vendredi 21 juillet 2017

Ainsi va le Tchad (par Pascal Djimoguinan)

            La construction d’une nation n’est pas chose aisée. Si tout le peuple est d’accord sur le concept, la réalité ne va pas sans son lot de frustrations et d’humiliation et quelquefois… de gratifications. Il suffit, pour s’en rendre compte, de relater un simple fait de la vie quotidienne au Tchad, un fait banal mais plein de sens.
            La ville de Sarh, au sud du Tchad, bien qu’elle soit cosmopolite est d’abord une ville où l’on parle majoritairement le Sar. Cette précision aidera à mieux comprendre l’anecdote dont il sera question par la suite.
            Un jour, j’accompagne un voyageur dans une agence de transport de la place (STTL pour ne pas la nommer.) Je m’approche du garçon qui range les bagages et j’entame une conversation avec lui en Français :
- Bonjour, à quelle heure part le bus ?
- Inti man ti kalim kalam arabe walla ? (Toi tu ne parles pas arabe?) me demande t’il.
- Je te demande à quelle le bus va partir ?
- Man ti kalim kalam arabe, inti man tchadien ? (tu ne parles pas arabe, tu n’es pas tchadien?)
- m-djijēí ké bus dá a āw̄ kə heure rí wa ? (Je te demande à quelle heure part le bus ?) lui demandé-je en Sar.
            Le garçon me regarde sans rien comprendre. Il a l’air gêné. Son ami me répond :
- Hou man yarfa kalam Sara (Il ne comprend pas le Sar)
M’adressant alors à celui qui vient de me parler, je lui demande de dire à l’autre :
- Demande-lui s’il n’est pas tchadien puisqu’il ne parle pas Sar ?
            Un fait divers bien banal qui montre que chacun des tchadiens doit faire un effort pour la construction de la nation tchadienne. Il ne faut pas un Tchad à deux vitesses !

            Ainsi va le Tchad !


mercredi 12 juillet 2017

Les jeux de mon enfance (par Pascal Djimoguinan)

Quand j’étais petit, à Fort-Lamy puis à N’Djamena, au quartier Ridina (au camp des officiers de la police), nous avions l’habitude de nous amuser le soir, après le coucher du soleil. Il n’y avait pas encore la télévision, donc il n’y avait pas les séries. Au clair de la lune, nos jeux nous unissaient, transcendant le temps et l’espace, à nos aïeux puisqu’ils nous étaient transmis pour nos aînés qui, eux-mêmes, les recevaient de leurs aînés.
Je me rappelle encore vaguement les paroles d’un chant que nous chantions dans nos jeux. J’en saurais grès à celui qui pourraient me retrouver les paroles exactes de ce chant et aussi à celui qui me dira en quelle langue sont les paroles de ce chant (Je n’ai jamais su pourquoi j’ai toujours pensé que c’était en kotoko.)
Lé lékilé (bis)
Lékilé mani kilé
Mani massakilé
Kand kou ti le Moussa
Kourkoutou na agni kito
Kam ki ban baagni kito
Har Na igni ndjé ndjé
Hour na igni ndjé ndjé
            C’est sans doute une comptine transformée pour nos jeux. Cela nous rendait heureux et nous rentrions le soir satisfait de la journée, attendant le lendemain pour continuer nos jeux.

            Le monde de mon enfance s’en est allé avec ses jeux. Sans doute la télévision enseigne beaucoup plus de choses aux jeunes d’aujourd’hui mais pour rien au monde, je n’échangerai mes souvenirs d’enfance avec celui qui n’aura vécu son enfance qu’à suivre les séries télévisées.


mardi 11 juillet 2017

LU POUR VOUS/ RCA - Nomination de l’Evêque auxiliaire de Bangassou

Le Saint-Père François a nommé ce jour Evêque auxiliaire du Diocèse de Bangassou (République centrafricaine) le Père Jesús Ruiz Molina, M.C.C.I., Curé de Moungoumba, Vicaire forain et Coordinateur diocésain de la Commission pour la Catéchèse au sein du Diocèse de M’Baïki, lui assignant le siège épiscopal titulaire d’Are de Mauritanie.
Le nouvel Evêque est né le 23 janvier 1959 à La Cueva de Roa, au sein du Diocèse de Burgos (Espagne). Il a étudié au Petit puis au Grand Séminaire du Diocèse de Burgos. Il a achevé ses études de Philosophie et de Théologie au Grand Séminaire de Moncada. Il a approfondi ses études théologiques à Paris, en fréquentant des cours de Sciences religieuses. Il a émis ses premiers vœux le 25 mai 1985 et ses vœux solennels le 24 avril 1988. Il a été ordonné prêtre le 11 juillet 1987.
Il a ensuite exercé les ministères suivants : 1987-1989 : Animation missionnaire en Espagne, 1990-1995 : Vicaire puis Curé de la Paroisse de l’Immaculée Conception à Bédjondo (Diocèse de Sarh au Tchad), 1996-2001 : Formateur à la maison des postulants des Comboniens et responsables des laïcs comboniens en Espagne, 2002-2008 : Provincial de la nouvelle Province du Tchad, 2008 : Etudes à l’Université de Salamanque, 2009 : Stage linguistique au sein de la Paroisse Sainte Anne de Dekoa (Diocèse de Kaga-Bandoro, République centrafricaine), depuis 2008 : Curé à Moungoumba (Diocèse de M’Baïki, République centrafricaine), Vicaire forain et Coordinateur diocésain de la Commission pour la Catéchèse.

De 2013 à 2015, il a également été Conseiller de la Délégation des Comboniens en Centrafrique. (SL) (Agence Fides 11/07/2017)

vendredi 7 juillet 2017

Tchad téléphonie : Airtel, clients ou otages (par Pascal Djimoguinan)

