dimanche 12 septembre 2021

Il faut se méfier de ceux qui font l'histoire-stop (par Pascal Djimoguinan)

             Les grands hommes qui font l’histoire, sont ceux qui s’assument et prennent leur responsabilité, en s’engageant résolument dans les combats de leur temps, à cause d’idéaux nobles qu’ils entendent défendre. On ne peut les compter sur les doigts d’une main, car pour y arriver, il faut être crédible et d’une ascèse telle que chaque journée vécue par eux est un trophée arraché dans la persévérance et la fidélité.

            Ils sont par contre légions, les hommes qui font l’histoire-stop. Ce sont ceux qui sont toujours aux aguets, prêts à bondir sur n’importe quelle situation qui favoriserait leurs intérêts mesquins. Leurs calculs ne prennent jamais en compte l’intérêt général et le bien commun est pour eux un vain mot.

            Sous nos cieux, les hommes du premier groupe ne s’engagent pas beaucoup en politique par respect de leurs principes. Ils ne sont pas prêts à des compromissions avec des gens sans foi ni loi. Ils préfèrent alors s’engager dans activités dans lesquelles ils peuvent vraiment servir les autres dans l’éthique et dans le développement de leur pays.

            Les hommes du second groupe par contre prennent la politique en otage. Ils sont nombreux à se nourrir des biens des veuves et des orphelins. Ils n’acceptent pas de laisser tomber la moindre miette pour les pauvres. Ils s’entredéchirent sur les dépouilles de ceux dont ils ont accélérer la mort.

            La politique se décline alors en bassesse et en corruption. L’honneur aura vécu. De véritables charognards se sont emparés de la chose publique.

            Il faudra sans doute une révolution pour remettre les choses en place.

mardi 24 août 2021

Tchad : Mort du président Hissène Habré (par Pascal Djimoguinan)

             Une nouvelle qui a fait rapidement le tour des chaumières au Tchad en cette matinée du 24 août 2021 : l’ex président Hissène Habré est décédé ce jour à l’âge de 79 ans à Dakar où il purgeait sa peine de prison à perpétuité. Ce décès est causé par le Covid-19 qu’il aurait contracté dans la clinique où il était soigné. Des infections nosocomiales auront finalement eu raison de ce vieux lion du désert.

            Les circonstances du décès ont été données à Radio France Internationale par le ministre sénégalais Maître Malick Sall. Habré qui était en détention se sentait mal depuis quelques jours et c’est sa femme, Raymonde, qui a donné l’alerte, demandant qu’il soit évacué dans une clinique de première catégorie : « L’administration n’était pas forcément pour, mais finalement, comme c’était pour des raisons de santé, on lui a accordé cette requête et c’est malheureusement au niveau de cette clinique-là qu’il a attrapé le Covid-19. Le chef de l’État a donné des instructions fermes immédiatement au directeur de l’hôpital et à son médecin personnel pour qu’il soit évacué à l’hôpital principal. C’est là que nous avons notre meilleur plateau médical au Sénégal, et donc il a été pris en charge immédiatement à ce niveau-là. C’est à l’hôpital principal qu’il est décédé »

            Le porte-parole du gouvernement tchadien a fait aussitôt comprendre que s’il était hors question que des obsèques nationales soient organisées puisque Habré avait été condamné pour de faits graves, l’Etat tchadien ne s’opposerait pas à ce que sa dépouille soit rapatriée si sa famille le demande.

            L’ex président a gouverné le pays de juin 1981 à décembre 1990. Son règne a été marqué par de nombreux crimes ; une commission avait recensé environ 40000 victimes. Pour cela, il avait été condamné à perpétuité à Dakar en 2016 par les Chambres africaines extraordinaires. Les charges contre lui étaient lourdes : crimes contre l'humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement. Cette condamnation a été confirmée en appel un an plus tard.

            Hissène Habré a été une figure à controverse. Certains tchadiens le vénèrent comme un patriote qui a su tenir tête à Kadhafi et défendre l’intégrité du territoire tchadien. Pour d’autres, son régime a été synonyme de la peur, de la torture et de la mort.

            Est-ce possible que sa mort puisse réconcilier les tchadiens de tout bord ? Rien n’est moins sûr puisque l’homme, de son vivant, n’avait éprouvé aucun remord pour les victimes de son régime.

            Dans l’histoire tumultueuse du Tchad, nous pouvons dire que l’année 2021 aura vu mourir deux présidents du pays. Est-ce le prix à payer pour que revienne la stabilité ?

            Il est à espéré que cet homme aura mis à profit son temps de détention pour écrire ses mémoires qui lèveraient le voile sur tout un pan de l’histoire du Tchad. Il est donc à espérer que l’homme n’emportera pas son secret dans la tombe.

