dimanche 31 mai 2026

Pascal Djimoguinan

 Pascal Djimoguinan est un prêtre jésuite, éducateur et écrivain tchadien né en 1961. Il est l'auteur de deux œuvres littéraires majeures qui explorent l'histoire contemporaine du Tchad à travers le prisme de la fiction et du témoignage personnel. [1, 2] 

Voici les détails clés sur ses deux ouvrages phares :

## 1. Les Naufragés de l'Histoire [2] 

Publié chez les Editions Toumaï, ce récit historique retrace le quotidien d'une famille tchadienne plongée dans les turbulences politiques du jeune État indépendant. [2] 


* Le thème : L'œuvre dépeint les tensions nationales et les bouleversements politiques.

* La chronologie : L'intrigue suit les soubresauts socio-politiques du pays jusqu'à la veille de la guerre civile de 1979. [2] 


## 2. Les Rescapés

Publié chez les Éditions Muse, cet ouvrage se présente sous la forme d'une autobiographie romancée. [1, 2, 3] 


* Le thème : Le livre met en lumière la résilience des civils face aux horreurs des conflits armés.

* Le focus : Il s'intéresse particulièrement au courage et à l'auto-organisation des femmes au milieu du chaos.

* Le contexte historique : Le récit se déroule durant les déchirements de la guerre civile qui a éclaté à N'Djamena en février 1979. [2] 


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## Profil de l'auteur

En dehors de sa casquette d'écrivain, Pascal Djimoguinan consacre sa vie à la formation et à l'éducation spirituelle des jeunes. Son parcours religieux et éducatif l'a amené à exercer dans plusieurs pays d'Afrique centrale, notamment à Kinshasa (RDC), Bangui (RCA), Sarh (Tchad), ainsi qu'à Bafoussam au Cameroun. [1, 2, 3] 

Souhaitez-vous obtenir des informations plus précises sur le contexte historique de la guerre de 1979 au Tchad ou sur le parcours biographique de cet auteur jésuite ?


[1] [https://fr.wikipedia.org](https://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Djimoguinan)

[2] [https://fr.wikipedia.org](https://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Djimoguinan)

[3] [https://www.laboutiqueafricavivre.com](https://www.laboutiqueafricavivre.com/livres-specialises/311129-les-rescapes-9786139767823.html)



jeudi 21 mai 2026

Les naufragés de l'Histoire (par Pascal Djimoguinan)

 Les naufragés de l’histoire est un récit qui retrace le vécu quotidien et l’histoire de la famille du papa Evariste Djimoguinan Mondgdjim. Toute l’histoire tourne autour du jeune Djas avec ses petits frères Djim et Constant. C’est aussi un roman historique qui relate l’histoire des régimes de NGarta Tombalbaye, du général Félix Malloum et de Hissein Habre. Le narrateur adopte plusieurs points de vue pour faire vivre aux lecteurs les affres de la vie quotidienne à N’Djamena, à Moundou, à Abéché, bref dans tout le Tchad profond. Les souvenirs d’un enfant sont faits de ce que les adultes ont voulu le laisser voir, et de tout le reste qu’il croit avoir vu. Il s’agit dans ce livre de Pascal Djimoguinan de présenter les valeurs de la société africaine qui sont la solidarité, la compassion, l’entraide et l’amour.


263 pages

Prix: 15 000 FCFA

Editions TOUMAI

Biographie

Pascal Djimoguinan, l’auteur de ce roman quelque peu autobiographie, est un prêtre jésuite Tchadien. Il est depuis plusieurs années dans la formation et l’éducation des jeunes, notamment dans les maisons de formation, tels les grands séminaires et les philosophas.

Il a ainsi pu travailler à Kinshasa (RDC), à Bangui (RCA) et à Sarh (Tchad). Il est maintenant à Bafoussam à l’Ouest du Cameroun où il continue ce travail de formation des jeunes




jeudi 14 mai 2026

Docteur Nguéto Tiraïna Yambaye, une voix africaine audible (par Pascal Djimoguinan)

 S’il est des voix autorisées, capables de parler de l’Afrique, surtout sur le plan économique, le docteur Nguéto Tiraïna Yambaye en est une. Cet économiste spécialisé en finance internationale et en stratégies de financement tchadien est actuellement le Directeur Général du FAGACE (Fonds Africain de Garantie et de et de Coopération Economique). Il en est le septième Directeur Général et en en poste depuis le 1er juillet 2020, et a réussi à redynamiser le Fonds pour qu’il connaisse une évolution rapide. Il a été ministre tchadien de l’économie, du Plan et du développement et administrateur du FMI pour les pays africains.

Fin pédagogue, docteur Nguéto Tiraïna Yambaye a su exposer ses idées avec clarté dans des livres qu’il est possible d’acheter sur Amazon. Les trois derniers livres sont très explicites par leur titre et peuvent introduire même les néophytes dans l’économie. On peut y voir un optimiste très fort de docteur Nguéto sur le rôle que l’économie africaine peut jouer sur le plan mondial. Ces trois livres sont :

- Redynamiser l’Afrique de demain

- L’Afrique de demain dans l’économie mondiale

- Les fonds de garantie au cœur du financement de l’Afrique de demain.

Les vrais combats de l’Afrique se passent au niveau de l’économie mondiale où il faut savoir utiliser les mêmes outils que les autres experts du monde entier. A ce niveau, le docteur Nguéto Tiraïna Yambaye est une voix qui compte.







 

lundi 27 avril 2026

Où étais-tu quand la liberté était en péril ?

 « Quand ils sont venus chercher les communistes,

Je n’ai rien dit,

Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,

Je n’ai rien dit,

Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,

Je n’ai pas protesté,

Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,

Je n’ai pas protesté,

Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,

Et il ne restait personne pour protester. »


— Martin Niemöller (1892 – 1984), pasteur et résistant allemand



mercredi 25 mars 2026

Tchad, : Liberté pour Masra. (par Pascal Djimoguinan)

 S’il m’était demandé de parler aux hommes politiques tchadiens aujourd’hui, voilà ce que je leur dirais :

Ne savez-vous pas que toute la politique tchadienne est polluée par la détention de Masra Succès ?

Montrez-moi un seul avantage que le Tchad tire de cette détention. Il ne me souvient pas que cela ait fait partie du programme du candidat président lors de la campagne présidentielle, alors d’où cela sort-il ?

