lundi 13 novembre 2017

LU POUR VOUS/RCA : Attentat contre le concert de la paix dans le quartier musulman et retour des tensions à Bangui

Quatre morts et une vingtaine de blessés : tel est le bilan de l’attaque à l’explosif perpétrée contre un café au soir du 11 novembre à Bangui, capitale de la République centrafricaine.
Des inconnus ont lancé un engin explosif – probablement une grenade – contre les clients du bar « Au carrefour de la paix » alors que se produisait le chanteur Ozaguin, une célébrité en Centrafrique.
Le café se trouve dans le quartier PK5, habité en majorité par des musulmans mais le concert avait attiré musulmans et chrétiens. La manifestation avait en effet été organisée par de jeunes chrétiens et musulmans dans le but de rapprocher les deux communautés divisées par la haine et le ressentiment suite à la guerre civile ayant éclaté en 2012 lorsque les rebelles de la Seleka, en grande partie musulmans, prirent possession de Bangui, déposant le Président François Bozizé.
Après l’attentat, ont eu lieu les représailles de la population du quartier PK5 qui ont fait au moins trois victimes parmi les chrétiens qui s’étaient rendus dans le quartier musulman pour y faire leurs achats.
A leur tour, de jeunes chrétiens ont assailli les chauffeurs musulmans de moto-taxis qui se rendaient dans leurs quartiers. « On ne comprend pas encore qui a commis cette attaque et pourquoi » déclarent à l’Agence Fides des sources de l’Eglise. « S’ils voulaient échauffer à nouveau les esprits, ils y sont parvenus parce que des représailles à l’aveuglette ont eu lieu au détriment de personnes innocentes. La situation demeure très tendue. Les quartiers de la zone du PK5 se sont vidés de nouveau, comme au temps de la guerre civile et ceux qui y sont restés ont érigé des barricades pour protéger leurs maisons et leurs magasins » déclarent les sources de Fides, confirmant que « des jeunes chrétiens, qui s’étaient rendus au KM5 pour acquérir des produits pour leurs propres magasins, ont été poignardés et tués ».

Le Premier Ministre, Simpli-Mathieu Sarandji, a condamné fermement « cet acte criminel » qui a frappé tant les familles chrétiennes que musulmanes et a rallumé les tensions intercommunautaires à Bangui, qui avait jusqu’ici été épargnée par les violences qui avaient secoué d’autres parties du pays. (L.M.) (Agence Fides 13/11/2017)

lundi 9 octobre 2017

HASTA SIEMPRE COMANDANTE

1) Aprendimos a quererte
desde la histórica altura
donde el sol de tu bravura
le puso cerco a la muerte.
Estribillo:
Aquí se queda la clara,
la entrañable transparencia,
de tu querida presencia
Comandante Che Guevara.
2) Tu mano gloriosa y fuerte
sobre la historia dispara
cuando todo Santa Clara
se despierta para verte.
3) Vienes quemando la brisa
con soles de primavera
para plantar la bandera
con la luz de tu sonrisa.
4) Tu amor revolucionario
te conduce a nueva empresa
donde esperan la firmeza
de tu brazo libertario.
5) Seguiremos adelante
como junto a ti seguimos
y con Fidel te decimos:
!Hasta siempre, Comandante!

1) Nous avons appris a t'aimer
depuis ton héroïque stature
quand le soleil de ta bravoure
dressa un barrage à la mort.
Refrain:
Ici nous reste la claire,
l’intime transparence,
de ta chère présence,
commandant Che Guevara
2) Ta main glorieuse et forte
depuis l’histoire, fait feu,
lorsque tout Santa Clara
se réveille pour te voir.
3) Tu arrives en brûlant la brise
avec des soleils de printemps
pour planter le drapeau
avec la lumière de ton sourire.
4) Ton amour révolutionnaire
te conduit vers une nouvelle entreprise
là où t’attend la fermeté
de ton bras libérateur.

5) Nous continuerons en avant
comme nous avions avancé avec toi.
et avec Fidel, nous te disons:
Pour toujours, commandant !


lundi 25 septembre 2017

Mariage au sud du Tchad : Alliance ou rivalité ? (par Pascal djimoguinan)

            A la question sur ce que représente le mariage dans une société donnée, la réponse spontanée est que c’est une alliance entre deux personnes, entre deux familles. En réalité cette réponse spontanée n’est pas si évidente que cela. Pour s’en rendre compte, il suffit de visiter quelques rites complémentaires de la cérémonie du mariage dans certaines sociétés. Ainsi, nous pouvons voir comment se passe les rites de l’installation des pierres du foyer à la cuisine quand il y a un mariage ; c’est un rite très important chez les sara en général et plus particulièrement chez les mongo.
            Le mot foyer est très important pour exprimer ce que forme un couple. En fait c’est un mot qui a plusieurs sens mais ayant un lien les uns avec les autres. Selon Larousse, le foyer est : « * Lieu où on fait le feu : / * Séjour domestique de quelqu’un/ Maison, famille : fonder un foyer.
             Nous voyons que le foyer est d’abord le lieu où on fait le feu puis le séjour domestique et enfin il désigne la maison et la famille. Le lieu où on fait le feu est le point focal autour duquel se forme la famille. C’est donc bien normal que le mot désigne la famille.
            Le foyer, lieu où se fait le feu, est traditionnellement constitué, chez les peuples du sud du Tchad, de trois pierres qu’on assemble et sur lesquelles on pose la marmite qui sert à la cuisson des aliments.
            Chez les mongos, le rite de la pose de ces pierres et très important pour le mariage, et tant qu’on ne les a pas encore posées, on ne peut pas dire qu’un foyer est déjà constitué. Une nouvelle famille ne commence que quand ces pierres sont posées.
            Chez les mongos, après la cérémonie de la dot, il y a la cérémonie de la pose des pierres du foyer. Les tantes et les sœurs de la mariée doivent passer la nuit chez le marié pour poser les pierres très tôt le matin.
            Il ne faut pas croire que c’est une cérémonie banale. Le symbole est très grand car c’est en réalité une lutte entre les familles des deux mariées.
            Vers 4h du matin, les tantes de la mariée rentrent dans la cuisine ; elles doivent installer les pierres du foyer et préparer à manger pour le marié et pour le beau-père. Les sœurs et cousines du marié doivent tout faire pour empêcher que la belle famille ne puisse allumer le feu au foyer. Les cousines et sœurs de la mariée ont pour mission de protéger le foyer que leurs tantes cherchent à allumer.
            Je suppose que l’on a du mal à se retrouver dans tout cela. Il s’agit tout simplement pour le côté féminin de la famille de l’homme d’empêcher que le foyer ne passe du côté de la mariée. Les sœurs et les cousines de l’homme sont là avec des seaux d’eau pour étendre le feu chaque fois qu’on cherche à l’allumer. Le foyer est inondé d’eau.
            Pour ceux qui cherchent à allumer le feu, il faut mettre en place le plan B. Il faut donc sortir les bouteilles de pétrole qu’on avait prévues. On écarte le famille du marié et on utilise le pétrole. Dès que le feu est allumé, les hostilités cessent. La famille de la mariée pousse des you-you.
            Les tantes peuvent alors préparer un petit repas pour le marié et pour son père. Désormais, la mariée devient maîtresse du foyer. Elle est chez elle et peut préparer à manger.
            Le symbole est assez parlant. Par le mariage, une femme étrangère vient prendre possession d’un lieu et d’une personne. La lutte pour conserver le statu quo aura été vaine. On peut parler du passage d’un état de nature à un état de culture.



