samedi 8 mars 2025

Message de Carême de monseigneur Edmond Djitangar aux chrétiens de l'archidiocèse de N'Djamena

 « Soumettez-vous à Dieu et résistez au démon : il s’enfuira loin de vous. Approchez de Dieu et Lui s’approchera de vous. Pécheurs, enlevez la souillure de vos mains ; hommes partagés, purifiez-vos cœurs. Abaissez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera » (Jc 4,7-8.10).

Chers frères et sœurs

Bien-aimés de Dieu dans le Christ

C’est en « pèlerins de l’espérance » que nous sommes entrés dans cette année jubilaire. Le Carême est une étape importante de notre marche jubilaire et c’est l’occasion de nous rendre compte des grâces déjà reçues du Seigneur au niveau personnel, familial ou ecclésial, dans l’espérance d’autres, plus abondantes.

C’est d’abord une marche d’espérance de libération. Nous nous engageons dans une marche dont le but est de nous libérer de notre égoïsme, de tout ce qui nous retient prisonnier de nous-même et nous éloigne de nos frères et sœurs. C’est une marche en Eglise, une marche synodale avec tous ceux qui composent notre Eglis-Famille de Dieu.

C’est une marche d’espérance de conversion et l’Eglise notre Mère dispose des moyens pour soutenir nos efforts de conversion personnelle ou communautaire dans cette marche d’espérance de libération. Elle commence avec la réception des cendres, signe d’humilité et expression de notre fragilité devant le péché. Mais notre espérance en la toute-puissance de Dieu nous donne des forces et nous rend vainqueur dans la lutte contre le mal.

La prière et en particulier l’adoration silencieuse devant le St-Sacrement nous permet de nous libérer des préoccupations ordinaires pour donner plus de temps à Dieu. Le jeûne signifie que la Parole de Dieu est la vraie nourriture pour notre vie spirituelle et nous la mettons au-dessus des besoins naturels. L’aumône n’est pas un simple geste de pitié, mais un geste de partage qui exprime l’attention et l’amour que nous portons aux autres, spécialement ceux qui ont besoin de notre aide.

Les autres dévotions, en particulier le chemin de croix et le rosaire nous font revivre spirituellement notre marche à la suite du Christ et nous font faire la révision de notre foi. La pratique des œuvres de miséricorde (visite des malades, des prisonniers, assistance diverses, accueil des étrangers…) nous permet de rencontrer le Christ en personne dans ces frères et sœurs privés de santé, de liberté ou de sécurité qui attendent notre aide.

Le Carême est surtout un temps de combat spirituel personnel et communautaire… C’est le temps favorable pour combattre les maux qui nous fragilisent et nous empêchent de nous épanouir comme chrétiens dans notre vie familiale ou en Eglise-Famille de Dieu. Aussi, j’invite les chrétiens qui vivent une situation irrégulière dans leur ménage (concubinage refus de célébration du mariage sacramentel…) ou dans leur vie chrétienne (fréquentation des marabouts, des devins ou des sectes) à se sortir de ces situations et à mettre de l’ordre dans leur vie chrétienne. Sans le savoir, ils s’éloignent petit à petit de la vie de la communauté chrétienne, ne participant plus aux CEB et ne donnant plus les cotisations de l’Eglise. Sans rejet de la foi, ils finissent par être indifférents aux exigences de leur baptême.

Nos organisations paroissiales et nos mouvements souffrent des querelles de leadership ou des jalousies entre les membres et des petites divisions naissent. Certains responsables ne vivent pas en règle avec la foi chrétienne ou ne dirigent pas les autres avec l’esprit chrétien. Je les invite à revenir à leurs statuts, à les respecter et à les appliquer pour donner un témoignage chrétien de l’autorité qui est un service gratuit.

Nos commissions Justice et paix ont de la peine à se faire entendre et il y a encore trop de silence des chrétiens face aux injustices et aux exclusions sociales et religieuses dont ils sont les premières victimes. L’engagement sociale des chrétiens souffre encore des manipulations politiques et des complicités ethniques. Les chrétiens doivent proscrire toute parole qui divise, les insultes, les moqueries, les provocations inutiles… Cela ne construit ni la famille, ni la société, ni l’Eglise.

