Au travers de l’attaque contre la base (aérienne NDT) syrienne, il gagne également l’appui de secteurs influents du pouvoir américain qui pouvaient lui être contraire, alors qu’à l’étranger, il rassure la Turquie, l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe ». S.Exc. Mgr Jacques Behnan Hindo, Archevêque syro catholique d’Hassakè-Nisibi s’en déclare convaincu. Selon lui, l’attaque américaine « était déjà prévue. C’est pourquoi ils n’ont voulu prendre en aucune considération les demandes d’enquête plus approfondie concernant les responsabilités des victimes de l’empoisonnement à l’arme chimique intervenu en province d’Idlib. S’agissant des « preuves irréfutables » dont la CIA disposerait concernant la responsabilité de l’armée syrienne, elles font penser à celles que Colin Powell montra à l’ ONU pour justifier l’intervention en Irak. Dans tous les cas, Mgr Hindo ne croit pas que la nouvelle phase de tension pourra porter à un affrontement direct entre les puissances mondiales sur le territoire syrien. « Les russes – fait remarquer l’Archevêque dans le cadre d’un entretien accordé à l’Agence Fides – ont voulu faire savoir que, sur un total de 59 missiles lancés par les destroyers américains, pas même la moitié n’a atteint un quelconque objectif. Cela me fait penser que les autres pourraient avoir été interceptés par les instruments de lutte anti-missiles russes. Dans tous les cas, depuis des années en Syrie, les puissances se livrent à une guerre par procuration mais je ne crois pas au passage à un affrontement direct entre les Etats-Unis et la Russie en Syrie. Ils rechercheront un compromis parce que pas même les Etats-Unis ne veulent qu’en Syrie ne se crée un Etat aux mains des islamistes de Jabhat al Nusra. Ils préfèrent stabiliser la situation puis, à moyen long terme, penser à l’après Assad ». (GV) (Agence Fides 08/04/2017)

jeudi 6 avril 2017

LU POUR VOUS/RCA - Attaques contre les missions catholiques de Ngaoundaye et intervention résolutive des Casques bleus

Deux missions catholiques ont été attaquées à Ngaoundaye, petite localité de l’extrême nord-ouest de la République centrafricaine.
« Les nouvelles dont nous disposons sont encore fragmentaires – déclare le Père Aurelio Gazzera, missionnaire carme à Bozoum. Ce qu’il est donné de savoir est que le 4 avril, un groupe de rebelles de l’ancienne Seleka est entré dans le village, saccageant les habitations privées et les deux missions de la zone, celle des Pères Capucins et celle des religieuses polonaises des Sœurs de la Charité de Sainte Jeanne Antide Thouret. Il semble que ces violences aient fait au moins quatre morts. Grâce à l’intervention de la MINUSCA (Mission de l’ONU en Centrafrique), les miliciens se sont retirés ».
Le Père Gazzera a recueilli le témoignage d’un certain nombre de religieuses congolaises de la Congrégation des Filles de Notre-Dame de la Miséricorde de Savone, qui ont été brièvement prises en otage par les bandits. « Certaines religieuses de notre mission qui se rendaient à la frontière en minibus ont trouvé la route barrée par une trentaine d’hommes armés, qui les ont contraintes à les suivre alors qu’ils entraient dans le village de Ngaoundaye, un petit village qui se trouve à la frontière entre la République centrafricaine, le Tchad et le Cameroun, dans l’extrême nord-ouest du pays ».
« De là, nous pouvons déduire que le plan de la bande, constituée d’anciens de la coalition Seleka provenant de Paoua, consistait à saccager les pauvres biens de la population locale puis à chercher à tenir la zone avec son poste de douane, de manière à extorquer les commerçants. Au-delà de la frontière, au Cameroun, se trouve un important marché et la zone est par suite traversée par des marchandises en entrée et en sortie » souligne le missionnaire.
« Les religieuses m’ont déclaré que les bandits étaient bien armés mais qu’ils ne les ont pas molestées. Leur comportement donne l’idée d’une tentative visant à tâter le terrain pour voir quelles sont les réactions à la conquête de leur part de cet important poste de frontière ».
Le Père Gazzera souligne que, « tant que ne seront pas déployées des contingents consistants de Casques bleus de la MINUSCA et de militaires de l’armée régulière, la zone de la frontière du nord-est restera entre les mains de différents groupes armés issus des anciens Seleka et de leurs rivaux anti-balakas ». (L.M.) (Agence Fides 06/04/2017)

vendredi 31 mars 2017

Souviens-toi (par Pascal Djimoguinan)

Quand tu navigues sur les mers de la vie
Balloté par les vagues de la jeunesse
Le cœur brûlant de fièvre et la tête pleine,
Souviens-toi.

Quand tu avances au gré des vents
Ivre de vie et d’amour
Quand la bouche ouverte, tu aspires l’air à pleins poumons
Souviens-toi.

Des nuages s’annoncent, la tempête se prépare,
Les éléments vont entrer en furie
Et l’immensité de cette mer qui te fascinait te sera hostile
Mais toi, souviens-toi.