lundi 18 septembre 2017

Ce franc CFA qui nous tient à cœur (par Pascal Djimoguinan)

            En Afrique francophone comme en France, on aime les polémiques. Pour le moment tout tourne autour du Franc CFA. Il s’agit d’une polémique sur fond de développement et de souveraineté. Il faut donc abandonner le franc CFA pour avoir une monnaie locale ou communautaire mais qui ne dépende plus de la France.
            En quelques jours des manifestations se sont multipliées dans plusieurs capitales africaines contre le CFA. Deux personnes résument à leurs façons le grief reproché à cette monnaie. Simon Kouka du groupe Y en a marre dit Sénégal affirme qu’«On ne peut pas se dire souverain et dépendre d’une monnaie comme le franc CFA. La souveraineté implique avoir sa propre monnaie. » Et Keeman Diouf de renchérir : « le CFA nous empêche de nous développer »  tout en avalant un billet de 500 francs CFA.
            Le débat sur le franc CFA a pris une nouvelle tournure quand Kemi Seba, de son vrai nom Stéllio Gilles Robert Capo Chichi (Français né de parents d’origine béninoise) a brûlé en public un billet de 5.000 francs CFA le 19 août 2017 lors d’un rassemblement au Sénégal contre cette devise. Il sera interpellé à Dakar et placé sous mandat de dépôt le 25 août. Il sera finalement relaxé par la justice sénégalaise le 29 août 2017 et expulsé le 6 septembre 2017 vers la France. Cela sera assez pour donner une certaine ampleur à la contestation.
            Créé en 1939, le Franc CFA est de fait né officiellement le 26 décembre 1945 lorsque la France ratifia les accords de Bretton woods. Le franc CFA qui est émis par la caisse centrale de la France d’Outre-mer signifiait d’abord « franc des Colonies Françaises d’Afrique ». Il deviendra en 1958 « franc de la Communauté Française d’Afrique. »
            Aujourd’hui, le franc CFA est en réalité le nom de deux monnaies communes à plusieurs Etats :
- Le franc de la communauté financière en Afrique qui est émis par la Banque des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Benin, Burkina, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.)
- Le franc de la coopération financière en Afrique, émis par la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine et Tchad.)
            Aujourd’hui en Afrique, les zones franc constituent des espaces monétaires et économiques (UEMOA pour l’Afrique de l’Ouest et CEMAC pour l’Afrique Centrale.)
            La convertibilité du franc CFA est à l’euro est : 1 euro = 655,957 F CFA. Le code dépend de la zone. Le code Iso 4217 est XOF pour l’Afrique de l’Ouest et XAF pour l’Afrique Centrale
            Le franc CFA est utilisé par environ 155 millions d’habitants. Il s’agit maintenant de s’avoir s’il faut conserver le CFA ou passer à une autre monnaie. Les jours qui suivent nous apporteront sans doute une réponse.

            En attendant, la question à poser est de savoir si en même temps que les manifestions anti CFA qui se multiplient en Afrique et ailleurs, il y a des structures qui sont mises en place pour pouvoir remplacer le CFA au cas où il serait abandonné. Il faut aussi des garantis pour que les Etats souverains n’aient pas la tentation de faire marcher la planche à billet. La souveraineté coûte chère ; prenons-en les moyens alors !



mercredi 13 septembre 2017

Tchad : Les freins socioculturels au développement (par Pascal Djimoguinan)