            Au Tchad, deux grandes compagnies de téléphonie se partagent le marché ; sans doute à cause du manque de concurrence, les deux compagnies agissent en situation de quasi-monopole. Une réflexion s’impose et  les consommateurs devraient avoir leur mot à dire.
            Un fait tout à fait banal mais qui se répète chaque jour sur toute l’étendue du territoire tchadien. Il s’agit d’un achat d’unités pour le téléphone, « achats de crédits » comme on le dit.
            Le vendredi 7 juillet 2017, j’avais des affaires urgentes et importantes à traiter par téléphone. Comme je n’avais plus d’unités dans mon téléphone, il fallait que j’en achète. Pour éviter toute transaction avec des complications, je me suis rendu au « container » du marché central de Sarh qui sert de bureau pour les services de la compagnie de téléphonie Airtel. J’avais entendu que c’était une représentation officielle et qu’on était à l’abri de toute surprise désagréable.
            Je commence d’abord par « Airtel Money ». Je demande de me faire un transfert de 10.000 francs. Quelques instants après, je reçois le message sur mon téléphone : « Trans. ID : 1707051582330. Vous avez reçu 10.000,00 FCFA de 23568669144. Le solde de votre compte Airtel Money est de 14.508,00 FCFA. »
            Je demande alors un autre transfert de 5000 francs mais cette fois-ci côté appel. Après avoir attendu quelques instants, ne voyant rien arriver, j’interroge mon compte. Rien n’était arrivé. Je le signale. Après vérification, j’apprends que le compte est parti sur un autre numéro. L’excuse est : « je vous ai demandé deux fois et vous avez dit oui. » Je fais comprendre que je ne comprends pas qu’il y ait deux transactions et que la seconde ne réussisse pas. Après une insistance d’au moins 30 mn, comme une grâce, on me fait un transfert ; je reçois un message disant : « 207 : Vous avez reçu un crédit de 2500 FCFA du 68669144. Votre solde est de 2843 FCFA. Trans.ID : R170707.1151.220183. Tapez *342#
            Etonné, je fais comprendre que j’avais payé 5000 francs ; rien n’y fait. On me fait comprendre que 5000 francs c’était trop et que l’on devait partager les pertes. Je demande de faire requête. Après une heure d’attente, il m’a été dit que je pouvais rentrer et qu’on essaiera de voir ; si jamais il y avait une chance, on me transfèrerait les 2500 francs restant.
            Depuis, j’attends, en sachant que cela durerait une éternité.
            Le résultat est que je n’ai pas pu faire mes appels urgents et importants. Je suis amené à me poser des questions :
- Faut-il encore se fier à Airtel ?
- Le client sans défense est-il un otage lorsqu’il fait des transactions à Airtel ?
- Celui qui ne veut pas perdre du temps et de l’argent, doit-il encore traiter avec Airtel ?
- Quand on est une institution qui se veut performante, ne serait-il pas mieux de traiter avec l’autre compagnie de téléphonie ?
            Sans doute, l’avenir me donnera des réponses à ma question.

vendredi 30 juin 2017

Bédaya – Ngakédjé : les célébrations : Na Sar, Nouvel An (Par Pascal Djimoguinan)

