jeudi 5 décembre 2013

Bangui réveillée par des tirs nourris (par Pascal Djimoguinan)


            Jeudi 5 décembre ! Normalement l’actualité en Centrafrique devrait être le vote aux Nations Unies de la résolution autorisant l’intervention de la France pour soutenir les forces africaine afin de sécuriser le pays et ramener la paix. Mais les événements vont en décider autrement.

            Très tôt, des tirs nourris vont commencer à retentir à partir de certains quartiers périphériques avant de s’étendre vers le centre de la ville. Tout semble être bien organisé. Pendant deux à trois heures les tirs à l’arme lourde et légère vont être intenses avant de baisser. C’était des attaques coordonnées. On parle d’une offensive de antibalaka et de l’ancienne garde présidentielle de Bozizé. Il semble que ces attaques sont dirigées contre trois points (le camp Kassaï, Boy-Rabe et l’assemblée nationale).

                        Autour de 9h30, à part des tirs sporadiques, tout semble aller vers la fin. On voit des patrouilles de l’armée française sillonner la ville. L’avenir nous dira ce qui se passe. En attendant, les regards sont de nouveau tournés vers les Nations Unies.

mercredi 4 décembre 2013

Centrafrique: quand l'armée française butine (par Pascal Djimoguinan)


            Ca y est, les choses se précisent et l’opération française en Centrafrique prend forme. Elle a pour nom de code « Sangaris ». Il semble que c’est le nom d’un papillon rouge qui fait partie de la flore centrafricaine. Le nom bien souvent donne à rêver. S’il nous prenait de rêver, cela apporterait un de poésie à un sujet trop sérieux.

            L’opération Sangaris aura à sa tête le général Francisco Soriano. Cet homme de 54 ans est un général de brigade habitué aux opérations militaires. Il a déjà fait l’Afganistan de novembre 2012 à avril 2013 avant d’être envoyé au Gabon. Son travail en Centrafrique sera, avec les 1200 hommes sous son commandement, de soutenir la Misca (Mission international de soutien en Centrafrique).

            En quoi consistera cette mission de soutien à la Misca ? Sans préjuger de ce que l’avenir nous réserve, il faut dire que la mission des militaires français voudrait être de courte durée, environ six mois. Le vote de la résolution aux Nations Unies aura lieu ce jeudi 5 novembre.

            Un papillon bitume de fleur en fleur. L’armée française pense faire une  opération  « coup de poing ». La tâche d’assurer la protection des civils et la stabilisation de l’Etat reviendra à la Misca. Les français auront pour tâche de stopper la violence dans des zones bien déterminées, notamment dans les villes et les grands axes. Cela signifie que les forces spéciales vont nettoyer le terrain et permettre à la Misca de se renforcer.

            Si la prévision est pour six mois, en réalité que réserve l’avenir ? Nul ne peut le dire. Ce qui est sûr, c’est que dans un premier temps, il faudrait débarrasser Bangui des Séléka tout en évitant des réactions de vengeance de la population et d’éventuels anti-balaka qui ne s’empêcheront pas de se manifester dès que l’opération va se déclencher.

            Il faut maintenant croiser les doigts et attendre la suite en suivant le papillon qui ira de fleur en fleur, de ville en ville.


mardi 3 décembre 2013

Bangui, chronogramme d'un bal masqué (par Pascal Djimoguinan)


            Depuis quelques jours, à Bangui, il n’est question que de l’intervention des français pour soutenir les forces africaines pour imposer la paix et la sécurité. On voit que petit à petit, les choses se mettent en place et le compte à rebours semble avoir commencé.

            Depuis le vendredi 29 novembre, 350 hommes sont arrivés au port de Douala avec deux hélicoptères Gazelle et une centaine de véhicules.

            A Bangui, dans un premier temps, des avions cargos ont débarqué à l’aéroport une trentaine d’hommes et du matériel. Leur rôle est de préparer l’aéroport à un débarquement massif d’hommes et de matériel. Un pont aérien est en train de se mettre en place avec des avions Antonov 124. Il faut comprendre qu’on a besoin du matériel de génie pour rendre l’aéroport de Bangui opérationnel entre autre faire l’installation des réservoirs de kérosène. « Les militaires sont en train d’installer deux réservoirs supplémentaires pour assurer l’autonomie en carburant de tous les aéronefs de l’opération ; » il s’agit d’adapter au plus vite les infrastructures aux besoins de l’intervention qui se prépare.

            Pendant le week-end, deux cents militaires français ont débarqué à Bangui, rejoignant ainsi les 450 hommes de l’opération Boali, en place depuis quelques années déjà.

            On voit que la préparation avance mais la population se demande pourquoi l’opération n’est pas déclenchée.

Il faut savoir que le France veut tout faire dans les règles. En dehors des patrouilles, rien de bien sérieux ne pourra commencer avant le début de la semaine prochaine.