            Dans le concert des nations, des indices précis ont été établis pour parler du développement d’un pays. On parle d’indice du développement humain du PNUD qui se fonde sur trois critères à savoir le PIB par habitant, l’espérance de vie à la naissance et le niveau de l’éducation. Aussi contestables que puissent être certains critères retenus, il faut admettre que l’absence de certains de ces indices montre qu’un pays peine dans son développement. Dans le classement de l’édition 2016, le Tchad est  186ème sur 188 au plan mondial et 52ème sur le plan africain (Il faut rappeler que l’Afrique compte 54 pays.) Pour le Tchad, il y a des freins tout aussi bien sur le plan social que sur le plan culturel qui empêchent sinon d’atteindre ces indices, du moins de s’en rapprocher. Il devient urgent d’en faire l’inventaire pour pouvoir engager la lutte pour le développent.
            Parmi les freins socio-culturels au développement du Tchad, nous pouvons retenir les fêtes et les deuils, la pluie.
Les fêtes : Il est normal que tout être humain célèbre les évènements important dans sa vie. Cependant, lorsque la célébration canalise toute l’énergie de la personne, il faut se poser des questions.
            Au Tchad, la fête est l’occasion de gaspiller toutes les ressources que l’on possède sans souci de l’avenir. L’épargne n’existe pas. Tout est occasion de dépense tant au niveau de la nourriture que de la boisson. On dépense sans compter ; l’essentiel n’est pas de tout consommer mais de montrer l’abondance, quitte à mourir de faim le lendemain.
            Dans le même sens, tant que l’on a de l’argent sur soi, on consomme de l’alcool seul ou en groupes sans tenir compte de l’avenir. On en arrive ainsi à s’endetter pour pouvoir joindre les deux bouts.
Les deuils : un autre poste de très grande dépense au Tchad est le deuil. Alors que presque personne ne s’occupe des soins des personnes malades, dès que la mort frappe, c’est l’occasion de mobiliser les ressources. La grande peur étant que la famille soit accusée de n’avoir pas su honorer son mort.
            Les places mortuaires où ont lieu les recueillements avant, pendant et après les enterrements sont les lieux de très grandes dépenses. Certaines familles sont obligées de s’endetter pour ces dépenses. Il s’agit de nourrir les délégations qui viennent à la place du deuil et qui comptent y rester plusieurs jours. Il faut aussi s’occuper de la nourriture des choristes ou d’autres pleureuses publiques.
            La priorité n’est pas donnée à l’avenir. S’il y a une veuve et des orphelins, ils se débrouilleront par la suite pour leur subsistance et pour la scolarisation des enfants.
            Ces deux exemples montrent tout simplement que l’épargne est plutôt rare puisqu’on ne prend pas les temps de prévoir les dépenses et de les organiser d’une manière plus rationnelle. Il est donc impossible d’arriver au développement sans épargne.
La pluie: Au Tchad, quand il pleut tout s'arrête. Les gens transposent les comportements paysannes dans la vie moderne. S'il est normal d'arrêter les travaux au champ lorsqu'il pleut, cela ne devrait pas être le cas en ville. Malheureusement, dès qu'il pleut le matin, cela devient une excuse valable pour ne pas aller au travail à temps. Les bureaux sont donc fermés, les professeurs et les élèves ne viennent pas à l'école jusqu'à ce que la pluie cesse, les hôpitaux sont fermés. On peut perdre ainsi des heures de travail pendant la saison des pluies.

            Le grand défi est que ces freins socio-culturels cessent d’être un handicap pour le progrès. Il faut donc voir comment on peut mieux s’organiser pour éviter les dépenses inutiles et mieux célébrer les différents événements qui surviennent dans la vie de tous les tchadiens; en même temps, il faudra accepter de travailler même quand il pleut. C’est à ce prix que le Tchad pourra rattraper son retard. Tout le monde pourra profiter si le Tchad remonte dans le classement de l’indice du développement humain.



mardi 12 septembre 2017

LU POUR VOUS/ZAMBIE – L’Eglise catholique contre la diffusion des « fêtes du sexe »

« L’Eglise catholique est préoccupée par la décadence morale qui a englouti des jeunes des deux sexes comme le démontrent le cas des jeunes impliqués dans des activités immorales telles que des orgies à base d’alcool et de sexe, à Lusaka et à Livingstone » affirme le Père Winfield Kunda, Directeur des Communications sociale de la Conférence épiscopale de Zambie (Zambia Conference of Catholic Bishops –ZCCB), dans une déclaration relative à la découverte, le 3 septembre dernier, d’une « fête du sexe » dans une habitation des environs de Lusaka à laquelle ont participé quelques 70 adolescents de 13 à 18 ans.
Il s’agit du dernier en date d’une série d’épisodes similaires intervenus récemment dans la capitale, Lusaka, et à Livingstone. « La diffusion de ces actes, si elle n’est pas complètement interrompue et bloquée, risque de faire exploser la situation. Elle laisse chacun de nous déconcertés sur le genre de famille que ces jeunes pourront bâtir à l’avenir et par conséquent sur ce que deviendra notre nation » continue le Père Kunda.
Outre le risque de grossesses pré matrimoniales, ce genre d’actes accroît la diffusion du virus du SIDA, souligne le porte-parole de la Conférence épiscopale.
« Les jeunes qui ont été surpris dans des activités sexuelles de groupe ne devraient pas être laissés seuls et devraient en revanche être conseillés sur les dangers de tels actes, les avertissant que l’avenir de la Zambie dépend d’eux. Les parents ne devraient pas chercher à les protéger à tout prix mais être prêts à laisser leurs enfants être guidés sur le juste chemin, en les aidant dans la formation morale de leurs enfants » conclut le Père Kunda. (L.M.) (Agence Fides 11/09/2017)



lundi 11 septembre 2017

Tchad: Initiés mâles et excisées, que faire? (par Pascal Djimoguinan)