            Le grand personnage à Bédaya est, s’il faut le rappeler, le Mbang-Day, l’homme soleil. Il est donc le responsable de la fertilité. C’est lui qui préside une fête des semailles, qui doit assurer la pluie et de bonnes récoltes aux vivants.
            Dans la hierarchie Sar, on a également le Ngorgue Hori. Il est l’homme de la Lune et de la nuit. C’est lui qui préside la fête du Nouvel An qui doit apaiser la colère des défunts et éloigner les épidémies.
Le calendrier Sar
            Le calendrier des célébrations importantes du pays sar sont comme suit :
Avril : Le Na Bena à Bédaya
Fin novembre : Le Na Sar à Ngakédjé, au Canton Balimba.
            Ces deux fêtes constituent les deux sommets du cycle festif en pays sar.
1.    La fête du Nouvel An à Ngakédjé
En partant de Balimba, le long du Bahr ko, Ngakédjé est signalé sur la gauche par l’arbre sacré, constitué par les troncs enlacés des deux ficus bol et dol et l’orme yala, sur la droie par le gros tambour de guerre, Ngardobo, qui est monté sur un pilotis et entouré de six greniers à mil avec des toits de pailles qu’il protège des voleurs.
      Si l’on prend le Ngorgue Nambatengar qui est décédé en 1978 et qu’on essaie de faire sa généalogie, on peut à peine remonter jusqu’à 1850 ; elle comporte 9 noms. Par contre, il y a la présence de l’enclume de pierre, mbal-ninga qui est à demi-enterrée dans un champ et qui a sans doute été laissée là par l’arrière-grand-père Kikiya du forgeron de Bédaya lorsqu’il a quitté Nakédjé vers 1850… Ici comme à Bédaya, le prestige de la chefferie repose sur l’alliance avec les forgerons Nôy. Parmi les dignitaires du Ngorgue, les deux mûû, officiants de l’initiation, le balafoniste, et la mère du Nambatengar appartenaient à cette caste.
      A Ngakédjé, plus encore qu’à Bédaya, le Couteau de jet sacré est considéré comme un bessi dangereux et il n’est jamais montré, même pas le jour de la fête. Il est couché sous un arbre à 100 mètres du village, dans une paillotte dont le toit est surmonté d’une lance. C’est une réplique antithétique du Miya-bo de Bédaya ; il est constitué par deux fourreaux de cuir, contenant chacun 7 couteaux. Les 7 couteaux en F dont les pointes sont tournées vers l’est, lorsqu’ils sont couchés sur leur lit de baguettes ; ils sont dits ‘mâles » et constituent le talisman véritable ; les 7 autres ont les pointes tournées vers le couchant ; elles sont dites « femelles » et on les appelle nguéégue « princesse » ; elles n’ont pas les mêmes valeurs que les mâles. Le miya-bo servait à la purification des criminels. Le Ngorgue le plongeait dans l’eau dans une calebasse et les criminels devaient s’y laver les mains. Ils étaient alors assurés de l’impunité tant qu’ils restaient dans le village de Ngakédjé, au service du maître du lieu.
Célébration du Na sar en 1973 (Joseph Fortier)
      Le lundi 26 novembre, u peut après le coucher du soleil, tandis que tous observaient l’apparition du mince croissant de lune à l’Ouest, un peu au-dessus de l’horizon, le Ngorgue, accompagné de son Ngombang est allé chercher le Miya-ba dans sa paillotte ; ils se sont dirigés vers l’ouest, derrière l’arbre sacré ; là, il a brandi le couteau de jet vers la lune, puis l’ayant replacé dans sa paillotte, il est revenu dans sa concession : personne n’avait rien vu.
      A la nuit tombée, vers 18 heures, un cortège se forme, Ngorgue et ngombang en tête, portant des cannes de sorgho ; puis, viennent le Nguébessi, qui porte le panier aux reliques (belague et guedé), les deux balafonistes et enfin les gens du hameau. Quand on arrive derrière l’arbre sacré, le Ngorgue et son Ngombang énoncent à toute vitesse une série de souhaits : pour la santé des villageois, pour que tous aient des bonnes récoltes, succès à la chasse et à la pêche, pour que les femmes aient beaucoup d’enfants… puis, chacun à son tour lance vers la lune trois ou quatre cannes de mil, selon sa « chance », suivant que son premier-né est un garçon ou une fille. Tout le monde rentre chez soi.
      Le « charivari », propre aux fêtes du Nouvel An, commence ; cris stridents, youyou des femmes ; calebasses ou cuvettes en émail entrechoquées ; puis, tout rentre dans le silence, il fait nuit noire, la lune a disparu.
Cette présentation du Miya-bo à la lune nouvelle est propre à Ngakédjé et à Sanguelé, au canton voisin de Djoli. Dans la symbolique générale des religions, la lune est toujours plus ou moins en relation avec les « défunts ». Même si on ne les a pas spécialement invoqués, cette première offrande d’épis à la lune n’en est pas moins hautement significative.
      La fête publique a lieu le lendemain après-midi : elle attire régulièrement trois à quatre cents personnes venues de tout le canton de Balimba. Vers 15 heures, le Ngorgue, entouré de ses dignitaires et des chefs de terre du voisinage, s’avance en dansant, avec marches et contremarches, vers l’arbre sacré qui se trouve de l’autre côté de la piste, à une centaine de mètres de son enclos. Suivi de son ngobang et du porteur de reliques, puis des gens du hameau, ils vont faire trois ou quatre fois le tour de l’arbre sacré, puis assis à son pied, ils vont procéder aux libations de bière de mil, sur un monticule de sable, évasé au sommet, et préparé à cet effet. Le Ngorgue prononce un bref discours : « S’il préside aujourd’hui cette fête du Nouvel an, la « lune des Sar », c’est pour suivre la coutume et continuer les rites (bessi) légués par les « ancêtres ». Ces rites, bien observés, doivent éloigner les épidémies, assurer de bonnes récoltes, des pêches abondantes, permettre aux femmes d’avoir de nobmreux enfants » Le ngobang émet des vœux analogues, ils il verse une calebasse de bière au somme du cône de sable et en canalise la coulée aux quatre points cardinaux, en l’honneur des ancêtres. Les défunts, ayant eu leur part, les vivant speuvent boire à leur tour. Le Ngorgue d’abord, puis tous les autres dignitaires boivent à tour de rôle à la même calebasse. Le sens de cette libation dans le cône de sable est clair :
      Le sorgho hâtif (godji) est la tête de toutes les récoltes et à ce titre, dangereux ; il doit être consacré par un rite : c’est pourquoi la bière, confectionnée avec les grains de godji est offerte par le Ngorgue aux « ancêtres défunts », avant que les vivants puissent la consommer sans danger.
Bénédiction avec les reliques. Au coucher du soleil, ceux qui ont des souhaits personnels (réussite à un examen, emploi à trouver, etc.) se rendent au fond du petit bois, derrière l’arbre sacré, devant la paillotte aux reliques. Ils déposent leurs offrandes, épis de sorgho, pièces de monnaie, exposent leurs désirs et le Ngué-bessi leur frappe deux fois le front avec la petite massue (belague) et une fois avec la patte de civette (guedé).
      Ces deux objets sacrés n’ont que peu de rapport avec le nom qui les désigne. Le petite marteau, en peau de biche-cochon, contient, dit-on, des pierres tombées du ciel et il est enfermé, comme la patte de civette, dans un panier rond dont le couvercle est orné de cauris, de petits coquillages marins, (oulague, belague) qui servaient autrefois de monnaie à travers l’Afrique. Quant au guedé, il désigne un arbre de savane qui jouait autrefois le rôle de refuge pour le criminel ; si ce dernier l’enserrait de ses bras, en invoquant son aide, on ne pouvait le tuer.
Le Gorgue Hori et le Mbang Day
      Déjà de son temps, le ngorgue Nambatengar (+ 1978) ne se reconnaissait pas de lien d’allégeance avec le Roi de Bédaya. Il allait jusqu’à rappeler que lors de la dernière razzia de Mamat Abou Sékkine en 1884 à Bédaya en pleine sémailles, Mougode, le Mbang de Bédaya, fugitif, fut accueilli par Kindé son ancêtre près de Bémouli. Son ancêtre lui avait alors accordé sept villages des environs, pour y faire observer sa coutume ».
      L’importance de Ngakédjé réside dans le fait que la fête du Nouvel An, qui est en même temps la fête des ancêtres défunts, est la plus populaire chez les Sarh de l’est, ceux qui dépende de Bédaya (Koumogo, Balimba et Djoli). La veille au soir, chaque père de famille dépose au pied de son lit boule de mil et calebasse de bière, pour que les défunts puissent manger et boire pendant la nuit. Le lendemain, il tuera poulet ou cabri et festoiera avec tous les siens. Or, le Ngorgue Hori est le seul dans sa région à célébrer lui-même avec éclat cette fête de la « lune sar ». A Bédaya, le Roi ne se montre pas et se borne à faire en privé des offrandes aux Mbang défunts.

      Le Ngorgue ne se rend jamais à Bédaya pour la fête des sémailles. Il ne fait qu’envoyer un panier de petit mil pour les boules rituelles. En retour, le Mbang lui envoie un bouc et un panier de millet, en septembre quand il célèbre la Na-bol, fête de la croissance des épis.

mardi 27 juin 2017

L’interview du président Idriss Deby du Tchad ; à décrypter (Par Pascal Djimoguinan)