            Une leçon que tous les politiciens doivent retenir. Si Hissène Habré a été craint, s’il a régné en maître absolu pendant plusieurs années, le Tchad lui a survécu et restera encore longtemps après lui.




jeudi 19 août 2021

L'or de Karibi

     Quand nous étions plus jeunes, nous aimions bien lire les contes à l'école, en plus de ceux que nous écoutions à la maison. Il n'y avait peut-être pas la télévision mais nous avions l'imagination fertile. Parmi les livres que nous aimions plus que d'autres, il y avait bien sûr Leuk le lièvre, mais aussi Contes de la brousse et de la forêt de Davesne, librairie ISTRA. Il y avait dans ce dernier livre un conte qui nous apprenait à ne pas chercher de l'or par tous les moyens; c'est sans doute une leçon à enseigner encore aujourd'hui à nos jeunes afin qu'ils puissent avoir les armes qui nous ont aidés à affronter cette vie. Le titre de ce conte était l'or de Karibi. Je le remets ici pour ceux qui aimeraient rafraîchir leur mémoire, mais surtout pour ceux qui ne le connaissent pas encore.

 



mercredi 18 août 2021

Tchad : Et si l’on pensait l’alternance politique ? (Par Pascal Djimoguinan)

             Au Tchad, aujourd’hui plus que jamais, le soleil peut se lever. Malgré les inquiétudes qui planent, il est possible que nous ayons une alternance politique, à savoir, après le temps de la transition et du dialogue inclusif, un nouveau président avec un nouveau parti politique. Si cette alternative n’est plus chimérique, il faut commencer à penser l’après transition.

            Le chef d’Etat qui émergera de la nouvelle donne politique se trouvera en face des vrais travaux d’Hercule. Il faut rappeler que ces travaux, imposés à Hercule dans la mythologique grecque sont les suivants : 1. Le Lion de Némée, 2. L’Hydre de Lerne 3. La Biche de Cérynie 4. Le sanglier d’Érymanthe 5. Les écuries d’Augias 6. Les oiseaux du lac Stymphale 7. Le Taureau furieux crétois 8. Capturer les juments de Diomède 9. La ceinture d’Hippolyte 10. Le monstre Géryon et son troupeau 11. Le Jardin des Hespérides 12. La capture de Cerbère et la délivrance de Thésée[1].

            Si la tradition retient cette expression, c’est pour parler des difficultés des tâches à réaliser.

            Par analogie, la tâche qui attend le futur président du Tchad est énorme. Il doit s’attacher à des problèmes à tous les nouveaux et s’attendre aux plus grandes difficultés. Ce n’est pas sûr qu’il soit suivi dans cette entreprise par la population et les autres leaders politiques puisqu’il lui faudra faire le travail d’un chirurgien qui doit quelquefois amputer certains membres pour que le reste du corps puisse retrouver la santé.

            Essayons d’énumérer ces 12 travaux d’Hercule qui, à notre avis, attendent qu’on s’attaque à eux :

1. L’armée Nationale 2. La jeunesse et l’emploi 3. La fonction publique 4. La santé publique 5. L’éducation nationale 6. L’écologie 7. Agriculteurs et éleveurs 8. Les infrastructures routières 9. Le secteur informel de l’économie, la bancarisation 10. La circulation et une vraie police routière 11. Les femmes et la protection des mineures 12. L'électricité et problèmes de l'énergie. 

Il est vrai que toucher à ces problèmes qui minent le Tchad, c’est poser le pied sur un nid de vipères et c’est pourquoi il faut un vrai courage politique à celui qui prendra les rênes de l’Etat. le projet est d'arriver à créer une communauté de destin, la Nation tchadienne. Il faudra donc trouver un Alexandre le Grand, capable de couper le nœud gordien. Wait and see.

lundi 12 juillet 2021

Les clichés du Tchad (par Pascal Djimoguinan)

 Il y a des clichés, sur le Tchad que nous avons pris l'habitude d'accepter, soit par fatigue, soit par paresse intellectuelle. Il nous faut un travail en profondeur pour les extirper, un vrai travail d'analyse pour nous en débarrasser. Sans ce travail préalable, il nous sera impossible de construire un avenir qui soit porteur. Le propre des clichés est qu'on les répète sans réfléchir, petits et grands et qu'on les prend pour acquis. Les clichés font tellement partie de nous que les abandonner serait analogue à une amputation d'un membre. Cela signifie que c'est un travail qui devra se faire avec des larmes et dans la douleur. Sommes-nous vraiment prêts à commencer ce travail? Nous sommes trop habituer à nos fantômes qui nous hantent et nous font peur. Il suffit de rappeler quelques uns de ces clichés.

