mardi 25 novembre 2014

TCHAD : Origine de la mort chez les Saras (par Pascal Djimoguinan)



(Pour expliquer l’origine de la mort, les peuples du sud du Tchad utilise ce mythe. Il ne faut pas s’étonner de voir la lutte que tous les enfants engagent contre les margouillats. Pour eux, c’est à cause du margouillat que nous mourons. Il leur faut atteindre un certain âge pour comprendre que c’est un mythe initiateur et que tous doivent passer par la mort.)
            Un jour, Sou envoya un message à la Mort : « Si un homme mort, il doit revenir à la vie mais si la lune meurt, ce sera pour toujours. » Le messager de Sou était le caméléon ; c’est lui qui doit aller transmettre le message à la mort. Pendant que Sou était en train de parler au caméléon, le margouillat était caché sous la maison et avait entendu ce qu’il disait.
            Le margouillat sortit en vitesse, il courut pour aller dire à la Mort : « la Mort, la Mort, Sou m’a envoyé chez toi alors j’ai couru pour venir te dire : si la lune meurt, après trois jours, elle doit revenir ; si un homme meurt, ce sera pour toujours. » La Mort donna son assentiment à la parole du margouillat, si bien que quand il tue un homme, c’est pour toujours alors que la lune ne meurt que pour trois jours.
            Pendant ce temps, le caméléon allait son chemin, wour, wour, wour, marchant péniblement, se reposant souvent et arriva enfin chez la Mort pour lui dire : « La mort, la Mort, Sou m’envoie te dire : si un homme meurt, il reviendra à la vie après trois jours mais si la lune meurt, ce sera pour toujours. »
            Mais la mort lui répondit : « Je n’écoute pas bien ce que tu dis ; le margouillat m’a déjà dit ce qu’il faut faire ; il m’a dit : c’est la lune qui doit, si elle meurt, revenir ; l’homme, s’il meurt, ce sera pour toujours. Ce que le margouillat m’a dit, c’est ce que j’ai retenu ; ce que tu me racontes, toi le caméléon, n’est que pur mensonge ; quitte-là. »
            C’est à cause de cela que, quand les hommes meurent, c’est pour toujours alors que la lune meurt mais revient après !



lundi 24 novembre 2014

Le mythe d'Orphée au Sud du Tchad (par Pascal Djimoguinan)



(La légende d’Orphée est considérée comme un chef-d’œuvre de la mythologie grecque. Orphée, perd sa femme, mordue par une vipère. Par amour, il le suivra jusqu’au royaume des Enfers et persuadera Hades de lui rendre sa femme. Une seule condition lui est posée. Il ne devra pas se retourner pour regarder sa femme qui le suit jusqu’à ce qu’ils soient revenus tous les deux au royaume des vivants. Il respecta la consigne jusqu’au dernier moment mais alors qu’il s’apprêtait à sortir des Enfers, comme il n’entendait pas les pas de sa bien-aimée, il se retourna pour la voir, la perdant ainsi pour toujours. Dans la littérature négro-africaine, nous retrouvons la même histoire avec des variantes. Ici, il s’agit d’un conte du sud du Tchad)