Souviens-toi pendant tes moments de lucidité,
Quand le vent ne souffle pas et que tes voiles pendent
Quand tu n’es pas tourné vers d’autres horizons
Souvient-toi que tu es un homme
 

samedi 18 mars 2017

Monseigneur Jean-Claude Bouchard, 40 ans déjà

(Il y a 40 ans, le 1er mai 1977, c’était l’ordination épiscopale de monseigneur Jean-Claude Bouchard comme évêque de Pala. Nous revenons sur la cérémonie grâce à un article de la revue « Chrétiens au Tchad aujourd’hui », n° 15, août-septembre 1977. L’article était de l’abbé Yves Jausions)
            Le 1er mai 1977 était un jour de joie pour tous les chrétiens des communautés du Mayo-Kebbi. En effet, c’était l’ordination épiscopale de Monseigneur Jean-Claude Bouchard, évêque de Pala.
            En juin 1975, Monseigneur DUPONT donnait sa démission. Depuis près de deux ans, le diocèse était administré par le Père Sergent. Après cette longue attente, on comprend la joie de tous les chrétiens du Moyo-Kebbi.
            Monseigneur Jean-Claude BOUCHARD est né le 29 septembre 1940 au Québec (Canada) d’une famille de cultivateur : il est le second d’une famille de sept enfants, il a trois frères et trois sœurs.
            Après être entré chez les Oblats de Marie-Immaculée, il est venu au Tchad à Moulkou, de 1963 à 1965, comme directeur de l’école. Ensuite, il est allé à Rome préparer sa licence de philosophie et de théologie. Ordonné prêtre le 30 août 1969, il revient à Guélendeng où il apprend le massa. Enfin, le 26 février, le Pape Paul VI le choisit comme évêque de Pala.
            En ce 1er mai, les chrétiens sont venus de tout le diocèse, ils se groupent par ethnie près de la cathédrale. Il y a là Mgr Dalmais, archevêque de N’Djamena, Mgr Belzile et Mgr Gaumain de Moundou, Mgr Véniat de Sarh, Mgr Dupont, l’ancien évêque de Pala. Sont venus également Mgr Charpenet, de Yagoua, Mgr de Bernon de Maroua, et Mgr Pasquier de Garoua ; enfin Monseigneur N’DAYEN, archevêque de Bangui, accompagné du Délégué apostolique et des évêques de Bosangoa et de Pointe Noire.
            On commence par présenter le nouvel évêque et on lit la lettre de Paul VI nommant Monseigneur Jean-Claude BOUCHARD, pasteur de toutes les communautés du diocèse. Ensuite les différentes communautés du Mayo-Kebbi sont appelées à donner leur témoignage.
            Après que chaque ethnie se soit présentée commence la liturgie de la Parole. Les différents groupes de langues se dispersent sous les arbres. Pour les francophones, c’est Mgr Gaumain, ancien évêque de Moundou, redevenu le Père Samuel, qui donne l’homélie :
            « Dieu n’est pas partial, puisqu’il est le Sauveur de tous les hommes, comme nous le montre le livre des Actes, où Pierre baptise le centurion Corneille. Après sa résurrection, Jésus donne à Pierre le soin de guider le peuple des croyants. Quant aux Apôtres, ils ne laissent pas Pierre aller seul à la pêche : « Nous y allons avec toi ; Nous avons tous à proclamer l’amour du Père et la fraternité des hommes ».
            Alors c’est la consécration épiscopale. Mgr N’DAYEN encourage son jeune frère : « La tâche sera lourde, mais vous aurez la joie de travailler à la suite de Pierre ». Puis, c’est l’interrogation « Voulez-vous annoncer la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu ? Oui, je le veux ».
            Après avoir invoqué les Saints, Mgr N’DAYEN, le consécrateur principal, impose les mains sur la tête de l’élu, signe traditionnel du don de l’Esprit Saint, source de tout ministère ; il pose encore l’Evangile sur la tête du nouvel évêque en demandant Dieu de lui donner son Esprit. Puis le nouvel évêque reçoit l’anneau, la mitre et la crosse ou bâton du berger et s’asseoit au fauteuil. Tous les évêques et ses amis viennent l’embrasser et le féliciter. Pendant le sacrifice, la foule des chrétiens prie pour le nouvel évêque et chaque groupe ethnique dit sa joie par des chants.
            A la fin de la messe, Mgr Jean-Claude BOUCHARD remercie tous ceux qui sont là. Il s’adresse en particulier aux autorités tchadiennes présentes pour leur dire au nom du personnel missionnaire son profond respect et son grand désir de servir le pays et de collaborer au progrès réel du Tchad. La parole de Dieu rassemble tous les hommes dans la fraternité sans distinction de races ; elle enseigne que tous les hommes sont enfants de Dieu et donne à tout homme, même le plus petit, la possibilité de se développer ; il nous purifie de notre mal.
            Il remercie Mgr DUPONT, qui, après le Père JOUNAUX, Préfet Apostolique, a favorisé dans la liberté le travail des équipes. Il remercie aussi le Père SERGENT qui a assuré l’intérim. Enfin, il remercie le Seigneur. « Mais là, les mots ne peuvent exprimer ce que nous avons dans le cœur.
            Il nous reste à nous, les chrétiens du Tchad, le devoir de prier pour le nouvel évêque. Nous pouvons le faire en nous servant de la belle prière dite au moment de l’ordination :