1) Tous les nordistes sont des éleveurs: Non, il n'est pas vrai que tout le monde est éleveur au Nord du Tchad et que tous les sudistes sont des agriculteurs.
2) Tous les sudistes sont des ivrognes: Cette assertion n'est pas vrai. Il y a des sudistes adultes qui depuis leur naissance n'on jamais goûter à une seule goutte d'alcool. L'alcool n'est pas l'apanage du Sud du Tchad; la preuve est que pratiquement dans la plupart des régions du Tchad, qu'il s'agisse du Nord ou du Sud, il y a, dans le patrimoine, une façon traditionnel de préparer des boissons alcoolisées.
3) Les sudistes sont des esclaves: Cela n'est pas vrai du tout. S'il se trouve que dans le passé, le passage de Rabah s'est accompagné de razzia où il a fait des prisonniers qu'il a vendus après comme des esclaves, la majorité des populations du Tchad vivait libre avec des organisations politiques asses bien organisées. Si l'on parle souvent de sociétés acéphales, c'est par comparaison avec d'autres organisations très centralisées. C'était des sociétés très démocratiques qui fonctionnaient avec l'arbre à palabre, une forme de parlement populaire où les grandes décisions se prenaient par un large consensus.
4) Les musulmans ne peuvent pas s'entendre avec les sudistes: Cette affirmation est un sophisme qui se contredit elle-même. Au Sud du Tchad, il y a des populations à grande majorité musulmane (Toumac, Boa, Nyellim). Par ceux population, on peut même parler d'un islam sudiste, d'autant plus que cette religion a pris en compte les coutumes locales. Ces musulmans sudistes ont vécu en harmonie avec d'autres populations non islamisées et ont coopéré avec elles. Si un problème voit le jour aujourd'hui, c'est à cause de certaines personnes qui instrumentalisent l'islam pour d'autres fins. Il est possible d'identifier ces idéologues, et de rejeter les idées qu'ils cherchent à inoculer à d'autres.
5) Les sudistes seraient naturellement bons intellectuellement quant il s'agit de l'école occidentale: cette théorie est dangereuse car elle est ethnocentrique. Tous ceux qui prennent l'école occidentale peuvent faire des bonnes études, qu'ils soient du Nord ou du Sud. La science ne fait pas de discrimination. Il faut donc encourager et développer l'école dans tout le pays. Le bénéfice ne sera que pour le Tchad.
Il y a ainsi des clichés qui sont tenaces, mais nous pouvons les identifier et lutter contre eux pour construire un Tchad plus fraternel et plus convivial.

samedi 29 mai 2021

Non, le Tchad n'est pas un conte de fée. (par Pascal Djimoguinan)

         De nombreux tchadiens sont endormis, attendant comme une délivrance, le réveil avec quelques miettes pour tromper leur faim. A ceux-là, j’ose dire que le Tchad n’est pas un conte de fée.

            Non, le Tchad n’est pas un conte de fée, où il suffit d’attendre une arrivée magique qui changera tout par des incantations magiques. Ce n’est ni le monde de la « dame au bois dormant », ni de « Blanche Neige et les sept nains », ni d’ailleurs celui de « Cendrillon ». Sans doute est-ce un même temps le temps de décoloniser les esprits pour créer une mémoire collective plus tropicalisée.

            Non, le Tchad n’est pas un conte de fée. Cela suffit, ce langage « d’eux » d’un côté et de « nous » de l’autre côté. Il s’agit désormais d’être des partenaires égaux dans l’élaboration des idéaux de la Nation. Il n’est plus côté, la masse travailleuse, appelée complaisamment « Laoukoura » et de l’autre, celle qui jouit des fruits du travail.

            S’il te plaît, dessine-moi le Tchad. Je ne veux plus de ce Tchad qui ressemble étrangement à un fantôme sorti du roman du camerounais Eza Beto avec un Tanga Nord et un Tanga Sud[1]. Non, ce n’est pas de cette caricature que je veux, représentant un Tchad du Nord avec des nantis, disposant de tous les pouvoirs et de toutes les richesses, et d’un Tchad du Sud avec des zombis, tendant la main pour ramasser les miettes que laisse tomber avec condescendance.

            Voici venu le temps de redresser la tête, non pour revendiquer, mais pour exiger justice et équité. Nous sommes tous tchadiens et notre fierté est de partager ensemble un même pays. Que le mérite soit valorisé, et que le travail bien fait soit récompensé. Pour cela il faut sortir de l’organisation du Tchad en maffia, menée par un parrain à qui tout est permis.

            Non, le Tchad n’est pas un conte de fée. C’est un pays réel et la dure réalité doit être affrontée par tous pour qu’ensemble, ses habitants pour goûter au fruit de leur ouvrage. Oui, peuple tchadien, debout et à l’ouvrage. N’est-ce pas que ta liberté naitra de ton courage ? Qu’est-ce que cela signifie ? Sans doute que tu ne dois pas attendre comme une grâce le réveil de la botte[2].

