mercredi 17 mars 2021

Tchad: Les serpents dans la brousse de Doba (par Pascal Djimoguinan)

             S’il vous arrive de vous promener dans la savane boisée du Sud du Tchad, particulièrement dans le Logone Oriental, en pays mongo, méfiez vous des lianes que vous trouverez sur votre chemin. Il suffit quelquefois d’un éclair vif à travers les herbes et c’est la mort qui se présente. Le serpent, puisqu’il faut dire son nom, est un danger permanent en brousse. Il est bien d’en connaître quelques-uns même si l’on ne doit pas s’en faire des amis.

Kəḿ oō mbayí aĺ : Serpent minute (Typhlopa)

Kulə̄ nga síndə̄ : Couleuvre inoffensive

Līī Káḿ : Serpent vert clair

Līī koókáā ou míndə ka̰ā̰ : Serpent au cou blanc

Līī-kún: Serpent minute (Typhlopa)

Līī man̄ : Serpent aquatique

Līī masə̄ : Serpent rouge-jaune qu’on trouve sur les arbres.

Līī ndil dow̄ : (Typhlopa noir)

Līī ngār (Ndubə) Python royal

Līī-súū-tanjə : Serpent tacheté

Mam : Python de Seba

Ndubə (Līī ngār) : Python royal

Ngandām : Vipère sifflante

Pal : Naja, cobra

Pii : Vipère






dimanche 14 mars 2021

Tchad, élection 2021 : 4 raisons d'avoir peur (par Pascal Djimoguinan)

             Au Tchad, l’année 2021 est celle des élections présidentielles. Si la campagne électorale a commencé le 11 mars et que le premier tour des élections est prévu pour le 11 avril, il y a plusieurs raisons d’avoir peur plutôt que d’espérer. Il nous semble que toutes ces raisons tournent autour de trois principales, indices d’un manque de maturité politique.

            La première des raisons d’inquiétude est que si, la lame de fond fait apparaître une unanimité quasi-générale des partis de l’opposition et de la société civile contre le candidat sortant, il a été impossible de s’entendre sur un candidat commun. Evidemment, cette incapacité au compromis est un grand handicap pour l’opposition car il va s’en dire qu’il y aura une grande dispersion des voix et le seul bénéficiaire ne pourra être que le candidat sortant. Cette première raison est consubstantielle à la deuxième.

            La deuxième raison vient de l’incapacité des différents acteurs de la politique tchadienne de se fédérer autour des idées politiques porteuses. Au lieu de cela, on constate une cristallisation autour de personnes. Les personnes peuvent bien être charismatiques mais il faut plutôt s’entendre sur des idées pour construire une nation avec des institutions fortes. On ne se soucie pas des idées mais on se préoccupe des candidats et chacun veut avoir son propre candidat.

            Si on ne s’entend pour sur les idées pour construire la nation, on n’a plus la force de l’argument ; alors la seule chose qui reste, c’est l’argument de la force. C’est ici que se trouve la troisième raison d’inquiétude. S’il n’y a plus d’idéaux à défendre, s’il n’y a pas d’idées commune, il ne reste plus que la force et la violence. Ainsi il est à craindre que la campagne présidentielle ne dégénère en violence de toutes sortes, ce qui rendrait le paysage politique illisible et l’avenir incertain.

            La dernière raison d’inquiétude enfin est que le clan et l’ethnie vont monter en puissance, même si l’on a vu ça et là quelques fissures se dessiner. Face à la violence politique et à l’incapacité de l’Etat à protéger ses citoyens, le seul refuge, le seul sanctuaire reste le clan ou l’ethnie. On ne se sent mieux protégé que par les siens. Au fur et à mesure que la campagne va s’amplifier, on verra que les regroupements se feront de plus en plus sur les bases régionales, claniques, ethniques.