            « Seigneur notre Dieu, Toi qui es notre Guide et le Pasteur de tous les fidèles, regarde avec bonté ton serviteur Jean-Claude. Accorde-lui de se dévouer par la parole et par l’exemple à ceux dont il a reçu la charge pour entrer dans la vie éternelle avec le troupeau que tu lui as confié ».

vendredi 17 mars 2017

Il y a 43 ans, témoignage de sœur Tinodji (par Sr Cécile Tinodji Nelembay)

            (Il y a 43 ans, le 19 octobre 1974, la sœur Cécile Tinodji Nelembay prononçait ses vœux perpétuels dans la congrégation des sœurs Notre Dame des apôtres dans la cathédrale de Sarh. Elle a pris la parole au cours de la cérémonie. Nous donnons ici l’intégralité de son intervention afin que les jeunes puissent en prendre connaissance. Nous le tirons de la revue « Chrétiens au Tchad aujourdhui », n°5, premier trimestre 1975, pp 3-4. Cela est tiré d’un article de Souk Allag Ouaina.)
            Mes chers frères, sœurs et amis,
            Je vous remercie d’être venus nombreux aujourd’hui pour prier avec moi et partager ma joie. Ce jour pour moi a été vraiment attendu.
            Je voudrais vous dire en quelques mots comment j’ai entendu l’appel du Seigneur et j’y ai répondu, car souvent on se pose la question.
            Au cours d’une réunion de jeunes Cœurs-Vaillants et Ames-Vaillantes, à Bongor, la Sœur nous montrait des photos, des images de tous les pays dans le journal « KISITO ». C’était pour nous montrer qu’on pouvait se mette au service des autres. Sur une photo, il y avait des femmes habillées en blanc qui soignaient les malades. La sœur nous expliquait que ces femmes étaient des religieuses, elles ne se marient pas, elles ne mettent pas d’enfants au monde. Elles ont choisi de servir Dieu en soignant les malades, en enseignant les enfants, en était la sœur de tous.
            Après, je lui ai posé la question : « Est-ce possible que je devienne comme elles, pour soigner mes frères ? » Elle m’a répondu : « Oui, bien sûr ».
            C’est à partir de ce jour que j’ai senti l’appel de Dieu. Dieu s’est servi de ces photos pour m’appeler.
            Depuis ce jour, j’ai cheminé jusqu’ici. Mais pour en arriver là, ça n’a pas été toujours facile. J’ai rencontré des difficultés de toutes sortes.
            D’abord avec mes parents qui n’admettaient pas que je me fasse religieuse, car ils voulaient avoir de moi la dot et les enfants. Mon père étant mort, ma mère attendait de moi une aide matérielle, étant la dernière des filles, elle voulait me garder auprès d’elle.
            Difficultés avec mes frères africains qui, bien souvent, ne comprennent pas toujours notre vie religieuse. Ils disent que le Tchad est grand : donc il faut se marier et avoir beaucoup d’enfants pour le peupler. Ils disent encore que nous perdons notre temps au couvent (maison des sœurs) et ne croient pas à notre chasteté. Nos frères ne comprennent pas la nécessité de notre célibat dans la vie religieuse. D’autres nous demandent des vêtements, de l’argent, des livres, et quand nous leur disons que nous n’en avons pas pour leur donner, ils ne l’admettent pas et disent que nous sommes trop avares. Ils nous traitent comme des fonctionnaires qui gagnent beaucoup d’argent.
            Il y a aussi des difficultés du point de vue communautaire : nos façons à nous, africaines, de voir, d’agir et de faire ne sont pas toujours comprises par nos sœurs européennes, et inversement nous ne comprenons pas leurs manières de faire ; ce qui crée des tensions entre nous.
            Voici quelques difficultés que nous rencontrons et que j’ai moi-même rencontrées. Croyez-moi, cela n’est pas facile, mais malgré tout je ne me suis pas découragée totalement, car je me dis que dans n’importe quelle vie, je trouverai des difficultés sur d’autres plans.
            Dans toutes ces difficultés, je priais toujours la Vierge Marie, et je peux dire qu’elle m’a toujours soutenue jusqu’à présent. Quelques rares amis que j’ai rencontrés m’ont aidé à continuer, aussi bien dans ma communauté qu’au village.

            L’engagement définitif que je fais aujourd’hui ne veut pas dire que ces difficultés sont terminées, mais que j’accepte d’avance de dépasser toutes celles qui sont à venir ; et cela, je ne peux le faire seule, c’est pourquoi je demande l’aide de mes sœurs et frères pour être fidèle.

mardi 14 mars 2017

.africa, nom de domaine, une nouvelle qui passe inaperçue (par Pascal Djimoguinan)

