vendredi 17 janvier 2014

Afrique : Eloge de la subversion (par Pascal Djimoguinan)


            David Diop s’interrogeait déjà dans son poème Afrique mon Afrique : « Est-ce donc toi ce dos qui se courbe et se couche sous le poids de l’humilité, ce dos tremblant à zébrures rouges, qui dit oui au fouet sur les routes de midi. » Si cette interrogation partait de la situation des esclaves, pouvons-nous dire aujourd’hui, plus de cinquante après les indépendances qu’elle n’est plus d’actualité ?

            Ce dos qui se courbe… Oui, c’est la chose la mieux partagée en Afrique et par toutes les générations. Tous parlent et encouragent le respect des anciens. En soi, cela n’est pas mal mais à s’y arrêter pour scruter ce principe, ne comporte-t-il pas un effet pervers ? Le respect des anciens doit-il empêcher l’expression de positions personnelle ?

            Nous trouvons ici un grand défi pour l’Afrique. Il faut comprendre qu’il est bien possible d’avoir son propre point de vue et que cela ne va pas contre la cohésion. D’ailleurs, de quelle cohésion parle-t-on souvent ? Ne s’agit-il pas tout simplement le maintien de l’ordre établi ?

            Cela a toujours été ainsi et il ne faut pas mettre le désordre. Voilà le type de pensée qui tue l’Afrique. A tous les niveaux de la vie en Afrique, on a peur de la subversion, créatrice du « désordre ». Nous avons ici un manque de la conscience historique. Il faut introduire la nouveauté dans la vie, n’en déplaise aux gardiens du temple. Seule l’introduction du désordre permet de secouer le cocotier. Il faut qu’un fait nouveau vienne perturber le présent pour que se mette en place un avenir dont les contours ne seront plus tracés d’avance.

            En politique, l’acception de la subversion fera que l’idée de l’ancien ne passera plus uniquement parce qu’il est ancien. Son idée n’engage que lui et ne pourra tenir que si elle résiste à la contradiction. Des africains n’osent pas militer dans des partis qui expriment les courants d’idées qui sont les leurs, tout simplement pour ne pas se retrouver en porte-à-faux avec un ancien de leur groupe ethnique.

            Le choc des idées doit avoir lieu par-delà les groupes ethniques, régionales et même religieuses. Les critères de regroupement doivent être celles des idées. La confrontation des idées doit mener le monde. Le consensus n’est possible que dans la rencontre d’idées contradictoires.

            Il ne faut pas avoir peur de dire non ! Souvent, l’idée se répand en Afrique que dire non est impoli. Voici venir des temps nouveaux où le non doit être encouragé. Ne pas seulement dire non pour non mais il faut pouvoir le dire quand, en conscience, on estime qu’il faut le dire pour changer les choses.

            Africains, osez dire non ! Oser introduire la contestation partout. Il faut de la subversion partout. Il faut que le débat retrouve sa place dans la vie publique. On ne doit pas avoir peur de ramer à contre-courant. C’est à ce prix que nous comprendrons la suite du poème de David Diop : Alors gravement une voix me répondit : Fils impétueux cet arbre robuste et jeune, Cet arbre là-bas, Splendidement seul au milieu des fleurs, Blanches et fanées, C`est I`Afrique ton Afrique qui repousse, Qui repousse patiemment obstinément, Et dont les fruits ont peu à peu, L’amère saveur de la liberté.

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