mercredi 1 janvier 2014

Meilleurs vœux pour 2014 (par Pascal Djimoguinan)


            La tradition veut qu’à l’aube d’une nouvelle année, on s’adresse des vœux pour l’année à venir. Cela vient sans doute du désir que la nouvelle année soit meilleure que celle qui est en train de s’achever. L’avantage de cet exercice est, à mon avis, qu’il force, à partir du présent, de faire une rétrospective en vue de l’avenir.

            L’année qui vient de s’écouler, nous avons eu à vivre beaucoup de choses, de bonnes et de mauvaises. Nous avons connu des guerres sur notre continent africain : le Mali, la République Démocratique du Congo, La RCA, le Soudan du Sud, la Somalie. Il y a eu de graves perturbations de la paix au Nigéria avec Boko Haram, les effets des explosions de Mpila au Congo (Brazzaville), la répression des mineurs en grève en Afrique du Sud. Il est impossible de rappeler tous ces événements de non-paix. Il y a eu la disparition de plusieurs amis et hommes illustres dont le dernier, Nelson Mandela a réuni toute la planète pour ses funérailles.

            L’horloge s’égrène et bientôt va commencer l’année prochaine ; nous sommes déjà dans l’année nouvelle. Nous formulons nos vœux pour que la paix revienne sur notre continent. Notre souhait est que la démocratie s’installe réellement et que les élections se passent dans la plus grande crédibilité. Nous souhaitons qu’il n’y ait plus de tripatouillage des constitutions, que les journalistes puissent faire librement leur travail et que la société civile puisse exercer sans qu’on ne lui mette des obstacles sur son chemin. Notre souhait est que la nouvelle année soit celle de la jeunesse. Que la classe politique puisse vraiment se renouveler et que dans toute l’Afrique, on voit des jeunes leaders monter, prendre part dans le jeu politique, insuffler leur jeune sève dans corps du continent tout entier.

            A tous et à toutes, je souhaite une bonne et heureuse année !

mardi 31 décembre 2013

La cérémonie de dot, joute verbale entre sages (par Pascal Djimoguinan)


            Dans les débats entre intellectuels africains, la dot semble être sur le point de disparaître. Mais la réalité est tout autre. Les cérémonies de dot n’ont jamais autant prospéré dans les villes et villages africains que de nos jours. On est aussi surpris de voir que ce qui, à l’origine était beaucoup plus symbolique, tend à prendre une ampleur tant sur le plan de l’organisation que sur le montant exigé. Ce qui nous retiendra ici, c’est l’aspect de jeu qui, malgré tout, semble « opposer » deux familles.

            Il nous faut d’abord faire une affirmation qui fera se dresser les cheveux des opposants à cette pratique. Si la dot perdure et semble même s’amplifier, c’est qu’elle remplit une fonction sociale. Si nous prenons comme exemple la ville de N’Djamena au Tchad, nous pouvons constater que pratiquement tous les weekends, il y a des cérémonies de dot qui réunissent des centaines de personnes. Pour les n’djamenois originaire du sud du pays, il ne viendra à l’idée d’aucune personne appartenant à la famille des deux fiancés de refuser de prendre part à cette cérémonie.

            La cérémonie de dot, si souvent on ne voit que cela, n’est que la ligne de crête d’une longue préparation faite de multiples réunions dans les deux familles avec des allées et venues dans les deux sens pour se mettre d’accord sur toute la procédure. Finalement, une date et un lieu sont retenus pour la cérémonie. C’est toujours dans la famille de la fiancée que cette cérémonie doit avoir lieu.

            La famille de la fiancée se prépare donc pour cette cérémonie. Dès la veille, les femmes commencent à mettre au point tout le dispositif pour la nourriture de lendemain. Les hommes s’occupent des sièges, de la boisson et des bâches pour éviter que le lendemain la cérémonie ne se passe sous le soleil (ou sous la pluie).

            Le jour J, toute la famille de la fiancée se réunit sur le lieu retenu (souvent c’est chez le père de la fiancée). Tout le monde doit être là pour attendre la famille du fiancé. Il y a des places préparées pour elle. D’un côté les hommes et de l’autre, les femmes. Pendant ce temps, la fiancée est dans la maison avec quelques-unes de ses amies. Un fait très récent qui se généralise est que la veille, elle a utilisé le henné pour se parer les pieds, les mains et les bras.

            A l’heure dite, la famille du fiancé arrive. D’abord les femmes sous des you-you plus ou moins réussis (l’essentiel est de faire le plus de bruits possible). Elles portent des plateaux avec diverses choses : des étoffes, du sucre, des bonbons, des noix de cola, de la boisson, des chaussures etc. Derrière, marchent les hommes qui essaient de se donner un air digne pour cacher leur appréhension car on ne sait jamais comment va finir la cérémonie ; seront-ils à la hauteur du défi ?