            Le Tchad, tout comme la plupart des pays africains s’est engagé dans la lutte contre l’excision féminine. Après plus d’une décennie, le résultat est plutôt mitigé. Il semble que le moment est venu plus une réflexion plus systémique afin d’arriver à des stratégies plus adéquates.
            Le problème de l’excision au Tchad est jusque-là envisagé en lui-même, sans trop tenir compte qu’elle va côte à côte avec l’initiation traditionnelle masculine. De ce fait, lutter contre l’excision féminine et en même temps accorder plus de crédit à l’initiation masculine apparaît paradoxalement pour les femmes comme une autre sorte de machisme et de minimisation des femmes.
            L’argument principal utilisé pour convaincre les défenseurs de l’excision au Tchad n’est pas décisif. On se base généralement sur le fait que l’excision n’a été introduite que tardivement au sud du Tchad pour faire comprendre qu’elle n’est pas aussi traditionnelle qu’on voudrait le faire croire. Cet argument n’est pas persuasif car on pourrait dire la même chose de l’initiation traditionnelle masculine.
            Nous pourrions pour cela, reprendre L’hypothèse de Joseph Fortier (Histoire du pays Sara) lorsqu’il parle de l’implantation des tribus sara dans le sud du Tchad. Il s’appuie lui-même sur Gayo KOGONGAR :
« En suivant M. Gayo KOGONGAR (Histoire précoloniale des populations sara) nous distinguons deux groupes :
a) Les plus anciennement installés au Tchad sont les Ngambay du Logone, les Mbay et le Ngam du Moyen Chari. Or, il se trouve que ces trois ethnies ont en commun une initiation qui leur est propre, et des légendes d’origine (mythe de Sou, comme héros civilisateur) qui ont leur équivalent chez leurs voisins centrafricains (le Wanto des Gbaya et le Téré des Banda sont des prototypes de Sou.)
b) Les derniers arrivés : Goulay de Dobo qui ont migré vers l’ouest jusqu’à Donomanga et Mouroumgoulay, Mouroum de la région de Laï-Doba, clan royal de Bédaya, Kaba-Démé de Kyabé qui n’avaient pas d’initiation quand ils sont arrivés un peu avant 1800 ; ils ont tous « emprunté » une initiation aux voisins ; les Goulay et les Mouroum aux Toumak ; les Sar de Bédaya aux Ngam-Télé ; les Démé, aux Sar de Bédaya. Tous venaient du nord du Fitri ou du Guéra, pour échapper aux gens du Baguirmi ou du Ouadaï.
            Il se peut, sans que nous en ayons la preuve décisive, que Ngambay, Mbay ou Ngam soient arrivés au Tchad depuis le Bahr-el-Ghazal nilotique, en passant par le sud, c’est-à-dire par la Centrafrique. »
            Nous pouvons simplement souligner deux faits massifs. Parmi les plus anciennement installés et qui ont une initiation qui leur est propre, en gros, les Ngambay et les Mbay ne pratiquaient pas l’excision. Les derniers arrivés n’ont pas d’initiation à leur arrivée et les ont tous « empruntés.
            Ainsi, s’il faut lutter contre l’excision, ce n’est pas parce qu’elle a été empruntée.
            Il n’est pas adroit de valoriser l’initiation masculine d’une part et de lutter contre l’excision sans pour autant trouver quelque chose qui serait le pendant de l’initiation masculine. En pays sar, il existait une initiation féminine qui a été supplantée par l’excision. Il faudrait entreprendre des recherches dans ce domaine pour combler le vide que laisserait la pratique de l’excision. Ce vide est un véritable frein contre la lutte de l’excision.
            Un autre exemple se trouve chez les Mouroum. Les hommes pratiquent une initiation traditionnelle (le yondo comme chez les sar) alors que chez les femmes il n’y a pas d’excision mais une initiation traditionnelle. L’étude de cette pratique pourrait beaucoup aider à la disparition de l’excision.
            Pour le moment, ce qui fait la force de l’excision, c’est que si les hommes pratiquent le « yondo », les femmes peuvent se prévaloir de l’excision qui leur permet d’avoir leur propre rite.

            Pour finir, il faut continuer d’expliquer que l’excision, quel que soit sa forme est une mutilation génitale et que comme telle est une agression contre l’intégrité physique de la femme. La solution à ce problème ne viendra que d’un dialogue à tous les niveaux de la société. Il faut surtout éviter que la lutte contre l’excision apparaisse comme une agression. Cela ne fera qu’exacerber les antagonismes.


jeudi 7 septembre 2017

LU POUR VOUS/KENYA - Message de la Conférence épiscopale en faveur d’un nouveau scrutin présidentiel pacifique

« Nous demandons aux kenyans de soutenir l’indépendance, la dignité et l’intégrité de la Cour Suprême et des institutions constitutionnelles même lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec leurs décisions » affirment les Evêques du Kenya dans un Message dédié à la situation politique du pays et parvenu à Fides. Les Evêques louent la décision du cartel de l’opposition, la NASA (National Super Alliance), de recourir à la Cour Suprême comme cela est prévu par la Constitution, au lieu d’adresser des appels incendiaires à la population pour contester la victoire du Président sortant, Uhuru Kenyatta, sur son propre candidat, Raila Odinga. Le recours présenté par l’opposition qui contestait des irrégularités, a été accueilli par la Cour Suprême, ce qui a ainsi provoqué l’annulation des élections et la décision de faire organiser un nouveau scrutin dans un délai de 60 jours. La Commission électorale indépendante (IEBC) a pour sa part fixé au 17 octobre la date de la nouvelle élection.
La décision de la Cour Suprême a cependant suscité de fortes tensions ayant débouché sur des intimidations s’adressant à ses membres. « Nous demandons à ce qu’il soit mis fin à cette intimidation ouverte et aux menaces contre le système judiciaire et la Cour Suprême » indique le Message des Evêques. « Si tout individu peut critiquer n’importe quelle institution avec laquelle il n’est pas en accord, les attaques qui réduisent l’intégrité de la magistrature et de toute autre institution publique doivent cesser ».
Les Evêques se déclarent en outre « préoccupés suite aux menaces faites par la NASA de boycotter les nouvelles élections présidentielles ordonnées par la Cour Suprême dans le cas où son ultimatum ne serait pas respecté ». « D’autre part, nous avons vu les responsables du parti de Kenyatta servir de porte-parole à l’IEBC. De telles actions violent l’indépendance et l’autorité de la Commission » souligne le Message.
R. Odinga a demandé un remaniement de la composition de l’IEBC et une révision du système de votation électronique. Hier, 6 septembre, l’IEBC a annoncé l’introduction de nouveaux membres. Cependant, R. Odinga ne s’est pas encore prononcé sur cette évolution qui semble aller, au moins partiellement, dans le sens de ses requêtes.