            (Le président Idriss Deby du Tchad a accordé une interview aux médias français (RFI, Le Monde, TV5Monde) dans le cadre de l’émission International. Les réactions n’ont pas tardé, sans doute à la suite d’une écoute partiale, attisée par les combats politiques de certains. En réalité, cette interview mérite d’être réécoutée ou/et relue avec plus d’attention. Elle n’est pas plus bête qu'elle ne le parait. Il faudrait la reprendre avec l’idée de voir comment la françafrique y est dénoncée, comment elle prend des couleurs différentes à tous les niveaux : politique, financière, sociale. Au-delà des positions partisanes, il faut plutôt y voir que quelque chose est en train de changer en Afrique francophone. Je vous souhaite une bonne lecture.)
Une résolution à minima a été votée mercredi au Nations unies pour le déploiement d’une force anti-terroriste dite du G5 Sahel (composée du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad). Vous sentez vous seul dans la lutte contre le terrorisme islamiste ?
Idriss Déby Itno: Avant de répondre à votre question, je voudrais d’abord rappeler qu’il y a quelques semaines nous avons perdu tragiquement l’un des hommes de média les plus connus en Afrique, Jean-Karim Fall - ancien rédacteur en chef à RFI puis France 24, décédé le 26 mai – (…) Je présente toutes mes condoléances à sa famille et ses collègues. (…)
Le terrorisme n’est pas de l’Islam. Tout musulman qui est attaché à la philosophie de l’Islam doit le combattre de la manière la plus farouche. (…) Nous sommes allés au Mali pour empêcher ce terrorisme de s’étendre au sud du Sahara. (…) Nous nous sommes engagés avec tout ce que cela suppose comme conséquences, sans demander de contrepartie. Le Tchad est un petit pays qui n’a pas de moyens, qui a connu d’énormes problèmes dans son histoire récente. Il est donc du devoir de tous ceux qui ont plus de moyens de l’aider sur le plan militaire, matériel, logistique, financier. En dehors de renseignements de temps en temps, de formations, depuis notre intervention au Mali, au Cameroun, au Nigeria, au Niger, nous n’avons pas été soutenus sur le plan financier. Le Tchad a déboursé sur ses propres ressources plus de 300 milliards de francs CFA (plus de 457 millions d’euros) pour la lutte contre le terrorisme sans un soutien quelconque de l’extérieur. Jusqu’à aujourd’hui nous sommes seuls dans cette lutte.
Vous êtes donc déçus par les Occidentaux ?
Je suis absolument certain que les Tchadiens sont déçus et estiment que le Tchad en a trop fait, qu’il doit se retirer de ces théâtres là pour se protéger et éviter que la situation sociale se dégrade davantage. (…) Nous sommes arrivés au bout de nos limites. Nous ne pouvons pas continuer à être partout, au Niger, au Nigeria, au Cameroun, au Mali et surveiller 1200 kilomètres de frontière avec la Libye. Tout cela coûte excessivement cher et si rien n’est fait, le Tchad sera malheureusement dans l’obligation de se retirer.
Vous avez déjà un calendrier de retrait ?
L’idée est à l’étude mais nous estimons que l’année 2018 va être déterminante. Je pense que fin 2017 début 2018, si cette situation devait perdurer, le Tchad ne serait plus en mesure de garder autant de soldats à l’extérieur de son territoire. Progressivement, une partie de nos soldats devront alors regagner le pays.
Vous pensez abandonner le projet de cette force du G5 Sahel ?
On ne peut pas avoir des forces dans le G5 Sahel et en même temps dans une autre mission sur le même théâtre. Pour les chefs d’Etat de la région, le plus important ce sont les forces du G5. Le Tchad ne peut pas avoir 1400 hommes au Mali – dans la Mission des Nations unies – et en même temps 2000 soldats dans le G5. Même si les financements arrivaient, il y a un choix à faire.
Depuis janvier 2013, vos soldats sont déployés au Mali. Dans ce pays et chez les voisins, les attentats sont de plus en plus fréquents. Pourquoi la réponse sécuritaire ne marche pas ?
Je crois qu’en Afrique nous n’étions pas préparés à vivre ce genre de situation. .(…) Moi même en tant que dirigeant je n’avais (pas) pensé que nous serions balayés par cette forme de violence où des enfants du sud du Sahara deviennent une menace pour leur propre pays et leur propre région. C’est une menace que nous n’avions pas vue venir. Quand la France est intervenue au Mali, tout le monde dormait, personne n’imaginait une menace sur Bamako. Il a fallut que la France stoppe la marche des terroristes sur Bamako pour que l’on se réveille.
Est-ce que la situation en Libye -toujours aussi chaotique- demeure un motif de colère contre les pays occidentaux ?
La Libye constitue une menace. Le soutien à Boko Haram se fait par des structures terroristes qui sont en Libye et qui ont la possibilité de bénéficier de l’argent du pétrole, de la drogue, de la vente des êtres humains. Cet argent sert à grossir les rangs de Boko Haram, d’AQMI – al-Qaïda au Maghreb islamique -. La menace est réelle.
Est-ce pour ramener la stabilité que vous soutenez en Libye Khalifa Haftar, l’homme fort de la Cyrénaïque ?
Je n’ai pas d’agenda en Libye. Je savais très bien ce qu’allait devenir ce pays sans Kadhafi. J’étais un des rares chefs d’Etat à protester – contre l’intervention de l’OTAN - et à annoncer que les conséquences seraient dramatiques. Les Occidentaux sont totalement responsables. C’est le manque de vision de l’Occident qui a créé cette situation.
Saïf al Islam Kadhafi serait désormais libre. Pensez-vous qu’il puisse faire partie de la solution en Libye ?
Je ne pense pas qu’il puisse être la solution unique en Libye. C’est un pays compliqué, un pays d’ethnies, de petits groupes de gens où chacun a son mot à dire. (…) Kadhafi n’a pas géré des institutions mais des chefs de tribus qui avaient chacun leur budget à la fin de l’année. Ce pays est parti en éclats et aujourd’hui certains parlent de la division de la Libye en deux ou trois Etats, ce serait une aventure qui ne réglerait rien. Le pétrole ne se trouve pas partout et ceux qui n’en ont pas n’accepteront jamais la division de la Libye.
Pourquoi n’arrivez-vous pas à venir à bout de Boko Haram ?
Ils ont été affaiblis mais nous avons aujourd’hui à faire face à un nouveau chef, Barnaoui qui est un intellectuel lié à l’Etat islamique. La Force multinationale mixte - avec le Cameroun, le Niger, le Nigeria – a fait un excellent travail mais il y a un élément qui a peut être joué négativement sur nos résultats, c’est que le président – du Nigeria – Buhari est absent depuis quatre mois du pays. Nous n’avons donc pas d’interlocuteur sérieux au Nigeria.
Autre voisin à problème, la Centrafrique. Votre armée est mise en cause par un rapport des Nations unies pour des exactions commises dans ce pays. Comment réagissez-vous à ces accusations et ne craignez-vous pas qu’un jour la justice internationale vienne vous demander des comptes ?
Ce rapport, qualifié de rapport des Nations unies, a été fait par des hommes politiques et des organisations de la société civile de la République centrafricaine (RCA). Je ne peux pas croire que l’armée tchadienne soit bonne au Mali et mauvaise en RCA. Quoi qu’il en soit, puisque ce rapport a été rendu public, la justice a été saisie et une enquête ouverte pour savoir ce qui s’est réellement passé. (…) Mais vous savez, il y a des pays dont les soldats ont fait des bêtises et qui jugent mal le rôle du Tchad alors que celui-ci était neutre.
Vous pensez à la France et aux soldats de Sangaris ?
Il y a les soldats français, les soldats congolais. Le Tchad a joué un rôle neutre alors que les autres ne l’ont pas été. Qui a armé les anti-balaka avec des grenades, des kalachnikov ? Qui a créé les affrontements entre chrétiens et musulmans ? Ce n’est pas le Tchad. Il faut demander à la France de faire une enquête. On a étiqueté le Tchad pour ne pas être accusé seul. C’est malhonnête. L’homosexualité, la pédophilie, ça n’existe pas dans nos traditions. Si l’on s’en prend au Tchad, c’est parce qu’il existe une haine contre notre armée qui a fait des sacrifices énormes pour protéger les intérêts des Occidentaux dans tous ses pays. Il y a des gens, des pays, des organisations qui nourrissent une haine contre le président Déby et contre l’armée tchadienne et c’est pour eux un moyen de se faire payer.