            Le 10 mars 2017, à Addis abeba en Ethiopie (siège de l’UA), Un événement d’une importance majeure a eu lieu alors que beaucoup d’africains n’en savent rien. Lors d’une conférence, madame Nkosazana Dlamini-Zuma, a annoncé le lancement du domaine .africa ; cela signifie que désormais, le continent africain a une identité numérique.
            Ce site ne sera disponible qu’à partir du mois de juillet mais déjà, les africains qui aimeraient l’utiliser peuvent introduire une demande. Madame Zuma pense qu’avec ce nom domaine, les africains, notamment les entrepreneurs pourront être plus visibles sur internet.
            Selon la Banque mondiale, 22% de la population d’Afrique subsaharienne a accès à internet alors que la moyenne mondiale est de 44%. L’objectif de l’UA est d’augmenter ce taux de 10% dans le cadre d’un programme de développement.
            La bonne nouvelle est que grâce à ce domaine, il y aura une diminution des coûts des noms de domaine. Selon Jeune Afrique,   « Plus de la moitié des 2 millions de sites internet africains proviennent d’Afrique du Sud, l’économie numéro un du continent, estime Lucky Masisela, directeur de la société ZA Central Registry, qui sera chargée de gérer le nom de domaine « .africa ». ".africa va venir perturber le marché et permettra de diminuer le coût des noms de domaine », a assuré Masisela, notant qu’un nom de domaine « .africa » ne coûtera que 18 dollars (17 euros), alors que l’enregistrement d’un site sur un domaine national peut coûter jusqu’à 250 dollars dans certains pays Afrique.
            D’un autre côté, les revenus de ce lancement permettront à l’UA de financer la Commission de l’UA qui, jusque-là, dépend des donateurs internationaux qui contribue à l’ordre de 70% à son fonctionnement.
                          Il sera donc possible dans l’avenir d’avoir une adresse avec @yahoo.africa au lieu de @yahoo.fr ou @yahoo.com. C’est donc des lendemains numériques qui chantent qu’il s’agit. Il faut donc que cela soit possible dès le mois de juillet.
            Pour une fois que l’Afrique est visionnaire, il ne faut pas passer cela sous silence et que tous les africains contribuent au succès de cette entreprise louable.


jeudi 2 mars 2017

LU POUR VOUS/RCA : Des intérêts économiques « d’hommes forts » derrière les attaques des bergers peuls ?

La situation à Bocaranga, à 120 Km de Bozoum, dans le nord-ouest de la République centrafricaine, demeure très tendue après l’attaque perpétrée le 2 février par des groupes armés de bergers peuls. « Il m’a été dit qu’hier, la population s’est enfuie parce qu’elle craignait une nouvelle attaque des peuls » déclare à l’Agence Fides le Père Aurelio Gazzera, religieux carme et Curé à Bozoum. « La semaine dernière, S.Em. le Cardinal Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, est venu en visite ici, à Bozoum, d’où nous l’avons accompagné à Bocaranga pour rencontrer la population locale qui est fortement éprouvée par la tension » indique le missionnaire.
Les Peuls sont des bergers itinérants qui, dans leurs migrations, se sont heurtés, à diverses reprises, avec les populations sédentaires. Le phénomène a cependant pris un tour préoccupant au cours de ces dernières années, et ce non seulement en Centrafrique mais également dans d’autres pays, tels que le Nigeria, où ils sont connus sous le nom de Fulanis « Dans le cas de la Centrafrique – explique le Père Gazzera – on ne sait pas bien d’où proviennent les peuls. Certains sont centrafricains, d’autres proviennent du Tchad, d’autres encore du Niger, du Nigeria et du Cameroun ».
« La zone de Bocaranga, où l’herbe pousse toute l’année, est depuis des décennies une zone d’élevage, une activité économique dans laquelle ont investi des officiers généraux et des hommes politiques, non seulement centrafricains mais surtout tchadiens et camerounais. Il existe par suite de forts intérêts à faire en sorte que cette zone soit habitée surtout par les peuls, plutôt que par les agriculteurs. Nous parlons ici de personnes qui ont effectué des investissements économiques importants, de l’ordre de 10 à 20.000 têtes de cheptel. Il s’agit d’un phénomène que nous avons déjà rencontré à compter de 2013, lorsque nous avons vu arriver des troupeaux immenses provenant du nord, probablement du Tchad et du Cameroun » déclare le missionnaire.

« La question de la transhumance constitue un facteur important dans différentes zones d’Afrique mais est souvent négligée dans l’analyse des tensions provoquées. Dans le cas de Bocaranga, nous craignons que la situation ne demeure difficile encore pendant longtemps » conclut le missionnaire. (L.M.) (Agence Fides 02/03/2017)



mardi 28 février 2017

Message du Pape François Pour l'entrée en Carême 2017

 Voici le message du Pape François pour le Carême 2017, qui s'ouvrira le 1er mars avec la célébra"on du Mercredi des Cendres. Ce texte, axé sur la parabole de Lazare et de l'homme riche dans l'Évangile de Luc, a été rendu public par le Vatican ce mardi 7 février.