Lorsque nous étions petits, dans nos groupes, il y avait ce que nous avions l’habitude d’appeler « Kaouffage ». Arrêtons-nous un instant sur ce concept typiquement N’Djamenois :

Le mot « Kaouffage » a été forgé à partir du mot « Khof » en arabe dialectal tchadien qui veut dire la peur. En français, très souvent le « age » s’ajoute au verbe pour désigner une action ou son résultat. Ainsi, le mot « Kaouffage » désigne l’action de faire peur, souvent en vue d’obtenir quelque chose.

Le Kaouffage se fait souvent dans un groupe afin de garder le leadership. Il est aussi exercé entre les groupes, dans ce qu’on appelait autrefois, au temps de la « guerre froide » un équilibre de terreur.

Il ressort de tout cela que le Kaouffage est l’apanage des chefs de gangs, les « gary » du marché.

Cet excursus était dans le but de dire que l’interpellation et la garde en détention de Masra Succès est un Kaouffage de l’Etat.

Il faut dire tout de suite que l’intérêt de ce Kaouffage d’Etat est nul. Non seulement seule ne nuit pas à la réputation de Masra, mais cela fait de lui un martyr tout en rendant tout message du gouvernement inaudible.

Il est temps de revenir à la vraie politique et de travailler pour le bien de la population. Il faudra que ceux qui sont au pouvoir, après avoir perdu inutilement du temps dans des incantations magiques commencent à mettre en pratique les promesses de la campagne présidentielle pour le bien de la population.

Quant à Marsra Succès, laissez le tranquille. Que chacun fasse sa propre politique. Le peuple tchadien reconnaîtra les siens.



samedi 3 janvier 2026

LES RESCAPES - Dounia woursal loubia

En février 1979, la guerre civile éclate à N’Djamena et va embraser tout cet état de l’Afrique Centrale qu’est le Tchad. A partir de ce moment, suivra un temps de perturbation qui va entrainer tout le pays dans une descente aux enfers.

Le roman commence par le récit de Djasra et Laré deux cousins qui étaient encore adolescents au moment du déclenchement des événements. Pour ces deux personnages nous avons deux regards croisés, masculin et féminin de la façon dont les événements ont été vécus et comment s’est manifestée la résilience de tous ceux qui ont vécu cette guerre civile.

Djasra et Laré racontent comment la guerre qui s’est déclenchée dans un établissement d’enseignement secondaire était pour eux la fin d’un monde. Les différentes péripéties seront suivies à travers Djasra et Laré et leurs familles respectives.

Laré, avec sa famille, a dû quitter la capitale pour se refugier dans un premier temps à Koundoul, une bourgade située à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Dans un premier temps, la vie a commencé à s’organiser dans ce centre. Laré et quelques adolescentes vont s’organiser pour contrer un projet des adultes qui voulaient régler un cas de viol à l’amiable, au détriment de la victime.

Très vite, la situation du pays va se détériorer avec l’avancée de la zone des conflits. Les familles vont descendre plus au sud du pays. Chacun rejoindra sa région d’origine.

En l’absence de l’état, il fallait s’organiser pour survivre. Ce sera les femmes qui vont réagir très rapidement et assurer la survie des familles. Par leurs réactions, elles vont petit à petit prendre leur autonomie que la tradition leur refusait au nom d’une certaine cohésion sociale.

Djasra sera séparé de sa famille qui va également rentrer au sud du pays. Lui, restera à N’Djamena, espérant une reprise prochaine des cours pour passer son brevet d’études secondaires. Il aura à vivre les troubles que connait la capitale dans les affrontements entre les différentes factions militaires. Avec quelques amis, il sera au quartier Ardep Djoumbal, tentant de courber le dos en attendant que le pire passe.

Djasra et ses amis décideront finalement de sortir de N’Djamena. Ils assisteront impuissants à la prise de Moursal par la coalition dirigée par le Premier ministre. Leur périple les conduira à Bakara, puis à Koundoul village. Là ses amis vont continuer au sud du pays alors que Djasra reviendra encore à N’Djamena.

Il vivra d’abord un temps à Ardep Djoumbal, puis se rendra à la base militaire de Farcha pour quitter N’Djamena. Avec un ami, Alexis, ils vivront une aventure rocambolesque où Djasra a failli se faire abattre par un enfant-soldat.

Arrivé au sud du pays, Djasra tentera de survivre grâce à la culture. Très vite, il sera rattrapé par les combats. Il vivra l’effroyable destin de ceux qui vivent dans un pays conquis.

Finalement, tous retrouveront la paix en regagnant l’antre du loup, N’Djamena où chacun essayera de retrouver la vie d’avant la guerre.

L’épilogue nous montre Djasra et Laré finissant de raconter les dures années de la guerre. Nous avons de plaisir de retrouver Nodjilar, la victime du viol à Koundoul. Sa rédemption viendra d’un geste qu’elle posera pour sauver son bourreau qui a été victime d’un accident. Celui-ci va s’enfermer dans la honte de l’acte qu’il avait posé.

Le roman finit par un regard d’espoir pour l’avenir : « Le temps de la guerre est passé, il faut faire place aux éveilleurs de conscience. »



 

samedi 8 novembre 2025

TCHAD : Existe-il un N’Djamena historique ? (par Pascal Djimoguinan)

 Partout dans le monde, lorsqu’un visiteur arrive dans une ville, les habitants prennent un vif intérêt à lui faire découvrir la partie historique, où dans les différentes stratifications du terrain, la diversité des monuments et des constructions, on découvre les différentes étapes de la formation de la ville. Qu’en est-il de la ville de N’Djamena ?

Dans la ville de N’Djamena, la pelleteuse est reine. Telle une fourmi ouvrière, elle passe partout, détruisant tout pour faire place… pour faire place à une nouvelle construction.

