samedi 1 août 2015

Le mongo est-il une langue pauvre ? (par Pascal Djimoguinan)



            Il est courant d’entendre dire que les langues africaines sont des langues pauvres car elles ne peuvent pas conceptualiser et ont très peu de mots. Malheureusement il y a des africains qui s’engouffrent dans cette brèche ouverte par les scientistes du XIXème  siècle qui étaient en quête de théorie capable de légitimer la colonisation. Suivant cette théorie de langue pauvre, le mongo,  (langue du groupe sara) devrait disparaître dans les oubliettes car seules les langues occidentales seraient capables de fournir l’outil nécessaire à la communication aujourd’hui.
            Ce que l’on oublie souvent dans ce genre de débat est que le rôle d’une langue est de permettre la communication. Dès qu’une langue permet cette communication, on ne peut plus dire qu’elle est pauvre. Or il y a plusieurs milliers de personnes qui communiquent en mongo et rien n’indique que cette communication passe mal.
            Une seconde chose est que ce qu’on appelle pauvreté d’’une langue n’est en fait que le fait de sortir une langue de son contexte (du milieu où elle est utilisée) pour la mettre dans un nouveau milieu. Il ne faut pas oublier que toute langue vivante s’adapte et emprunte des nouveaux mots pour exprimer des réalités tout à fait nouvelles. L’exemple du français est bien parlant puisqu’il a emprunté des mots dans les langues qui ont été en contact avec lui (latin, grec, anglais, etc)
            L’illusion de la pauvreté des langues africaines vient du fait qu’on a l’impression que les langues européennes sont plus riches parce qu’elles ont plusieurs mots pour nuancer, préciser une réalité. Une langue peut avoir plusieurs mots pour nuancer une réalité liée au à un contexte socioculturel précis. Prenons un simple exemple en mongo pour montrer l’inanité de cette idéologie de langue pauvre.
            Pour exprimer l’action d’une femme en train de travailler au mortier avec son pilon, le français n’a qu’un seul verbe, piler pour exprimer là où le moment a plusieurs nuances :
- « Soueu » exprime piler mais en ce sens que l’on est en train d’enlever les grains de mil de l’épi.
- « Seub », piler dans le sens d’enlever le son du mil
- « kindeu kid », piler dans le sens de nettoyer le reste de son du mil déjà pilé.
- « Kour », piler dans le sens d’écraser le mil pour faire de la farine
- « neut », piler la semoule de mil en y ajoutant un peu d’eau
- ‘ « Ngueu », c’’est piler le mil pour faire directement la farine, sans avoir au préalable enlevé le son.
            On traduirait invariablement toutes ces actions en français par le verbe piler sans savoir qu’il y a des nuances très importantes pour ceux qui utilisent le mil. Il ne viendrait pour autant pas dans l’esprit d’un mongo de tirer la conclusion que le français serait une langue pauvre.



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