dimanche 3 novembre 2013

Hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon (par Pascal Djimoguinan)


            Encore une fois, les forces du mal ont frappé. Sous les cendres de Kidal, au Nord-Ouest du Mali, couve l’extrémisme qui n’a pas hésité à s’exprimer. Ils ne veulent pas que l’information puisse voyager. Ils ont voulu tuer son messager.

            Il n’est pas étonnant que tous ceux qui veulent cacher quelque chose ne veuillent pas de journalistes à côté. L’obscurantisme ne veut pas de lumière. Mais saurait-on cacher la lumière ? Est-il possible de l’emprisonner ? Tout comme il est impossible de cacher la vérité, il est impossible d’interdire l’information. L’histoire en est témoin.

            Ghislaine et Claude ont été tués mais d’autres journalistes se lèveront et la vérité germera.

            Ghislaine et Claude, vos visages dans la poussière, vous voilà morts chers amis, mais d’autres visages s’éclaireront et se mettront au service de l’information.

            Que vos âmes reposent en paix !


samedi 2 novembre 2013

Tchad, vers une nouvelle armée : le droit humanitaire (par pascal Djimoguinan)


            Selon un communiqué du CICR datant du jeudi 31 octobre, le Comité international de la Croix-Rouge, en coopération avec l’armée tchadienne, vient d’achever la formation d’un millier de militaires tchadiens en droit international humanitaire. C’est sans doute une prise de conscience que désormais, il ne suffit pas de savoir manier la kalachnikov pour être un bon militaire. Il faut en plus de cela avoir une tête bien faite et les autorités tchadiennes semblent avoir retenu la leçon après leur tentative infructueuse de mettre un général tchadien à la tête des forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
            La formation qui a duré 5 jours a eu lieu au centre d’instruction de Loumia et permis aux militaires de se familiariser d’une part avec les notions de bases du droit international humanitaire, à savoir comment limiter les effets des conflits armés en protégeant les civils et les blessés dans un effort pour restreindre les moyens et les méthodes de guerre et d’autre part avec les règles d’engagement applicables aux forces armées dans les opérations de maintien de paix.

            Le chef de la délégation du CICR au Tchad, Linh Schroeder a déclaré à propos de cette formation que « le participants ont été sensibilisés aux conséquences humanitaires découlant des opérations militaires qu’ils auront à mener sur le terrain. Des sujets aussi importants que  la protection des civils  dans les conflits armés ont pu être abordés ».

            Cette mission vient à point car les militaires tchadiens, si jusque-là, on ne pouvait nier leur courage lors des engagements militaires, avaient la fâcheuse tendance à croire qu’on pouvait résoudre tous les problèmes avec le fusil et la baïonnette. Ainsi dès que les combats prenaient fin et qu’il fallait assurer le maintien de paix, faire le travail de la police, les militaires tchadiens se transformaient tout simplement en forces prédatrices.

            Ces militaires ainsi formés seront envoyés au Mali et en Centrafrique. Il faut espérer qu’après cette formation, ils comprendront mieux ce qui est attendu d’eux et qu’ils aideront  aux opérations de sécurisation et de maintien de paix dans les régions qui ont connu la guerre.

vendredi 1 novembre 2013

Hebga ou la quête de rationalité jusqu’à l’impossible (par Pascal Djimoguinan)


            En Afrique, il est courant d’entendre des histoires qui rappellent de prime abord l’univers des contes et du merveilleux. On parle sans problèmes des hommes qui se transforment en animaux ou vice-versa, des gens qui se trouvent en plusieurs endroits à la fois, des plantes qui parlent, quelquefois pour sauver des hommes. Il est plus facile, au nom de la rationalité, de rejeter tout cela sans autre forme de procès. Mais suffit-il de ne plus s’y intéresser pour que le problème n’existe plus ? L’attitude rationnel ne consiste-t-elle pas à s’arrêter sur le sujet pour voir de quoi il retourne et de donner les raisons de la position qu’on adopte ?

            Plusieurs africains ont tenté d’aborder courageusement de problème, de s’y frotter peu ou prou et d’apporter des explications qui peuvent résister à la critique. Parmi ces hommes, nous pouvons citer Meinrad Hebga d’illustre mémoire, en sa qualité de philosophe anthropologue.