Le compte à rebours véritable commencera dans le milieu de la semaine avec la résolution de l’ONU autorisant le déploiement d’une force africaine soutenue par la France. Ensuite, il y aura le sommet sur la paix et la sécurité en Afrique qui se tiendra à Paris. Dans la foulée, un mini-sommet sur la Centrafrique se tiendra le 7 décembre à Paris. Plus rien de pourra alors s’opposer au déclenchement de l’opération. Ce sera donc le week-end de tous les dangers. Il faut donc s’attendre à vivre un week-end chaud à Bangui.

lundi 2 décembre 2013

Afrique : le désarmement moral est-il possible ? (par Pascal Djimoguinan)


            L’Europe a connu dans les siècles passés, des guerres qui l’ont appauvrie et créé entre les peuples une grande haine. Peu à peu, avec le concours de certains esprits, le désenchantement de la guerre a fait voir qu’un autre avenir est possible. Les gens se sont rendu compte qu’il fallait désarmer les esprits. L’idée d’un désarmement moral va se mettre en place et envahir progressivement l’univers de la diplomatie internationale que le milieu de l’éducation. On connaître en 1932 à Genève une conférence mondiale sur le désarmement. Pour la première fois, cette question sera abordée comme facteur dont dépendent la compréhension international et la sécurité des nations. A partir de là, on connaître une évolution conceptuelle du désarmement morale. Cela se développera entre les deux guerres mondiales et préparera les esprits par la suite à œuvrer pour la paix. N’est-il pas temps qu’en Afrique, les intellectuels puissent s’engager résolument pour le désarmement moral ?

            La situation en Afrique amène à réfléchir. La guerre semble s’insinuer partout. Il suffit de regarder les cartes des conflits. Le printemps arabe a transformé le Maghreb en zone chaude. En Afrique orientale, à partir de la Somalie, le conflit est alimenté par les chebab ; l’Océan Indien est pratiquement impraticable. En Afrique Centrale, des noms comme M23, Séléka, Joseph Koni nous rappellent qu’il y a tout un travail à faire pour la paix et la sécurité. En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire se remet difficilement de sa crise post-électorale pendant que le Mali attire l’attention de la communauté internationale.

            Tout montre qu’il faudra que les intellectuels africains prennent la question au sérieux. Un sommet se prépare à Paris sur l’Afrique (Sommet de l'Elisée pour la paix et la sécurité en Afrique). Cependant, Il faudrait que le germe de l’avenir vienne de l’Afrique elle-même. Quelle peut être la contribution des africains eux-mêmes ?

            Il faudrait que petit à petit, les intellectuels africains puissent s’organiser. Que l’idée d’une rencontre puisse se développer autour d’un groupe d’intellectuels. Il y a eu des gens qui ont porté l’idée des rencontres autour des arts nègres. Que maintenant les intellectuels africains puissent soutenir et développer l’idée d’un désarmement moral en Afrique. Les fusils ont déjà trop fait la loi en Afrique. Il faut maintenant que la raison prenne la relève. Intellectuels de toute l’Afrique, unissez-vous pour la paix!

dimanche 1 décembre 2013

Mgr Ngartéri, Prends avec toi, Seigneur, celui que nous aimons (par Pascal Djimoguinan)


            Monseigneur Mathias Ngartéri Mayadi a été inhumé le jeudi 28 novembre à N’Djamena. Le prélat qui est décédé lors de son évacuation sanitaire vers la France a reçu l’hommage de tout un peuple.

            Une cérémonie a été organisée à la place de la Nation, qui ce jour était noire de monde. C’était tout le pays qui s’était donné rendu vous pour dire au revoir à celui qui était vu comme un homme de dialogue interconfessionnel et de la cohabitation pacifique dans son pays.

            La date du 28 novembre n’a pas été choisie par hasard pour organiser les funérailles de Monseigneur Mathias. C’est d’abord la fête de la proclamation de la République au Tchad. On sait que déjà au temps du président Tombalbaye, ce jour était réservée à la prière pour la paix dans le pays. Depuis quelques années, renouant avec cette tradition, monseigneur Mathias, ainsi que les leaders des autres confessions religieuses, avaient œuvré pour l’instauration ce jour de la journée nationale de la paix.

            En même temps que les fidèles catholiques, très nombreux présents, toutes les couches de la population ont été représentées dans cette cérémonie : le président de la République, le gouvernement tout entier, les députés, les corps constitués et la plupart des représentants des différentes confessions religieuses.

            Les interventions des différentes personnalités étaient très riches et tous ont reconnu que cet homme de paix est resté fidèle à sa vocation d’homme de Dieu jusqu’au bout. Le président de la République a même tenu à rendre hommage à « l’homme de Dieu, l’homme de pardon et d’amour du prochain, l’homme d’unité, l’initiateur de la journée nationale pour la paix au Tchad, Monseigneur Mathias Ngartéri Mayadi qui rendait plus d’un service à son pays. »

            Normalement, un évêque est enterré dans sa cathédrale. Cependant, parce que la cathédrale Notre Dame de la Paix de N’Djamena est en plein travaux de rénovation, Monseigneur Ngartéri a été inhumé au Grand Séminaire saint Luc de Bakara. A la fin des travaux, ses restes seront transférer à la cathédrale.