Je voudrais vous interpeller sur un phénomène qui est une grande source d’inquiétude pour nous vos pasteurs. C’est la gestion des funérailles. Certains comportements méritent réflexion car il y a un mélange de la culture traditionnelle avec les cultures d’importation qui se manifestent dans certaines conduites au cours des funérailles et qui sont contraires à l’Evangile.

Je veux souligner entre autres, les mauvais traitements que subissent les veuf/ves ainsi que les orphelins en cas de décès du conjoint. Les biens du défunt sont séquestrés par des « parents » …parfois chrétiens, qui s’en approprient au nom de la « famille » et excluent les vrais membres de la famille éprouvés. C’est une injustice grave qu’il faut corriger.

Pour bien vivre pleinement l’esprit de l’année jubilaire, je demande à tous de faire des efforts pour que règne un peu plus de justice et de paix dans nos relations familiales et sociales. Que ceux qui sont en conflits cherchent des chemins de réconciliation. Que les employeurs (familles, entreprises, sociétés, économat diocésain, paroisses, presbytères, communautés religieuses, écoles, institutions sociales…) traitent les employés avec justice en respectant les normes du droit.

Le Carême est aussi le temps des sacrifices pour manifester notre reconnaissance à Dieu et notre amour de l’Eglise. Nous sommes appelés à accomplir notre « devoir pascal ». Il consiste à fréquenter les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie et à s’acquitter de deux contributions à la vie de l’Eglise : la dîme et le denier du culte.

La dîme est le reversement à l’économat diocésain du 1/10 de tout ce que le chrétien gagne dans l’année. Elle est destinée à faire vivre les prêtres. Le denier du culte est l’équivalent du salaire d’une journée de travail ; il est reversé pour soutenir l’archidiocèse dans l’entretien des lieux de culte ou la construction de nouveaux.

Ces deux contributions sont obligatoires et peuvent se faire en espèce ou en nature ; elles n’excluent pas les autres contributions dites « volontaires » car les montants ne sont pas fixés. Ce sont : les quêtes ordinaires de la messe et les dons faits par les fidèles aux prêtres pour les besoins du presbytère ou de la paroisse. J’invite tous les fidèles à méditer cette sentence du Siracide et de s’acquitter de ce devoir pour le plus grand bien de notre Eglise-Famille de Dieu :

« Consacre de bon cœur à Dieu le dixième de ce que tu gagnes. Donne au Très-Haut selon ce qu’il te donne et sans être regardant, selon tes ressources car le Seigneur paye de retour ; il te rendra sept fois plus que tu n’as donné » (Si 35,14-15).

Les fidèles catholiques ne manquent certes pas de générosité mais les fruits de cette générosité sont souvent mal orientés ou mal gérés. Nous constatons qu’avec le nombre des fidèles tous les dimanches à la Messe et celui des haut-cadres qui sont parmi nous, nous ne soyons pas capables depuis huit ans de finir la construction d’une seule église paroissiale ou d’offrir une maison d’habitation convenable à nos prêtres, dans l’enceinte de nos paroisses.

L’archidiocèse ne vit pas des fonds spéciaux venant de Rome comme certains le pensent, mais de l’apport des fidèles et la richesse de l’Eglise, ce sont les fidèles et ce qu’ils peuvent mettre en commun pour soutenir ses ministres et développer ses activités. Ceux et celles qui ont les moyens ne doivent pas hésiter ou avoir peur de faire des offrandes substantielles, pas seulement à la demande, mais volontairement pour soutenir les projets de l’Eglise.

Nous constatons aussi que nos fêtes liturgiques (baptême, mariage, ordination, vœux) et familiale (anniversaire, diplômes ou promotion) occasionnent des dépenses énormes, surtout en nourriture, en boissons alcoolisées… sans compter les dépenses parallèles et non essentielle : protocole, tenue d’honneur etc… Ce sont là des sources de gaspillage et d’appauvrissement de nos familles et de nos communautés. Apprenons à vivre dans la sobriété, à prévoir, à épargner pour investir dans les domaines plus productifs afin d’améliorer les conditions de vie de nos familles et de notre Eglise.