 «Chers Frères et Sœurs, Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une des"na"on sûre : la Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu «de tout son cœur» (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’ami"é avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par ce;e a;ente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016). Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Église nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en ce;e période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle. L’autre est un don La parabole commence avec la présenta"on des deux personnages principaux ; cependant le pauvre y est décrit de façon plus détaillée : il se trouve dans une situa"on désespérée et n’a pas la force de se relever, il gît devant la porte du riche et mange les mie;es qui tombent de sa table, son corps est couvert de plaies que les chiens viennent lécher (cf. vv. 20-21). C’est donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié. La scène apparaît encore plus dramatique si l’on considère que le pauvre s’appelle Lazare : un nom chargé de promesses, qui signifie littéralement «Dieu vient en aide». Ainsi ce personnage ne reste pas anonyme mais il possède des traits bien précis ; il se présente comme un individu avec son histoire personnelle. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il nous apparaît connu et presque familier, il devient un visage; et, comme tel, un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain (cf. Homélie du 8 janvier 2016). Lazare nous apprend que l’autre est un don. La relation juste envers les personnes consiste à reconnaître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invita"on que nous adresse ce;e parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible. Mais pour pouvoir le faire il est nécessaire de prendre au sérieux également ce que nous révèle l’Évangile au sujet de l’homme riche. Le péché nous rend aveugles La parabole met cruellement en évidence les contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce personnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède pas de nom, il est seulement qualifié de “riche”. Son opulence se manifeste dans son habillement qui est exagérément luxueux. La pourpre en effet était très précieuse, plus que l’argent ou l’or, c’est pourquoi elle était réservée aux divinités (cf. Jr 10,9) et aux rois (cf. Jg 8,26). La toile de lin fin contribuait à donner à l’allure un caractère quasi sacré. Bref la richesse de cet homme est excessive d’autant plus qu’elle est exhibée tous les jours, de façon habituelle: «Il faisait chaque jour brillante chère» (v.19). On aperçoit en lui, de manière dramatique, la corruption du péché qui se manifeste en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la vanité et l’orgueil (cf. Homélie du 20 septembre 2013). Selon l’apôtre Paul, «la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent» (1 Tm 6,10). Il est la cause principale de la corruption et la source de jalousies, li"ges et soupçons. L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 55). Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde en"er, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix. La parabole nous montre ensuite que la cupidité rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence (cf. ibid., n. 62). Le niveau le plus bas de ce;e déchéance morale est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humilia"on. En regardant ce personnage, on comprend pourquoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamna"on de l’amour de l’argent : «Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent» (Mt 6,24). La Parole est un don L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La liturgie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une expérience semblable à celle que fait le riche d’une façon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant les cendres sur la tête, répète ces paroles : «Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les deux et la par"e la plus longue du récit de la parabole se passe dans l’au-delà. Les deux personnages découvrent subitement que «nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter» (1 Tm 6,7). Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le riche dialogue avec Abraham qu’il appelle «Père» (Lc 16, 24 ; 27) montrant qu’il fait par"e du peuple de Dieu. Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu. Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pauvre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés. Abraham néanmoins lui explique que «tu as reçu tes biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté» (v.25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien. La parabole acquiert une dimension plus large et délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande à Abraham d’envoyer Lazare les avertir ; mais Abraham répond : «ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent» (v. 29). Et devant l’objection formulée par le riche, il ajoute : «Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus» (v.31). Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain. La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère. Chers frères et sœurs, le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacrements et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours des quarante jours passés dans le désert a vaincu les pièges du Tentateur – nous montre le chemin à suivre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai chemin de conversion pour redécouvrir le don de la Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveugle et servir le Christ présent dans nos frères dans le besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale. 
Du Vatican, le 18 octobre 2016 Fête de Saint Luc, évangéliste» 

lundi 27 février 2017

N’a jamais aimé... (Par Pascal Djimoguinan)

(Qu'est-ce qu'il ne faut payer pour le Tchad. Si les larmes étaient le prix à payer pour avoir la paix, le Tchad serait le plus paisible de Etats. Quel peut-être le prix de la rédemption du Tchad? Pour quel avenir chantons-nous? Debout et à l'ouvrage... Mais que vaut l'ouvrage dans ce pays? Quel respect pour les pauvres sans cœur dont les yeux ne connaisent plus le sommeil.  Quel est ton avenir, peuple du Tchad? Lève-toi, tend la main vers le soleil. Il est toujours présent, même lorsqu'il y a des nuages qui le cachent.)

N’a jamais aimé, celui qui n’a jamais souffert
Car doux est le fiel dans le cœur ;
Quand l’âme se fend, quand se fêle notre cœur
Et que notre océan déborde en larmes,
On peut alors goûter à  la chaleur d’un rayon de soleil.

N’a jamais aimé, celui qui n’a jamais pleuré
Car comment avoir de l’électricité
Sans le courant impétueux d’une chute
Qui brise tout sur son passage
Et trouve refuge dans une fragile turbine

N’a jamais aimé, celui qui n’a connu point d’angoisse et de chagrin
Car dans cette vie tantôt triste, tantôt belle
L’amour s’exprime dans un requiem
Qui porte toujours en lui l’odeur de la mort
Et qui pourrait interpréter des larmes d’enfants.
Triste ribambelle du cœur d'un peuple sans cœur vers un avenir incertain!

vendredi 24 février 2017

CHRISTIANISER LES RITES PAÏENS ? (Père Jacques Hallaire)