            Le titre de sa thèse de troisième cycle, soutenu à l’Université de Rennes nous montre qu’il est entré de plein pied dans le sujet qui nous interesse : « Le concept de métamorphose d’hommes en animaux chez les Basaa, Duala, Bantu du Sud-Cameroun ». C’est un sujet que l’on retrouve dans toutes les aires géographiques de l’Afrique. Les hommes peuvent-ils vraiment se transformer en animal ?

            Dans sa thèse d’Etat, cette fois soutenue en Sorbonne, Hebga essaie de voir « la rationalité d’un discours africains sur les phénomènes paranormaux ». Comment rendre compte des phénomène paranormaux comme les lévitations, les bilocations, les apparitions, les visions, les envoûtements et les sorcelleries…

            Pour lui, il sied de « réhabiliter les croyances métaphysiques et religieuses africaines qui se sont trop vite effacées devant l’irruption des philosophies et religions étrangères. » Une fois ce travail fait, il faut arriver à « saisir et exposer la rationalité du discours que les africains tiennent à leur endroit ».

            Hebga n’hésite pas à revisiter le schéma dualiste de la pensée occidentale, héritée en grande partie de la pensée grecque, qui pense l’homme comme corps-âme, pour le comparer à la pensée africaine qui en grande partie pense l’homme comme triade : corps-souffle et ombre. Cette triade forme un champ d’énergie complexe qui fait que l’homme est un être structurellement énergétique et relationnel. Si nous ne nous trouvons plus dans une conception cartésienne, on ne peut cependant pas nier à ce monde sa logique propre et sa cohérence profonde.

            Hebga n’hésitera pas à utiliser les données de la physique contemporaine, tant sur le plan de mécanique ondulatoire ou d’électromagnétique, de la physique quantique pour éclairer son raisonnement. Il en arrive à la conclusion que nous ignorons encore beaucoup de choses.

            Il serait intéressant de conclure avec un mot de Hebga dans son livre Sorcellerie, chimère dangereuse… ?

« L’on me demande parfois : ‘Croyez-vous à la sorcellerie et la magie ?’ Question claire et directe s’il en fut, mais à laquelle je ne puis répondre qu’avec un distinguo. Oui, je suis convaincu que certains individus sont doués d’une force paranormale dont la nature n’a pas encore été déterminée, force qui est probablement naturelle, une sorte d’énergie spéciale, mais qui dans certains cas pourrait bienêtre supraterrestre. Grâce à elle, ils produisent des effets extraordinaires, transitoires ou permanents sur leurs semblables, effets surtout mauvais qui dépassent le niveau de l’illusionnisme ou de la simple hallucination. Des faits nombreux, quelques-uns scientifiquement établis, la plupart constatés ou vécus dans le monde réel des personnes normales et équilibrées, faits irréductibles, drus, massifs, rebelles à tout escamotage par le moyen de théories religieuses ou scientifiques, sont là pour faire toucher du doigt la présence troublante de la sorcellerie et de la magie…

            En tant que chrétien et prêtre, je ne crois pas en la sorcellerie et en la magie noire, c’est-à-dire que je ne place point ma confiance en elles. Au reste je ne les redoute nullement… »


jeudi 31 octobre 2013

Libye, véritable western (par Pascal Djimoguinan)


            La Libye d’après Kadhafi n’arrêtera pas d’étonner. Si depuis ce qu’on a pris l’habitude d’appeler « révolution », on a l’impression de vivre un film western, les derniers événements pourraient nous aider à lui donner un titre : « Pour une poignée de dinars libyens ».

            On a appris ce lundi que 54 millions de dollars auraient été volés dans un fourgon de fonds à Syrte. Un groupe d’hommes armés non-identifiés auraient attaqué un fourgon de transport de fonds d’une branche de la banque centrale. Ces hommes, une dizaine, arrivés à bord de deux voitures, étaient lourdement armés et auraient dérobé l’équivalent 54 dollars répartis comme suit : 42 millions de dollars et l’équivalent de plus de 12 millions de dollars en monnaie américaine et en euros.

            Ces fonds avaient été transférés de Tripoli vers Syrte par avion avant d’être chargés dans un container spécial du fourgon.