Chers frères et sœurs, bien-aimés de Dieu,

Même si ce message est centré sur la vie de notre Eglise-famille de Dieu qui est à N’Djamena, nous sommes appelés à regarder bien au-delà de nos frontières. La Conférence des Evêques du Tchad (CET) se prépare à accueillir en janvier 2026 la XIIIe Assemblé plénière de l’Association des Conférences Episcopales de la Région Afrique Centrale (ACERAC). Le choix de N’Djamena pour abriter ce grand événement nous honore, mais il est aussi une lourde charge qui nous demande une bonne organisation, et une bonne gestion.

Nous avons mis en place une organisation chargée de sensibiliser d’abord les fidèles catholiques. Les membres sont issus de toutes les composantes de de notre Eglise-Famille de Dieu. La préparation et la réalisation de cet événement d’église constituent des lieux d’exercice de notre synodalité et de notre unité ecclésiale. Vous serez sollicités à tous les niveaux et vous aurez sûrement à consentir des sacrifices sous forme de dons en espèces, en nature ou en temps. Je suis sûr que vous y contribuerez généreusement bien au-delà de ce qui vous sera demandé.

Puisse le Seigneur nous accorder un fructueux pèlerinage d’espérance. Puisse-t-il nous maintenir unis et solidaires dans notre marche derrière lui, vers Pâques. Ma prière vous accompagne tous, en particulier les communautés du Kanem-Lac Bahr El Gazal – Borkou Tibesti. Dites aux catéchumènes que je pense beaucoup à eux et que je suis impatient de les accueillir bientôt à la Table eucharistique de la grande Famille de Dieu.

Que son Nom soit béni maintenant et toujours.

Priez et faites aussi prier pour mi s’il vous plaît.

N’Djamena 05-03-2025, jour des cendres 2025.

+ DJITANGAR Goetbé Edmond

Archevêque métropolitain de N’Djamena




lundi 10 février 2025

La Complainte de Mandrin - Chanson d'Yves Montand (Par Pascal Djimoguinan)

On était enfants, jeunes ou adolescents, le cœur plein d’aventure et les chansons qui nous venaient aux lèvres, continuent aujourd’hui à nous égayer et nous nous surprenons parfois à les fredonner que tombe le soir et qu’une brise légère adoucit le temps. A vous tous, nostalgiques comme moi, je vous dédie cette chanson. Nous avons toujours le cœur jeune.


Nous étions vingt ou trente
Brigands dans une bande
Tous habillés de blanc
À la mode des, vous m'entendez
Tous habillés de blanc
À la mode des marchants

La première volerie
Que je fis dans ma vie
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un, vous m'entendez
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un curé

J'entrais tout dans la chambre
Mon Dieu, qu'elle était grande
J'ai trouvé mille écus
Je mis la main, vous m'entendez
J'ai trouvé mille écus
Je mis la main dessus

J'entrais dedans une autre
Mon Dieu, qu'elle était haute
De robes et de manteaux
J'en chargeais trois, vous m'entendez
De robes et de manteaux
J'en chargeais trois chariots

Je les portais pour vendre
À la foire en Hollande
J'les vendis au marché
Ils m'avaient rien, vous m'entendez
J'les vendis au marché
Ils m'avaient rien coûté

Ces messieurs de Grenoble
Avec leurs longues robes
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt, vous m'entendez
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt jugé

Ils m'ont jugé à pendre
Ah, c'est dur à entendre
À pendre, étranglé
Sur la place du, vous m'entendez
À pendre, étranglé
Sur la place du marché

Monté sur la potence
Je regardais la France
J'y vis mes compagnons
À l'ombre d'un, vous m'entendez
J'y vis mes compagnons
À l'ombre d'un buisson

Compagnons de misère
Allez dire à ma mère
Qu'elle ne me reverra plus
J'suis un enfant, vous m'entendez
Qu'elle ne me reverra plus
J'suis un enfant perdu

mardi 31 décembre 2024

La spiritualité ignatienne et l’écologie (par Pascal Djimoguinan)

En février 2019, la Compagnie de Jésus annonçait les quatre Préférences apostoliques universelles (PAU) qui seront à la base de la mission des jésuites pour les dix années suivantes. L’une de ces quatre PAU est une invitation à « Travailler avec d’autres pour la sauvegarde de la maison commune », en lien avec l’encyclique du pape Laudata si. Si cet engagement écologique est en lien avec l’encyclique, il faut dire que dans la spiritualité ignatienne-même, on trouve dès l’origine des germes écologiques. Si cette spiritualité est basée sur les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, on peut dire qu’on y trouve déjà les ferments qui rendront le pape, lui-même jésuite, sensible à la sauvegarde de la nature. En visitant les Exercices, nous tenterons de faire ressortir quatre points qui sont les pierres d’attente de l’écologie.