(Il est toujours intéressant de relire cet article du père Jacques Hallaire, écrit en 1965. Nous y voyons comment locale d'aujourd'hui est en train de naître, quels sont les efforts qui ont été faits. L'article est plus long mais nous avons voulu reprendre ici, un des aspects qui perdure jusqu'aujourd'hui dans la recherche d'une solution adéquate; il s'agit des funérailles.)
            La religion des anciens Saras se caractérisait par la croyance en une foule d’intermédiaires obligés entre Dieu et nous : âmes des morts, esprits plus ou moins démoniaques, auxquels s’adressait l’essentiel de leur culte. Il aurait paru bien tentant, selon une pédagogie missionnaire formulée déjà par saint Grégoire le Grand, mais sur laquelle on insiste particulièrement de nos jours, de transposer ces données païennes sur un mode chrétien en culte des saints, en dévotion aux âmes du purgatoire. Ainsi, nous accueillerions avec sympathie tout ce qui, dans la religion traditionnelle, contenait un élément de vérité et pouvait être considéré comme une pierre d’attente de la révélation définitive, nous permettrions à nos fidèles de s’épanouir dans un christianisme conforme à leurs tendances profondes, voire même de développer certaines richesses latentes du dogme qui attendait pour être exploitées, d’être vécues par l’âme africaine. Nous avions suggéré à nos fidèles cette possibilité dans notre enseignement. Nous les avions invités à prendre, en plus du patron dont chacun portait le nom, un saint qui serait le protecteur de leur communauté, de leur village. Nous avions composé quelques prières d’invocation aux saints, et des cantiques en leur honneur, tout spécialement à celui de la sainte Vierge, entraînés d’ailleurs par l’abondance du répertoire en ce domaine dans les recueils français. Concernant le culte des morts, nous expliquions qu’il est très louable de penser aux défunts, mais qu’aux offrandes de nourriture qu’on leur faisait devaient succéder la prière et le sacrifice de la messe à leur intention. Nous autorisions à donner aux enterrements la même solennité qu’autrefois, mais nous demandions que, dans les chants de deuils traditionnels, les cris de doute et de désespoir fassent place à des paroles où se manifesterait l’espérance chrétienne. Nos fidèles écoutaient ces leçons sans faire d’objections et exécutaient volontiers prières et chants que nous leur proposions. Mais, quand ils se sont exprimés spontanément dans les chants qu’eux-mêmes composaient, nous avons dû reconnaître que leurs aspirations ne les menaient pas toujours là où nous l’avions logiquement supposé.
            En ce qui concerne les morts, nos chrétiens ne semblent, pour le moment, guère enclins à prier pour eux. Cela nous a étonnés, mais je crois que c’est assez compréhensible. Le culte qu’ils leur adressaient dans le paganisme était déterminé par la crainte de leurs sévices. Le sentiment qui domine en eux maintenant, quand ils pensent aux morts, est probablement le soulagement de savoir qu’ils n’ont plus rien à en redouter. Il m’est arrivé, voilà déjà cinq ou six ans, de célébrer avec beaucoup de pompe un service anniversaire pour un jeune homme que nous avions baptisé peu avant sa mort. Quelques mois plus tard, sa mère, une honnête païenne, était venue me demander si elle pouvait faire les cérémonies qui, selon les traditions, devaient se dérouler vers cette époque : au cours d’un grand rassemblement de parents et d’amis, . on aurait procédé à l’immolation de poulets, puis on aurait mangé et bu joyeusement en l’honneur du défunt. Je lui ai répondu qu’elle avait parfaitement le droit d’organiser une réunion en souvenir de son enfant, mais que, puisqu’il était mort chrétien, ll convenait de remplacer le sacrifice des poulets par un autre beaucoup plus grand et plus beau, que je célèbrerais moi-même avec tous les frères de son fils dans la foi. Elle a accepté, et pour bien marquer que notre religion nouvelle ne venait pas abolir mais accomplir, j’ai été dire la messe à l’endroit même où aurait dû se dérouler la cérémonie des sacrifices de poulets, entouré de toute la communauté chrétienne. J’avais cru aller ainsi au-devant des aspirations de nos fidèles et inaugurer une liturgie des morts particulièrement adaptée. J’avais signalé la chose dans tous les villages et proposé de la renouveler dans des cas analogues. Mais personne depuis ne m’a demandé de réitérer ce geste. Personne ne m’a demandé de célébrer la messe pour un défunt.
            Les enterrements revêtent, il est vrai, pour nos chrétiens, une grande importance. Lorsque la personne décédée a un lien, si faible soit-il, avec la mission, ils se rendent en corps aux funérailles, où ils essaient de faire passer des éléments chrétiens : prières, chants, lectures, déclaration pieuses. Mais je ne vois qu’un cant qui ait été composé, d’ailleurs sur nos instances, en vue de ces cérémonies. Son rythme, sa musique, ses paroles, contrastent violemment, mais certainement à dessein, avec celles des lamentations païennes en usage. Sur un ton joyeux, presque guilleret, mais qui respire la paix, il pose dans le refrain cette question : « A notre mort allons-nous au Ciel ? » Les quatorze couplets précisent la question puis détaillent la réponse : « Allons-nous avec toi, Jésus ?... Notre esprit va-t-il avec toi ?... Nous sommes très heureux… Nous ne souffrons pas… Nous nous réjouissons beaucoup… Nous demeurons dans beaucoup de bonheur… Nous allons à beaucoup de bonheur… Nous voyons Marie notre mère… Nous voulons aller voir notre Père… Nous allons dans les mains de Dieu… Nous allons dans le bonheur… Nous allons avec toi au Ciel… Tu nous pardonnes… Je vais avec toi au Ciel. »
            Beaucoup d’autres chants sont utilisés lors des enterrements par nos chrétiens. Ce sont de préférences ceux qui évoquent la résurrection du Christ et de ses fidèles, ceux qui expriment notre désir de le rejoindre au Ciel. Les alléluias et les cris de joie ne paraissent absolument pas déplacés en la circonstance. Dès le début de la mission, un incident m’avait d’ailleurs fait sentir combien nos convertis sont soucieux de rejeter tout ce qui rappelle les lamentations païennes. Un jeune avait été baptisé en danger de mort e était décédé peu après. On m’avait demandé pour lui des funérailles chrétiennes. Quand nous sortions de l’église pour aller l’enterrer dans son village tout proche, nous avons entendu le groupe de femmes païennes restées près de sa case pousser les cris de deuil rituels. Un frisson d’indignation a secoué ceux qui m’entouraient et dont aucun n’avait reçu le baptême : « C’est un chrétien, elles ne doivent pas pleurer ! » L’un d’eux est parti en courant du côté des femmes et aussitôt elles ont fait silence jusqu’à la fin de la cérémonie.
            Pourtant, dans le répertoire des chants saras, il en existe au moins une dizaine qui, indubitablement, appartiennent au genre littéraire des lamentations de deuil. On y reconnaît les formules caractéristiques : « Nous pleurons… » - « Notre frère est mort, notre frère est mort ! » - « Nous pleurons notre frère qui est mort ! » - « Comment vais-je faire, comment vais-je faire ? » Mais celui que l’on pleure, c’est toujours Jésus, mort pour nous, mort à cause de nos fautes. Personne d’autre ne semble à nos fidèles mériter leurs larmes. Et, même dans ces chants, on trouve des appels à ne plus pleurer, mais à se réjouir à la pensée de la résurrection du Christ et du salut qu’il nous donne. Et le « Comment vais-je faire ? » qui, pour le païens, résonne dans le vide comme un aveu d’impuissance, la constatation qu’il n’y a plus de recours possible contre la mort, aucun moyen de la dominer lorsqu’elle nous écrase, trouve dans ces chants une réponse positive. Le cantique où elle s’exprime le mieux ne fait pas à proprement parler partie du répertoire de chants saras, car il a été fait en pays ngambaye à l’époque où les chrétiens saras ne se croyaient pas encore capable de composer eux-mêmes. Mais, dès qu’ils l’ont connu, ils l’ont adopté avec empressement et transposé dans leur langue. Le refrain est le classique : « Comment vais-je faire ? et les deux premiers couplet sont sur des thèmes usuels aussi, quoique le deuxième, appliqué à Dieu le Père, ne manque pas d’originalité : « Comment vais-je faire, ta mère pleure ?... comment vais-je faire, ton père pleure ?... » Avec le troisième couplet, la réponse commence à venir, et cette réponse consiste dans notre union au Christ mort et ressuscité, que nous avons déjà rencontrée dans leurs chants et qui s’exprime ici avec une simplicité stupéfiante de vigueur : « Je meurs avec toi, deux sur la Croix, je meurs avec toi deux, Jésus, je meurs avec toi, deux… Je vais avec toi, deux dans le tombeau, je vais avec toi, deux, Jésus, je vais avec toi, deux… Je suis couché avec toi, deux dans le tombeau, je suis couché avec toi deux, Jésus… Je me lève avec toi, deux dans le tombeau… Je sors avec toi, deux hors du tombeau… Je vais avec toi, deux au Ciel… »