            On est amené à se demander s’il existe encore un Etat en Libye. Après avoir appris comment les milices font la loi, nous voyons maintenant avec quelle facilité l’argent des banques peut être emporté par un groupe d’hommes sans foi ni loi. Cela montre l’état de délabrement dans lequel se trouve la Libye post-kadhafienne.

            Ce pays lutte pour affirmer sa souveraineté face à l’extérieur alors qu’à l’intérieur, il a bien du mal à se maintenir. La force d’inertie n’arrive plus à maintenir l’équilibre. L’apport extérieur a complètement désintégré le semblant équilibre intérieur. Personne ne peut prévoir l’avenir immédiat de la Libye. Comment aider ce pays ?

            Que ceux qui s’ingèrent de l’extérieur dans les efforts des Etats, brisant ainsi l’équilibre entre les forces intérieures réfléchissent désormais par deux fois avant de s’engager dans leurs actions déstabilisatrices.

mercredi 30 octobre 2013

La RDC : Est-ce le début de la paix ? (par Pascal Djimoguinan)


            Les choses se sont accélérées ces derniers jours en République Démocratique du Congé. Kilumba, Kiwanja et Rutshuru sont tombés les unes après les autres comme des fruits mûrs sous l’action conjuguée de l’armée régulière, les FARDC et la force de l’ONU. La situation est telle que le chef de la Monusco, Martin Kobler a déclaré que la rébellion du M23 est « quasiment finie en tant que force militaire ».

            On peut dire qu’il y a aujourd’hui plus de chance que la paix revienne à l’Est de la RDC. Le M23 défait, on pourra facilement arriver à trouver dans les jours qui suivent une solution diplomatique au problème des bandes armées qui a si longtemps empoisonné la vie en RDC. Un tournant a certainement eu lieu dans le Kivu.

            Une première constatation se fait. Les pourparlers de kampala ont trainé en longueur sans qu’une solution n’ait vraiment été trouvée. On a assisté à une valse de retrait-retour tout le temps qu’ont duré ces négociations. En début de la semaine dernière, le lundi 21 octobre, les deux parties en négociation, le gouvernement de la République démocratique du Congo et les rebelles du M23 avaient déclaré les négociations étaient suspendues. Les rebelles avaient même parlé de blocage même s’ils se disaient prêts à reprendre le dialogue.

            Il semble que des efforts diplomatiques à eux-seuls ne font pas beaucoup avancer les choses. On a vu les tergiversations et les atermoiements qui ont accompagné les négociations. Maintenant qu’une victoire militaire s’annonce, il est sûr que les choses deviendront plus claires.

            Faudrait-il que la situation Congolaise serve de modèle à toutes les négociations qui trainent en Afrique sans jamais ramener la Paix ? Il faut sans doute être capable de manier le bâton et la carotte. Un gouvernement en position de faiblesse n’est peut-être pas capable de négocier avec des groupes rebelles !


mardi 29 octobre 2013

L'excision, quelle alternative ? (par Pascal Djimoguinan)


            Il y a un débat qui ne cesse de nos jours de prendre de l’ampleur. Il s’agit de celui de l’excision. Malheureusement comme dans tous les grands débats, se trouvent engagés ici deux groupes qui s’engagent dans un dialogue de sourds, sans chercher à trouver un terrain d’entente, les adeptes de la cause et ses opposants. Est-il possible d’aborder le problème de l’excision sans tomber dans une sorte d’extrémisme qui ne dit pas son nom pour arriver à une alternative, qui ne jetterait pas dans un même élan, le bébé et l’eau du bain ?

            Les opposants avancent et cela avec raison, les arguments suivants : l’excision est une mutilation génitale, elle met en danger la vie (pendant l’opération-même et plus tard au moment des accouchements).

            Ceux qui sont pour l’excision avancent que  l’amputation de l’organe en question rend à la personne toute sa féminité, que cela correspond à une tradition qui doit être maintenue etc.

            Nous avons exprès choisi ici de caricaturer les arguments des deux camps, mais en vue de montrer que, tel que le débat est engagé, il est impossible d’arriver à une conciliation. Nous n’allons pas non plus entrer dans l’énumération des différentes sortes d’excisions qui feraient que si on voulait établir la répartition sur la carte (particulièrement de l’Afrique), on aurait tout une palette qui irait de la corne de l’Afrique vers l’Afrique de l’Ouest avec une excroissance vers le Proche-Orient.

