dimanche 15 décembre 2019

Les croyances et coutumes communes à tous les sara (par Joseph Fortier sj)


            Au niveau des grands dieux, tous connaissent un esprit bienfaisant, créateur des hommes, parfois dieu de l’orage et de la pluie ; toutefois, chez les Ngambaye, ce dieu pourtant connu, s’efface devant Sou, le héros civilisateur. Il est nommé Lúɓā ou Lóā chez les Mbay ; Núɓā chez les Madjingay et les Ngama  Núɓa kindā chez les Kaba de Kyabé, qui soulignent ainsi son rôle créateur : núɓā kindā, « il façonne et il pose ». Partout, c’est un seul et même dieu, très vite assimilé à Allah, le dieu des musulmans, ou à celui des chrétiens.
            A Lóā-Núɓā, dans tout le Moyen-Chari, est associé Kadə, dont le nom signifie « soleil » et qui donne la fertilité aux champs mais surtout la fécondité aux femmes. Les Madjingay disent Mbang pour désigner dans la vie quotidienne le soleil visible (Mbańg, avec ton haut, désigne le chef de Bédaya) et réservent le mot Kadə pour l’us      age cultuel ; les Kaba disent Kaji. On ne rend pas de culte à Lóā, car il est toujours bienfaisant, mais on rend un culte à Kadə, car il intervient dans l’activité des hommes et peut leur nuire, si on ne l’honore pas.
            A un niveau inférieur, Sou est le premier ancêtre, le héros civilisateur, qui a apporté aux Sara les semences, les outils, les armes, le feu et le secret de l’initiation. C’est un personnage ambigu : souvent, il a gâté ou détruit l’œuvre de Lóā-Núɓā. En dehors du Mythe, dans les contes, il apparaît comme un farceur, un « trickster ».
            Nous ne parlerons pas ici des génies à forme animale, ou logeant dans les arbres ; partculièrement nombreux chez les Ngambaye, leur importance et leur rôle varient d’une tribu à l’autre.
            Au niveau du culte familial, on trouve partout :
a. Le ; culte des mânes : úmā chez les ngambaye, chez les Mbay, ɓádə̄ chez les Madjingay et les Ngama. Après le grand sacrifice de levée du deuil, chez les Mbay, on dresse, en dehors du village, une hutte en branchages pour les morts, káji má de gə̄. Chaque année, dans l’enclos familial, au mois de janvier, on fait une offrande de boule de mil et de poisson, accompagnée d’une prière pour les morts ; mais on n’élève pas d’autel permanent, à la différence des Madjingaye.
b. Le culte des jumeaux : ndinga jē (Ngambaye) ; ndinga gə̄ (Mbay, Madjingay et Ngama) ; njunga (Kaba de Kyabé). Seuls, les Mbay de Moissala pratiquent ce culte indifféremment à la naissance de tous leurs enfants, jumeaux ou non.



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