Elle est passée sur l’ancien camp de la garde nationale, sur le camp de la gendarmerie, le l’ancien camp Koufra (devenu camp du 13 avril, puis camp des martyrs) ; en vue de la modernisation, la pelleteuse a broyé l’ancien palais du gouvernement, l’ancienne maternité, l’ancienne douane et bien d’autres. Tout le quartier Gardolé y est passé

Que peut-ont retenir comme monuments ou bâtiments historiques à N’Djamena ? ils pourraient se compter sur les doigts des deux mains : L’ancien pont de Chagoua (et encore), le building de Moursal, le lycée Félix Eboué, le lycée technique commerciale, la RNT, La Fontaine de l’Union, l’ancien palais des congrès, l’ancien Palais des Congrès, Les Grands Moulins du Tchad, le Canal saint Martin, le monument Félix Eboué, l’hôpital de référence nationale la Mairie, la cathédrale Notre Dame de la Paix…

Comme devoir de mémoire, nous devons préserver les monuments qui sont encore debout. Construire une ville moderne ne signifie pas nécessairement détruire tout ce qui est ancien. Il convient de garder les reliques pour les générations à venir. Il faudrait répertorier tous les monuments et édifices qui rappellent N’Djamena historique et les protéger afin qu’ils ne soient plus vandalisés.



lundi 11 août 2025

TCHAD: Unité, travail, progrès, fêtons nos 65 ans (par Pascal Djimoguinan)

Peuple du Tchad, chers compatriotes,

Nous fêtons aujourd’hui les 65 ans d’indépendance de notre pays le Tchad : 11 août 1960, 11 août 2025. Dans la vie d’un homme, cela fait beaucoup, mais dans la vie d’une nation, ce n’est qu’un début. Cela signifie que tous les gestes que nous posons aujourd’hui, peuvent influer sur le destin de ce pays qui se construit. Nous avons donc le privilège d’être les bâtisseurs de notre pays ; cela signifie que le Tchad ne sera que ce que nous en faisons. C’est une grande responsabilité pour chacun et chacune de nous.

Cette fête peut aussi être pour nous l’occasion de nous arrêter un instant pour revoir le chemin parcouru. Cette relecture du passé, nous permet de nous appuyer sur le présent, pour nous pencher vers l’avenir que nous voulons construire ensemble.

Plusieurs pistes de relecture sont possibles. Nous préférons, quant à nous, prendre comme grille de lecture, la devise de notre pays : Unité, travail, progrès.

Tout d’abord « l’unité » : Les différents régimes qui se sont succédés au Tchad, ont fait de l’unité leur cheval de bataille. Longtemps, il a été question, dans les discours, de « réconciliation nationale ». Les différents dirigeants se sont rendus compte que rien ne pouvait se construire dans ce pays sans une réconciliation nationale, qui pouvait créer des conditions pour qu’il y ait l’unité. Nous devons changer le regard que nous posons les uns sur les autres, en fonction de la communauté à laquelle nous appartenons.

Si aujourd’hui, le mot ne revient pas comme tel dans les discours, on le retrouve sous le terme du « vivre ensemble, de cohabitation ». Cela est-il vécu dans les faits ou n’est-il qu’un leurre ? Nous contentons-nous simplement de discours incantatoires, sans réelle prise sur la réalité ? Les conflits récurrents entre nos différentes communautés avec les victimes qu’elles produisent viennent nous contredire quand nous affirmons que nous cherchons l’unité du pays. Cela signifie que l’unité pose un sérieux problème et qu’il y a un vrai effort à faire dans ce domaine.

Ensuite, nous avons le « travail » : Nous savons que le monde paysan travaille, avec le peu de moyens dont il dispose. Il faudrait améliorer les moyens de production agricole et moderniser le domaine de l’élevage. Nous ne pouvons pas continuer de fonctionner avec nos techniques archaïques sans tenir compte des changements qui surviennent dans le monde. Nous devons nous adapter car la terre n'est pas extensible à volonté. Cela suppose un sérieux travail de réflexion et de concertation avec les différents acteurs sur le terrain.

Il y a également l’épineux problème des diplômés sans emploi. Comment donner du travail à tous ? Il y a des bras vigoureux qui ne demandent qu’à travailler. Il faut des initiatives audacieuses, tant dans le domaine public que privé pour créer des emplois, pour favoriser les créations d’activités génératrices de revenus. La jeunesse se sent abandonnée. Il y a beaucoup à faire dans ce domaine.

Enfin, il y a « le progrès ». Nous voyons qu’en quelques décennies, les villes ont considérablement grandi un peu partout au Tchad, plus particulièrement la ville de N’Djamena. Cela suppose un grand effort pour mettre en place l’infrastructure nécessaire. Beaucoup de choses ont été faites, mais le problème essentiel au Tchad, c’est de l’eau courante et de l’électricité sans lesquelles il serait difficile de parler de progrès.

Autrefois, dans le pays, il n’y avait que 150 kilomètres de route bitumée, entre N’Djamena et Guelendeng. Aujourd’hui, il y en a plus. Cependant le problème de l’entretien de ces routes se pose. Tout en faisant le travail de maintenance, il faut continuer à bitumer davantage de routes pour désenclaver certaines régions, difficiles d’accès en saison sèche et pratiquement impossible à joindre pendant la saison des pluies.

En parlant de progrès, il ne faut jamais oublier de parler des hommes. Il n’y a pas de progrès quand la population ne mange pas à sa faim et ne dispose pas de soins primaires. Certes nos dispensaires qui sont devenus des centres de santé se sont multipliés partout dans le pays mais disposent-ils d’assez de médicaments pour soigner toute la population et dont le prix est à la portée de la bourse des plus pauvres ? L’Etat ne devrait jamais démissionner devant ce défi. Le progrès passe par-là.

Lorsque nous étions plus jeunes, il y avait une chanson qu’aimaient tous les écoliers et dont les paroles étaient :

Ô tchadiens, ô tchadiens, mes amis,

Nous avons assez dormi, le travail nous attend

Vivent les tchadiens, tchadiens !

Unité, unité, unité, travail progrès.

Les jeunes devraient encore aujourd’hui apprendre cette chanson.

La Radio nationale Tchadienne, (RNT) autrefois, était le ferment de l’unité et invitaient la population, dans les diverses langues à travailler ensemble, dans l’unité. Grâce à la RNT, j’ai appris à dire : « Tchadiens, Tchad karandine ».

Peuple du Tchad, chers compatriotes, bonne fête à tous et que Dieu sauve notre beau pays le Tchad.



vendredi 1 août 2025

Il est temps d'arriver à la paix des braves (par Pascal Djimoguinan)

 Peuple du Tchad, chers compatriotes,

Ce que nous pouvons désormais appeler « la saga Masra Succès » continue. Il n’est point besoin d’être un transformateur pour prendre la parole. Il suffit d’être un citoyen à la recherche de la vérité, de la justice et de l’éthique pour parler.

Le Vénérable écrivain Brahim Seid, dans « Au Tchad sous les étoiles », nous a régaler du conte « La justice du Lion ». Dès l’enfance, nous avons appris ainsi ce qu’il ne sied pas à un souverain de faire pour garder son autorité et l’estime de son peuple.

