mardi 17 décembre 2013

Pauvre Afrique, Afrique des conflits (par Pascal Djimoguinan)


            Ne faut-il pas quelquefois parler comme un poète ? Si cela m’était permis, je dirais tout simplement que j’ai mal à mon Afrique. J’ai mal à mon Afrique comme quelqu’un dirait « J’ai mal à la tête… J’ai mal au ventre… J’ai mal au dos ». J’ai mal à mon Afrique quand je laisse mon regard errer.

            Il y a encore deux jours, on croyait déceler des signes d’espoir. En RD Congo, le M23 avait déposé les armes et il y avait l’espoir que la paix revienne enfin à l’Est du Congo. Ce peuple martyr allait enfin connaître une situation de vie normale. Même s’il y a encore quelques groupes armés, leur éradication n’était plus qu’une histoire de temps…

            En Centrafrique, bien que la situation sécuritaire soit encore précaire, l’intervention des forces françaises et africaines a fait voir que tout était encore possible. Dans Bangui, la paix revient petit à petit et les organismes humanitaires ont commencé à s’occuper de la  frange de la population la plus vulnérable. A partir de Bangui, on s’attend à ce que la sécurisation s’élargisse à tout le pays.

            Je pensais que l’Afrique allait connaître un temps d’accalmie puisque la fièvre baissait un peu partout (Mali, Nigéria, RD Congo, Centrafrique…) C’était prendre mes désirs pour la réalité, pauvre de moi…

            En me réveillant le lundi 16 décembre, j’ai reçu les nouvelles de l’Afrique comme un boxeur qui reçoit en pleine figure un uppercut. Je suis resté groggy. Des tirs nourris à Djuba au Soudan du Sud. Il y a une explication entre les militaires fidèles au président Salva kiir et ceux de l’ancien vice-président limogé en juillet Riek Machar. Il y a des morts civils ; on n’a pas encore le bilan complet de la situation. Plusieurs civils ont cherché refuge dans les églises.

            Il y a des tirs nourris à Brazzaville autour du domicile du colonel Marcel Ntsourou, ancien secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité congolais. A la mi-journée, on a même eu droit à un direct lorsque sous les tirs, le colonel a été joint au téléphone par RFI (radio France internationale). On parle de 22 morts dans les affrontements.

            L’Afrique connaitra-t-elle un jour la paix ? J’ai mal à mon Afrique dont les fils et les filles passent leur temps à s’expliquer à la kalachnikov. Je ne sais même pas si nous fabriquons les armes en Afrique mais je sais que nous faisons partie des plus grands utilisateurs dans le monde.

            J’ai mal à mon Afrique parce que peut-être qu’en me réveillant demain, j’apprendrai qu’il y a des tirs nourris dans une autre ville, dans un autre pays. Tuer est devenu banal sous nos cieux. Cela n’émeut plus personne et cela est très grave. Quand redécouvrirons-nous le prix de la vie humaine ? J’ai mal à mon Afrique !



lundi 16 décembre 2013

Centrafrique, des noms qui portent la mort (par Pascal Djimoguinan)


            Les medias s’en donnent à cœur joie : « les antibalakas, une milice chrétienne ont massacré des musulmans ». Et alors on imagine la communauté musulmane d’un côté et les chrétiens de l’autre. S’il est plus facile d’être manichéen pour simplifier les choses, il faut se rendre compte que la réalité n’est pas vraiment comme cela. Il y a des amalgames qu’on l’on fait et qui, en prenant des raccourcis, peuvent devenir rapidement mortifères. La situation en Centrafrique demande de faire quelques clarifications pour mieux comprendre les choses.

- La Seleka est la coalition de plusieurs groupes rebelles qui a réussi à renverser l’ancien président Bozizé et à le remplacer par l’actuel Michel Djotodia. A l’origine, cette coalition était constituée majoritairement de musulmans. Après sa prise de pouvoir la Seleka s’est rendue tristement célèbre par ses exactions et ses crimes. Plutôt qu’une coalition, on peut parler d’un agrégat dont le seul point commun est le départ de Bozizé et le profit à tout prix. Cela fait que, sans projet politique, ils ont passé leur temps à piller partout où ils sont passés, en commençant par les missions chrétiens qui sont bien souvent le seul endroit dans certaines localités où on peut trouver des véhicules, du matériel ménager et de l’argent.