1- Principe et fondement comme point de départ :

Au début des Exercices, au numéro 23, nous trouvons un court texte qui a pour titre Principe et fondement, qui pose le fondement de toute la spiritualité ignatienne. Dans une relation triangulaire entre Dieu, l’homme et la création, Ignace donne l’importance de la création comme don fait à l’homme pour l’aider à rendre un culte à Dieu. La création est donc prise dans sa juste mesure. Elle vient de Dieu et doit tourner l’homme vers Dieu. Notre maison commune, nous la recevons de Dieu. Sans la déifier, nous devons donc en prendre soin. Si c’est un don de Dieu, il faut savoir la recevoir dans la louange et l’action de grâce.

2- Composition des lieux

Dans le premier exercice, saint Ignace donne des conseils pour la prière. Dans le premier préambule, il demande pour la prière qui va suivre et toute les autres, de faire la composition des lieux. Il s’agit dans la contemplation de ce qui est visible, de voir avec la vue de l’imagination le lieu matériel où se trouve la chose que je veux contempler [47].

Dans toute la prière ignatienne, la nature est présente. Il ne s’agit pas de ce vider l’esprit, mais de le remplir du réel de sorte qu’il soit une aide. La mer, le désert, les bourgs, les personnages, tout est présent et tout accompagne l’orant dans sa quête de Dieu. La maison commune est intégrée dans la prière ignatienne et devient ainsi une aide qui peut aider, en cas de distraction, à revenir à la prière.

3- Application des sens :

Dans la prière ignatienne, l’application permet d’utiliser les cinq sens dans la prière. Il s’agit donc de voir, avec la vue de l’imagination, d’entendre avec les oreilles, de sentir par l’odorat, de goûter par le goût et enfin de toucher par le tact. L’application permet de se rendre présent à la nature, de s’ouvrir à la sensibilité de tout ce qui nous entoure, de s’y intégrer pour pouvoir la saisir de l’intérieur. Il ne s’agit plus ici d’une écologie superficielle, mais de faire partir de la nature dont on est un élément.

4- La contemplation pour parvenir à l’Amour :

Le dernier exercice est la contemplation pour parvenir à l’Amour [230-237]. Dans cet exercice, il s’agit d’abord de se rappeler les bienfaits (dont la création) reçus de Dieu. Dans un deuxième temps, on voit comment Dieu habite dans les créatures et cela dans toute l’échelle de la création : dans les éléments, dans les plantes, dans les animaux et dans l’homme. Enfin, il s’agit de considérer comment tous les biens et tous les dons descendent d’en haut.

Il s’agit de voir Dieu dans toute la création ; on s’exerce ainsi à découvrir Dieu présent dans le moindre brin d’herbe. Dieu est ainsi présent dans toute la création. Une fois que cette découverte est faite, on comprend que c’est une œuvre pieuse que de « Travailler avec d’autres pour la sauvegarde de la maison commune », On peut ainsi trouver Dieu en toute chose. Voilà comment il faut vivre et faire l’écologie. 

samedi 14 décembre 2024

TCHAD Au cœur du conflit nord-sud de Rodrigue Naortangar (par Pascal Djimoguinan)

 Rodrigues Naortangar nous fait cadeau d’un livre dont rien que le titre est évocateur et alléchant : Tchad : Au cœur du « conflit nord-sud ». Ce livre de 254 pages, paru aux Presses de l’ITCJ (Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus) a été édité le 22 mars 2024 à Abidjan. L’auteur, à la fois ethnologue et théologien, utilise ses compétences scientifiques pour titiller la sensibilité des ses concitoyens. Il suffit de voir le titre de l’ouvrage. Les guillemets en disent plus long que ce qu’ils contiennent. L’expression nord-sud est au Tchad une marmite d’émotions bouillonnante ; elle clame ce que personne n’ose avouer. Le sous-titre vient à point pour éclairer le propos : Une lecture anthropologique de la guerre civile de 1979-1980.