Nous avons suivi ces jours-ci, les différentes péripéties de l’affaire Masra Succès. Nous apprenons maintenant que le dossier est renvoyé devant la chambre criminelle.

Y a-t-il une seule personne qui croit réellement à la culpabilité de Masra Succès ? Les juges chargés de l’affaire sont-ils convaincus de la façon dont ils traitent cette affaire ? Que retiendra l’avenir de tout ce qui se trame ? N’oublions pas que ce que nous prenons comme un jeu de ping-pong, c’est l’avenir du Tchad que nous allons léguer à nos enfants. Que penseront-ils de nous ? Chacun de nous est responsable du demain que nous faisons.

Les grands souverains ont toujours été ceux qui ont été capables de s’élever au-dessus de la mêlée pour être magnanimes. Il ne faut pas chercher la paix des cimetières pour gouverner le Tchad. Il faut plutôt gouverner le Tchad dans le pluralisme pour pouvoir réaliser un pays plus grand et plus beau. Ce n’est pas pour rien que le défi d’une nation tchadienne passe par le travail d’unité de toutes les ethnies du pays. Ce serait une pauvreté si toutes ces ethnies disparaissait pour qu’il n’y en ait qu’une seule.

Il faudrait réintroduire l’éthique dans la politique au Tchad. Il n’y a pas de place pour la vengeance quand on tient les rênes de l’Etat.

Le Tchad ne gagne rien à trainer Masra Succès dans la boue. A cause des hautes fonctions qu’il a occupées, toute humiliation qu’on lui fait subir, c’est à l’Etat lui-même qu’on les fait subir. Le Tchad mérite mieux que cela.

Il est temps d’arriver à la paix des braves. Il faut remettre les compteurs à zéro pour l’intérêt supérieur de la Nation. Cette affaire a aspiré toutes les énergies qu’on devrait utiliser pour développer le pays. Revenons au jeu vraiment politique et que chacun retrouve sa place. Le temps est compté, peuple du Tchad, chers compatriotes , soyons raisonnables. Ce procès n’a pas sa place. Laissons la place à la politique, à l’éthique et que la séparation des pouvoirs puisse être respectée.

Que la vraie démocratie reprenne ses droits, et que Dieu sauve notre beau pays le Tchad.




mardi 29 juillet 2025

Peut-on parler de cohabitation au Tchad ? (Par Pascal Djimoguinan)

 Il est courant de parler de cohabitation au Tchad. Des réunions et des ateliers s'organisent en contre-courant de la réalité plus cruelle que vit une partie de la population. Pour être vrai, peut-on dire qu'il y a vraiment un effort en faveur de la cohabitation ?

Qu'entend-on en fait par cohabitation ? Il faut dire que dans ce mot, tout repose sur le préfixe "co". Qu'est-ce à dire ? Le préfixe "co" vient du latin "cum" qui signifie "avec". On utilise donc le préfixe "c" pour indiquer une relation de participation, d'association ou de simultanéité. L’idée générale est qu’on fait quelque chose ensemble.

Nous avons ainsi des mots comme colocataires, pour désigner des personnes qui vivent avec d’autres locataires ; il y a aussi colocataires, qui bien que ne se trouvant pas encore dans le dictionnaire, signifie les occupants d’une chambre, c’est-à-dire des personnes qui habitent ensemble dans une chambre. Il en est ainsi de coexister, coauteur, coopération, coéquipier, etc.

Ainsi la cohabitation qui nous intéresse ici, signifie habitation ensemble. Pour le cas du Tchad, lorsqu’on parle de cohabitation, il ne s’agit pas tout simplement d’individus, car le mot est sociologique, voire politique. Lorsqu’il s’agit des individus d’un même village, ou d’une même zone géographique, ce mot n’est pas utilisé au Tchad car il n’y a pas de problème.

La particularité du Tchad est que la cohabitation transcende les individus pour se focaliser sur les communautés, plus particulièrement les populations autochtones et celles qui viennent d’autres régions, notamment les éleveurs qui viennent dans les régions habitées par des agriculteurs, avec tous les problèmes inhérents à cette rencontre.

La solution viendrait d’une concertation initiée par les protagonistes, avec l’Etat qui serait garant de la paix, de la stabilité et de compromis auquel les différentes communautés seraient arrivées. Cela suppose un Etat impartial, capable d’inspirer la confiance, ce qui n’est pas toujours le cas.

Or, il se trouve qu’au Sud du Tchad, faute de concertation avec l’autre camp, toujours absente ou réticente aux efforts de dialogues et de réflexion, il n’y a que la partie des autochtones qui organise des réflexions, des séminaires et des concertations à ce sujet, ignorant que quand il n’y a qu’une communauté, il ne s’agit plus de cohabitation.

Ces différentes rencontres peuvent montrer la bonne volonté d’un groupe, mais cela ne suffit pas. Les différentes décisions ne se réduisent alors qu’en de simples incantations magiques dont l’Afrique a le secret, sans aucune prise sur la réalité.

Si la cohabitation implique le vivre ensemble, cela signifie que la concertation doit être entre les deux parties et que des décisions doivent être prises ensemble. Il faut apprendre à dialoguer malgré les difficultés qui se présentent. On ne peut parler de cohabitation lorsqu’on est seul. Il faut arrêter de poursuivre les chimères.

Ce qu’une communauté peut faire seule, ce n’est pas la cohabitation, mais la mise en place des stratégies pour éviter que les champs soient détruits par les animaux et pour éviter que des vies humaines soient ôtées à tour de bras. Il est très malheureux que l’Etat démissionne de son rôle de protéger les paysans sur leur sol. Le Tchad appartient à tous les tchadiens, mais il n’y a pas de Tchadiens de castes supérieures qui auraient tous les droits et d’autres qui seraient des parias, corvéables à merci.

Il faut repenser la cohabitation au Tchad à partir d’une nouvelle perspective qui respecte chacun dans ses droits et dans sa dignité.



jeudi 12 juin 2025

TCHAD : Conflit agriculteurs-éleveurs, victoire à la Pyrrhus ? (par Pascal Djimoguinan)

 Avez-vous entendu parler du principe du moindre mal ? On l’emploi en philosophie et en politique. Ce principe suggère que, devant une situation où plusieurs solutions sont mauvaises, la meilleure action consiste à choisir celle qui cause le moins de dommage et de souffrance.

