L’article La société civile en Afrique ; mythe ou réalité ? par le philosophe et chercheur tchadien Pascal Djimoguinan a été publiée dans la Revue de philosophie et de critique sociale de Kimwenza (éditée par la Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius en République démocratique du Congo), s'inscrit dans une démarche de critique sociale et politique de l'espace public africain.
Dans cette contribution
intellectuelle majeure, Pascal Djimoguinan interroge la pertinence, l’autonomie
et l’efficacité des structures dites de la « société civile » dans le
contexte des processus de démocratisation en Afrique subsaharienne.
Le Noyau Conceptuel de
l'Article
Djimoguinan aborde le concept
de société civile à travers une tension dialectique classique en philosophie
politique africaine : le mythe contre la réalité.
1. La thèse du « Mythe » (La
critique de l'importation conceptuelle)
• Dépendance et extraversion : L'auteur souligne que la «
société civile » est souvent un concept calqué sur les réalités occidentales
(hérité des Lumières ou des théories hégéliennes et libérales). En Afrique,
nombre d'organisations non gouvernementales (ONG) et d'associations naissent ou
survivent principalement grâce aux financements de bailleurs de fonds
internationaux, répondant à des agendas extérieurs plutôt qu'à des dynamiques populaires
endogènes.
• L'instrumentalisation politique : L'auteur met en garde
contre les dérives où la société civile devient une simple antichambre
politique, un tremplin pour des leaders associatifs en quête de portefeuilles
ministériels ou de visibilité institutionnelle.
2. La thèse de la « Réalité »
(L'ancrage et la résistance)
• Forces d'émancipation et contre-pouvoir : À l'opposé du
mythe, la société civile africaine est une réalité tangible lorsqu'elle
s'incarne dans des mouvements syndicaux, des associations de défense des droits
de l'homme ou des structures communautaires de base. Elle agit comme un
véritable rempart contre l'autoritarisme d'État et joue un rôle crucial de
médiation et de pacification lors des crises politiques.
• Réalités traditionnelles et solidarités locales :
Djimoguinan invite à élargir la définition textuelle de la société civile. En
Afrique, la véritable vitalité civile se trouve souvent en dehors du formalisme
juridique occidental : elle réside dans les structures de solidarité
coutumières, religieuses, les associations de développement local et les
groupements de femmes qui pallient l'absence ou la faillite de l'État
Providence.
La Conclusion de la Critique
Sociale
La réflexion de Pascal
Djimoguinan s'inscrit en droite ligne de la ligne éditoriale de la Revue
philosophique de Kimwenza, qui cherche à appliquer la rigueur de la rationalité
critique aux réalités sociales et politiques du continent.
Pour l'auteur, la société
civile en Afrique n'est ni un pur mythe abstrait, ni une réalité pleinement
achevée. C'est une réalité en construction qui doit constamment lutter pour son
autonomie financière et idéologique afin de ne pas se transformer en un simple
« gadget » politique au service des élites.
(La Société civile en Afrique, mythe ou réalité ?, in Revue de philosophie et de critique sociale de Kimwenza n° 1, février 2000)
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