Vous avez reçu Marine Le Pen pendant la campagne électorale en France. Comprenez vous que cela a pu choquer certains ?
(Rires) J’ai reçu Marine Le Pen mais si un autre candidat était venu je l’aurais reçu. Je ne vois pas où est le mal. Ça a pu choquer l’opinion africaine, l’opinion tchadienne mais je ne m’ingère pas dans la politique française. Ce ne sont pas mes affaires. C’est votre problème à vous, Français. Moi, je n’ai aucun problème avec un homme politique français.
Comment envisagez-vous vos relations avec la France après l’élection d’Emmanuel Macron ?
Le Tchad a toujours eu des relations excellentes avec Paris, même si nous estimons que les questions de « pré carré », de « Françafrique » doivent être arrêtées. Les Français n’en veulent pas, les africains non plus. Le président de la Guinée, Alpha Condé, a dit qu’il faut couper ce cordon. Je suis du même avis et que nous ayons désormais des relations amicales, basées sur les intérêts réciproques. (…) Nous ne pouvons plus avoir des relations de maître à élève ou de maître à sujet.
Faut-il mettre un terme au franc CFA ?
Il y a une convention entre la France et les pays africains qui a été faite au lendemain des indépendances. Le président Hollande était ouvert à une renégociation. Il appartient maintenant aux chefs d’Etat africains, comme je le pense, de renégocier cette convention qui nous lie à une monnaie qui n’est pas la notre avec une parité fixe. Le seul intérêt du franc CFA, c’est d’avoir 14 pays avec une monnaie commune. Il faut que les 14 pays restent regroupés et qu’ils renégocient pour que le Trésor français ne nous gère plus. C’est à nous de gérer notre monnaie avec notre banque centrale. Au niveau du conseil d’administration de notre banque centrale, nous avons trois Français qui siègent avec le droit de véto. Où est alors la souveraineté monétaire ? Comment voulez-vous que l’Afrique se construise ? D’ailleurs nos collègues d’Afrique anglophone, lusophone, arabophone nous disent que si nous connaissons aujourd’hui des malheurs, c’est à cause de vous, francophones.
Depuis bientôt 14 ans, le Tchad exporte son pétrole. Est-ce que les questions qui se posent autour de la gestion de la rente pétrolière incombent aussi aux Occidentaux ?
En ce qui concerne les ressources pétrolières, la France n’a rien à se reprocher. Si des bêtises ont été faites, c’est nous Tchadiens les responsables. (…) Pour être honnête, on aurait du mieux faire. Au lieux de construire 3000 kilomètres de route, on aurait du faire 2000 kilomètres de route et placer le reste dans l’agriculture et l’élevage. Par méconnaissance, nous n’avons pas assez diversifié le tissu économique. Nous avons compris nos erreurs mais il faut aussi savoir que c’est avec la manne pétrolière que nous sommes allés sauver ces pays – de la région. (…) Et puis l’argent a servi à construire 80 centres de santé, des écoles.
Aujourd’hui les rentrées dans les caisses de l’Etat sont très faibles en raison du prêt de près de 2 milliards d’euros contracté avec la société Glencore pour racheter les parts détenues par Chevron. Du fait de la chute des cours, Glencore absorbe désormais la quasi totalité des ventes du pétrole tchadien pour se rembourser…
Je dois reconnaître que le prêt obtenu de Glencore était une démarche irresponsable. Comment est-ce arrivé ? Au moment où le Tchad avait sérieusement besoin de ressources et où tous les chantiers étaient à l’arrêt, il nous fallait des ressources pour au moins finir les chantiers que nous avions commencé. Nous avons trouvé une opportunité avec la sortie d’une société du consortium – qui exploite le pétrole tchadien. Nous nous sommes dits qu’il fallait acheter les 25 % détenus par Chevron car nous n’étions pas –impliqués - dans la production de notre pétrole. C’était un marché de dupe et aujourd’hui je me rends compte qu’il y a eu un délit d’initiés car deux semaines après que nous ayons acheté les 25% de Chevron, le pétrole a chuté de 100 dollars –le baril- à 40 dollars. Si le cours était resté à 100 dollars, nous aurions remboursé notre dette à Glencore en quelques mois. Aujourd’hui, avec le soutien de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international nous sommes en négociation avec Glencore pour restructurer la dette. Nous avons également saisi nos avocats pour voir s’il n’y a pas eu un délit d’initiés.
Mais votre entourage proche est aussi accusé de s’être enrichi grâce à l’argent du pétrole ?
Quand j’ai reçu ici le Président Directeur Général de Glencore, je lui ai demandé : est-ce qu’il y a des gens à qui vous avez donné des commissions ? J’ai vu à sa réaction que c’est une question qu’il n’a pas aimé. Il y a une enquête qui est maintenant en cour. Elle va nous clarifier sur qui a fait quoi.
Est-ce que vous comprenez la frustration des Tchadiens qui voient que les fonctionnaires ont leur salaire amputé et qui au même moment entendent parler d’argent placé à l’étranger ?
Quand je suis venu – au pouvoir – en 1990, les fonctionnaires avaient six mois d’arriérés et un demi salaire. On a relevé un pays à terre et on l’a ouvert alors qu’il n’existait ni syndicats, ni organisations de la société civile. A chaque fin d’année budgétaire, ils ferment tout, les écoles, les centres de santé pour dire : augmentez ! Leur salaire a été multiplié par 300. C’est avec l’arrêt de l’argent du pétrole qu’il a fallut réduire les dépenses.
Mais quand des mouvements de la société civile appellent à des « journées villes mortes » ils se retrouvent arrêtés puis condamnés pour complot. Pourquoi cette nervosité du pouvoir ?
Le pouvoir n’est pas nerveux, il est face à une situation économique et financière dramatique. Les ressources hors pétrole ne permettent pas de couvrir les salaires annuels. Evidemment que les fonctionnaires ne sont pas contents que l’on réduise leur salaire. Ils ont raison. (…) Mais l’Occident finance des groupuscules pour déranger les gouvernements africains, surtout les francophones. (…) Quand le Tchad arrête, juge, emprisonne une personne, il ne fait qu’appliquer ses lois.
Vous êtes arrivés au pouvoir il y a bientôt 27 ans, vous aviez alors quasiment le même âge qu’Emmanuel Macron. Est-ce que vous entendez demeurer président à vie ?
Je ne suis pas un homme heureux et je ne l’ai jamais été. Je n’ai pas eu de jeunesse, comme tout le monde. Ma jeunesse s’est faite dans la guerre et au sortir de la guerre j’ai cette responsabilité – de diriger le pays. J’aurais souhaité m’arrêter en 2006 après mon second mandat. J’aurais alors cédé le pouvoir. Mais la guerre a éclaté. Des mercenaires ont attaqué N’Djamena. Et alors que je ne le voulais pas, la France est intervenue pour changer la Constitution. Il y a un constitutionnaliste dont je ne connais même pas le nom qui est venu ici. J’ai dit que je ne voulais pas changer la Constitution mais ils sont passés par leurs arcanes et ont changé la Constitution.
Vous dites que Paris vous a forcé la main pour rester au pouvoir ?
Je dis qu’en tant que soldat j’avais donné ma parole de quitter le pouvoir en 2006 mais deux choses sont intervenues : la guerre et la France. (…) Maintenant, ce sont ceux-là même qui ont changé la Constitution qui me critiquent. (…) La guerre s’est arrêtée en mai 2008. La longévité dans ces fonctions n’est pas une bonne chose mais il ne faut pas non plus laisser le pays dans un désordre. Entre deux maux, il faut choisir le moindre. (…) Le jour où le peuple tchadien me dira de partir, je partirai.
Depuis plus de trente ans vous êtes en guerre. Pouvez-vous vivre et diriger sans combattre ?