Le Tchad est un pays immense qui a une étendue de 1.284.000km². Il faut en convenir, la grande moitié est couvert de désert, mais n’empêche que l’autre partie est fertile. Cela fait qu’il y a, dans le pays de vastes étendues où l’herbe pousse et qui pourrait servir de pâturage.

Or il se trouve qu’il y a un grand mal à faire vivre ensemble les agriculteurs et les éleveurs. Chacune de ces deux communautés estime avoir la préséance sur l’autre et la terre ne devrait être que pour son usage exclusif.

Jusqu’à maintenant, le conflit perdure tout simplement parce que tous se sont faits prendre dans le cercle vicieux du « qui a tort, qui a raison. »

Nous nous trouvons dans une contradiction dont nous ne pouvons sortir que par une autre contradiction.

La contradiction de la cohabitation pacifique doit être dépassée par la contradiction du de la cohabitation séparée.

Qu’est-ce à dire ? Cela signifie qu’il ne faut pas forcer la vie sur un même terroir. Le problème qui se pose n’est ni un problème de religion, ni un problème de la différence Sud-Nord. La preuve est que ce problème de la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs se pose aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest, Au Centre qu’au Sud. Ce problème n’est pas propre qu’au Tchad car on le retrouve un peu partout en Afrique. On pourrait aussi, en utilisant des pincettes, le faire remonter à Caïn et à Abel.

La contradiction consisterait à faire des éleveurs nomades des sédentaires, ce qu’ils ont commencé en installant leurs ferricks non loin des villages déjà habités. La solution serait de se trouver des terres fertiles dans des régions non habitées par d’autres agriculteurs. Eleveurs et agriculteurs ne sont pas obligés de vivre ensemble.

Les éleveurs ne sont pas obligés de continuer de vivre comme si le monde n’avait pas changé. Vivant sur un territoire autonome, ils pourraient transformer leurs ferricks en ranchs. Ne vivant plus de la transhumance, les éleveurs peuvent alors pratiquer les cultures fourragères.

Pour arriver à cette nouvelle forme de vie, il faut un courage politique. L’administration devrait être capable d’aider à cette transformation qui sera profitable à toute la nation, car non cela éviterait les conflits, mais créera une autre forme d’industrie utile.



mardi 10 juin 2025

TCHAD : Masra Succès ou le thermomètre brûlant (par Pascal Djimoguinan)

 Le Tchad ne cesse de servir à la communauté internationale ces imbroglios dont il a le secret. Depuis quelques semaines, un ancien premier ministre git dans les geôles de la République suite à des allégations d’incitation à la haine.

Les faits incriminés remontent au 14 mai 2025. Ce jour-là, 42 personnes, en majorité des femmes et des enfants, ont été tuées à Mandakao, village situé à 18 km de Beinamar, dans le Logone-Occidental. Suite à ces événements, monsieur Masra Succès a été arrêté le 16 mai 2025, accusé d’incitation à la haine et complicité d’assassinat volontaire et profanation de sépultures. La preuve repose sur un audio enregistré en 2023, deux ans avant ces événements. Il sera par la suite placé en détention préventive dans la maison d’arrêt de Klessoum après avoir été présenté à la justice le 21 mai 2025.

Ces accusations semblent sauter à pieds joints sur l’accord de Kinshasa (ou accord Toumai) signés le 31 octobre 2023 sous l’égide du facilitateur Félix Tshisekedi, président de la RDC.

En parlant de cet accord de principe, Masra Succès l’avait résumé en trois point : cet accord permet de rentrer, d’exercer librement les activité politique et enfin d’avancer sur le chemin de tout ce qui permettra l’amnistie.

Ignorant tout de l’accord et en lisant entre les lignes, nous pouvons inférer qu’il donne droit à l’amnistie. Si tel est le cas, tous les actes posés avant cette amnistie découlant de l’accord de principe du 31 octobre sont couverts. Or il se trouve que les audios incriminés sont de 2023.

Le véritable problème qui n’a pas été abordé est la résurgence de cet audio en 2025. Qui a fait ressortir cet audio et quand ?

Normalement c’est celui qui a fait ressortir cet audio couvert par l’accord de Kinshasa et qui l’utilise à des fins subversives qui doit être poursuivi. Le coupable n’est plus celui qui est désigné.

Il faudra donc que la justice fasse rapidement son travail, c’est-à-dire, libérer Masra Succès et poursuivre celui qui a fait ressortir l’audio.

L'affaire Masra est comme le thermomètre qui montre la chaleur consécutive à la fièvre. On ne soigne pas la fièvre en cassant le thermomètre, mais en s'attaquant aux vraies causes.




vendredi 9 mai 2025

Habemus papam, un peu d'humour (par Pascal Djimoguinan)

 Depuis le 09 mai 2025, l’Eglise universelle a un nouveau Pape. En effet, à peine 24h après qu’il se soit réuni, le Conclave des cardinaux a élu le successeur de François, décédé le 21 avril 2025 au Vatican.

Le nouveau Pape, américain d’origine (né à Chicago), de l’ordre des augustinien, a longtemps travaillé au Pérou avant d’être appelé par François à Rome. Il a pris le nom de Léon XIV.

La première référence visible est le dernier Pape portant le nom de Léon. C’était Léon XIII. Cette référence renvoie spontanément à l’encyclique « Rerum novarum », qui a inauguré la doctrine sociale de l’Eglise.

La première lecture, faite de ce choix du nom est que le nouveau Pape va beaucoup s’investir dans le social, et il y a des éléments qui viennent confirmer cela.

Bien que dans sa première prise de parole, il ait parlé plusieurs fois du Pape François, Léon XIV ne marque-t-il par une rupture avec lui. Beaucoup d’analyste pensent en effet que pour l’unité de l’Eglise, il fallait un peu de distance avec le Pape réformateur et qu’il fallait un peu de conservatisme.

Et si tout cela n’était qu’une lecture superficielle des événements ? Plusieurs éléments, pleins de touches humoristiques, nous font penser le contraire :

- Beaucoup de personnes ont soufflé quand ils ont remarqué que le nouveau Pape n’a pas pris le nom de François II. Mais on ne fait pas attention que l’actuel pape porte déjà ce prénom : Robert Francis Prevost. Très peu de papes ont gardé leur nom. L’actuel papa n’a pas dérogé à la règle en changeant de nom.