Dans un village, il y  avait une jeune fille qui aimait beaucoup sa mère et la mère également aimait beaucoup. Mais un jour, sa mère mourût. La mort de sa mère l’affligea beaucoup et elle n’arrivait pas à cesser de pleurer.
            Elle sut qu’un vieux sorcier du nom de Gadjiguirgueu est celui qui qui rappeler ceux qui sont morts depuis longtemps pour qu’ils ressuscitent. Mais c’était très difficile de retrouver la demeure de Gadjiguirgueu.
            Le décès de sa mère lui faisait tellement mal que si elle avait pu, elle aurait voulu mourir. Très tôt le matin, elle prit la route et alla son chemin ; elle marcha jusqu’au coucher du soleil.
            Elle rencontra des jeunes filles de son âge, en train de piler. Quand elles l’appelèrent pour venir piler le mil avec elles, la jeune fille ne refusa pas. Elle pila avec elle jusqu’au soir mais refusa de manger la boule.
            Les jeunes filles la bénirent en disant : « do-i ngang jouk jouk, ouweu me-i ngang da, a tin ! Que ta tête soit bien forte, sois courageuse et tu arriveras à tes fins ! »
            Le lendemain, elle marcha dès l’aube très longtemps et tomba sur un groupe de pleureuses. Sans que personne ne le lui demande, elle alla vers elles et pleura avec elles.
            Lorsqu’elle pleura jusqu’au soir, elle fut encore bénie par les pleureuses. Elle marcha, marcha, marcha et trouva une vieille femme dont la peau était mangée par les vers. Elle s’approcha d’elle et lui frotta le dos avec un morceau de calebasse, l’oignit d’huile et l’amena dans sa case.
            La femme la bénit en disant : « Va, si tu trouves la case de Gadjiguirgueu, si un tout petit enfant te demande de l’accompagner pour faire les selles, ne refuse pas. »
            Elle reprit sa marche, et marcha, marcha, marcha ; après trois jours, elle trouva la case de Gadjiguirgueu ; dès qu’elle voulut s’asseoir, un enfant sortit pour lui demander de l’accompagner pour faire les selles ; elle se leva aussitôt pour l’accompagner.
            A l’arrivée au lieu choisi, l’enfant refusa de se soulager mais lui dit : « Si ma mère te demande d’attraper les oiseaux qui sont sur sa tête et de les frire pour elle, fais-le mais n’en mange pas toi-même. Si mon père, en revenant de la brousse tourne sur ses fesses puis tourne sur sa tête, va prendre l’herbe qu’il porte. S’il te dit de donner du fourrage aux chevaux, donne-le aux poules ; s’il te demande de donner des feuilles aux cabris, donnes-en aux poules.
            Peu de temps après, Gadjiguirgueu arriva, tournant ses fesses par-ci, roulant sa tête par-là ; en le voyant, elle se leva rapidement, prit la botte de fourrage et de feuilles sur sa tête et fit que l’enfant lui avait demandé.
Elle entra dans la maison ; elle vit une femme agée et dont les oiseaux tournoyaient autour de sa tête joug joug. La jeune fille les attrapa, les fit frire et les donna à manger à la vieille.
            Peu après, Gadjiguirgueu l’appela : « Mon enfant, tu es une fille très courageuse ; je t’ai tentée sur la route, tu es une bonne enfant ; je t’aurais envoyée chercher de la terre sur laquelle aucune fourmi n’a marché, un mortier et un pilon qu’’on n’a encore jamais utilisé pour piler, pour ressusciter ta mère, mais j’irai moi-même chercher tout cela. »
Il apporta de la terre, la versa dans le mortier et pila ! Les gens sortirent boul boul ; elle les regarda mais ne vit pas sa mère parmi eux ; ces gens disparurent. Il pila de nouveau ; elle ne vit pas sa mère. Pour la troisième fois, il pila. La mère de la fille sortit enfin.
Cependant, avant que sa mère ne reparte avec elle, le vieux sorcier lui dit : « Rentre chez toi avec ta mère ; si quelque chose se passe sur la route, ne te retourne pas, continue tout droit ton chemin, n’entre pas en brousse pour manger des fruits ; sois persévérante, ne te retourne pas jusqu’à chez toi. » La jeune fille respecta la consigne jusqu’au bout et ramena sa mère à la maison.
Quand toi Sou, tu vis cela, tu attrapes ta grand-mère et tu la tues puis tu te rends chez Gadjiguirgueu. Il rencontra les pileuses sur sa route mais passa son chemin. Il vous rencontre, vous les pleureuses, il se met à se moquer de vous. Quand il vit la femme aux vers, il se boucha le nez et continua son chemin.
Arrivé chez Gadjiguirgueu, lorsqu’il vit sa femme avec des oiseaux au-dessus de sa tête, il éclata de rire ; il s’approcha doucement des oiseaux, les attrapa et fit rôtir puis les mangea seul.
Le petit enfant sortit et lui demanda de l’accompagner aux selles mais Sou l’insulta : «Je ne suis pas venu ici pour accompagner des nabots aux selles, que crois-tu ? »
Sur ces entrefaites, arriva le vieux sorcier, et Sou se mit à se moquer de toi jusqu’à se rouler par terre : « Celui-là, c’est quelle sorte d’homme qui marche sur sa tête et sur ses fesses comme ça ? »
Sou aida le vieux décharger sa botte mais ne distribua pas bien : il donna le fourrage aux chevaux, donna les grains aux poules et les feuilles aux cabris.
Lorsque Gadjiguirgueu lui demanda d’aller chercher le mortier, le pilon et de la terre que personne n’a encore touchés, Sou lui répondit : « Suis-je venu chercher les pilons et les mortiers pour ta femme ? Je suis venu chercher ma grand-mère. »
Le vieux sorcier alla lui-même chercher le mortier, le pilon et de la terre, puis pila et la grand-mère de Sou ressuscita. Alors qu’il commençait à lui faire de recommandations, Sou partit avec sa grand-mère sans plus écouter.
Ils ne sont même pas encore arrivés sur la route que Sou entra dans la brousse pour cueillir les fruits, du mougni et du djimkiteu et il en mangea. Le lion n’a pas encore rugi que Sou se retourna et plongea par terre, ne pensant qu’à lui-même, sans penser à sa grand-mère. Sa grand-mère disparut et Sou rentra seul chez lui.