Je n’aime pas le combat. J’ai perdu 17 de mes frères dans ces aventures. S’il y a un perdant dans tout cela, c’est d’abord ma famille. J’ai vu des enfants tchadiens mourir et vécu des moments difficiles où je n’avais aucune solution à apporter à mes blessés. Que ce soit contre la Libye, dans le conflit entre mouvements politico-militaires tchadiens, contre les mercenaires, contre les jihadistes, j’ai horreur de la guerre car personne mieux que moi ne connaît les conséquences et les affres de la guerre. Des fois la nuit, je me réveille et je vois les morts des combats d’il y a vingt ou trente ans. Je ne suis pas un aventurier, je ne suis pas un guerrier, je suis un homme seul.

jeudi 22 juin 2017

TCHAD : Quand Bedaya m’est conté (par Pascal Djimoguinan)

            (Au Sud du Tchad, en plein pays sar, à 33 kms de Koumra, il y a une chefferie traditionnelle  qui a une très grande influence sur tous les sars de la région. Alors que le grand groupe Sara est connu pour être une société acéphale, Bédaya fait partie de ces exceptions qui viennent toujours déranger toute systématisation totale de la réalité. Il est intéressant de s’intéresser aux origines de cette particularité.)
            Selon la tradition orale, les habitants de Bédaya viendraient du côté de Békamba. On y trouvait un puits appelé « le puits du roi » qui se trouvé dans un espace arboré. Les habitants étaient des chasseurs. Ils décidèrent de migrer en suivant la voie d’eau appelée Hor. Ils arrivèrent à Ngondéré, appelé alors Békégné, appartenant à Ngague. Ils lui demandèrent d’y installer leur village. On n’est pas sûr si une permission ferme leur a été accordée. Le roi de ces migrants s’appelait alors KUOLIYO (« oiseau –milan ») ou bien MBASIRAGUE.
            Cette même tradition orale de 1969 donne la liste de 18 rois (Mbang) :
1 Massirague (Kuoliyo)                   
2 Mbandédjigué, son fils
3 Mbakeygué, frère de Lbandéjigué
4 Mbamoudjigue, leur frère dont le surnom est : Bera dog
5 Mbayargue, son fils aîné
6 Mbatoumgué, son fils cadet
7 Mbarague, fils ainé du précédent
8 Borogue, son fils cadet (un témoignage assez dit de foi parle de lui en 1855)
9 Mougode, fils de Borogue
10 Barde, fils de Borogue
11 Assede, fils de Mougode
12 Mode, fils de Mougode
13 Yande, fils de Mougode
14 Kemtemadji, fils de Barde
15 Solengar, fils de Mougode
16 Ngariba, fils de Yande
17 Djidabay, fils de Mode
18 Ngaral, fils de Mode
            Selon la tradition orale, le Ngako Orentangar, fils de Kemtemadji, aurait dû être choisi comme roi en 1956 mais le chef de canton Midana l’aurait fait écarter au profit de son frère Ngaral.
            La tradition dit que Mbassirangue ou Kuoliyo, n’aurait pas été initié et que ce serait son successeur, Mbadédjigué qui aurait acheté l’initiation et qui aurait fait faire les marques tribales à son fils.
L’itinéraire et l’installation des migrants à Bédaya :
            En consultant d’autres témoignages, il est possible de compléter le récit de la migration de ce peuple.
            Le peuple en marche suivait la voie d’eau appelée Hor et est arrivé à Ndila. De là, il a passé le Mandoul et par la rive droite, a pénétré dans le canton day de Ngalo. A Buwa où le fleuve est très profond, et où se trouvait le village de Békégné, le peuple en marche a rencontré Ngakel en train de pêcher. A cause de leur nombre, il ne pouvait faire passer le peuple dans sa pirogue alors il lui a conseillé de continuer jusqu’à Ngandoge où il pourrait rencontrer le seigneur du lieu, le Sire de Békégné.
            Comment va se faire l’installation et le partage de la terre ? Ecoutons quelques témoignages des anciens :
- Le Sire de Békégné dont les terres sont sur les bords du Mandoul (très poissonneux) va laisser les étrangers s’établir sur les terres de son voisin le Sire de Ngandenga.
            Quand il est arrivé dans le pays, le roi a demandé à ses gens de défricher la terre, pour y construire sa hutte, mais lui restait assis sur son tambour. Avec la hache et la houe que leur a données le forgeron, ses hommes ont coupé la paille rouge et ils ont tressé une natte pour que le roi puisse s’asseoir dessus.
            Les gens du Sire de Békégné, qui étaient pêcheurs et fabriquaient du sel avec les cendres d’herbes aquatiques ont offert au roi et à ses gens du poisson et du sel.
- Le Mbang est un homme important et ses gens sont très nombreux : lors donc qu’il est venu et resté, les gens de Békégné reculèrent et le Mbang qui était puissant leur prit le pouvoir et ne le partagea plus avec eux. Le Sire de Békégné est devenu son padja.
            C’est le même processus à Bénguwé. Ngaagué, premier compagnon de Kuoliyo au pays nar vient s’installer vers la même période. Il trouve un chef déjà établi, Toogue, qui est possesseur de la terre. Il le supplante et peu à peu accapare le pouvoir.
- Le Mbang désigne son fils et lui dit : le village de Béko est très ancien. « Tu y vas car les gens y sont très riches ; il y a du gibier, le poisson et d’autres choses. Il n’est pas normal que tant de richesses n’appartiennent qu’au Ngako ke Mana. Il ne doit pas y avoir d’homme têtu, indépendant qui puisse le dépasser, lui le Mbang. » Ainsi, le fils du Mbang va s’installer à Béko, au-dessus du Ngorgue, le Ngombang et tous les gens.