- Les musulmans forment une minorité religieuse en Centrafrique. Ils sont moins de 20% mais ont une très grande activité économique. Ils ont toujours vécu avec les autres communautés religieuses de la Centrafrique. La situation s’est surtout détériorée avec la prise de pouvoir par la Seleka. Puisque la coalition est majoritairement musulmane et qu’elle était très proche de la communauté musulmane, un raccourci a été très rapidement fait. Lutter contre les musulmans, c’est réagir contre la Seleka.

- Tchadiens : dans le conflit que connait le Centrafrique ces jours-ci, tchadiens signifie pour les centrafricains musulmans et Seleka. Un faisceau d’indices montre qu’il y a eu quelque fois une collusion entre la Séleka et certains tchadiens d’un côté et de de l’autre, les musulmans tchadiens étaient parfois très proches de leurs coreligionnaires musulmans, cela relève cependant d’un raccourci trop facile que de vouloir assimiler les tchadiens avec la Seleka et avec les musulmans. Peu de personnes, même au Tchad savent que le recensement de 1993 a montré que le Tchad n’était pas un pays musulman (l'islam (53,9 %), le christianisme (34,7 %) et l'animisme (7,4 %). Les personnes sans religion représentent 3,1 % de la population et les autres religions 0,9 %). Le Tchad est un Etat laïc.

- Antibalakas : Ce sont des milices d’autodéfense qui se sont organisées en réaction contre les exactions de la Seleka. Elles sont constituées de jeunes gens et moins jeunes qui à partir de la région de bosangoa se sont armés de machettes et de quelques fusils de chasse pour résister et en représailles, attaquer des musulmans assimilés à la Seleka. Ces milices ne sont pas d’origine chrétienne. La preuve, c’est que plusieurs préfèrent se protéger avec des amulettes. Par un raccourci très rapide, les medias parlent de milices chrétiennes.

            Il y a un paralogisme que l’on fait allègrement quand on parle de Centrafrique. Quand un groupe n’est pas musulman, on l’appelle automatique chrétien. Celui qui tue un chrétien n’est pas un musulman mais un assassin, de la même façon que celui qui tue un musulman n’est pas chrétien mais assassin. Les choses ne sont pas aussi simples qu'on voudrait le faire croire. Il faut faire très attention lorsque l’on parle du conflit centrafricain. Les hommes politiques tirent profit de l’amalgame qui est fait et engage les populations dans une voie sans issu. Il faudra faire baisser les tensions, combler les fossés qu’on a creusés entre les différents groupes et se mettre autour d’une table pour dialoguer

dimanche 15 décembre 2013

Bangui, les machettes ou l'imbroglio centrafricain (par Pascal Djimoguinan)


            Samedi 14 décembre 2013, dans le camp de déplacés près de l’aéroport de M’Poko-Bangui, commence la distribution des vivres par les ONG. Très vite la tension monte ; les humanitaires sont entourés  de quelques hommes à la mine patibulaire dont quelques-uns sont armés de machettes. La distribution des vivres est suspendue.

            Les machettes sont omniprésentes dans les événements que connaît la Centrafrique. Plusieurs fois, lorsque des membres de l’ex Seleka ont été désarmés dans les quartiers de Bangui, c’est à la machette que la vindicte populaire est tombée sur eux. Les innombrables représailles qui ont eu lieu se sont exercées grâce aux machettes.

            Curieusement, jusque-là, le désarment ne concerne que les armes à feu. Lorsque les soldats de l’opération Sangaris disent qu’il n’y a plus d’armes à Bossangoa une ville qui se trouve à 300 kms de Bangui et qui a connu les pires moments de la crise sécuritaire, comment peut-on comprendre cela ?

            Il suffit d’avoir dans un quartier 4 ou 5 personnes armées de machettes dans un quartier pour causer beaucoup de mal. L’exemple rwandais est toujours en toile de fond ; la grande partie du génocide qu’a connu ce pays a été exécutée à la machette.

            Alors qu’un peu partout, les forces de maintien de la paix se réjouissent de l’avancement du désarmement, une seule question persiste : Comment désarmer les gens qui ont des machettes ? Comment s’effectuera la collecte des machettes ?

