mardi 14 juillet 2015

Tchad : Gama, la parole est sacrée chez les mongos (par Pascal Djimoguinan)



            Avec la révolution numérique, la parole n’a jamais été autant présente dans la vie. Le téléphone portable avec les différents gadgets qui s’y trouvent a bouleversé notre quotidien. L’espace et le temps ont été bousculés, repensés, réorganisés. Deux endroits distants de plusieurs kilomètres peuvent être joints en quelques secondes alors que par manque d’antenne servant de relai, deux autres endroits distants d’à peine 30 kms ne peuvent être joints qu’après quelques heures. Si on a jamais autant parlé il se trouve qu’en même temps, la parole est dévaluée. On peut tout dire, n’importe quand, sur n’importe quoi, comme on veut. Dire et se dédire ne posent plus problème. Il est peut-être temps de revenir sur ce qui donnait de la valeur à la parole prononcée.
            Dans la tradition des peuples sara au sud du Tchad, la parole était d’or. Toute prise de parole dans la société était ritualisée. Chacun connaissait son rôle et toute parole avait le poids que lui donnaient la circonstance et la personne qui la prononçait. Ainsi, une parole engageait la personne qui la disait.
            Chez les mongos, lorsqu’une personne disait quelque chose et que par la suite faisait autre chose, cela pouvait aller jusqu’à détruire toute sa vie. Il fallait faire une réparation. Il y a ce qu’on appelle « GAMA » qui poursuit celui qui ne fait pas ce qu’il dit. La tradition dit que la personne commence à dépérir et à perdre la santé. Cela pourrait même aller jusqu’à une mort subite de la personne. les exemples de cas où le Gama peut poursuivre la personne sont multiples. Un jeune homme qui sous le coup de la colère quitterait la maison familiale en jurant de ne plus y retourner mais qui quelque temps après y reviendrait. Cela pourrait également être le cas de la femme qui partirait de son foyer de la même manière et qui y serait ramenée après conciliation.
            La réparation du « gama » était une espèce de confession devant un tiers. Cela se passait le matin. A l’aube, une femme doit, à partir des graines de courges, préparer de l’huile qu’on mélangeait aux oignons sauvages pour le gama. A jeun, la personne doit confesser à haute voix ce qu’elle a fait avant de boire de cette huile préparée. On dit alors qu’elle a enlevé le gama. Elle peut donc reprendre l’activité qu’elle s’était juré de ne plus exercer.
            Le gama nous fait découvrir comment aujourd’hui nous accordons très peu de valeur à ce que nous disons. Pourrions-nous revenir à une parole de valeur ? Sommes-nous encore capables aujourd’hui d’être des hommes et des femmes de parole ?



lundi 13 juillet 2015

L'émotion est nègre et la raison hellène (par Pascal Djimoguinan)



            Jamais les hellènes n’ont autant monopolisé les médias que pendant le mois de juillet. Malgré  l’EI, Aqmi, Boko Haram, la Grèce a réussi à rester à la une des journaux. Quel exploit vaut à la Grèce ce regain d’intérêt ?
            Toute l’Europe est au chevet de la Grèce qui se trouvait au bord de la banqueroute avec comme perspective très vraisemblable un « Grexit », c’est-à-dire une sortie de la Grèce de la zone euro. In extremis, un accord a été trouvé avec comme dot pour la mariée, de l’argent avec des mesures drastiques : Un troisième plan d’aide d’environ 82 à 86 milliards et en petits caractères sur le contrat ce que la Grèce a toujours voulu éviter (augmentation de la TVA, réforme des retraites, accélération des privatisations, réforme du marché du travail).
            Il faut dire que des voix s’étaient élevées en faveur de la Grèce et trouvaient que c’était intolérable la façon dont le berceau de la démocratie était traité. Il fallait trouver à tout prix la rationalité dans toute attitude de la Grèce et sauver sa proposition. Le référendum organisé par le premier ministre grec Alexis Tsipras a été vu comme un exercice de la démocratie qui n’a effrayé que ceux qui n’’étaient pas démocrates. En fait, personne ne sait à quoi a servi ce référendum.
            Sans esprit revanchard, il faudrait tout simplement rappeler ce qu’a subit l’Afrique sans qu’il se soit trouvé un esprit ouvert pour compatir. Qui se souvient des plans d’ajustements structurels pour l’Afrique, décidés dans les bureaux de Bretton Woods et autres et que les capitales occidentales forçaient les africains à appliquer ? En fait, l’Afrique n’est pas la Grèce et ses jérémiades ne sont autres que l’émotion en mouvement. Il fallait dont diminuer le nombre des fonctionnaires dans la fonction publique. Tout le monde sait qu’en Afrique, cela concerne en grande partie l’enseignement et la santé publique.
            Les conséquences désastreuses continuent jusqu’aujourd’hui mais on ne prend pas la mesure des choses. Il y a bien deux poids, deux mesures. D’un côté, il s’agit de la raison, de l’autre de l’émotion.
            Il faut seulement espérer que la crise Grec a ouvert les yeux et que l’on se rend compte du tort que l’on a causé à l’Afrique en asphyxiant son économie sous prétexte de l’aider.