Les Evêques se proposent enfin, « avec les autres membres du panel de médiation des responsables religieux du forum multisectoriel, de faciliter des négociations rapides à la demande de l’IEBC pour contribuer à la création d’un consensus et de la confiance en ce qui concerne les préparatifs, les procédures et les actions relatives au déroulement des nouvelles élections présidentielles ». (L.M.) (Agence Fides 07/09/2017)


mardi 5 septembre 2017

LU POUR VOUS/RCA - Précisions de la part de l’Archevêque de Bangui concernant les milices antibalakas

Nous désirons une Centrafrique unie dans laquelle chrétiens et musulmans vivent en paix. C’est ce qu’ont réaffirmé, dans un entretien accordé au périodique Afrique-Asie, S.Em. le Cardinal Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, et l’imam Oumar Kobine Layama, plus importante autorité religieuse musulmane centrafricaine, qui, en compagnie du pasteur Nicolas Guérékoyamé Gbangou, composent la Plateforme des Confessions religieuses centrafricaines.
Dans un pays où 80% de la population chrétienne – répartie également entre catholiques et protestants – et 20% musulmane, « il était de notre devoir de mettre en valeur ce qui nous unit et non pas ce qui nous divise » a déclaré l’imam Oumar Kobine Layama. La présence de groupes armés se réclamant de la religion islamique – à savoir les anciens rebelles de la Seleka – ou de la religion chrétienne – les milices dites antibalakas – a des motivations politiques et liées à l’exploitation des ressources naturelles du pays. « Nous nous sommes toujours refusés de dire que les antibalakas étaient des chrétiens. Ce sont des assassins, un point c’est tout » a déclaré le Cardinal Nzapalainga. « C’est pourquoi nous avons créé la Plateforme des Confessions religieuses centrafricaines, afin d’affirmer l’unité de nos religions ».
Les deux représentants religieux soulignent qu’ils peuvent contribuer à désarmer les esprits mais que l’intervention de la communauté internationale est nécessaire pour assurer la sécurité, encore précaire.
Le Président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, a convoqué les différentes factions centrafricaines pour discuter de la paix, à l’exception de deux, déplore l’imam Oumar Kobine Layama, à savoir « celle de François Bozizé et celle de Michel Djotodia – respectivement Président déposé par les rebelles de la Seleka et chef de ces derniers s’étant par la suite autoproclamé Chef de l’Etat NDR. Ces deux factions sont implantées dans les zones aurifères et agissent seulement en fonction de leurs intérêts économiques. Vous comprendrez donc que l’opposition religieuse est bien loin de cette histoire ». (L.M.) (Agence Fides 05/09/2017)


lundi 4 septembre 2017

LU POUR VOUS/NIGERIA - Enlèvement et meurtre d’un prêtre dans le sud du pays

Un prêtre nigérian, le Père Cyriacus Onunkwo, a été enlevé et tué dans l’Etat d’Imo, au sud du Nigeria.
Selon la police, à la fin de l’après-midi du 1er septembre, la voiture du Père Onunkwo aurait été bloquée dans les environs de la Banana Junction, à Amaifeke, par des hommes armés qui l’ont enlevé. Le prêtre, qui exerçait son ministère à Orlu, se rendait dans son village natal d’Osina pour y participer aux obsèques de son père, mort le 28 août.
Le corps du prêtre a été retrouvé le 2 septembre dans les environs du village d’Omuma. La police affirme qu’il ne présente ni blessures d’arme à feu ni blessures d’arme blanche et présume que le Père Onunkwo a été étranglé.

« Nous travaillons sur tous les indices recueillis. Pour l’heure, il s’agit clairement d’un cas d’enlèvement et d’homicide. Si cela avait été un simple enlèvement, les ravisseurs auraient appelé les membres de la famille de la victime et auraient demandé une rançon » affirme la police. (L.M.) (Agence Fides 04/09/2017)

jeudi 31 août 2017

LU POUR VOUS/TCHAD - Nomination du Recteur du Grand Séminaire Saint Mbaga Tuzindé sis à Sarh

S.Em. le Cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, en date du 22 juin 2017, a nommé Recteur du Grand Séminaire philosophique interdiocésain Saint Mbaga Tuzindé, sis dans le Diocèse de Sarh (Tchad), le Père Samuel Mbairabe Tibingar, du clergé archidiocésain de N’Djamena.
Le nouveau Recteur est né le 27 juillet 1972 dans la région du Moyen Chari, Sarh. Après l’école primaire et les études secondaires au Collège Saint Charles Lwanga de Sarh, il est entré en 1997 au Grand Séminaire Saint Luc de Bakara à N’Djamena. Il a été ordonné prêtre le 26 novembre 2005. Après son ordination, il a été Vicaire paroissial et Curé avant d’étudier l’exégèse biblique à Rome (2007-2011) et d’obtenir un Doctorat en Théologie biblique (2012-2016). De 2011 à 2016, il a exercé son ministère au sein de l’Archidiocèse de Florence. (SL) (Agence Fides 31/08/2017)

mardi 29 août 2017

LU POUR VOUS/SENEGAL - Vers la II° Rencontre des Evêques d’Afrique sur la Caritas


« Organiser le service de la charité en Afrique : le Rôle des Evêques » : tel est le thème de la II° Rencontre des Evêques d’Afrique sur la Caritas qui se tiendra du 17 au 21 septembre prochains à Dakar, capitale du Sénégal.

A l’événement, organisé par Caritas Afrique avec le soutien de Caritas Internationalis, participeront quelques 200 personnes dont 100 Cardinaux, Archevêques et Evêques, dont S.Em. le Cardinal Peter Turskon, Préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, S.Em. le Cardinal Luis Antonio Tagle, Archevêque de Manille et Président de la Caritas Internationalis, S.Exc. Mgr Gabriel Mbilingi, Président du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) et S.Exc. Mgr Gabriel Anokye, Président de Caritas Afrique.

La cérémonie d’ouverture est prévue le lundi 18 septembre, à 09h, au King Fahd Palace, en présence de hautes autorités de l’Etat du Sénégal.