            Faut-il parler du prologue ? Après avoir parlé de la dernière raison, sommes-nous en droit d’en ajouter une autre ? Pour ne pas blesser la logique aristotélicienne, nous parlerons simplement d’une raison qui traverse en diagonal toutes les autres raisons. Il s’agit du non-dit du discours. Chaque acteur de la politique tchadienne attend une solution, sans doute une panacée, qui viendra de l’extérieur, d’une puissance étrangère. Drôle de manie pour un peuple indépendant que de croire que la solution viendrait de l’extérieur. Cela est d’autant plus inquiétant. Cela est d’autant plus inquiétant que tous attendent un mot venant de la France pour que, comme par un Deux ex machina, la situation s’arrange. C’est à se demander combien de temps il faut encore attendre afin que les tchadiens deviennent les acteurs de leur propre émancipation.

            Faut-il dire que les dés sont irrémédiablement pipés et qu’il n’y a plus rien à faire ? Un sursaut est encore possible. Le propre de l’homme est de se montrer à la hauteur de la situation à n’importe quel moment, surtout quand on ne l’attend plus. Peut-on lire les retraits de certains candidats comme un réajustement pour arriver à un consensus ? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, il faut croiser les doigts en espérant que le politique reprendra le dessus.



lundi 8 mars 2021

Mon Tchad brûle et toi... Tu dors (par Pascal Djimoguinan)

 Mon Tchad brûle et toi tu dors…

Je ne parle pas des petits Tchad que chacun veut réduire à son village, à son clan.

Mon Tchad brûle et pourtant tu dors

Le Tchad dont rêvaient les pères de l’indépendance s’en va sur des chemins miséreux

Où des intérêts partisans ont pris le dessus.

Mon Tchad brûle et pourtant tu dors

Et pourtant, il n’appartient à personne plus que d’autres

Personne n’y a des droits plus que d’autres.

Mon Tchad brûle et pourtant tu dors

Il n’y a pas de classe qui soit au-dessus des autres

A qui tout appartiendrait et qui ne donnerait aux autres que par condescendance !

Mon Tchad brûle et pourtant tu dors

Sans doute repu et en sécurité alors que les autres triment,

Véritables loques humaines en manque de reconnaissance.

Mon Tchad brûle et pourtant tu dors

Chacun est concerné, tous sont impliqués

Chacun y a place au soleil sans qu’il y ait de places privilégiées.

Mon Tchad brûle et pourtant tu dors

Le réveil risque d’être dur et les lendemains amers

Si nous faisons de notre pays un Tchad des parias, des apatrides, d’un peuple sans cœur

Mon Tchad brûle et tu dors

Avant-hier, Mangalmé brûlait et tu dormais

Puis le feu a pris à Faya et tout autour et tu dormais

Ce fut le tour de N’Djamena d’être à feu et à sang en 79 et tu dormais

Et maintenant…

Faut-il un son de cloches ou de canons, faut-il les pleurs des orphelins et des innocents ?

Que faut-il pour un sursaut national, à tous les niveaux.

Tant que le Tchad brûle, personne parmi nous n’est en sécurité

Faut-il que les fils et filles tuent la mère pour se partager sa carcasse boucanée ?

Mon Tchad brûle et tu dors

Debout et à l’ouvrage, tu as conquis ta terre et ton droit

Que l’on rebatte les cartes et que le reprennent selon les règles de l’art

Je rêve que chaque tchadien s’est réveillé

Je rêve que dans l’équite et dans l’égalité, chaque tchadien,

Du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest, mais aussi du Centre,

Chaque Tchadien, fier de l’être, affirme librement ses opinions

Sans être inquiété.

Mon Tchad ne doit pas brûler, mon Tchad doit rayonner dans le monde !

Ô mon pays, que Dieu te prenne en garde!



samedi 27 février 2021

Monseigneur Abbo Philippe Chen, évêque de Mongo

 Voici que la mission produit des fruits locaux. Un fils du Guera devient pasteur sur sa terre. Le grain semé a germé. C’est maintenant le passage de témoin.

La grande œuvre d’evang Continue sur cette terre. Que le Seigneur envoie des ouvriers dans sa vigne.