- Le nom de Léon. Il est normal de penser au précédent pape portant le même nom, Léon XIII, mais ne devrait-on s’arrêter qu’à lui ?

Si nous pouvions pousser l’humour plus loin, nous parlerions d’un autre Léon, bien connu, mais que personne ne semble évoquer. Cela peut nous ramener au XIIIème Siècle. Il s’agit du frère Léon, connu comme Léon d’Assise, ou Léon de Viterbe. Qui était-il ?

Le frère Léon était un des principaux compagnons de François d’Assise (le bien nommé) dont il a été le confesseur, le secrétaire, l’ami et le disciple favori.

Après la mort de François Léon devint le gardien du temple qui défendit la tradition chez les frères mineurs, au point de s’opposer au ministre général de l’Ordre des frères mineurs.

On ne peut donc pas dire que le rapport du nom du nouveau Pape avec le frère Léon est fortuit et qu’il ne faut s’arrêter qu’à Léon XIII.

Nous pouvons dire que le choix du nom est un clin d’œil au Pape François dont l’esprit continuera son travail dans l’Eglise.




samedi 8 mars 2025

Message de Carême de monseigneur Edmond Djitangar aux chrétiens de l'archidiocèse de N'Djamena

 « Soumettez-vous à Dieu et résistez au démon : il s’enfuira loin de vous. Approchez de Dieu et Lui s’approchera de vous. Pécheurs, enlevez la souillure de vos mains ; hommes partagés, purifiez-vos cœurs. Abaissez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera » (Jc 4,7-8.10).

Chers frères et sœurs

Bien-aimés de Dieu dans le Christ

C’est en « pèlerins de l’espérance » que nous sommes entrés dans cette année jubilaire. Le Carême est une étape importante de notre marche jubilaire et c’est l’occasion de nous rendre compte des grâces déjà reçues du Seigneur au niveau personnel, familial ou ecclésial, dans l’espérance d’autres, plus abondantes.

C’est d’abord une marche d’espérance de libération. Nous nous engageons dans une marche dont le but est de nous libérer de notre égoïsme, de tout ce qui nous retient prisonnier de nous-même et nous éloigne de nos frères et sœurs. C’est une marche en Eglise, une marche synodale avec tous ceux qui composent notre Eglis-Famille de Dieu.

C’est une marche d’espérance de conversion et l’Eglise notre Mère dispose des moyens pour soutenir nos efforts de conversion personnelle ou communautaire dans cette marche d’espérance de libération. Elle commence avec la réception des cendres, signe d’humilité et expression de notre fragilité devant le péché. Mais notre espérance en la toute-puissance de Dieu nous donne des forces et nous rend vainqueur dans la lutte contre le mal.

La prière et en particulier l’adoration silencieuse devant le St-Sacrement nous permet de nous libérer des préoccupations ordinaires pour donner plus de temps à Dieu. Le jeûne signifie que la Parole de Dieu est la vraie nourriture pour notre vie spirituelle et nous la mettons au-dessus des besoins naturels. L’aumône n’est pas un simple geste de pitié, mais un geste de partage qui exprime l’attention et l’amour que nous portons aux autres, spécialement ceux qui ont besoin de notre aide.

Les autres dévotions, en particulier le chemin de croix et le rosaire nous font revivre spirituellement notre marche à la suite du Christ et nous font faire la révision de notre foi. La pratique des œuvres de miséricorde (visite des malades, des prisonniers, assistance diverses, accueil des étrangers…) nous permet de rencontrer le Christ en personne dans ces frères et sœurs privés de santé, de liberté ou de sécurité qui attendent notre aide.

Le Carême est surtout un temps de combat spirituel personnel et communautaire… C’est le temps favorable pour combattre les maux qui nous fragilisent et nous empêchent de nous épanouir comme chrétiens dans notre vie familiale ou en Eglise-Famille de Dieu. Aussi, j’invite les chrétiens qui vivent une situation irrégulière dans leur ménage (concubinage refus de célébration du mariage sacramentel…) ou dans leur vie chrétienne (fréquentation des marabouts, des devins ou des sectes) à se sortir de ces situations et à mettre de l’ordre dans leur vie chrétienne. Sans le savoir, ils s’éloignent petit à petit de la vie de la communauté chrétienne, ne participant plus aux CEB et ne donnant plus les cotisations de l’Eglise. Sans rejet de la foi, ils finissent par être indifférents aux exigences de leur baptême.

Nos organisations paroissiales et nos mouvements souffrent des querelles de leadership ou des jalousies entre les membres et des petites divisions naissent. Certains responsables ne vivent pas en règle avec la foi chrétienne ou ne dirigent pas les autres avec l’esprit chrétien. Je les invite à revenir à leurs statuts, à les respecter et à les appliquer pour donner un témoignage chrétien de l’autorité qui est un service gratuit.

Nos commissions Justice et paix ont de la peine à se faire entendre et il y a encore trop de silence des chrétiens face aux injustices et aux exclusions sociales et religieuses dont ils sont les premières victimes. L’engagement sociale des chrétiens souffre encore des manipulations politiques et des complicités ethniques. Les chrétiens doivent proscrire toute parole qui divise, les insultes, les moqueries, les provocations inutiles… Cela ne construit ni la famille, ni la société, ni l’Eglise.

Je voudrais vous interpeller sur un phénomène qui est une grande source d’inquiétude pour nous vos pasteurs. C’est la gestion des funérailles. Certains comportements méritent réflexion car il y a un mélange de la culture traditionnelle avec les cultures d’importation qui se manifestent dans certaines conduites au cours des funérailles et qui sont contraires à l’Evangile.

Je veux souligner entre autres, les mauvais traitements que subissent les veuf/ves ainsi que les orphelins en cas de décès du conjoint. Les biens du défunt sont séquestrés par des « parents » …parfois chrétiens, qui s’en approprient au nom de la « famille » et excluent les vrais membres de la famille éprouvés. C’est une injustice grave qu’il faut corriger.

Pour bien vivre pleinement l’esprit de l’année jubilaire, je demande à tous de faire des efforts pour que règne un peu plus de justice et de paix dans nos relations familiales et sociales. Que ceux qui sont en conflits cherchent des chemins de réconciliation. Que les employeurs (familles, entreprises, sociétés, économat diocésain, paroisses, presbytères, communautés religieuses, écoles, institutions sociales…) traitent les employés avec justice en respectant les normes du droit.