Au cours des travaux qui dureront trois jours, les participants aborderont plusieurs sujets, entre autres, la dimension sociale de l’évangélisation, le nouveau Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral et ses implications pour les Eglises particulières et le champ d’action de Caritas en Afrique.
L’Assemblée des Evêques d’Afrique sur Caritas à Dakar sera clôturée par une Messe, le mercredi 20 septembre, en la Cathédrale Notre Dame des Victoires de Dakar, à 18.30, en présence des fidèles. Elle fait suite à celle qui a eu lieu à Kinshasa (RDC), en novembre 2012. (L.M.) (Agence Fides 29/08/2017)

jeudi 17 août 2017

POINT DE PRESSE de Monseigneur DJITANGAR Goetbé Edmond Archevêque de N’Djamena

            Monsieur l’Abbé, Secrétaire général de la CET, Monsieur l’Abbé Curé de la cathédrale Notre Dame de la Paix, Mesdames et Messieurs les Journalistes, chers collaborateurs, bonjour.
            En célébrant la fête de l’Assomption, l’Eglise catholique commémore la montée glorieuse de la Sainte Vierge Marie au Ciel. Le 15 août reste dans la mémoire des Lamy-fortains comme la grand jour de fête et de convivialité organisée annuellement par la Paroisse Cathédrale qui avait pour Patronne Notre Dame de l’Assomption.
            Elle reste une des fêtes majeures dans l’Eglise catholique universelle, et c’est pourquoi nous l’avons choisie pour le lancement officiel de la campagne de sensibilisation que l’archidiocèse de N’Djamena entreprend autour du projet de restauration de la Cathédrale Notre Dame de la Paix… Ce sera le sujet principal de ce point de presse et accessoirement nous toucherons deux autres projet qui nous tiennent à cœur : la protection du site de la future Basilique et la relance des medias de l’Eglise catholique.
1 – La restauration de la cathédrale Notre Dame de la Paix
            Elle avait été rendue possible grâce à la prise en charge de son financement par le chef de l’Etat qui l’a inscrit avec bienveillance parmi les grands travaux présidentiels. Les travaux ont effectivement commencé le 22 juillet 2013 et devraient durer 18 mois ; mais malheureusement, le chantier fus suspendu quelques mois après en raison de la conjoncture financière difficile dont notre pays comme les autres du monde ont été frappés de plein fouet.
            L’Archidiocèse de N’Djamena s’est proposée :
            1. de rouvrir le dossier du projet et de le mettre à jour
            2. d’en étudier les phases de sa réalisation
            3. de s’impliquer davantage comme Maitre d’ouvrage et principal bénéficiaire.
4. et de commencer à chercher les moyens pour la couverture financière des            nouveaux volets qui n’ont pas été prévus dans le premier projet notamment le caveau pour le transfert des restes de Mgr Matthias et la réalisation des œuvres sociales de la Paroisse cathédrale, dont un établissement scolaire secondaire entre autres.
Il nous faut pour cela identifier les principaux acteurs :
1.    L’Eglise Catholique du Tchad et en particulier l’Archidiocèse de N’Djamena dans ses composantes paroissiales, dans ses institutions et ses organisations laïques.
2.    L’Etat tchadien à travers les Grands travaux présidentiels
3.    La SOGEA/SATOM
4.    GROUPEMENT/BEX…
5.    Les partenaires religieux qui sont :
¤ Les institutions de l’Eglise universelle
¤ Les Eglises et Mission évangélique du Tchad
¤ Le Conseil Supérieur des Affaires Islamique du Tchad
¤ Les autorités traditionnelles
¤ La communauté tchadienne à l’extérieur
¤ Les amis de l’Eglise catholique
¤ …et toutes les personnes de bonne volonté.
Où en sommes-nous ?
1.    L’information de communautés chrétiennes diocésaines a été faite par une lettre pastorale à l’occasion de la fête de Pâques
2.    Un comité diocésain de réflexion et de suivi du projet a été mis en place
3.    Ce comité a élaboré une feuille de route et a programmé des activités
4.    Une lettre d’information a été adressée aux « amis et partenaires » de l’Archidiocèse de N’Djamena
5.    Une brève relation sur l’historique de la Cathédrale notre Dame de la Paix a été rédigée par le curé de la Cathédrale.
6.    Nous avons donné information de la reprise du projet aux autorités hiérarchiques de l’Eglise catholique
7.    Nous avons pris un contact d’information avec le délégué-résident de la SOGEA/SATOM
8.    Nous avons obtenu une audience auprès du Chef de l’Etat pour lui présenter notre démarche et nos intentions par rapport au projet et sa suite.
Qu’est-ce qu’il y a à faire maintenant ?
1.    D’abord prier pour la reprise et le bon déroulement des travaux
2.    Créer dans chaque paroisse un comité paroissial d’animation et de suivi du projet
3.    La confection des supports et l’animation médiatique (dépliants…cartes de participation) pour accompagner l’exécution des activités programmées.
4.    Et bien sûr la collecte des fonds selon les orientations qui seront données par le comité.
II – La protection du site de la BASILIQUE
            Il s’agit du terrain cédé à l’Eglise catholique du Tchad par l’Etat tchadien en vue de la Construction d’une basilique. C’est sur ce terrain, sis au quartier ATRONE dans le VIIème arrondissement qu’a eu lieu la cérémonie de la bénédiction de la première pierre par feu Mgr Mathias NGARTERI et la pose officielle de cette première pierre par Son Excellence le Président Idriss DEBY ITNO. C’était le 05 avril 2013. Le terrain est aujourd’hui « squatté » par des marchands de sable, de gravier, de briques (fabriquées sur-place) et de voitures d’occasion.
            Nous avons créé aussi un comité chargé d’étudier et de proposer des activités qui nous permettent d’aménager ce terrain pour rétablir son caractère sacré et y développer des activités religieuses… en attendant le commencement des travaux en temps opportuns. Nous y avons célébré la bénédiction des Rameaux le 09 avril 2017 avec la Paroisse Ste Joséphine BAKHITA d’Atrone.
            Une crois a été plantée comme premier signe pour marque le caractère sacré de ce lieu mais les marchands de sable n’en ont fait cas. Notre souhait est de mettre une clôture pour permettre aux communautés chrétiennes de venir y exercer leurs dévotions. Le comité mis en place ad hoc établira un calendrier d’activités en vue d’aménager les lieux pour maintenir le caractère sacré de ce site.
            Ces deux propositions ne remettent pas en question les projets tels que conçus et prévus. Nous voulons couper court à toutes les spéculations autour de ces projets et entretenir l’espérance afin que les travaux puisse reprendre assez rapidement.
            Nous resterons en relation permanente avec nos différents partenaires et nous prions pour que la situation financière s’améliore le plus tôt possible afin que le projet aboutisse au terme de sa réalisation.
III – La relance des médias catholiques
            Mon installations au siège épiscopal de N’Djamena le 15 octobre 2016 avait été préparé et couvert par un groupe de communicateurs chrétiens bénévoles à travers la RADIO ARC-EN-CIEL et un bulletin « LE PELERIN » fut édité pour la circonstance.
            Vu ces potentialités, nous avons décidé de réactiver la Commission diocésaine des Moyens de communication sociale et de relancer officiellement les activités de la Radio Arc-en-ciel. Le site web de l’Archidiocèse fut réactivé et nous espérons que le « PELERIN DU TCHAD » pourra bientôt commencer une parution régulière.
            Je profite de ce point de presse pour rappeler à tous que ces trois organes de communication sont les lieux de la présence, de l’expression et la voix officielle de l’Eglise catholique dans le concert des média nationaux. Je vous présente une fois de plus l’Abbé Yves AMMANGOMI GUIRALBAYE, secrétaire général de la Conférence Episcopale du Tchad et porte-parole des évêques du Tchad.
            Si vous remarquez que je suis sobre en communication dans les média externes à l’Eglise, c’est dans l’attente que nos outils de communication soient disponibles et opérationnels pour m’adresser au peuple de Dieu et à toutes les personnes de bonne volonté au nom de l’Eglise. On ne produit la meilleure mélodie qu’avec son propre instrument de musique.
            Je vous remercie Mesdames et Messieurs de votre patiente bienveillante attention. Que le Seigneur vous bénisse et à travers vous qu’Il bénisse vos auditeurs et vos lecteurs. Qu’Il bénisse notre cher Pays et ses dirigeants.