            Et si l’on essayait d’aborder le problème de l’excision plutôt sous son aspect de phénomène social, avec toute la fonction d'intégration qu’elle joue ? Peut-être pourrait-on ainsi arriver à une solution qui réconcilierait tout le monde.

            Prenons l’exemple du groupe Sara du Sud du Tchad. En parlant d’excision, on croirait à tort qu’elle ne se réduit qu’à l’opération d’amputation. En réalité, elle comporte plus que cela.

            L’excision consiste en toute une initiation qui marque un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte, de l’anonymat culturel au stade de femme dans la société. C’est la période où les néophytes apprennent leurs droits et leurs devoirs de femmes dans la société avec un temps de réclusion.

            Ce passage est marqué officiellement par les danses dans des tenues où la coquerie n’est pas laissée à côté du sérieux de l’événement.

            La difficulté de ceux qui sont contre  l’excision est venue du fait qu’ils n’ont pas pris en compte cet aspect. Ils ont cherché à supprimer l’excision dans sa totalité, sans donner la possibilité de marquer le passage par un rite.

            Il est possible de supprimer l’excision comme opération mais en gardant l’aspect de rite de passage. Cela est possible parce qu’un exemple existe déjà, chez les mouroums qui vivent dans la région de Laï, au Sud du Tchad.

            Les jeunes filles mouroums, sans connaître l’excision comme telle, ont une période d’initiation traditionnelle qui marque le passage de l’enfance à l’âge adulte. C’est la période où elles sont initiées à leurs rôle de futures mères, épouses, de femmes

            Il est donc possible de voir comment, partout où l’excision se pratique dans le Sud du Tchad, on pourrait arriver à ce type d’excision symbolique dont la richesse pourrait encore être plus grande. On aurait ainsi la fonction sociale sans avoir à pratiquer l’amputation génitale.

            Il faut sortir des sentiers battus et cesser de croire qu’il suffit de reproduire à l’infini les mêmes gestes pour être fidèle à la tradition. La tradition aurait intérêt à se développer dans l’inventivité. Cela éviterait de figer la pensée dans le face à face stérile où se trouvent les groupes qui refusent tout dialogue.

lundi 28 octobre 2013

Centrafrique : le danger des va-en-guerre (par Pascal Djimoguinan)


            Dans la journée du samedi 26 octobre 2013, des combats ont eu lieu dans la ville de Bouar, une ville situé à environ 400 km au nord-ouest de Bangui. Des tirs nourris d’armes lourdes et légères auraient fait fuir la population. Dans l’après-midi, l’armée aurait repris le contrôle de la ville.

            Depuis la prise du pouvoir par Michel Djotodia à la suite d’une rébellion armée le 24 mars 2013, le pays est livré à des chefs de bande et des mercenaires. L’Etat peine à restaurer son autorité et il est à craindre que le pays sombre dans un conflit religieux entre chrétiens et musulmans.

            La situation semble s’être aggravée ces dernières semaines. Des anti-balakas, des milices paysannes d’autodéfense ont vu le jour en réaction aux violences et aux exactions commises par les ex selekas.

            Le danger qui pointe à l’horizon est qu’avec la multiplication de ces milices et des attaques qu’elles organisent contre les villes, il ne soit pas possible d’organiser les élections dans les 18 mois comme convenu et que la Transition dure plus longtemps.

            Il serait intéressant de se demander si la création de ces milices est survenue de manière fortuite. Si cela est le cas, il serait assez facile de les circonscrire pour permettre que le jeu politique se mette en place.

            Si par malheur, et cela est une crainte, la naissance de ces milices est le fruit d’une machination, en vue d’empêcher les élections et de prolonger le temps de la transition, il serait bien difficile de mettre fin à cela.

            Qui aurait intérêt à ce que l’insécurité perdure et que les élections n’aient pas lieu à temps ? Il est bien difficile dans les circonstances actuelles de dire exactement ce qui est en vue mais il faut reconnaitre que la Centrafrique est en danger. Tous les amis du pays devraient prendre cela au sérieux et user de tous les moyens pour que la sécurité revienne et que les élections aient lieu