Ce livre très documenté remonte à l’origine de tous les problèmes du Tchad, comme on remonte à la source pour trouver l’eau la plus fraîche et le plus pure. Ainsi, il voit déjà, dès avant la colonisation la mise en place du terreau où va germer et se développer le problème tchadien. La colonisation ne fera qu’un catalyseur dans les conflits qui éclateront plus tard. Tels de poupées russes, les événements s’enchaînent les uns aux autres jusqu’à l’explosion de la guerre civile.

Les événements de 1979 transformeront l’état de guerre larvée dans lequel se trouve le Tchad depuis plusieurs années en guerre civile ouverte. Rodrigue Naortangar, en tant que pasteur et scientifique, revisitera tous les événements vécus pour faire ressortir ses différentes implications et faire prendre conscience des enjeux qui traversent les années pour être encore présents aujourd’hui dans le vécu des tchadiens. On voit défiler le CSM (Conseil Supérieur Militaire) et le FROLINAT éclaté, qui seront les acteurs majeurs du conflit.

Pour comprendre le Tchad d’aujourd’hui, ce livre est incontournable. Il faut donc visiter ce livre qui revisite toutes les maladies infantiles du Tchad pour faire apparaître les carences à combler.



vendredi 6 décembre 2024

TCHAD : L'imbroglio d'un pays atypique.(par Pascal Djimoguinan)

 Au Tchad, la tentation est grande. Faire comme les Etats de l’AES et chasser l’armée française au nom de la souveraineté, au nom d’une certaine souveraineté. Ce qui semble clair sur le papier ne l’est pas en réalité. N’est-on pas en train de mettre la charrue devant les bœufs et de jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Pour le président Mahamat Kaka, le départ des troupes françaises du Tchad semble un coup de poker politique qui semble le libérer de l’aliénation d’une tutelle qu’il porte à fleur de peau et dont les fils blancs dont il est cousu sont trop apparents.

            Le gouvernement s’appuie sur le climat anti-français ambiant, pour dénoncer l’accord de coopération militaire avec la France. Bien que cela relève de la pure démagogie, le gouvernement joue à l’innocent trahi dans sa bonne foi…

S’expliquant sur l’arrêté du 29 novembre 2024 mettant fin à la coopération militaire avec la France, le ministre des affaires étrangères du Tchad a estimé que cette décision était le résultat d’une analyse approfondie, visant à renforcer la souveraineté nationale et à garantir la sécurité des citoyens.

De fil en aiguille, une commission spéciale a été mise en place pour résilier les accords militaires avec Paris, et des manifestations voient le jour dans différentes villes pour soutenir la décision.

Parfois, c’est dans l’hilarité générale qu’il faut jouer aux Cassandres.

On fait rapidement la comparaison avec les pays de l’AES en oubliant le vieil adage français qui dit que « Comparaison n’est pas raison ». Cet adage attribué à Raymond Queneau a bien sa place ici, vue que le Tchad ne ressemble pas à ces pays. Il est bien atypique. En effet, placé aux confins du Soudan et de la Lybie, le Tchad a toujours fait l’objet de la convoitise de ces pays. Mal aimée, la France a toujours été le mal nécessaire qui a servi à l’équilibre du Tchad face aux intérêts divergents venant de ces pays, plutôt orientés vers l’Orient arabe avec des risques d’intégrisme religieux. Il faut dire qu’avec le départ de la France, le Tchad se retrouvera seul face à ces pays, qui, en plus, sont en guerre.

Il y a donc à parier que les conflits de la Lybie et du Soudan vont s’étendre au Tchad, qui, plus est, joue mal au pompier pyromane.

Le Tchad se retrouve ainsi dans la fournaise ardente avec l’affaire Yaya Dillo mal réglée, la guerre du Soudan qui génère des réfugiés et dans laquelle malgré se dénégations, il prend part,

Aux frontières méridionales du Tchad, les russes sont aux aguets, sachant que la nature a horreur du vide. Face aux appels d’air provoqués par l’instabilité générée par la Lybie et le Soudan, le Tchad se tournera vers les russes, mais la situation ne sera pas pour autant maitrisée.