Regarde dans les vastes plaines, la terre est labourée, les sillons sont tracés, les grains sont jetés 

La nuit, que l’on dorme ou que l’on veille, la germination se fera. Il y aura bien sûr l’ivraie qui va aussi pousser, mais faudra attendre la moisson.

La mission va de pair avec la miséricorde de Dieu dont on


est bénéficiaire en même temps que les hérauts.

Monseigneur Abbo, la route sera longue, mais suis les traces du Bon Berger. Il ne te laissera pas tomber


vendredi 26 février 2021

TCHAD Et voici le temps des héritiers (par Pascal Djimoguinan)

 

            Au Tchad, l’élection présidentielle est prévue pour le 11 avril 2021. Il s’agira d’élire le président de la République. Le président sortant Monsieur Idriss Déby qui remet son mandat en jeu est à son sixième mandat. Il a été investi Candidat par son parti, le Mouvement patriotique du salut (MPS), le 6 février 2021.

            Face à lui, le paysage politique semblait d’abord se dérider puisque l’opposition, pour la première fois, avait décidé de s’unir derrière une candidature unique, sous la bannière de l’Alliance Victoire. Ainsi Monsieur Théophile Bongoro (un homme de 55 ans) avait été investi candidat de l’opposition qui regroupe 16 partis politiques. Ce dernier n’avait fondé son parti, le Parti pour le Rassemblement et l’Equité au Tchad (PRET) qu’en 2018 et n’avait en outre jamais participé à une élection.

            Puisque le diable est dans le détail, ce manque d’expérience du candidat de l’opposition verra éclater l’unanimité autour de lui. A peine cinq jours après l’investiture de Monsieur Théophile bongoro comme candidat, le perdu de Monsieur Saleh Kebzabo, l’Union Nationale pour la Démocratie (UNDR) se retire de la coalition et ouvre ainsi une brèche dans laquelle vont s’engouffrer d’autres candidats. Monsieur Saleh Kebzabo sera investi candidat par son parti. Les candidatures vont alors s’enchaînes les unes après les autres puisque le processus du dépôt des candidatures va du 13 au 26 février: MM Masra succès des Transformateurs, Alladoum Djarma Baltazar de l’Action Socialiste Tchadienne pour le Renouveau (ASTRE), Mahamat Abdelkader Oumar alias Baba Ladé du Front Populaire pour le Redressement (FPR), Yaya Dillo du Parti Socialiste sans Frontière (PSF). Au total, une dizaine de dossiers ont été déposés. La publication de la liste de candidats sera rendue publique par le CENI le 9 mars 2021.

            Les jeunes loups rongent leur frein et sont prêts à en découdre, et cela, même malgré la Constitution qui donne un âge requis pour déposer sa candidature. Quelle sera la suite des événements ? Est-ce le temps des héritiers ? Le jeu ne semble pas si ouvert avec la pléthore de candidatures. Comme dans un roman noir, il faut se demander à qui profite le crime. Wait and see !

jeudi 25 février 2021

Marietou, Sabitou et le chien.

Marietou et Sabitou vont au marché. Elles achètent de la viande et la mettent la viande dans leur panier. Puis elles reviennent dans leur case. Mais Il fait chaud; elles s’arrêtent à l’ombre, posent leur panier.

Quand il faut partir, Marietou prend un panier, mais Sabitou dit:

« Ce n’est pas ton panier, Marietou, c’est le mien,

- Non, Sabitou, voilà le tien,

- Tu veux me tromper, Marietou!

- Tu veux me voler, Sabitou ! »

Elles crient, elles se disputent .

- Un chien vient. Craque! il avale la viande du premier panier. Craque! il avale la viande du deuxième panier

« Holà ! crie Sabitou , holà ! arrêtez ce chien. »

Mais le chien se sauve.

Il est déjà loin!





dimanche 31 janvier 2021

Ma̰ā̰ yaá ou ma̰ā̰ ngóy, fable du Tchad (par Pascal Djimoguinan)

             On raconte qu’un jour, un voyageur venant des contrées très éloignées, raconta une histoire fort étrange, qui mérite bien d’entre entendue une fois, entre deux verres de bière, et à voix basse de peur d’un lézard ne l’entende et n’aille la raconter aux enfants.