            Le roi de Bédaya installa très tôt ses représentants à Kera et à Dokassi qui est devenu un des sanctuaires de l’initiation.



RCA : Il faut couper le nœud gordien (par Pascal Djimoguinan)

Les nouvelles de la République Centrafricaine continuent à être alarmantes malgré l’effort international en cours depuis quelques années. Cette semaine encore, il a fallu boire la coupe jusqu’à la lie. Les dépêches ont annoncé ceci : « Mardi à l'aube, Bria a été attaquée par des combattants de groupes d'autodéfense locaux qui s'en seraient pris notamment au quartier commercial ou se situe le marché central. Les casques bleus ont repoussé l'attaque. »
            Jusqu’ici, les forces des Nations Unies attendent pour réagir  chaque fois qu’il y a une attaque des différents groupes armés. Elles ont de la peine à prendre l’initiative. A ce rythme le conflit risque de s’éterniser et c’est la population civile qui en souffre.
            Il faudrait que les Nations Unies aient le courage de prendre la décision qu’il faut ; on ne peut plus continuer à faire la politique de l’autruche.
            Quelques mesures s’imposent. La Minusca devrait être une force plus offensive. Aucun groupe armé ne devrait être toléré. Tout groupe armé qui refuserait de se rendre devrait être considéré comme hostile et combattu jusqu’à sa reddition.

            C’est la seule solution. On ne comprend pourquoi les groupes armés devraient encore être tolérés. Il faudrait donner un ultimatum pour que tous les groupes armés rendent leurs armes.

mardi 20 juin 2017

Sœur Cécile Tinodji Nelembay, qui es-tu ?

            (La Sœur Cécile Tinodji Nelembay a fêté cette année ses 50 ans de Vie religieuse. Pour mieux la connaître, nous revisitons aujourd’hui la revue Chrétiens au Tchad aujourd’hui  de 1975 (juillet-août septembre) numéro 7. Elle y répondait à une lettre qui lui avait été adressée par Monsieur Ngarti Mbaïdum, instituteur à Moundou.)
            Cher Ngarti,
            Permettez-moi de vous dire un grand merci pour les questions que vous m’avez posées. Je vais essayer de vous répondre selon mes possibilités.
            Je suis née à Gagal, mais j’ai grandi à Bongor. Ma mère est Ngambaye, elle vit actuellement à Moundou. Mon père est centrafricain originaire de Bossangoa. Nous sommes quatre dans la famille, trois filles et un garçon. Nous avons tous grandi au Tchad. Je suis la troisième fille. Nous avons tous la nationalité Tchadienne.
            C’est à Bongor que j’ai connu les sœurs de Notre Dame des Apôtres. Elles m’ont envoyée au Dahomey (actuel Benin) faire mes études primaires, car j’étais très jeune lorsque j’ai quitté mes parents.
            J’ai passé plusieurs années au Dahomey de 1961 à 1967.
            Revenue au Tchad, j’ai fait mes études secondaires au Collège N.D. du Sacré-Cœur à N’Djamena. J’ai fait ensuite la classe pendant deux ans avant de reprendre des études. Je finis l’Ecole Normale cette année et je ne connais pas encore le lieu de mon affectation.
            Je suis la quatrième sœur Tchadienne. Parmi les huit sœurs Tchadiennes existantes, quatre ont déjà fait leurs engagements définitifs. Voici leurs noms : Sr M. Colette Many, Sr M. Cécilia Many, Sr Monique Ngonyom et moi-même. Nous sommes quatre dans le diocèse de Sarh, les autres sont dans le diocèse du Logone Occidentale de Moundou.
            Je pense que nous pouvons espérer avoir des sœurs Tchadiennes dans un proche avenir. Il y a des jeunes filles qui sont en train de se former à Donia et à Doïti. Dans un an ou deux nous serons plus nombreuses.
            Autrefois seul l’appel de Dieu suffisait pour devenir sœur, le diplôme était secondaire, il suffisait d’avoir la vocation. Mais depuis les dix dernières années, les instituts ont compris que c’était une erreur de ne pas faire étudier les Sœurs. Dans notre congrégation, on accepte les filles qui ont le bac ou un métier.
Pourquoi exige-t-on cela ? Une Sœur est le porte-parole du Christ auprès de ses frères. Elle doit être en mesure de transmettre la bonne nouvelle sans erreur. Elle doit comprendre les problèmes actuels pour aider les femmes et discuter avec les gens. Si elle est ignorante, elle ne pourra pas raire un travail efficace. Elle sera dépassée par les problèmes. Voilà les raisons pour lesquelles on exige maintenant que les sœurs soient instruites. (Ce qui ne veut pas dire que nous excluons les filles qui ont moins d’instruction et qui ont ressenti l’appel de Dieu.)
Chez nous, au Tchad, ce n’est pas comme cela. Les jeunes filles qui ont leur BEPC ou leur bac, ou celles qui ont appris un métier, ne veulent pas se faire sœur. Elles pensent avant tout gagner de l’argent, à se marier.
C’est pourquoi, on accepte pour le moment des filles du niveau CM2. Pour ma part, je souhaite vivement qu’il y ait, dans les couvents des filles instruites qui ont obtenu leur BEPC ou leur bac.
Voilà, cher Ngarti, les renseignements demandés. Si vous n’êtes pas satisfait, je vous invite à poser d’autres questions. Je serai contente de vous répondre.
Recevez mes salutations distinguées.