Il va sans dire que nous allons tout droit vers des lendemains dont personne ne peut se porter garant. Le Régime lui-même pourra-t-il s’en sortir ? Rien n’est moins sûr. Il ne reste donc qu’à croiser les doigts en espérant que le Tchad ne retournera pas à l’ère des tendances politico-militaires


jeudi 7 novembre 2024

TCHAD: Peut-on encore espérer ? (par Pascal Djimoguinan)

 Au point où nous sommes, que faut-il penser de la situation politique ? Sur le plan démocratique, les jeux semblent déjà faits et les dés sont pipés. Les derniers mirages de la Conférence Nationale Souveraine se sont escomptés et l’on va tout droit vers un parlement monochrome.

Jusqu’au 22 octobre, on pensait que le pouvoir allait jusqu’au bout donner l’illusion d’une démocratie apaisée en allant aux élections législatives et communales avec ses partis satellites. C’était un coup de tonnerre qui a retenti lorsque monsieur Zen Bada, secrétaire général du parti au pouvoir, le MPS, a annoncé que son parti irait seul aux élections du 29 décembre. C’était la fin de la coalition présidentielle Tchad uni qui regroupait quelque 230 partis politiques qui avaient accompagné le président de la République pendant les élections présidentielles.

C’est à peine si plusieurs membres de cette coalition ne retiennent leurs larmes. Ils voient le ciel tomber sur eux, puisqu’ils attendaient en retour de leur allégeance une place au parlement. Beaucoup apprenaient ainsi leur première leçon de politique. Ils découvraient ainsi qu’en politique, seuls les intérêts comptent.

Le terrain semble maintenant favorable au MPS car les partis satellites n’ont pas d’assises pour se présenter seuls aux élections tandis que ceux pouvant faire le poids prônent le boycott.

Nous allons donc tout droit vers ce qui sera le monopole d’un parti Etat, sans opposition démocratique au parlement. Les acquis de la Conférence Nationale Souveraine sont désormais renversés.

Le Tchad se retrouvera avec les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) entre les mains de l’Etat. Il n’y aura plus de contre-pouvoir pour les cinq années à venir.

Si l’on appelle la presse le quatrième pouvoir, pourra-t-elle vraiment jouer son rôle ? Il est clair que tout jouera contre elle car des lois liberticides seront votées pour la museler.

Les perspectives les plus pessimistes doivent être envisagées pour les années post-élections, à moins qu’une entente se fasse au dernier moment pour reporter les élections et permettre à tout le monde d’y prendre part. C’est ce que nous appelons de tous nos vœux car il y va de l’avenir du Tchad.



lundi 7 octobre 2024

Tchad : 20 octobre 2024 martyrs oubliés (par Pascal Djimoguinan)

 Voici que s’approche la date fatidique,

Date marquée en lettres de sang

Date faite de larmes et de morves.

J’écoute, que disent les journaux :

« Le 20 octobre 2022, des milliers de Tchadiens descendaient dans la rue pour protester contre la prolongation de la transition de deux ans. Des dizaines de personnes ont été tuées par les policiers et les soldats à N’Djamena. »

Mais tout le monde tourne son regard vers le mur

Tous feignent de ne pas voir

Ces morts effacés, oubliés, niés

Ils n’existent tout simplement pas

Car la realpolitik est passé par-là.

 

Mais les faits sont têtus

Si ces jeunes ne sont pas officiellement morts

Il y a cependant des cœurs qui saignent

Il y a des mères qui pleurent leurs enfants :

Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus (Matthieu 2,18).

Des milliers de Rachel ne sont pas entendues et leur peine est niée.

Elles sont néantisées car elles ne font pas le poids.

 

Mais les faits sont têtus, le 20 octobre approche.

Qui se rappellera ces innocents tombés ?

Qui marquera d’une pierre blanche leur passage ?

Je ne pleurerai pas, on ne pleure pas les martyrs

J’énoncerai tout simplement le courage.

Vive un Tchad épris de justice et de paix

Honneur à vous, martyrs pour un Tchad nouveau.