            Requiem aeternam dona ei Domine : et lux perpetua luceat ei.


Libera me, Domine, de morte æterna, in die illa tremenda, quando coeli movendi sunt et terra, dum veneris iudicare sæculum per ignem. Tremens factus sum ego et timeo, dum discussio venerit atque ventura ira. Dies illa, dies iræ, calamitatis, et miseriæ, dies magna et amara valde. Requiem æternam dona ei, Domine, et lux perpetua luceat ei. (Délivre-moi Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable, où le ciel et la terre seront ébranlés, quand tu viendras juger le monde par le feu. Voici que je tremble et que j’ai peur, devant le jugement qui approche, et la colère qui doit venir. Ce jour-là doit être jour de colère, jour de calamité et de misère, jour mémorable et très amère. Donne lui le repos éternel, Seigneur, et que ta lumière brille à jamais sur lui.)
 

VIH, anniversaire de tous les espoirs (par Pascal Djimoguinan)


            Cette année on fête le 25ème anniversaire de la journée mondiale de lutte contre le sida, ce fléau qui a été découvert il y a déjà 30 ans. Pour la première fois, un climat général d’optimisme domine dans cette célébration. Tout n’est pas encore gagné mais plusieurs signes indiquent que l’on est en bonne voie et que c’est possible de vaincre cette maladie.

            On peut relever plusieurs de ces signaux positifs dans la lutte contre le VIH

- Le nombre de décès liés au sida a chuté. On parle d’une chute d’un tiers depuis 2005 en Afrique.

- Les nouvelles infections ont également chuté : un tiers depuis 2001.

- Les budgets nationaux consacrés à cette maladie en Afrique ont triplé entre 2007 et 2012.

- La trithérapie est porteuse d’espoir. On peut vraiment s’appuyer sur elle. On peut désormais dire qu’on a quelque chose sous la main pour agir contre le sida.

            Ce qu’il faudra retenir dans la lutte contre le sida, c’est la solidarité internationale qui petit à petit a pu se mobiliser. Il est des moments où malgré la pesanteur des administrations et des grands financiers, l’humanité retrouve sa vraie fibre et s’unit pour sa survie. Il y a certes des obstacles qu’il faut encore lever mais nous pouvons être sûrs que la lutte contre le sida est en bonne voie. Des stratégies ont pu se mettre en place ; cela servira pour les menaces à venir. De cette fierté qu’on ne peut empêcher de laisser monter en nous du fait que nous sommes des hommes et des femmes, on a envie de citer Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes : « Etre homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

            En ce 25ème anniversaire, il faudrait penser à toutes les victimes du sida. A cause d’eux, il faudra que la solidarité humaine se renforce qui atteindre la victoire totale qui n’est plus très loin.

Bangui, le défi des forces de maintien de paix (par Pascal Djimoguinan)


            Les choses se précisent de plus en plus. Les forces françaises sont en pré-positionnement à Douala, prêtes à intervenir à Bangui. Un point aérien se met progressivement en place et des patrouilles françaises et des forces africaines se renforcent dans la ville. Il est clair que dès que le conseil de Sécurité aura adopté le projet de résolution sur la Centrafrique encadré par la résolution 2121, l’intervention arrivera dans sa phase active avec usage de la force s’il le faut pour assurer la sécurité des civils.

            A Bangui, et dans tout le pays, tout ne tient plus qu’à cette intervention. Déjà, la peur commence à disparaître et les voix s’élèvent pour dénoncer les violations des droits de l’Homme et Dieu sait si elles sont nombreuses. La population attend cette intervention et l’appelle de tous ses vœux.

            Il est sûr que dès que l’opération sera enclenchée, il s’agira d’assurer la sécurité dans toute la ville de Bangui. L’état-major français est certainement en train d’étudier toutes les possibilités, sans doute avec les forces africaines. Il faudra que très vite après l’intervention, la ville de Bangui puisse « fonctionner ».

            Le défi immédiat pour les forces de maintien de paix sera la population elle-même. Comment contenir une population qui a subi huit mois d’humiliation, de violence, de frustration et de très grande violence. Comment éviter que le désir de vengeance ne puisse s’exprimer dans des pogroms, des lynchages de toute une partie de la population ?

            Il sera sans doute difficile à des militaires de maîtriser une foule de civiles en colère. Il faudra déjà penser à cela et chercher les solutions qu’il faudra apporter. Comment éviter d’arriver avec une solution qui ne fera que changer la cartographie de la peur dans Bangui ? La grande difficulté sera sans doute d’éviter que la peur et la violence se déplace de Boy-Rabe vers les quartiers Miskine, Boeing et kilomètre 5.

            Les tensions entre les différentes communautés religieuses ont été développement. Après l’intervention française, le moindre débordement de la population banguissoise risque d’être interpréter comme une persécution des musulmans par les chrétiens donc il faudra faire très attention.

            La foule est sans âme ; lorsqu’elle a été pendant un long moment comprimé, des débordements sont possibles. Il faudra que la police ait assez de savoir-faire pour éviter que dans les premiers jours, on ne connaisse des bavures.