dimanche 12 juillet 2015

Tchad : Le terrorisme de Boko Haram expliqué aux enfants (par Pascal Djimoguinan)



Un pays, une nation : le Tchad
            Une Capitale : N’Djamena
            Trois sites : l’académie de police, le commissariat central, le marché central
            Quelques chiffres : 38 morts, une centaine de blessés, 15 morts et 80 blessés.
            Voilà les faits d’armes de la secte islamiste Boko Haram au Tchad. C’est l’idéologie de la terreur dans son expression la plus absurde. Faire peur, le faire le plus possible. Il n’y a rien d’autre derrière. C’est l’irrationalité la plus abjecte que la nation tchadienne est en train de découvrir.
            Le terrorisme est par définition un ennemi sans visage, qui frappe dans l’intention de semer la terreur partout et de tout désorganiser. Souvent, il vise quelque chose mais dans le cas de Boko Haram, il n’en est pas question. Si dans ses débuts au Nigeria, on pouvait déceler de temps en temps des relents de rationalités dans les coups de cette secte, il s’agit maintenant ni plus ni moins d’une folie meurtrière qui se répand partout.
            L’armée tchadienne est en première ligne dans les opérations militaires contre la secte Boko Haram depuis le début de l’année et semble lui avoir porté un coup sévère. Ces attentats semblent être des tentatives de semer des troubles au sein de l’unanimité qui semble être présente dans la biosphère politique au Tchad dans la lutte contre Boko Haram.
            Cette secte obscurantiste ne pouvait être tolérée plus longtemps aux portes du Tchad. Il ne faut pas croire que c’est l’intervention du Tchad contre elle au Nigeria qui a provoqué sa réaction au Tchad. Il ne faut pas avoir la naïveté de croire que si le Tchad avait croisé les bras, il n’aurait pas eu maille à partir avec la secte. Ce n’était qu’une affaire de temps et l’intervention du Tchad au Nigeria semble avoir retardé les attentats au Tchad.
            Les attentats qui ont eu lieu à N’Djamena jusque-là ont été assez spectaculaires. Tel est d’ailleurs leur but. Marquer les plus les esprits. Cependant, des indices peuvent faire voir que paradoxalement, ils sont les signes de la faiblesse grandissante de la secte. Ce ne sont que les soubresauts d’un serpent mortellement atteint à la tête.
            Il y aura encore certainement quelques attentats mais il faut croire que c’est la fin de Boko Haram. Ce n’est pas le moment de prendre peur et de croire que notre salut se trouvera dans la fuite. La solidarité de toute la nation nous aidera à être encore plus forts. Nous vaincrons !



lundi 6 juillet 2015

LU pour vous/BURUNDI - Fractures au sein du parti présidentiel et dans l’armée à propos du troisième mandat du Président sortan