samedi 22 novembre 2014

Le lévirat au Tchad, une fatalité ? (par Pascal Djimoguinan)



            Parmi les maux dont les femmes voudraient se débarrasser aujourd’hui, il y en a un qu’elles considèrent particulièrement comme un joug. Il s’agit de la loi du lévirat dont les abus ont tellement déformé l’usage qu’elle est devenue l’expression de la domination mâle sur les femmes. Que faut-il penser de cette loi et y a-t-il moyen de la revoir autrement ?
            Le nom de lévirat vient de cette loi qu’on retrouve dans le livre du Deutéronome, 25,5-10. Il est très intéressant de lire ce passage parce qu’elle est plutôt en faveur de la femme : « Lorsque des frères habitent ensemble et que l’un d’eux meurt sans avoir de fils, la femme du mort ne peut être reprise par un étranger. Son beau-frère s’approchera d’elle et la prendra pour femme. Il remplira envers elle son devoir de beau-frère,  et le premier enfant qu’elle mettra au monde sera regardé comme le fils de celui qui est mort ; ainsi son nom ne disparaîtra pas en Israël. Mais si cet homme refuse de prendre sa belle-sœur, elle ira trouver les anciens à la porte de la ville et elle leur dira : “Mon beau-frère refuse de maintenir vivant en Israël le nom de son frère. Il ne veut pas remplir envers moi son devoir de beau-frère.”  Alors les anciens le convoqueront et lui parleront. Et s’il s’entête à dire : “Je ne veux pas la prendre pour femme !” sa belle-sœur s’avancera vers lui en présence des anciens, elle lui enlèvera du pied sa sandale et lui crachera au visage. Elle dira : “Voilà ce qu’on fait à celui qui n’assure pas une descendance à son frère.”  Dès lors, en Israël, on appellera sa maison : la maison du déchaussé. »
            La mise en pratique de cette loi se retrouve dans le beau livre de Ruth au chapitre 4 où Booz, par le lévirat épousera Ruth avec qui il mettra au monde Obed, le père de Jessé qui donnera naissance au roi David ; il sera ainsi un ancêtre de Jésus.
            La loi du lévirat avait donc pour but d’assurer une descendance au frère décédé et en même temps de protéger la veuve. C’était une obligation pour l’homme. Le lévirat était un devoir pour les hommes et un droit pour les femmes.
            Au Tchad, plus particulièrement au sud du pays, la loi du lévirat avait pour but de prendre soin des enfants du frère mort. Elle permettait de maintenir les enfants sur place et éviter ainsi leur dispersion. Elle devait également assurer la protection de la veuve et éviter qu’elle soit livrée aux appétits du premier passant.
            Cette loi ne concernait pas uniquement les défunts mâles. Lorsqu’une femme meurt en laissant des enfants, la famille de la défunte permettait que le veuf épouse une petite sœur de la morte ou une de ses cousines proche afin de s’occuper des enfants.
            Si à l’origine, l’intention était noble, très vite il y a eu des abus et le lévirat est devenu un moyen d’oppression de la femme au sud du Tchad. La femme n’avait pas son mot à dire et elle devait subir tout ce que les hommes lui imposaient. La loi a ainsi fini par devenir improductif et perdre sa noblesse d’origine.
            Si dans la vie uniquement pastorale d’autrefois, la veuve devait nécessairement épouser un des frères du défunt ou le veuf, nécessairement une des sœurs de la défunte, il faut dire que les conditions d’existence ont changé et cette loi devient désuète. Il faut donc convenir qu’avec les changements socio-économiques que nous connaissons, il soit normal que lois qui ne conviennent plus changent.
            Ce qui doit primer dans chaque société, c’est le bien-être de chacun de ses membres ; la maturité d’une société se mesure à sa capacité de s’adapter aux situations nouvelles et aux mutations qu’elle connait. Acceptons donc que le lévirat ne devrait plus s’imposer.


jeudi 20 novembre 2014

Lu pour vous/REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE - Responsables de la « plateforme des religieux pour la paix » dont l’Archevêque de Bangui récompensés par une ONG américaine