            Il semble que le voyageur, fort soupçonneux, ne voulait pas se mettre rapidement à table, craignant qu’on ne le prenne pour un quelconque illuminé, perdu dans la cité. Après moult esquives, poussé jusqu’à ses derniers retranchement, le voyageur commença son histoire. Il parlait à voix basse, à voix hachée, mais rapidement comme s’il voulait finir rapidement pour avoir la paix.

            Il raconta que dans une contrée très éloignée, il y avait un village du nom Bétora. A côté de ce village, il y avait le bois sacré où l’on pouvait trouver toute sorte de plantes médicinales. Il y avait cependant dans cette flore, une plante qui attirait toutes les curiosités et qui émerveillait tous ceux qui pouvait entrer dans le bois sacré et la voir. Cette plante était d’une sensibilité tellement élevée qu’elle était proche de l’animal. On sentait en elle une sorte d’intelligence qui se manifestait dans le mouvement de ses branches pour répondre à des questions précises. Elle baissait les branches en signe qu’acquiescement et les remuait de gauche à droite pour exprimer la négation. Elle pouvait par ses mouvements, résoudre des problèmes assez simples d’arithmétique. Certains appelaient cette plante Ma̰ā̰ yaá ; d’autres l’appelaient ma̰ā̰ ngóy

            Un jour, une grande sécheresse survint dans la région. Hommes, bêtes, plantes, nul n’était épargné. Trouver de l’eau était une gageüre. Le bétail était décimé. La bassecour n’était que l’ombre d’elle-même. Il n’y avait plus de coq pour chanter le matin. On n’entendait plus le joyeux chant des femmes pilant le mil le matin. Les plus vaillants abandonnèrent la région, cherchant un lieu plus clément.

            Il y eut pourtant un homme, sans doute plus téméraire que les autres, ou peut-être plus consciencieux de ses devoirs. Il se chargea d’aller chercher de l’eau, dans des endroits éloignés pour entretenir les plantes du bois sacré. Il s’en vint pour les arroser. Dans sa ronde, il arriva à la plante Ma̰ā̰ yaá (ma̰ā̰ ngóy). Il l’arrosa comme les autres plantes. Au moment où  il voulait s’écarter pour arroser les autres plantes, Ma̰ā̰ yaá (ma̰ā̰ ngóy) allongea ses branches et l’enserra dans une étreinte mortelle. La plante qui avait souffert du manque d’eau pendant plusieurs jours, ne voulait pas laisser aller ce qu’elle estimait être une source d’eau. L’étreinte fut si forte que l’homme mourut étranglé. La plante put avoir de l’eau pour quelque temps mais cela ne dura pas. Dans son intelligence élémentaire, la plante n’avait pas su comprendre qu’il fallait accepter de laisser le jardinier s’en aller, faire profiter les autres plantes de son eau. C’est parce qu’il s’en va qu’il peut ramener de l’eau pour les autres fois. Les plantes du bois sacrés moururent de soif car il n’y avait plus personne pour les arroser.

            Vers la fin de l’histoire, la voix du voyageur se confondait au bruit du vent, presque inaudible ; il jetait des regards soupçonneux autour de lui, de peur qu’un enfant traina par là et entendit cette triste histoire qui ne retint pas le nom de la victime du devoir et qu’il ne prenne en rancune l’engagement au service citoyen.

            Dans notre pays le Tchad, il y a des gens qui se comportent comme la plante Ma̰ā̰ yaá (ma̰ā̰ ngóy) qui cherchent à tout attirer à eux sans penser aux autres. Le souci du bien-commun n’est pas leur préoccupation. Si nous ne voulons pas subir le sort du bois commun, si nous voulons être une nation, chacun de nous doit tuer en lui l’esprit de Ma̰ā̰ yaá ou ma̰ā̰ ngóy.