lundi 15 août 2022

UNE PRIERE POUR LE DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF AU TCHAD :

Béni sois-tu ô Père,

Car dans ton amour infini,

Tu nous as donné un beau pays, le Tchad

Que nous n’avons pas su aimer

Et que par nos querelles incessantes,

Nous faisons souffrir

Mais que toi, tu continues de bénir et de protéger

Louange à toi qui nous aimes et qui aimes notre pays,

Que ton nom soit toujours sanctifié,

Et que le peuple du Tchad retrouve son unité.

Donne aux fils et filles de ce pays,

Qui se rencontrent dans un dialogue national inclusif

De taire leurs querelles et de laisser tomber leur orgueil,

Donne-leur de ne chercher que ce qui fait le bien,

Donne-leur de s’accorder pour le bien commun

Afin de construire ensemble un pays de paix et de joie.

Louange à toi qui nous aimes et qui aimes notre pays,

Que ton nom soit toujours sanctifié,

Et que le peuple du Tchad retrouve son unité.

Nous reconnaissons Seigneur que nous n'avons toujours cherché

Que l’intérêt de nos clans, de nos ethnies, de notre famille restreinte.

Donne-nous de chercher à construire une nation

Où chacun sera chez lui sans se méfier de l’autre ;

Donne-nous de faire de nos différences un créneau

Où se développera une synergie constructive pour le pays.

Louange à toi qui nous aimes et qui aimes notre pays,

Que ton nom soit toujours sanctifié,

Et que le peuple du Tchad retrouve son unité.

Pardonne nos péchés d’égoïsme et de division

Donne-nous un cœur de frères et de sœurs

Afin que ce moment de dialogue soit un moment où nous mettons nos cœurs ensemble,

Un moment où nous nous écoutions les uns les autres

Pour comprendre que nous sommes tous fils du même pays,

Eleveurs, paysans, nomades, sédentaires, musulmans, chrétiens, religions traditionnelles,

Et cherchions ensemble à construire un beau pays.

Amen




lundi 13 juin 2022

TCHAD : Le chemin qui allait des fiançailles au mariage traditionnel (par Pascal Djimoguinan)

Aujourd’hui, le mariage se fait à la va-vite et n’est qu’une cérémonie d’étalage de la richesse. Autrefois, au Tchad, le chemin qui allait des fiançailles au mariage était conduit par des coutumes et des lois qu’il fallait suivre, de telle façon que le mariage n’était pas une affaire entre deux personnes, mais était une alliance entre deux familles. Des élèves de la 1ère D2 du Lycée-Collège saint Charles Lwanga ont interrogé des adultes de leur régions pour nous raconter comment étaient les différentes étapes que les jeunes devaient suivre pour arriver au mariage. Nous avons retenu quelques reports, assez caractéristique du travail fait par la classe.