            Non seulement il sera difficile de répertorier et d’identifier les endroits où il y a des machettes, mais comment savoir distinguer un simple paysan qui a besoin de sa machette pour faire ses travaux champêtres d’un milicien qui l’utilisera comme une arme contre d’autres personnes ?

            Il faut dire que dans les jours qui suivront, le banditisme va se développer dans les grandes villes de la Centrafrique comme cela est souvent le cas après un conflit. Les machettes seront les armes principales qui seront utilisées pour terroriser les populations. Personne ne sait exactement le nombre de machettes qui circulent dans la ville. L’ancien président Bozizé en avait déjà beaucoup distribué avant son départ de Bangui. Par la suite, par divers canaux, les machettes ont été introduites en Centrafrique sans que personne ne soit vraiment capable de tracer le circuit qu’elles ont suivi.

            Si le péril Seleka est en voie d’être contenu, il y a un autre péril, plus pernicieux qu’il faudra affronter et résoudre ; ce sont les machettes qu’il faudra ramasser afin qu’elles ne serve pas à massacrer les populations. Cela ne sera pas du tout facile !


samedi 14 décembre 2013

Winnie Mandela, le tragique d'une femme incomprise (par Pascal Djimoguinan)


            Winnie Madikizila Mandela, deuxième femme de Mandela et membre de l’ANC a eu un destin aussi tumultueux que l’histoire de son pays. Adulée par certains, haie par d’autre, elle fait partie de la longue lutte contre l’apartheid et c’est bien dommage qu’on cherche tout simplement à tracer un trait sur elle et faire d’elle une parenthèse. On ne peut à si peu de frais l’éliminer. Peut-être que l’après Mandela apprendra à la redécouvrir et lui redonner sa vraie place dans l’histoire du l’Afrique du Sud.

            De son vrai nom Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela, elle est née dans le village de Bizana dans le Cap. Elle a d’abord un diplôme de travailleur social à l’école Jan Hofmeyer avant d’obtenir une licence de relations internationales de l’Université du Witwatersrand.

            Elle va rencontrer et épouser Nelson Mandela, leader de l’ANC. Elle saura épauler son mari dans la lutte contre l’apartheid surtout durant les années de prison de son mari (1962-1990). Durant cette période, elle n’a le droit de voir son mari que deux fois par an à la prison de Robben Island. Elle-même est assignée à résidence à Brandfort. Elle sera reconnue comme la mère de la nation.

            La face sombre de Winnie Mandela vient de certaines positions qu’elle a prises au cours de cette longue période de lutte. D’abord, elle adoptera le slogan de « Un boer, une balle ». Cela est le signe d’une radicalisation dans laquelle elle s’engagera au cours de la lutte.  Elle ira encore plus loin lorsque dans un discours du 13 avril 1985 à Munsieville, elle justifiera le supplice du collier qui consistait à mettre un pneu enflammé autour du cou de ceux qu’elle appelle les traitres noirs : « Avec nos allumettes et nos pneus enflammés, nous libèrerons ce pays. »

            Les choses vont empirer par l’assassinat d’un jeune garçon de 14 ans, Stompie Seipei Moketsi, membre de l’ANC que Winnie accusera d’espionnage au profit du gouvernement blanc. Son garde-corps et ancien amant Jerry Richardson l’accusera de lui avoir ordonné de le tuer.

            Winnie trainera ces casseroles qui seront pour elle des obstacles aussi bien pour sa carrière politique que pour son ménage. En avril 1992, Nelson Mandela annoncera officiellement sa séparation d’avec elle ; c’est la fin d’un mariage qui a duré 38 ans. Le divorce sera prononcé en mars 1996.

            Winnie Mandela ne baissera pas les bras pour autant. Malgré le destin qui s’acharne contre elle, cette femme continuera la lutte. L’instance officielle de l’ANC essaiera plusieurs fois de l’éloigner de la scène publique mais c’était sans compter sur la popularité dont elle jouit dans la masse populaire. Cela se comprend bien quand on sait que la plupart des cadres de l’ANC, une fois au pouvoir, ont quitté Soweto tandis qu’elle y réside toujours.

            Winnie Mandela s’est laissée entièrement prendre par la lutte contre l’apartheid. Il faut seulement savoir que quand elle combattait, il n’y avait aucun espoir que Mandela soit un jour libéré et personne ne pouvait prévoir la fin de l’apartheid de son vivant. Malgré cela, avec les moyens dont elle disposait, elle s’est engagée dans la lutte.