            Une fois que tout ce monde est installé, on sort des tapis ou des nattes qu’on place au milieu de l’assistance. Y prennent place les représentants des deux familles.

            Après des discours de deux côtés, la discussion peut commencer. Le représentant de la famille du fiancé dira par exemple : « Notre fils a trouvé que votre famille est assez exemplaire et voudrait en faire partie. Pour cela il voudrait épouser votre fille. Il nous a informé cela et nous aussi nous venons appuyer sa demande ».

            A ce discours, le représentant de la famille de la fiancée répond en des termes semblables : « Cela nous fait plaisir de vous accueillir chez nous et de recevoir votre requête ; c’est d’un seul cœur que nous vous écoutons ».

            Ensuite suit un conciliabule entre les représentants des deux familles assis au milieu de la foule. Cela sera ensuite résumé par une personne : « Nos beaux-parents sont venus avec 300.000 frs CFA. Vous avez également vu que dans les plateaux qui ont été apportés, il y a 12 étoffes, 12 chaussures etc. »

            Ici, plusieurs possibilités se présentent. Quelquefois, il est demandé à la famille maternelle de venir prendre sa part de l’argent donné, puis les tantes paternelles avant que le père de la fiancée ne prenne sa part en exigeant que la belle famille ne complète l’argent de la dot.

            De nos jours, pour abréger les choses, le représentant de la famille dit quelque chose comme : « Vous avez apporté la somme de 300.000 frs, cela est bien mais vous devez encore ajouter 200.000 frs ». La famille du fiancé dira par exemple : « Nous avons bien entendu votre demande. Comme nous étions pressés de venir vous voir, nous n’avons pas eu le temps de prendre cette somme alors nous vous l’amènerons une autre fois ».

            Le représentant de la famille de la fiancée dira enfin : « Maintenant que nous avons notre avis, c’est à la fiancée de donner son point de vue. Si elle est d’accord, elle demandera à ses amies de venir prendre les colas que vous avez apportés. » Les amies de la fiancée peuvent alors sortir pour manifester l’agrément de la fiancée sous les applaudissements et les youyous. Alors, les noix de cola et des bonbons seront distribués à l’assistance.

            La famille du Fiancé demande alors de se retirer. La nourriture et la boisson sont distribuées. C’est la grande fête qui commence et qui ira jusqu’au soir. La fête continuera plus tard, par petits groupes, dans les débits de boisson.


lundi 30 décembre 2013

Bangui, situation de ni paix ni guerre (par Pascal Djimoguinan)


            La ville de Bangui vit ces jours-ci une situation où tout ne tient qu’à un fil. Il suffit à chaque fois de quelques secondes pour qu’on bascule du calme à des tirs nourris dont personne ne semble vraiment connaître l’origine. Comment prévoir l’avenir immédiat dans une telle confusion ?

            Depuis quelques heures, Bangui connaît un calme que beaucoup d’analystes qualifieraient de relatif.  Il y a des longs moments de calme, interrompus de temps en temps par des moments de tirs ou d’explosions. Personne ne prend vraiment la peine d’informer sur ce qui se passe réellement.

            La population a pris l’habitude de profiter de ces moments de calme pour sortir des quartiers considérés comme chauds, pour chercher refuge dans des endroits « plus sécurisés ». Il semble que rien que dans la ville de Bangui, il y aurait autour de 56 sites où se regroupent les déplacés. Le plus grand de ces sites serait celui de l’aéroport, sécurisé par l’armée française et qui compterait jusqu’à 100.000 personnes.

            Pendant ce temps, il y a quelques expatriés, surtout les citoyens tchadiens (mais aussi des camerounais), qui fuient la Centrafrique pour regagner leurs pays d’origine. Il est bien dommage que des populations qui aient vécu longtemps ensemble en bon commerce soient victimes de calculs politiques à courte vue; il y a trop de haine et de rancœur  en ce moment entre certaines communauté. Il faudra à un moment s’attaquer à ce problème car il sera impossible de faire la vraie paix avec cette décrépitude de la cohésion sociale. Ce qui est dommage, c’est que sans calme, il est impossible que la société civile puisse se faire entendre. Elle doit faire un effort pour monter en puissance et occuper un espace qui reste tristement vide.