 Ngalou Takissa Chancella 
Le mariage est défini comme l’union légitime d’un homme et d’une femme. Cela dit, le principe du mariage est l’amour. De nos jours, avec la métamorphose de la société, le mariage est reparti en deux étapes : traditionnel et moderne. Notre sujet nous parle du mariage traditionnel.
 Quelles sont les différentes étapes qui conduisent des fiançailles au mariage traditionnel dans la région du Lac Iro ? Cette interrogation fera l’objet de notre travail.
 Au temps jadis, le mariage traditionnel dans notre région, précisément chez nous les Sara Kaba, le jeune garçon n’avait pas le choix de sa conjointe ; il était soumis aux exigences des parents en acceptant la fille qu’on lui proposait en mariage car elle était supposée idéale par la famille.
 Pour nos parents, il fallait connaître l’arbre généalogique de la famille du garçon ou de la fille, c’est-à-dire connaître trois ou quatre générations de cette famille en raison des maladies héréditaires ou de la sorcellerie. Une fois que le constat est fait, les parents du jeune garçon vont décider d’aller discrètement trouver ceux de la jeune fille. 
Cette phase ne concerne que les parents des deux jeunes. Dès que les parents de la fille acceptent la demande de l’autre partie, le garçon se décidera d’aller voir la future belle-famille. Comment cela se passe-t-il ? D’abord, le jeune garçon ira seul pour causer simplement avec la famille de la fille et leur dire secrètement le jour où il reviendra chercher la fille. Ensuite, le garçon pourra, s’il le veut, venir ou envoyer deux ou trois de ses amis prendre la fille et la lui ramener. A leur arrivée, les émissaires du garçon causeront avec les parents de la fille. Ceux-ci demanderont à leur fille de raccompagner les étrangers. En route, ceux-ci enlèveront la fille pour l’emmener chez le fiancé.
 Comment se passe l’arrivée de la fille chez le garçon ? Une fois arrivée, la fille ne sera pas emmenée directement dans la chambre du fiancé mais dans celle de son grand frère ; celui-ci doit être déjà marié. Elle sera installée dans une chambre avec une femme mûre pendant trois jours, sans manger. Pendant ce temps, le garçon fera ses adieux à sa vie de célibataire en compagnie de ses amis. Le troisième jour, la fiancée préparera à manger à ses beaux-parents. Ceux-ci devront payer pour recevoir le repas. Par respect, la fille ne peut plus parler avec ses beaux-parents (père, mère, grands frères et grandes sœurs du fiancé), ni même manger en leur présence et elle doit se déchausser dans la cour familiale. 
Que se passera-t-il après cette cérémonie ? Après la cérémonie, c’est-à-dire au quatrième jour, le garçon et la fille se retrouveront dans la chambre du garçon. Le fiancé consommera le mariage mais si la fille n’est pas vierge, ce sera une honte pour la famille de la fille ; par contre si elle l’est ce sera la joie dans les deux camps. Le fiancé apportera alors des savons, du sucre, de la farine de mil, le haricot et de l’huile de karité à la belle-famille. Deux semaines plus tard, la fille repartira chez ses parents cherches ses ustensiles de cuisine pour revenir chez son mari. Pour plus de respect et d’honneur, le mari doit payer la dot. Celle-ci ne doit pas être excessive. Ce sera la monnaie traditionnelle appelée KOKE, en forme de faucille, accompagnée des boissons traditionnelles. Après la dot, ils sont déclarés mari et femme pour le reste de leur vie. 
Pour finir, nous devons vous avouer que le mariage traditionnel de chez nous les Sara Kaba est très compliqué. Les différentes étapes seront difficiles à affronter, mais avec le courage, on peut le faire. Si les deux tourtereaux s’aiment des fiançailles jusqu’au mariage, leur vie sera remplie de bonheur, sinon le mariage sera éphémère.