Tinodji NELEMBAY.

mardi 13 juin 2017

Sarh : l'écologie en espèces sonnantes et trébuchantes (par Pascal Djimoguinan)



            Toute l’actualité tourne autour de l’accord de Paris sur le climat, sur le retrait des Etats-Unis d’Amérique et sur les conséquences que cela pourrait avoir sur l’écologie à court, à moyen et à long terme. Les enjeux sont grands et il faut que le monde s’en émeuve. Il ne faudrait cependant pas que la recherche d’une solution globale soit un écran qui empêche de voir et de chercher des solutions locales.
            En fait, en quoi consiste le problème ? L’accord de Paris sur le climat fait suite aux négociations qui se sont tenues lors de la conférence de Paris sur le climat (COP21) de la convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques. Cet accord qui a été approuvé par l’ensemble des 195 délégations le 12 décembre 2015 et qui est entré en vigueur le 4 novembre 2016, a été dénoncé par Donald Trump, président des Etats-Unis le 1er juin 2017. L’accord avait pour objectif de contenir le réchauffement climatique au-dessous de 2° C, de faire un effort pour un désinvestissement des énergies fossiles et d’atteindre la neutralité carbone. Il est créé une sorte de solidarité internationale dans la gestion écologique des ressources naturelles (il faut rappeler que le Tchad a signé cet accord le 22 avril 2016 et que cela a été ratifié le 12 janvier 2017).
            Sur le plan local, il faut dire que tout le monde a les yeux fixés sur les cimes et que très peu de choses sont fait au ras des pâquerettes. Il faut savoir que la flore mérite une attention particulière. En ce sens, au Tchad, théoriquement l’utilisation du bois de chauffe et du charbon obéit à une législation sévère. On prend le problème en amont, peut-être parce que cela fait plus gagner de l’argent par les taxes qui sont imposées aux contrevenants, quelques misérables dames qui vendent des sacs de charbon pour survivre.
            Il serait plus profitable de prendre le problème en aval. Cela signifierait prendre au sérieux le reboisement en ne se contentant pas uniquement de planter les arbres de les abandonner aux chèvres, en les arrosant pendant la saison sèche…
            Il faudrait aussi prendre soin des arbres déjà existant. L’on sait qu’il faut émonder un arbre pour lui rendre sa vigueur, le débarrasser des branches qui déséquilibrent sa croissance. Ce travail est nécessaire si l’on veut bien entretenir un arbre et aider sa croissance. Bizarrement, pour faire ce travail, il faut obtenir du service de l’environnement une permission onéreuse. Il faut payer 2.000 francs CFA par arbre à émonder. Cela décourage les bonnes volontés. Je ne sais pas si c’est seulement dans la ville de Sarh qu’il faut payer pour émonder les arbres ou si cela se fait dans tout le Tchad.

            Il faut espérer que la volonté universelle à travailler pour l’équilibre écologique fera prendre conscience à nos dirigeants. Nous ne demandons pas que soient payés ceux qui prennent soignent des arbres, mais qu’ils puissent le faire sans avoir à payer des amendes. 



jeudi 1 juin 2017

LU POUR VOUS/MALI - Communiqué de la Conférence épiscopale suite à une campagne de presse internationale sur de prétendus comptes en Suisse

« Nous agissons en pleine transparence, au service des œuvres de l’Eglise – affirme un communiqué de la Conférence épiscopale du Mali parvenu à Fides, publié en réponse à l’article du quotidien Le Monde, selon lequel existeraient en Suisse « de mystérieux comptes bancaires » pouvant être reconduits à un certain nombre d’Evêques.
Selon les rédacteurs même de cet article, « au début 2015, lorsque éclate le scandale SwissLeaks, publié par Le Monde et une soixantaine de médias internationaux, coordonnés par l’ICIJ, d’autres Maliens sont repérés dans les documents (bancaires NDT) HSBC(…). Mais les comptes en Suisse des trois plus hauts dirigeants de l’Episcopat malien de l’époque passent alors inaperçus ».
Les Evêques du Mali se demandent si « les auteurs de l’article tendancieux visent(-ils) plutôt un autre objectif inavoué que celui d’apporter des informations constructives à l’opinion ? Cet acte posé à un moment où cette Eglise vient d’être honorée par la nomination de son premier Cardinal vise-t-il à salir son image et à la déstabiliser ? Dieu qui voit tout et qui sait tout saura un jour rétablir la vérité » conclut le communiqué.

Le document rappelle que « la Conférence Épiscopale fonctionne en toute transparence. Elle dispose de statuts, d’un règlement intérieur et d’un manuel de procédures qui fixent les attributions de chaque Evêque (…). A ce titre, aucun Evêque n’agit à titre personnel dès lors qu’il s’agit d’une mission qui lui a été confiée par ses pairs. Une évaluation de toutes les activités est régulièrement faite ».
Le Mali traverse actuellement une crise politique et militaire très difficile. L’Eglise cherche à rétablir la paix et à aider les populations en difficulté. (L.M.) (Agence Fides 01/06/2017)

mercredi 17 mai 2017

LU POUR VOUS /RCA : A Bangassou, les musulmans dans la Cathédrale et au Séminaire

Le bilan de l’attaque menée par une centaine d’antibalakas contre Bangassou, dans le sud-est de la République centrafricaine, est de 26 morts selon l’ONU alors que, selon la Croix Rouge centrafricaine, il pourrait être plus élevé et atteindre au moins 150 morts.
Les antibalakas ont attaqué Tokoyo, le quartier à majorité musulmane de la ville. S.Em. le Cardinal Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, et S.Exc. Mgr Juan José Aguirre Muños, Evêque de Bangassou, sont intervenus afin de permettre à un millier de fidèles musulmans s’étant réfugiés dans la mosquée locale de sortir du lieu de culte, servant de bouclier humain pour les protéger.

Au cours de l’évacuation, des coups de feu sont partis, atteignant et tuant l’imam de la mosquée qui se trouvait aux côtés de Mgr Aguirre. Grâce à l’intervention des casques bleus portugais de la MINUSCA (Mission de l’ONU en Centrafrique), les évacués ont pu quitter la mosquée et être transférés dans la Cathédrale et au Séminaire local. (L.M.) (Agence Fides 17/05/2017)