Bangui (Agence Fides) – « Il s’agit d’un prix décerné à des personnes qui, au milieu des violences, sont parvenues à apporter un autre message, celui de l’amour, de la tolérance, de la cohésion sociale, du vivre ensemble » a déclaré à son retour en République centrafricaine, S.Exc. Mgr Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, commentant le prix pour la paix accordé par l’ONG américaine Search For Common Ground aux responsables de la plateforme des religieux pour la paix, à savoir S.Exc. Mgr Dieudonné Nzapalainga lui-même, Oumar Kobine Layama, président de la communauté musulmane centrafricaine, et le pasteur Nicolas Grékoyamé-Gbangou, président des églises évangéliques.
Les trois responsables religieux, qui ont retiré le prix le 13 novembre dernier, faisaient partie de cinq groupes sélectionnés par l’ONG américaine pour leur engagement en faveur de la promotion de la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans. Les trois responsables religieux ont œuvré sans relâche pour empêcher que la guerre civile centrafricaine entre groupes identifiés, parfois de manière arbitraire, comme « musulmans » - l’ancienne coalition Seleka – et « chrétiens » - les milices antibalaka – ne crée une fracture profonde au sein de la société locale le long de séparations religieuses.
Selon Mgr Nzapalainga, ceux qui ont accordé le prix ont voulu indiquer un chemin également à d’autres personnes qui oeuvrent dans des contextes de luttes et de divisions religieuses et d’autre nature. « Différentes personnes observent l’action que nous menons. Elles voient qu’elle se situe au-dessus de la passion et des sentiments. Elles ont donc pensé que nous menions une action rationnelle qui pouvait être reproduite partout et à laquelle pouvaient s’inspirer ceux qui sont animés par le désir de construire la cohésion sociale ». (L.M.) (Agence Fides 20/11/2014)


dimanche 16 novembre 2014

AINSI VA LE TCHAD (par Pascal Djimoguinan)



            Aux dernières nouvelles, le président Déby se serait decidé à prendre les choses en main à propos du dossier de la pénurie du carburant, cause de la grogne sociale (presque sans précédent) que le pays a connue.
            A l’issue d’une réunion de crise qui a suivi sa visite de la raffinerie de Djermaya, il a improvisé une réunion de la cellule de crise avec les principaux opérateurs pétroliers, les autorités en charge de la gestion du pétrole ARSAT (Autorité de régulation du secteur en aval du Tchad) et SHT (Société des hydrocarbures du Tchad) et les responsables de la raffinerie.
            Le directeur de la SHT a été suspendu et le président a fustigé l’attitude des marketteurs à l’origine de cette crise. Comme solution, il a été demandé à la raffinerie de mettre à la disposition de cinq grands opérateurs pétroliers 15 citernes de gasoil et d’essence par jour pour mettre fin à la pénurie de carburant que connait le pays.
            Le président n’a associé aucun membre du gouvernement à sa visite de la raffinerie.  On pouvait noter à ses côtés la présence du Directeur général de l’ARSAT Boukar Moustapha, du Président du conseil national des pétroliers Mahamat Saleh Issa, du Directeur général de la SHT Ngoté Gali Koutou, de la directrice générale adjointe de la Raffinerie madame Haoua Daoussa Déby, du Directeur de l’Aval pétrolier et de l’inspection de la SHT Tahir Sougui Toké.
            Il est intéressant de noter ce que le président a dit à la fin de sa visite : Mesdames et Messieurs pourquoi y a-t-il pénurie de carburant au Tchad alors que le stock disponible peut couvrir, voire dépasser largement la période de révision de la raffinerie ?... Vous vendez notre carburant en RCA et au Nigéria voisin pendant qu’au Tchad, nous sommes dans le besoin. Du 1er au 13 novembre 2014, soit en douze jours, vous avez enlevé 441 citernes dont 237 de super et 204 de gasoil alors que trente citernes suffisent pour alimenter la ville de N’Djamena. »
            Peut-être que le président vient juste de découvrir la réalité mais il est quand même étonnant qu’il sache que le carburant est vendu en RCA. Les frontières avec ce pays ne sont-elles pas fermées ? Elles sont donc poreuses et on peut les traverser sans que le chef de l’Etat n’en a donné l’ordre ?
            S’il faut suivre la logique jusqu’au bout, il faut retrouver qui a laissé les citernes sortir sans autorisation. La loi devrait sévir dans toute sa rigueur alors. Si le pétrole peut sortir des frontières, que dire des autres armes et munitions, stupéfiants et autres marchandises qui peuvent passer dans les deux sens de la frontière sans qu’il n’y ait de suivi ?
            Peut-être que le président vient juste de découvrir le trafic illégal. Il faut donc prendre des mesures. Les prochains jours nous montreront si la logique est poussée jusqu’au bout dans tous les domaines.