Le Carême est aussi le temps des sacrifices pour manifester notre reconnaissance à Dieu et notre amour de l’Eglise. Nous sommes appelés à accomplir notre « devoir pascal ». Il consiste à fréquenter les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie et à s’acquitter de deux contributions à la vie de l’Eglise : la dîme et le denier du culte.

La dîme est le reversement à l’économat diocésain du 1/10 de tout ce que le chrétien gagne dans l’année. Elle est destinée à faire vivre les prêtres. Le denier du culte est l’équivalent du salaire d’une journée de travail ; il est reversé pour soutenir l’archidiocèse dans l’entretien des lieux de culte ou la construction de nouveaux.

Ces deux contributions sont obligatoires et peuvent se faire en espèce ou en nature ; elles n’excluent pas les autres contributions dites « volontaires » car les montants ne sont pas fixés. Ce sont : les quêtes ordinaires de la messe et les dons faits par les fidèles aux prêtres pour les besoins du presbytère ou de la paroisse. J’invite tous les fidèles à méditer cette sentence du Siracide et de s’acquitter de ce devoir pour le plus grand bien de notre Eglise-Famille de Dieu :

« Consacre de bon cœur à Dieu le dixième de ce que tu gagnes. Donne au Très-Haut selon ce qu’il te donne et sans être regardant, selon tes ressources car le Seigneur paye de retour ; il te rendra sept fois plus que tu n’as donné » (Si 35,14-15).

Les fidèles catholiques ne manquent certes pas de générosité mais les fruits de cette générosité sont souvent mal orientés ou mal gérés. Nous constatons qu’avec le nombre des fidèles tous les dimanches à la Messe et celui des haut-cadres qui sont parmi nous, nous ne soyons pas capables depuis huit ans de finir la construction d’une seule église paroissiale ou d’offrir une maison d’habitation convenable à nos prêtres, dans l’enceinte de nos paroisses.

L’archidiocèse ne vit pas des fonds spéciaux venant de Rome comme certains le pensent, mais de l’apport des fidèles et la richesse de l’Eglise, ce sont les fidèles et ce qu’ils peuvent mettre en commun pour soutenir ses ministres et développer ses activités. Ceux et celles qui ont les moyens ne doivent pas hésiter ou avoir peur de faire des offrandes substantielles, pas seulement à la demande, mais volontairement pour soutenir les projets de l’Eglise.

Nous constatons aussi que nos fêtes liturgiques (baptême, mariage, ordination, vœux) et familiale (anniversaire, diplômes ou promotion) occasionnent des dépenses énormes, surtout en nourriture, en boissons alcoolisées… sans compter les dépenses parallèles et non essentielle : protocole, tenue d’honneur etc… Ce sont là des sources de gaspillage et d’appauvrissement de nos familles et de nos communautés. Apprenons à vivre dans la sobriété, à prévoir, à épargner pour investir dans les domaines plus productifs afin d’améliorer les conditions de vie de nos familles et de notre Eglise.

Chers frères et sœurs, bien-aimés de Dieu,

Même si ce message est centré sur la vie de notre Eglise-famille de Dieu qui est à N’Djamena, nous sommes appelés à regarder bien au-delà de nos frontières. La Conférence des Evêques du Tchad (CET) se prépare à accueillir en janvier 2026 la XIIIe Assemblé plénière de l’Association des Conférences Episcopales de la Région Afrique Centrale (ACERAC). Le choix de N’Djamena pour abriter ce grand événement nous honore, mais il est aussi une lourde charge qui nous demande une bonne organisation, et une bonne gestion.

Nous avons mis en place une organisation chargée de sensibiliser d’abord les fidèles catholiques. Les membres sont issus de toutes les composantes de de notre Eglise-Famille de Dieu. La préparation et la réalisation de cet événement d’église constituent des lieux d’exercice de notre synodalité et de notre unité ecclésiale. Vous serez sollicités à tous les niveaux et vous aurez sûrement à consentir des sacrifices sous forme de dons en espèces, en nature ou en temps. Je suis sûr que vous y contribuerez généreusement bien au-delà de ce qui vous sera demandé.

Puisse le Seigneur nous accorder un fructueux pèlerinage d’espérance. Puisse-t-il nous maintenir unis et solidaires dans notre marche derrière lui, vers Pâques. Ma prière vous accompagne tous, en particulier les communautés du Kanem-Lac Bahr El Gazal – Borkou Tibesti. Dites aux catéchumènes que je pense beaucoup à eux et que je suis impatient de les accueillir bientôt à la Table eucharistique de la grande Famille de Dieu.

Que son Nom soit béni maintenant et toujours.

Priez et faites aussi prier pour mi s’il vous plaît.

N’Djamena 05-03-2025, jour des cendres 2025.

+ DJITANGAR Goetbé Edmond

Archevêque métropolitain de N’Djamena




lundi 10 février 2025

La Complainte de Mandrin - Chanson d'Yves Montand (Par Pascal Djimoguinan)

On était enfants, jeunes ou adolescents, le cœur plein d’aventure et les chansons qui nous venaient aux lèvres, continuent aujourd’hui à nous égayer et nous nous surprenons parfois à les fredonner que tombe le soir et qu’une brise légère adoucit le temps. A vous tous, nostalgiques comme moi, je vous dédie cette chanson. Nous avons toujours le cœur jeune.


Nous étions vingt ou trente
Brigands dans une bande
Tous habillés de blanc
À la mode des, vous m'entendez
Tous habillés de blanc
À la mode des marchants

La première volerie
Que je fis dans ma vie
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un, vous m'entendez
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un curé

J'entrais tout dans la chambre
Mon Dieu, qu'elle était grande
J'ai trouvé mille écus
Je mis la main, vous m'entendez
J'ai trouvé mille écus
Je mis la main dessus

J'entrais dedans une autre
Mon Dieu, qu'elle était haute
De robes et de manteaux
J'en chargeais trois, vous m'entendez
De robes et de manteaux
J'en chargeais trois chariots

Je les portais pour vendre
À la foire en Hollande
J'les vendis au marché
Ils m'avaient rien, vous m'entendez
J'les vendis au marché
Ils m'avaient rien coûté

Ces messieurs de Grenoble
Avec leurs longues robes
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt, vous m'entendez
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt jugé

Ils m'ont jugé à pendre
Ah, c'est dur à entendre
À pendre, étranglé
Sur la place du, vous m'entendez
À pendre, étranglé
Sur la place du marché