            Non, le Tchad n’est pas un conte de fée. Mais toi tchadien, as-tu ta fierté ? Es-tu capable d’exiger ton droit ? Es-tu capable de travailler à ce que ton pays sorte de la médiocrité ? Es-tu capable d’exiger que ton pays soit un pays de droit, régi par des textes fondamentaux qui ne doivent pas être foulés au pied ? Es-tu capable d’exiger que soit banni à jamais de ton quotidien l’expression « katkat sakit » ?

            Non, le Tchad n’est pas un conte de fée, mais un pays d’hommes et de femmes capables d’exiger et de vivre leurs droits.



[1][1] Eza Boto, Ville cruelle, Présence africaine, 1954

[2] Paul Niger, ,Je n’aime pas cette Afrique

lundi 10 mai 2021

Tchad : cartes sur table (par Pascal Djimoguinan)

             Au Tchad, nous avons mal de vivre ensemble ! il nous faut faire face à ce problème ensemble afin de trouver une solution pérenne. Nous n’avons jamais voulu passer à l’électrochoc qui révélerait nos pensées les plus secrètes, et nous montrerait là où cela fait le plus mal.

            Nous avons toujours voulu passer par la méthode douce, cherchant des remèdes de surface car nous savons qu’une psychologie des profondeurs ferait remonter ces secrets de familles que personnes ne veut entendre.

            Notre péché originel est que nous sommes soit du Nord, soit du Sud avant d’être tchadien. Il ne s’agit pas là d’une distinction géographique. Il s’agit plutôt d’une nébuleuse idéologique qui se trouve à la base de toute réflexion et de tout agir sociopolitique. Nous avons ici affaire à une donnée anthropologique inhérente à la tchaditude et qu’il faudra éradiquer.

            Notre vérité dépend donc de cette donnée qui nous colle à la peau et nous n’arrivons pas à prendre assez de distance pour décider librement. Faudra-t-il imaginer un rêve comme celui de Martin Luther King pour penser un Tchad où les enfants d’aujourd’hui pourront vivre ensemble sans penser à leurs origines, qu’ils soient du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, un Tchad où ils décideront de leur vivre ensemble sans tenir compte des clivages religieux, sociaux, économiques.

            Pour arriver à ce Tchad auquel nous rêvons tous, il nous faut faire un travail en profondeur pour extirper le soupçon qui se trouve à la base de toutes nos entreprises. Nous devons nous rendre compte que la vérité n’existe pas déjà toute faite et qu’elle appartient à un camp qui doit la monnayer aux autres.

            Il y a un très long chemin que nous devons tous faire ensemble pour construire ensemble cette solution dont nous sommes orphelins. Mais sur ce chemin, nous devons jouer cartes sur table et ne pas faire économie de certaines questions incontournables et quelquefois pernicieuses.

            Quel est le contentieux qui a créé cet imaginaire collectif que nous appelons Nord et Sud ?

            Nous savons qu’il y a des revendications qui ont donné naissance au Frolinat. Il y a eu dès le départ des malentendus qui n’ont jamais été élucidés (est-ce par pudeur ou par intérêt ?).

            Le Frolinat a été aux affaires pendant plusieurs décennies. A-t-il réussi à corriger les erreurs qui ont été à l’origine de sa création ? Sinon, où se situerait l’illusion politique à exorciser ?

            Qu’y a-t-il entre les originaires de la « zone méridionale » et ceux du pays adjaray ? Pourquoi ne se sentent-ils pas un destin commun à construire ensemble ? Il devrait y avoir une collaboration plus franche et plus solidaire entre ces deux groupes et on pourrait même dire que le destin du Tchad en dépend. Quand on y regarde de près, il y a plus de choses qui devraient les unir que des choses qui les séparent.

            Quel contentieux existe entre le Mayo Kebbi (ou les deux Mayo Kebbi) et les autres habitants de la « zone méridionale » ? Il faudrait se poser la question en toute objectivité pour arriver à crever l’abcès une fois pour toute. A quoi doit-on cette méfiance réciproque ? Il faudra donc être capable de se parler les yeux dans les yeux, énoncer les maux qui fâchent et tenter d’y remédier. Quel que soit le contentieux, les torts doivent être partagés et il faudra l’aborder dans un esprit de dialogue constructif. Le Tchad vaut plus que nos petits egos régionaux et nous devrons être prêts à faire des sacrifices pour que quelque chose de solide puisse se construire.

            Nous devons dépasser nos prises de partis partisanes pour arriver à une idée plus transversale du Tchad. Nous avons du pain sur la planche et il n’y a plus de temps à perdre. Construisons ensemble le Tchad de demain.