Bonne fête de l’Assomption à tous.

jeudi 10 août 2017

Tchad-Moyen Chari : Pour comprendre le système Sar, les No̰y̰

(Pour comprendre qui sont les No̰y̰, nous reprenons ici un chapitre du livret du père Joseph Fortier, Histoire du pays Sara, Centre d’Etudes Linguistiques, Sarh, 1982. Cette lecture permettra de mieux comprendre les choses et ne pas se laisser enfermer dans une idéologie qui a fait son temps. Il ne faut pas oublier le premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Pour les chrétiens, cela va encore plus loin car nous trouvons dans l’épitre de saint Paul aux Galate 3,28-29 que les barrières sont tombées et qu’il n’y a plus de différences, dès lors qu’on est chrétien : « Là, il n’y a plus de distinctions : Juif et Grec, esclave et homme libre, homme et femme ; tous vous êtes devenus un dans le Christ Jésus.  Et si vous êtes au Christ, vous êtes la descendance d’Abraham, les héritiers de la promesse. »)

            On ne peut rien comprendre au « système » de la royauté à Bédaya, si on ignore les forgerons « No̰y̰ » et le rôle capital qu’ils ont joué à l’origine surtout pour fortifier le pouvoir du Mbang. Or, il y a vingt cinq ans, en 1955, le secret sur ce rôle était si bien gardé que Robert Jaulin, dans son livre La mort sara, ne prononce pas une seule fois leur nom. Il ne savait même pas que le vieux Mûû aveugle qui l’avait initié à Béko était un No̰y̰.
            Pour l’homme de la rue, les No̰y̰ formaient une caste « d’intouchables » avec qui on évitait le plus possible des rapports : un simple repas sacrificiel pris avec les No̰y̰, ou le fait d’avoir, fût-ce une seule fois, des relations sexuelles avec une femme No̰y̰ suffisait à exclure un homme de la société sara  il ne pouvait plus épouser une femme de sa tribu. Les No̰y̰, femmes ou hommes, se couvraient le visage, baissaient la tête quand ils rencontraient un Sar. Les Sar, eux, passaient indifférents, mais redoutaient les No̰y̰ qui avaient la réputation de se changer en bêtes sauvages (phacochères, chacals, renards).
            Par ailleurs, c’étaient des hommes inoffensifs qui demeuraient en marge des populations sara environnantes : ils vivaient surtout de la pêche ou de vannerie en confectionnant ces fameux paniers ordinaires.
            L’étude comparative de la langue des No̰y̰ et de celles du groupe tounia-niellim dont il font partie a permis de cerner leur vocation essentielle, celle de forgeron. Les No̰y̰, au nombre de quelques centaines, sont strictement localisés en pays sar, entre les 3 rivières Mandoul, bahr sara, bahr ko dans les 5 cantons de Bédaya, Bessada, Djoli, Balimba et Koumogo. On n’en trouve pas ailleurs au Moyen-Chari.
            Il ne reste plus que des bribes de l’ancienne langue des No̰y̰. (70 mots environ recueillis par le PP Hallaire et Palayer)  45 de ces mots ont des correspondants dans l’une des langues du groupe tounia-niellim-kwa-tchini.
            Or, il se trouve que le mot No̰y̰ n’existe ni en sar, ni dans aucune des langues du groupe tounia. Ce n’est pas un nom d’ethnie. Les No̰y̰ se désignent eux-même par le terme Loo, proche du mot Lua par lequel se désignent les niellim.
            En revanche, Carbou, dès 1912, dans son livre La région du Tchad et du Ouaddaï, avait signalé que les Bilala du Lac Fitri traduisaient le mot arabe Haddad, par noe / pluriel Noege. Aujourd’hui encore chez les Kouka et les Bilala, No̰y̰o̰ désigne tout artisan et en particulier le forgeron. Les deux termes ne se recouvrent pas exactement : le mot bilala désigne d’abord l’artisan et surtout le forgeron et secondairement une « caste sociale inférieure », la langue sar qui dispose du mot Kode pour désigner le forgeron a retenu le mot No̰y̰ pour désigner cette caste inférieure. C’est Gayo Kogongar qui le premier a fait le rapprochement entre le mot bilala et le mot No̰y̰ employé par les Sar. Les forgerons No̰y̰ jouent un rôle important surtout à Bédaya et à Benguébé. Ngaridabay le forgeron du roi, celui qui forge ses anneaux de cheville, résidait jadis à Béroti petit village de pêcheurs en amont de Bédaya, sur le Mandoul. Depuis 1955, il est venu s’installer à Bédaya, au quartier Ganguera près de l’ancienne famille des Mbang jonde, gardien du cimetière royal. Son arrière-grand-père Kode Kirkiyan et son grand-père Mang Koute étaient autrefois au service du Ngorgue Hori dans le canton de Balimba. C’est vers 1850 seulement qu’ils sont venus s’installer à Bédaya. A Benguébé, le quartier Kodi couvre le tiers du village, et l’un des deux forgerons est souvent appelé pour confectionner des béssi protecteurs. Le forgeron du roi se fait une