Jacques Hallaire, Ils parleront de nouvelles langues, Christus n° 46, 1965.



jeudi 23 février 2017

LU POUR VOUS/RD CONGO - Message de l’Archevêque de à propos des actes de vandalisme contre l’Eglise

« Il y a un regain de peur, de colère, voire d’incertitude » affirme S.Em. le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, Archevêque de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, dans un Message envoyé à l’Agence Fides dans lequel il dénonce les agressions perpétrées contre l’Eglise au cours de ces derniers jours.
« Nous avons appris avec indignation, le samedi 18 février 2017 l’incendie d’une partie du Grand Séminaire de Malole par des inciviques, qui ont semé la terreur chez les sœurs carmélites voisines dudit séminaire à Kananga» écrit le Cardinal, qui rappelle également les manifestations intervenues à trois occasions – les 7, 10 et 11 février, en face de l’Archevêché de Kinshasa de la part de groupes de jeunes, « créant ainsi une atmosphère de panique ».
A ces épisodes a fait suite la profanation de la Paroisse Saint Dominique de Limete de la part d’une « vingtaine de jeunes gens mal intentionnés » qui ont « renversé le tabernacle, l’autel a été sérieusement saccagé, des bancs ont été cassés, jusqu’à vouloir incendier l’église. Le dégât matériel est important. La communauté des Pères Oblats (…) n’a pas été épargnée ».
Le Cardinal fait le lien entre ces faits et la tentative de la Conférence épiscopale congolaise (CENCO) de jouer un rôle de médiation dans l’application des accords de la Saint Sylvestre et dans la recherche d’un Premier Ministre qui conduise un gouvernement d’unité nationale comme prévu par les accords précités.
« La CENCO ne joue qu'un rôle de médiateur – rappelle le Cardinal. Il appartient aux hommes politiques de reconnaître avec humilité, devant la nation et la communauté internationale, leur velléité politique et la turpitude de leurs choix nombrilistes qui conduisent à l'impasse ou au blocage des institutions. Ils en assumeront la responsabilité devant l'histoire ».