            Malgré ses défauts, il faut dire qu’on ne lui a pas reconnu à sa vraie valeur. Son malheur vient peut-être du fait qu’on la compare toujours à Mandela. Mandela lui a fait de l’ombre et n’a pas servi à la comprendre comme personne à part entière. Personne n’oubliera l’image du jour de la libération de Mandela. Au bras de son mari, elle lèvera le point. C’est l’image de l’Afrique du Sud et de la victoire contre l’apartheid. Je ne voudrais retenir que cette image.

            Mon seul souhait est que, maintenant que Mandela n’est plus, Winnie puisse être reconnue à sa vraie valeur. Personne n’a voulu comprendre que c’est une personne qui a pu aimer, souffrir, pleurer. Elle me fait penser à la mère Afrique !

vendredi 13 décembre 2013

Centrafrique : Hollande 1er ? (par Pascal Djimoguinan)


            Scène irréaliste, d’un autre âge à l’aéroport M’Poko de Bangui le mardi 10 décembre 2013 : le président français François Hollande a « convoqué » et rencontré le président de la transition en Centrafrique Michel Djotodia, le Premier ministre Nicolas Tiangaye et le président du CNT (Conseil national de transition) Alexandre Ferdinand Nguendet. Il les exhorte à reprendre rapidement le contrôle sur les éléments armés de l’ex Seleka. Pendant cette rencontre, le président de la transition était dans ses petits souliers pendant que François Hollande le tançait ; s’il n’arrive pas à maîtriser ses hommes, la France ira droit au but. Il n’y a pas eu de tête à tête entre les deux présidents.

            On aurait cru le président français en visite dans un département français. Voilà où a conduit l’Afrique la mauvaise gouvernance de ses gouvernants. Il s’agit là d’une perte totale de souveraineté. Des blindés français qui circulent en arborant le drapeau tricolore et applaudis en sauveur dans certains quartiers. On se rappelle la question que posaient certains paysans quelque temps après l’indépendance et que rapporte le professeur Jean-Paul Ngoupendé : « C’est quand la fin de l’indépendance ? » Est-ce le moment de la fin de l’indépendance ?

            A la suite de la visite du président français, c’est le ministre de la défense français Jean-Yves Le Drian qui arrive à Bangui le vendredi 13 décembre. C’est à lui de voir comment les choses doivent se passer et décider ce qu’il faut faire.

            Tout cela est un avertissement pour toute l’Afrique. Si les hommes politiques ne s’engagent pas résolument dans une démocratie vraie, nos Etats perdront toute leur souveraineté et seront dirigés par l’extérieur sans qu’on ait besoin de prendre des précautions pour cacher les choses.

            Nos Etats africains, à force de devenir la propriété de quelques-uns, se sont petit à petit délités. Oui, l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes.

            La Centrafrique est en état d’urgence et c’est la cause des actions et de faits exceptionnels qui s’y passent. Il faudra très vite que la situation se normalise et que l’Etat retrouve sa souveraineté.

            IL est étonnant de voir que dans les projets à court terme, il ne soit pas fait mention de la formation et de la restructuration des forces armées centrafricaine (Faca). Jusqu’à quand prévoit-on que les forces étrangères fassent la loi dans ce pays ? Il faut bien sûr préparer la fin de la transition qui doit avoir lieu au début de 2015 mais quelle armée pourra assurer la sécurité des nouvelles institutions qui seront mises sur place.

jeudi 12 décembre 2013

Bangui, une semaine après l'ouverture des portes de l'enfer (par Pascal Djimoguinan)


            Bangui, une semaine après le déclenchement d’un conflit qui fera descendre le pays dans les tréfonds de l’enfer, la situation ne s’est pas encore vraiment améliorée. Il faut tenter de faire un premier état de la situation en vue d’éclairer un avenir brumeux.

            Un calme précaire règne dans la ville de Bangui. Ce n’est pas ce calme paisible des jours d’autrefois. On pourrait parler d’un calme trompeur.

            Dans les rues quasi vides, ne circulent que des véhicules militaires et de quelques ONG (plus particulièrement de Médecins sans frontière). Quelques rares passants, toujours pressés comme s’ils regrettaient de s’être engagés sur la route.

