mardi 7 avril 2015

La valeur de la vie chez les peuples au Sud du Tchad (par Pascal Djimoguinan)



            Les peuples au sud du Tchad, plus particulièrement ceux du grand groupe sara, accordent une grande importance à tous ce qui a une valeur morale et font tout pour l’encourager dans la société. Toute la culture a pour rôle de promouvoir cette valeur. Cette grande importance pourrait paraître exagérée si on ne fait pas le lien avec la vie. Toute valeur n’est valeur que par son rapport à la vie. Tout ce qui vient aider à l’accroissement de la vie est donc valeur et tout ce qui va contre la vie n’est pas valeur. Ainsi, l’éducation, la culture, les relations, tout est au service de la vie. La Vie pourrait être conçue comme un « transcendantal » en ce sens qu’elle transcende toutes les valeurs particulières et c’est elle qui leur donne d’être des valeurs.
            Il n’est pas étonnant donc dans ces sociétés de voir tout le système qui se met en place pour engendrer la vie, la faire grandir la concevoir.
            Il suffit comme exemple de prendre quelques cas précis, qui pourraient paraître absurdes à un moderne ou à un moderniste mais qui en réalité, fait partie de ce système « vitaliste. »
            Comme dans beaucoup de sociétés, chez les peuples sara, une femme ne peut pendant sa période de menstruation, toucher à la nourriture qui sera consommée par les hommes. Le sens premier est tout simplement lié au sens que le sang a dans la société. Le sang est la vie. La perte de sang équivaut à une diminution de la vie. Pendant cette période, les femmes auraient besoin de se régénérer, elles ont besoin de plus de repos et de tout ce qui pourrait augmenter en elles cette vie (nous ne voulons pas situer dans une perspective de jugement de valeur)
            C’est dans cette même logique qu’il y a les interdits autour de toute mort violente. En cas de noyade, d’assassinat, ou d’accident de chasse, normalement les deuils ne se font pas comme dans les cas habituels ; les enterrements se font de manière précipitée. Ensuite, les veillées funèbres pour ces cas ne se font que de manières sommaires. On n’accepte pas que la vie puisse couler de cette façon. Toute fuite de la vie inquiète car la vie doit être à tout prix rétablie.
            La parole est performative dans les sociétés sara. Ce qu’elle énonce est suivi d’effet. En ce sens, les bénédictions se réalisent par l’accroissement de la vie chez les bénéficiaires. Si les malédictions font peur, c’est qu’elles diminuent la force vitale chez les personnes sur qui elles sont prononcées. Leur puissance est proportionnelle à la position qu’occupe la personne qui la prononce par rapport à celle sur qui elles sont prononcées. Il faut donc éviter à tout prix de recevoir des malédictions de la part des parents proches (père, mère, oncles, tantes). Ceux qui ont donné la vie sont ceux qui peuvent la diminuer par leurs paroles quand ils sont outragés.
            La vie est donc la valeur suprême et le but de toute éducation au sud du Tchad est à son service. Il est bien dommage qu’au nom d’une certaine modernité, toutes ces valeurs soient rejetées aujourd’hui.


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