haute idée de son métier ; « c’est Nuba (Dieu) qui lui a donné dans le ciel la masse-marteau au premier forgeron et lui a dit qu’en forgeant sur la terre, pour les hommes, des couteaux de jet, des sagaies, des houes et des haches, il aurait un grand pouvoir parmi eux. » Ce métier sacré, qui vient d’en haut, fait des forgerons des hommes à part, qui échappent à certains interdits. Ainsi ils peuvent manger du poisson et du gibier tombé à terre, au cours des chasses ou des pêches rituelles. Les Sar du commun ne le peuvent pas. Le roi lui-même, qui n’a pas le droit de s’asseoir par terre peut le faire quand il séjourne à la forge ; comme en témoigne un adage de Bébinga : « La forge est au-dessus du roi, bəla tɔy Mbang. » Le forgeron ajoutait qu’il salue le roi d’un simple geste de la main, mais sans se déranger. Par ailleurs la métallurgie du fer était, dans les temps anciens, quelque chose d’étranger aux Sar. Jusqu’à une époque toute récente (1940) ils n’ont jamais exercé le métier de forgeron. Seuls dans la région, parmi le groupe sara, nes Ngama extrayaient le fer en l’appelant yede-Nuba ’l’excrément de Dieu », lui attribuant eux aussi une origine céleste. Dans la version sar des mythes, Sou, le héros civilisateur, descend du ciel sur un câble de fer et il tombe non pas chez les Sar, mais chez les Ngama, où il deviendra après sa chute et sa disparition dans la rivière, un forgeron qui travaille sous la terre.
            On comprend donc que les Sar et leur roi aient voulu se concilier cette puissance redoutable de la forge et faire alliance avec les forgerons No̰y̰, considérés comme les premiers habitants du pays. Ils se les sont attachés mais en en faisant une caste, parquée dans un ghetto, comme pour se tenir à l’écart de la manipulation de forces dangereuses.
            Le premier groupe de No̰y̰, que rencontre Kuoliyo en arrivant dans la région, fut celui des No̰y̰-jonde ainsi appelés parce qu’ils résidaient jadis dans le hameau de Jondoo, situé près du cimetière royal. Un bosquet d’arbres jonde (balanites aegytiaca) signalait autrefois leur campement. Ils vivaient d’abord entre eux, puis quand le premier roi eut fait alliance avec eux, ils deviennent les No̰y̰-kage-ndoge-Mbang, « des poteaux de l’enclos du roi ».
            Voici comment l’alliance fut conclue :
« Au commencement, on a demandé au chef des No̰y̰-jonde d’être roi ; les No̰y̰ ont répondu : nous avons notre pierre à assouplir la paille pour fabriquer nos panier et cela nous suffit. »
            Alors on a demandé à un mûû, prêtre de l’initiation, d’être roi  il a répondu : j’ai mon gɔl bâton recourbé, insigne de ma fonction  cela me suffit, je ne veux pas être roi. Puis on a demandé à un forgeron qui a répondu : J’ai ma pierre d’enclume pour forger  cela me suffit, je ne veux pas être roi. » Enfin on a demandé à un simple cultivateur, un Meskine qui a accepté » (récit de Mantade, mère de Rode-i-ngar, chef des No̰y̰-jonde à Bédaya).
            Quand ce premier roi mourut, ajoute le forgeron de Bédaya, Ngaridabay, le nouveau roi demanda au chef des No̰y̰ de garder son tombeau, et de renouveler les poteaux de clôture de la concession du roi, à chaque intronisation. Ce roi fut également le premier à interdire aux Sar d’épouser des femmes No̰y̰ et de manger avec eux.
            En ce temps-là, Nganguera était un village Sar  les No̰y̰ vivaient encore à Béjondo. Ce n’est qu’après la conclusion de l’alliance avec le roi qu’ils ont peuple le quartier Nganguera.
            Bien sûr, la légende ne raconte que ce qu’on peut dire à tout le monde, aux femmes et aux étrangers. L’origine des No̰y̰ métissés réside dans le second volet de l’alliance.

            Quand Mbamoujigue, le 4ème roi décida de faire initier son fils, il confia le secret aux forgerons et leur demanda de diriger les premiers groupes d’initiés. En échange les forgerons dûrent offrir au roi deux jeunes filles vierges. Lors de la fête des semailles, l’une d’entre elles appelée Ngon-ngé-gombe, était chargée de préparer la sauce filante avec la plante gombe. Quand ces deux jeunes filles No̰y̰ devenaient nubiles, le roi, bien qu’il eût interdit à ses sujets d’épouser des filles No̰y̰, en faisait ses concubines, parce qu’il est au-dessus de la loi. C’est ainsi que le quartier Ngangera s’est peuplé de bâtards royaux, les « No̰y̰ de l’enclos du Mbang ». D’après Rode-i—ngar, cette coutume a cessé au début du siècle et il n’y a pas trace, dans la généalogie des derniers rois, d’alliance avec des filles de forgerons. Ce qui s’est produit plusieurs fois au contraire dans la famille du Mbang Sanguelé et du Ngorgue Hori.