 Le Burundi semble toujours plus divisé, attendu que des fractures se manifestent également à l’intérieur du parti présidentiel, le CNDD-FDD. « Le Président de l’Assemblée, Pie Ntavyohanyuma, et le Vice-président, Gervais Rufyikiri, tous deux membres du CNDD-FDD, réfugiés à l’étranger, ont écrit une lettre à la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) dans laquelle ils rejettent l’hypothèse d’un troisième mandat au Président Pierre Nkurunziza », déclarent à l’Agence Fides des sources locales depuis Bujumbura, sources qui demandent à conserver l’anonymat pour raisons de sécurité.
La CAE a tenu un sommet dédié à la crise au Burundi qui s’est cependant tenu en l’absence du Président Nkurunziza. « La situation est calme mais l’on ressent la tension à l’approche de la date des élections présidentielles, prévues pour le 15 juillet » poursuivent nos sources.
Les élections locales et législatives du 29 juin, boycottées par l’opposition ont été déclarées viciées par l’ONU à cause d’intimidations et de violences. « La milice liée au parti au pouvoir intimidait les électeurs afin qu’ils aillent voter malgré les appels de l’opposition à boycotter le scrutin » confirment nos sources. « Dans tous les cas, de nombreux électeurs n’ont pas voté et plusieurs des participants, dans le secret de l’isoloir, ont voté contre le parti au pouvoir ». Parmi les personnes menacées de mort et contraintes de fuir à l’étranger, se trouvent également quatre prêtres catholiques. « Les divisions traversent également l’armée et la police. Les militaires contraires au troisième mandat du Président sortant représentent 80% (du total) alors que parmi les agents de police ce pourcentage s’abaisse à 60%. Malheureusement il semble exister la volonté de résoudre le problème en ayant recours à la violence, comme cela a été menacé par les anciens putschistes qui ont annoncé que si Nkurunziza ne s’en va pas spontanément, ils le chasseront manu militari » concluent les sources. (L.M.) (Agence Fides 06/07/2015)

jeudi 2 juillet 2015

Afrique francophone : schizophrénie ou mal d'être dans sa peau ? (par Pascal Djimoguinan)



            Plus de cinquante ans après les indépendances, l’Afrique francophone n’a pas encore atteint le stade de l’autonomie, signe de maturité. Elle est encore à observer Paris pour toute décision la concernant. C’est un truisme de croire que cet état ne va pas perdurer.
            Toute l’Afrique francophone est en émoi en ce début du mois de juillet. La cause est que le président français François Hollande vient de commencer une tournée éclair sur le conduira africain. En deux jours, il visitera trois pays à savoir, le Benin, l’Angola et le Cameroun. Son discours au Benin, première étape, semble être très attendu. Selon RFI, « Le discours que doit délivrer François Hollande ce jeudi à Cotonou est d’autant plus attendu que plusieurs présidents africains sont actuellement tentés de changer les règles du jeu afin de rester au pouvoir. Outre le Burundais Pierre Nkurunziza, il y a le Rwandais Paul Kagamé et les Congolais Denis Sassou-Nguesso et Joseph Kabila. »
            Il semble bien que quand Paris éternue, l’Afrique francophone a la bronchite. Il faut bien souligner cette schizophrénie de l’Afrique francophone. En parole, les politiciens sont très susceptibles lorsqu’on parle de l’indépendance de leur Etat mais pour toute décision, les yeux sont rivés sur le président français. Celui-ci ne se prive pas de distribuer des points et de redresser les mauvais élèves.
            On se demande à quoi servent les élections en Afrique francophone. Les peuples élisent mais c’est l’Elisée qui oriente la politique. Les élections ne sont en fait que le vernis pour légaliser les décisions parisiennes.
            Il est aussi étonnant de voir comment Paris intervient pour la cause de politiciens africains corrompus. La majorité ressort son passeport français et le tour est joué. La France ferme-t-elle les yeux quand ses citoyens africains détournent l’argent des peuples africains pour n’intervenir que lorsqu’elle doit défendre l’intérêt de ces hommes peu fréquentables ?
            Il faudrait que tous les hommes politiques africains qui détiennent la double nationalité avec un passeport français le fasse savoir. Peut-être ne doivent-ils pas occuper de postes stratégiques. On ne peut que douter de leur sincérité au service de l’Afrique. Ils sont sans doute les yeux et les oreilles de la France au sein des pouvoir en place.