Après avoir sollicité des autorités la protection des biens de l’Eglise contre d’éventuels nouveaux actes de vandalisme, le Cardinal conclut en faisant mémoire d’Etienne Tshisekedi, le responsable historique de l’opposition, mort récemment qui a combattu jusqu’au bout pour donner à la RDC une « paix durable dans la justice ». (L.M.) (Agence Fides 21/02/2017)

jeudi 16 février 2017

LU POUR VOUS/DE LA CORRUPTION DU PRINCIPE DE LA DEMOCRATIE Par Montesquieu

            (La lecture de Montesquieu est toujours d’actualité ; pour s’en convaincre, il suffit de lire l’Esprit des Lois. Toute ressemblance avec les personnalités que nous connaissons ou ce que nous vivons n’est que fortuit.)
Le principe de la démocratie se corrompt, non seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore quand on prend l’esprit d’égalité extrême, et que chacun veut être égal à ceux qu’il choisit pour lui commander. Pour lors le peuple, ne pouvant souffrir le pouvoir même qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats, et dépouiller tous les juges.
            Il ne peut plus y avoir de vertu dans la république. Le peuple veut faire les fonctions de magistrats : on ne les respecte donc plus. Les délibérations du sénat n’ont plus de poids : on n’a plus d’égards pour les sénateurs, et par conséquent pour les vieillards. Que si l’on n’a pas du respect pour les vieillards, on n’en aura pas non plus pour les pères ; les maris ne méritent pas plus de déférence, ni les maîtres plus de soumission. Tout le monde parviendra à aimer ce libertinage : la gêne du commandement fatiguera, comme celle de l’obéissance. Les femmes, les enfants, les esclaves n’auront de soumission pour personne. Il n’y aura plus de mœurs, plus d’amour de l’ordre, enfin plus de vertu.
            On voit dans le Banquet de Xénophon une peinture bien naïve d’une république où l » peuple a abusé de l’égalité. Chaque convive donne à son tour la raison pourquoi il est content de lui. « Je suis content de moi, dit Charmidès, à cause de ma pauvreté. Quand j’étais riche, j’étais obligé de faire ma cour aux calomniateurs, sachant vie que j’étais plus en état de recevoir du mal d’eux que de leur en faire ; la république me demandait toujours quelque nouvelle somme ; je ne pouvais m’absenter. Depuis que je suis pauvre, j’ai acquis de l’autorité ; personne ne me menace, je menace les autres ; je puis m’en aller ou rester. Déjà les riches se lèvent de leur place et me cèdent le pas. Je suis un roi, j’étais esclave ; je payais un tribut à la république, aujourd’hui elle me nourrit ; je ne crains plus de perdre, j’espère d’acquérir.
            Le peuple tombe dans ce malheur, lorsque ceux à qui il se confie, voulant cacher leur propre corruption, cherchent à corrompre. Pour qu’il ne voie pas leur ambition, ils ne lui parlent que de sa grandeur ; pour qu’ils n’aperçoivent pas leur avarice, ils flattent sans cesse la sienne.
            La corruption augmentera parmi les corrupteurs, et elle augmentera parmi ceux qui sont déjà corrompus. Le peuple se distribuera tous les deniers publics ; et comme il aura joint à sa paresse la gestion des affaires, il voudra joindre à sa pauvreté les amusements du luxe. Mais avec sa paresse et son luxe, il n’y aura que le trésor public qui puisse être un objet pour lui.
            Il ne faudra pas s’étonner si l’on voit les suffrages se donner pour de l’argent. On ne peut donner beaucoup au peuple, sans retirer encore plus de lui ; mais, pour retirer de lui, il faut renverser l’Etat. Plus il paraîtra tirer d’avantage de sa liberté, plus il s’approchera du moment où il doit la perdre. Il se forme de petits tyrans qui ont tous les vices d’un seul. Bientôt, ce qui reste de liberté devient insupportable ; un seul tyran s’élève ; et le peuple perd tout, jusqu’aux avantages de sa corruption.
            La démocratie a donc deux excès à éviter : l’esprit d’inégalité, qui la mène à l’aristocratie, ou le gouvernement d’un seul ; et l’esprit d’égalité extrême, qui la conduit au despotisme d’un seul, comme le despotisme d’un seul finit pas la conquête.
(Montesquieu (Charles-Louis DE SECONDAT) , L’Esprit des lois, Livre VIII,2)