mercredi 25 mars 2026

Tchad, : Liberté pour Masra. (par Pascal Djimoguinan)

 S’il m’était demandé de parler aux hommes politiques tchadiens aujourd’hui, voilà ce que je leur dirais :

Ne savez-vous pas que toute la politique tchadienne est polluée par la détention de Masra Succès ?

Montrez-moi un seul avantage que le Tchad tire de cette détention. Il ne me souvient pas que cela ait fait partie du programme du candidat président lors de la campagne présidentielle, alors d’où cela sort-il ?

Lorsque nous étions petits, dans nos groupes, il y avait ce que nous avions l’habitude d’appeler « Kaouffage ». Arrêtons-nous un instant sur ce concept typiquement N’Djamenois :

Le mot « Kaouffage » a été forgé à partir du mot « Khof » en arabe dialectal tchadien qui veut dire la peur. En français, très souvent le « age » s’ajoute au verbe pour désigner une action ou son résultat. Ainsi, le mot « Kaouffage » désigne l’action de faire peur, souvent en vue d’obtenir quelque chose.

Le Kaouffage se fait souvent dans un groupe afin de garder le leadership. Il est aussi exercé entre les groupes, dans ce qu’on appelait autrefois, au temps de la « guerre froide » un équilibre de terreur.

Il ressort de tout cela que le Kaouffage est l’apanage des chefs de gangs, les « gary » du marché.

Cet excursus était dans le but de dire que l’interpellation et la garde en détention de Masra Succès est un Kaouffage de l’Etat.

Il faut dire tout de suite que l’intérêt de ce Kaouffage d’Etat est nul. Non seulement seule ne nuit pas à la réputation de Masra, mais cela fait de lui un martyr tout en rendant tout message du gouvernement inaudible.

Il est temps de revenir à la vraie politique et de travailler pour le bien de la population. Il faudra que ceux qui sont au pouvoir, après avoir perdu inutilement du temps dans des incantations magiques commencent à mettre en pratique les promesses de la campagne présidentielle pour le bien de la population.

Quant à Marsra Succès, laissez le tranquille. Que chacun fasse sa propre politique. Le peuple tchadien reconnaîtra les siens.



samedi 3 janvier 2026

LES RESCAPES - Dounia woursal loubia

En février 1979, la guerre civile éclate à N’Djamena et va embraser tout cet état de l’Afrique Centrale qu’est le Tchad. A partir de ce moment, suivra un temps de perturbation qui va entrainer tout le pays dans une descente aux enfers.

Le roman commence par le récit de Djasra et Laré deux cousins qui étaient encore adolescents au moment du déclenchement des événements. Pour ces deux personnages nous avons deux regards croisés, masculin et féminin de la façon dont les événements ont été vécus et comment s’est manifestée la résilience de tous ceux qui ont vécu cette guerre civile.

Djasra et Laré racontent comment la guerre qui s’est déclenchée dans un établissement d’enseignement secondaire était pour eux la fin d’un monde. Les différentes péripéties seront suivies à travers Djasra et Laré et leurs familles respectives.

Laré, avec sa famille, a dû quitter la capitale pour se refugier dans un premier temps à Koundoul, une bourgade située à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Dans un premier temps, la vie a commencé à s’organiser dans ce centre. Laré et quelques adolescentes vont s’organiser pour contrer un projet des adultes qui voulaient régler un cas de viol à l’amiable, au détriment de la victime.

Très vite, la situation du pays va se détériorer avec l’avancée de la zone des conflits. Les familles vont descendre plus au sud du pays. Chacun rejoindra sa région d’origine.

En l’absence de l’état, il fallait s’organiser pour survivre. Ce sera les femmes qui vont réagir très rapidement et assurer la survie des familles. Par leurs réactions, elles vont petit à petit prendre leur autonomie que la tradition leur refusait au nom d’une certaine cohésion sociale.

Djasra sera séparé de sa famille qui va également rentrer au sud du pays. Lui, restera à N’Djamena, espérant une reprise prochaine des cours pour passer son brevet d’études secondaires. Il aura à vivre les troubles que connait la capitale dans les affrontements entre les différentes factions militaires. Avec quelques amis, il sera au quartier Ardep Djoumbal, tentant de courber le dos en attendant que le pire passe.

Djasra et ses amis décideront finalement de sortir de N’Djamena. Ils assisteront impuissants à la prise de Moursal par la coalition dirigée par le Premier ministre. Leur périple les conduira à Bakara, puis à Koundoul village. Là ses amis vont continuer au sud du pays alors que Djasra reviendra encore à N’Djamena.

Il vivra d’abord un temps à Ardep Djoumbal, puis se rendra à la base militaire de Farcha pour quitter N’Djamena. Avec un ami, Alexis, ils vivront une aventure rocambolesque où Djasra a failli se faire abattre par un enfant-soldat.

Arrivé au sud du pays, Djasra tentera de survivre grâce à la culture. Très vite, il sera rattrapé par les combats. Il vivra l’effroyable destin de ceux qui vivent dans un pays conquis.

Finalement, tous retrouveront la paix en regagnant l’antre du loup, N’Djamena où chacun essayera de retrouver la vie d’avant la guerre.

L’épilogue nous montre Djasra et Laré finissant de raconter les dures années de la guerre. Nous avons de plaisir de retrouver Nodjilar, la victime du viol à Koundoul. Sa rédemption viendra d’un geste qu’elle posera pour sauver son bourreau qui a été victime d’un accident. Celui-ci va s’enfermer dans la honte de l’acte qu’il avait posé.

Le roman finit par un regard d’espoir pour l’avenir : « Le temps de la guerre est passé, il faut faire place aux éveilleurs de conscience. »