            Il est cependant positif de voir qu’au milieu de tout ce chaos, des militaires, tant français qu’africains passent leur temps à patrouiller et à tenter de maintenir une « paix relative ». Les jours qui viennent nous diront si nous sommes entrés dans un cercle vertueux et que la situation va se normaliser.
            Il est en tout cas temps que les différentes milices se rendent compte de la situation de la Centrafrique et qu’elles adoptent des attitudes plus positives.


dimanche 29 décembre 2013

Centrafrique : au fil des jours (par Pascal Djimoguinan)


            Il y a des joies simples que nous avons perdu l’habitude de goûter. Il suffit quelquefois de très peu pour faire la joie d’une personne. En Centrafrique, après avoir vécu des moments d’horreur, on réapprend à redécouvrir des choses simples. La nuit du 28 au 29 décembre a été calme et cela paraît extraordinaire, cela ressemble à un miracle. On ne se souvient plus qu’il n’y a pas longtemps, cela était normal. Cela est possible parce que les forces françaises Sangaris et celle de la Misca passe la nuit à patrouiller. Si cela pouvait faire revenir la confiance. Souvent, nous ignorons que nous possédons ce que nous allons chercher ailleurs, parfois très loin. Je voudrais partager avec vous une chanson de Tracy Chapman : Remember the tinman (rappelle-toi le ferblantier) dans une traduction personnelle. Vers la fin, la chanson dit : « Souviens-toi du ferblantier qui a trouvé qu’il avait ce qui semblait lui manquer » !

Il y a des serrures sur les portes,

Et les chaînes sur toutes les entrées vers l'intérieur

Il y a une porte et une clôture

Et des barres pour protéger de ce que, Dieu seul sait, se cache dehors

Qui a volé ton cœur te laissant avec un espace

Que personne ni rien ne peut remplir

Qui a volé ton cœur, qui l'a retiré

Sachant que sans cela tu ne peux pas vivre

Qui a retiré la partie si essentielle à la totalité

Te laissant avec un corps vide

De peau et d’os

Quel voleur, quel larron a volé ton cœur avec sa clef

Qui a volé ton cœur,

Le sourire de ton visage,

La lumière innocente de tes yeux ?

Qui a volé ton cœur ou l’aurais-tu abandonné ?

Et si tel est le cas, quand et pourquoi ?

Qui a retiré la partie si essentielle à la totalité,

Te laissant avec un corps vide

De peau et d’os ?

Quel voleur, quel larron a volé ton cœur et sa clef ?

Maintenant tout sentiment a disparu,

Tu n'as plus confiance en personne.

Qui a volé ton cœur ?

Le savais-tu mais en ayant oublié la méthode et le moment ?

Etait-ce un illusionniste ayant utilisé un miroir et un trucage ?

Est-ce un élixir ou une potion que tu aurais bu ?

Qui a blessé ton cœur,

Le meurtrissant à un endroit

Que personne ni rien ne peut guérir

Tu es allé voir des sorciers, des princes et des mages,

Tu es allé voir des sorcières, des bonnes, des mauvaises et des indifférentes.

Malgré cela, tout sentiment est parti,

Tu n’as plus confiance en personne.

Si tu peux briser les murs,

Jeter ton armure, enlever tous les barricades et les barrages routiers

Si tu peux oublier qu’il y a des bandits et des dragons à tuer

Et n'oublie pas que tu défends un espace vide.

Et souviens-toi du ferblantier,

Qui a trouvé qu’il avait ce qui semblait lui manquer !

Souviens-toi du ferblantier,

Va trouver ton cœur et reprends le !

Qui a volé ton cœur ?

Personne ne peut peut-être le dire ;

Je prie pour qu’un jour tu puisses le retrouver.


vendredi 27 décembre 2013

Centrafrique, des chiffres qui font froid dans le dos (par Pascal Djimoguinan)


            On parle enfin de ce qui est en train de se passer en Centrafrique. Beaucoup entendent tout simple parler de guerre et des morts. Ce qu’on ignore souvent, c’est que tout conflit entraine une crise humanitaire profonde. Il est impossible de faire voir l’ampleur de la souffrance d’un peuple. L’expérience dépasse toujours tout ce qu’on peut décrire. Cependant, les chiffres peuvent quelquefois faire froid dans le temps ; ils peuvent donner le tournis parce qu’ils font prendre conscience que l’horreur est à son comble.

            La situation sécuritaire en Centrafrique reste une préoccupation majeure, plus particulièrement pendant ce mois de décembre où la crise semble connaitre un pic. Il faudrait que dans les jours qui arrivent, on arrive à assurer la sécurité de la population civile pour éviter de sombrer dans le chaos sécuritaire généralisé.

            Dans toute la Centrafrique, les humanitaires affirment qu’il y a maintenant 639.000 personnes déplacées. Si l’on se rend compte que la population de la RCA est de 4,7 millions d’habitants, on ne peut que rester songeur.

            Dans la ville-même de Bangui, il y a 214.000 personnes déplacées alors que dans toute la ville, il y a 600.000 habitants. C’est près de la population totale de Bangui qui est déplacée ; elle vit soit près de l’aéroport, soit dans les paroisses, soit dans au monastère ou autres maisons religieuses.