Monté sur la potence
Je regardais la France
J'y vis mes compagnons
À l'ombre d'un, vous m'entendez
J'y vis mes compagnons
À l'ombre d'un buisson

Compagnons de misère
Allez dire à ma mère
Qu'elle ne me reverra plus
J'suis un enfant, vous m'entendez
Qu'elle ne me reverra plus
J'suis un enfant perdu

mardi 31 décembre 2024

La spiritualité ignatienne et l’écologie (par Pascal Djimoguinan)

En février 2019, la Compagnie de Jésus annonçait les quatre Préférences apostoliques universelles (PAU) qui seront à la base de la mission des jésuites pour les dix années suivantes. L’une de ces quatre PAU est une invitation à « Travailler avec d’autres pour la sauvegarde de la maison commune », en lien avec l’encyclique du pape Laudata si. Si cet engagement écologique est en lien avec l’encyclique, il faut dire que dans la spiritualité ignatienne-même, on trouve dès l’origine des germes écologiques. Si cette spiritualité est basée sur les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, on peut dire qu’on y trouve déjà les ferments qui rendront le pape, lui-même jésuite, sensible à la sauvegarde de la nature. En visitant les Exercices, nous tenterons de faire ressortir quatre points qui sont les pierres d’attente de l’écologie.

1- Principe et fondement comme point de départ :

Au début des Exercices, au numéro 23, nous trouvons un court texte qui a pour titre Principe et fondement, qui pose le fondement de toute la spiritualité ignatienne. Dans une relation triangulaire entre Dieu, l’homme et la création, Ignace donne l’importance de la création comme don fait à l’homme pour l’aider à rendre un culte à Dieu. La création est donc prise dans sa juste mesure. Elle vient de Dieu et doit tourner l’homme vers Dieu. Notre maison commune, nous la recevons de Dieu. Sans la déifier, nous devons donc en prendre soin. Si c’est un don de Dieu, il faut savoir la recevoir dans la louange et l’action de grâce.

2- Composition des lieux

Dans le premier exercice, saint Ignace donne des conseils pour la prière. Dans le premier préambule, il demande pour la prière qui va suivre et toute les autres, de faire la composition des lieux. Il s’agit dans la contemplation de ce qui est visible, de voir avec la vue de l’imagination le lieu matériel où se trouve la chose que je veux contempler [47].

Dans toute la prière ignatienne, la nature est présente. Il ne s’agit pas de ce vider l’esprit, mais de le remplir du réel de sorte qu’il soit une aide. La mer, le désert, les bourgs, les personnages, tout est présent et tout accompagne l’orant dans sa quête de Dieu. La maison commune est intégrée dans la prière ignatienne et devient ainsi une aide qui peut aider, en cas de distraction, à revenir à la prière.

3- Application des sens :

Dans la prière ignatienne, l’application permet d’utiliser les cinq sens dans la prière. Il s’agit donc de voir, avec la vue de l’imagination, d’entendre avec les oreilles, de sentir par l’odorat, de goûter par le goût et enfin de toucher par le tact. L’application permet de se rendre présent à la nature, de s’ouvrir à la sensibilité de tout ce qui nous entoure, de s’y intégrer pour pouvoir la saisir de l’intérieur. Il ne s’agit plus ici d’une écologie superficielle, mais de faire partir de la nature dont on est un élément.

4- La contemplation pour parvenir à l’Amour :

Le dernier exercice est la contemplation pour parvenir à l’Amour [230-237]. Dans cet exercice, il s’agit d’abord de se rappeler les bienfaits (dont la création) reçus de Dieu. Dans un deuxième temps, on voit comment Dieu habite dans les créatures et cela dans toute l’échelle de la création : dans les éléments, dans les plantes, dans les animaux et dans l’homme. Enfin, il s’agit de considérer comment tous les biens et tous les dons descendent d’en haut.

Il s’agit de voir Dieu dans toute la création ; on s’exerce ainsi à découvrir Dieu présent dans le moindre brin d’herbe. Dieu est ainsi présent dans toute la création. Une fois que cette découverte est faite, on comprend que c’est une œuvre pieuse que de « Travailler avec d’autres pour la sauvegarde de la maison commune », On peut ainsi trouver Dieu en toute chose. Voilà comment il faut vivre et faire l’écologie. 

samedi 14 décembre 2024

TCHAD Au cœur du conflit nord-sud de Rodrigue Naortangar (par Pascal Djimoguinan)

 Rodrigues Naortangar nous fait cadeau d’un livre dont rien que le titre est évocateur et alléchant : Tchad : Au cœur du « conflit nord-sud ». Ce livre de 254 pages, paru aux Presses de l’ITCJ (Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus) a été édité le 22 mars 2024 à Abidjan. L’auteur, à la fois ethnologue et théologien, utilise ses compétences scientifiques pour titiller la sensibilité des ses concitoyens. Il suffit de voir le titre de l’ouvrage. Les guillemets en disent plus long que ce qu’ils contiennent. L’expression nord-sud est au Tchad une marmite d’émotions bouillonnante ; elle clame ce que personne n’ose avouer. Le sous-titre vient à point pour éclairer le propos : Une lecture anthropologique de la guerre civile de 1979-1980.

Ce livre très documenté remonte à l’origine de tous les problèmes du Tchad, comme on remonte à la source pour trouver l’eau la plus fraîche et le plus pure. Ainsi, il voit déjà, dès avant la colonisation la mise en place du terreau où va germer et se développer le problème tchadien. La colonisation ne fera qu’un catalyseur dans les conflits qui éclateront plus tard. Tels de poupées russes, les événements s’enchaînent les uns aux autres jusqu’à l’explosion de la guerre civile.

Les événements de 1979 transformeront l’état de guerre larvée dans lequel se trouve le Tchad depuis plusieurs années en guerre civile ouverte. Rodrigue Naortangar, en tant que pasteur et scientifique, revisitera tous les événements vécus pour faire ressortir ses différentes implications et faire prendre conscience des enjeux qui traversent les années pour être encore présents aujourd’hui dans le vécu des tchadiens. On voit défiler le CSM (Conseil Supérieur Militaire) et le FROLINAT éclaté, qui seront les acteurs majeurs du conflit.

Pour comprendre le Tchad d’aujourd’hui, ce livre est incontournable. Il faut donc visiter ce livre qui revisite toutes les maladies infantiles du Tchad pour faire apparaître les carences à combler.