            Beaucoup de personnes ne dorment pas chez elles. Des familles entières ont changé de quartier parce que leurs maisons ne se trouvaient pas dans la zone d’influence de leur communauté religieuse (musulmans cherchant la proximité de leurs coreligionnaires pendant que des chrétiens quittent les quartiers où il y a une prédominance musulmane).

            Les paroisses et certaines communautés religieuses recueillent des milliers de personnes déplacées, à la recherche de plus de sécurité. Toutes ces structures, malgré leur bonne volonté, n’étaient pas préparées à recevoir une telle quantité de personnes. Il n’y a pas assez de sanitaires et de points d’eau pour cette population. La nourriture est une gageüre. C’est une bombe à retardement si une solution n’est pas trouvée rapidement. Une telle concentration de personnes dans des endroits aussi restreints et mal équipés peut voir éclater une épidémie qu’il sera difficile d’arrêter. Beaucoup sont en état d’hypoglycémie parce que n’ayant pas mangé depuis plusieurs jours.

            Il y a des appels à la haine qu’on entend sur beaucoup de chaînes, même les plus respectables. Ces appels à la haine sont accompagnés de scènes de lynchages et de pillages (quelquefois d’édifices religieux). Les rumeurs les plus folles courent, ajoutant à la psychose de la population.

            Des entreprises conjointes des leaders religieux sont en train de voir le jour pour appeler la population à faire la paix. Il faudrait que les hommes politiques s’impliquent davantage parce qu’ils ont jusque-là brillé par leur absence. Il faut savoir que l’opération militaire seule ne peut pas ramener la paix et la sécurité. Il faut que cela soit accompagné de gestes forts de la part des religieux et des politiques. « Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme… » De ces temps difficiles, sortira-t-il un homme autour de qui la Centrafrique nouvelle pourra s’appuyer ? A une situation de challenge, il faut un homme de challenge. Où se cache-t-il ?

            Les jours qui suivent seront déterminants. Il faut savoir garder l’espoir même si les signes présents indiquent autre chose !


mercredi 11 décembre 2013

Centrafrique, les forces de la paix marchent sur les œufs


            Une semaine après le début des affrontements de Bangui et après le vote de la résolution des Nations Unies sur la Centrafrique, l’heure n’est pas encore au bilan mais il y a de quoi frémir. La paix n’a jamais été aussi loin en Centrafrique et la guerre interreligieuse n’est pas loin. Les forces de maintien de la paix marchent sur des œufs. Comment désarmer et sécuriser la ville sans donner l’impression de soutenir une communauté contre une autre ? Telle est le dilemme qu’il faudra résoudre très rapidement pour éviter que les choses ne s’enveniment.

            Alors que les forces françaises de l’opération Sangaris et celles de la Misca avancent dans le désarmement de Bangui, il y a un nouveau problème qu’il faudra résoudre très rapidement. Le désarmement des Séléka a eu comme corollaire quelque chose qu’on n’attendait pas. Des éléments désarmés et laissés sans défense sont lynchés par la population. Des musulmans accusés d’avoir collaboré avec les Séléka sont attaqués, des mosquées sont pillées.

            Le problème qui se pose est pour la force de maintien de paix. Comment ne pas apparaître comme allié d’un camp contre l’autre ? Les musulmans commencent à penser que les forces françaises sont venues soutenir l’autre communauté.

            La suspicion n’encourage pas le désarmement. Il faudra développer la confiance dans les deux communautés pour que tout ne se complique pas. Comment amener la population non-musulmane qui a vécu la frustration pendant plus de huit mois à se retenir, à contenir sa colère ? Comment lui faire comprendre que c’est la seule attitude qui peut faire baisser la tension et servir la cause de la paix ?

Le désarment se passe dans des conditions qui peuvent à tout moment dégénérer. Il faut à tout prix éviter  que les milices armées se transforment en unités de guérilla. La situation deviendrait plus périlleuse et personne ne pourrait prévoir le temps qu’il faudra alors pour que la paix revienne.

L’urgence en ce moment, c’est de créer la confiance dans toutes les communautés. Il faudra donc mettre tous les moyens à contribution. En Centrafrique, on n’a pas encore atteint le point de non-retour alors il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. Ce n’est pas le langage de la violence qui sauvera la Centrafrique. Il faut beaucoup de courage pour faire la paix.