            Avec toutes ces personnes déplacées, toutes les activités sont arrêtées. La plupart des gens vivent au jour le jour. Il suffit d’un arrêt de quelques jours pour que toutes les activités régénératrices de revenu périclitent. Ce n’est donc pas étonnant que 2 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire ; cela fait plus de 43% de la population.

            Ces chiffres font voir toute la misère qui se cache derrière les conflits armés qu’on voit à la télévision.


jeudi 26 décembre 2013

Centrafrique, La rumeur au creux du conflit (par Pascal Djimoguinan)


            La ville de Bangui vient de vivre un tridium tout-à-fait particulier. Les 24, 25 et 26 décembre ont connu un pic de violence qu’on avait plus connu depuis le 5 décembre, date des derniers combats à Bangui. Que réserve demain ?

            Comme dans toutes les situations de tension, c’est la rumeur qui mène la vie à Bangui. Celle-ci naît on ne sait jamais comment, mais grandit avec les tirs d’armes automatiques. Elle fait grandir la peur qui à son tour nourrit la rumeur. Ainsi, la boucle est bouclée sans aucune issue de sortie.

            Le chaos qui s’installe dans le pays ne permet ni d’avoir une information viable, ni une protection suffisante. Ainsi, après chaque montée de tension, on voit des foules se déplacer avec des baluchons sur l’épaule, à la recherche d’un quartier où il pourrait y avoir un peu de sécurité.

            Il y a plusieurs problèmes à résoudre pour que la population puisse connaître la paix. Le premier et de loin le plus urgent est le désarmement de toutes les milices. Il faut qu’on puisse dépasser les soupçons de parti-pris des forces de maintien de la paix. Cela signifie qu’il faudrait qu’il y a une plus grande coordination de ces forces avec une concertation régulière entre leurs chefs. Cela ne sert à rien que chacun chasse de son côté, mais que chacun sache exactement ce qui est demandé à l’autre.

            Il faut se demander pourquoi les forces de maintien de la paix n’ont pas de radio. Cela apaiserait la population d’être informée  par le biais d’une radio dont les sources soient sûres. Ce qui sème la psychose dans Bangui, c’est que parfois, il peut y avoir des tirs nourris pendant deux ou trois heures sans qu’on ne sache ce qui se passe. Il faut attendre les médias étrangers pour s’informer mais comme ils sont souvent en retard sur l’actualité, la panique a le temps de s’installer. Si les forces de maintien de la paix en Centrafrique veulent gagner leur pari, ils doivent d’abord gagner le combat de l’information. Il faut se demander si les différentes milices ne distillent pas des demi-vérités dans le but d’entretenir la rumeur. Cela pourrait leur permettre de manipuler la population civile. Il faut leur enlever cette arme. Le désarmement pourrait commencer là !

mercredi 25 décembre 2013

Aujourd’hui c’est Noël (par Pascal Djimoguinan)


            Aujourd’hui c’est Noël ! Comment vivre cette fête en Centrafrique quand des centaines de milliers de personnes vivent dans la brousse pour certains, dans les églises pour d’autres. Cette foule désemparée, découragée, ce sont aussi les enfants du bon Dieu. Comme faire comme si tout était normal ? Toute la nuit du 24 décembre et dans la journée du 25, il y a eu des tirs d’armes automatiques et lourdes. Difficile de dire quelque chose ! Pour les Centrafricains et avec eux, je veux tout simplement reprendre ce chant de Vercruysse qui a bercé mon enfance :

- 1 -
C'est Noël chaque fois qu'on essuie une larme
Dans les yeux d'un enfant
C'est Noël chaque fois qu'on dépose les armes
Chaque fois qu'on s'entend
C'est Noël chaque fois qu'on arrête une guerre
Et qu'on ouvre les mains
C'est Noël chaque fois qu'on force la misère
À reculer plus loin.

Refrain
C'est Noël sur la terre chaque jour
Car Noël, ô mon frère, c'est l'Amour.

- 2 -
C'est Noël quand nos cœurs oubliant les offenses
Sont vraiment fraternels
C'est Noël quand enfin se lève l'espérance
D'un amour plus réel
C'est Noël quand soudain se taisent les mensonges
Faisant place au bonheur
Et qu'au fond de nos vies la souffrance qui ronge
Trouve un peu de douceur.

- 3 -
C'est Noël dans les yeux du pauvre qu'on visite
Sur son lit d'hôpital
C'est Noël dans le cœur de tous ceux qu'on invite
Pour un bonheur normal
C'est Noël dans les mains de celui qui partage
Aujourd'hui notre pain
C'est Noël quand le gueux oublie tous les outrages
Et ne sent plus sa faim.

Pour finir:
C'est Noël sur la terre chaque jour
Car Noël, ô mon frère, c'est l'Amour.

C'est Noël sur la terre chaque jour
Car Noël, car Noël c'est l'Amour.