 Ndil Herve Kladoumadji 
Dans le Mandoul (Koumra), nous assistons souvent à l’union de jeunes gens qui doivent s’aimer pour toujours. Quelles sont les différentes étapes qui conduisent des fiançailles au mariage traditionnel chez nous ? Cette interrogation fera l’objet de notre travail. 
Dans le Mandoul (Koumra), au début d’une relation, on ne tolère qu’un seul prétendant. Les fiançailles duraient souvent six ou sept ans et quelquefois encore plus. Généralement, le processus commençait avec une fille d’au moins dix ans. 
Parlant des étapes, il y a d’abord la demande des fiançailles. A cet effet, la sœur du garçon devait apporter chez les parents de la fille des pois de terre grillés dans une petite calebasse. Cela se passait habituellement la nuit. Si le cadeau était accepté, les deux jeunes étaient officiellement fiancés mais ne devaient pas se rencontrer en public. Ensuite, à chaque récolte, le jeune garçon devait faire de cadeaux à la famille de la fille.
 Lorsque la fille devient pubère, le garçon prendra des épis de mil qu’il placera parmi des cannes à sucre pour les envoyer en cadeau à son futur beau-père ; cela signifie qu’il devrait arrêter d’envoyer des cadeaux de fiançailles. Le garçon sera invité à construire une case chez son beau-père ; ce sera l’endroit où il pourra rencontrer sa fiancée. Si un soir le garçon remettait deux couteaux de jet à sa fiancée pour qu’elle les remette à son père, cela voulait dire que l’union pouvait être consommée. Sur invitation du fiancé, la fille pouvait se rendre chez lui et si jamais elle concevait, elle pouvait commencer à faire la cuisine sans honte pour son fiancé. Quand la grossesse arrivait à terme, le beau-père en profitait pour demander la dot. Autrefois, cela consistait à donner les « kul », les couteaux de jet. De nos jours on donne des billets de banque. 
Une fois que la dot est totalement versée, la femme pouvait se rendre chez son mari. Elle ne s’y rendait pas toute seule. Pour réduire les dépenses, la tante paternelle de l’épouse la conduira et préparera la bière de mil pour les invités. Pour conclure, on peut dire que le mariage est un lien sacré qui unit deux familles et c’est pour cela qu’il y a toute une procédure à suivre. Que reste-t-il de tout cela aujourd’hui ?
 In-Yessem Robaye Ferdinand 
 Les fiançailles sont une cérémonie familiale qui accompagne une promesse mutuelle de mariage. Dans la société traditionnelle, le garçon et la fille à l’âge de puberté étaient appelés à tisser des relations qui devaient aboutir au mariage. Il y a différentes étapes qui conduisent des fiançailles au mariage traditionnel. Quelles sont ces étapes ? 
Les étapes qui conduisent des fiançailles au mariage constituent un véritable parcours du combattant mais que l’amour fait suivre allègrement. Le garçon doit avec assiduité visiter tous les soirs le domicile de ses beaux-parents ; avec ses amis, il doit labourer leurs champs et demander à ses sœurs d’aider la belle famille dans les travaux ménagers (corvée d’eau pour la préparation de la boisson, aider pour la récolte des arachides et cueillette de gombo dans le champ de la belle-mère).
 Après deux ou trois ans de fiançailles, le garçon, alors bien connu des beaux-parents, invitera sa fiancée chez lui et la retiendra pour la nuit. Le matin, il en informera son père. Celui-ci appellera aussitôt ses frères pour les mettre au courant de la situation. Au troisième jour, le père enverra quatre personnes chez les parents de la fille pour les informer de la présence de leur fille dans sa concession. Les beaux-parents exigeront alors deux chèvres, quatre poulets et une somme de 50.000 francs pour les rites de la purification avant que leur fille ne regagne le domicile familial. Une fois que cela est fait, la fille pourra rendre visite à sa famille. La fille pourra rester chez son mari pendant plusieurs années sans inquiétude et même donner naissance à des enfants. 
La dot sera versée soit à la demande des beaux-parents, soit sur l’initiative du garçon qui voudra éviter les moqueries de ses amis ou de la belle famille. En somme, un garçon paresseux ne pouvait pas se marier dans notre région car les étapes conduisant des fiançailles au mariage demandent beaucoup de courage. De plus, le mariage était très exigeant et demandait de la patience de la part des deux conjoints.

Imbolnan Luaderim
En général, le mariage traditionnel chez nous comprend trois phases. Cependant, on peut le résumer dans le mot dot que certaines législations africaines reconnaissent. Ainsi quelles sont les différentes étapes qui conduisent au mariage chez nous les Mbay ? C’est ce que nous allons maintenant voir.
 En effet, les étapes qui conduisent des fiançailles au mariage traditionnel chez les mbay sont : la rencontre et la présentation des deux familles, la remise officielle des cadeaux et enfin le rite d’union. D’abord la rencontre et la présentation des deux familles se passe comme suit. En réalité, avant cette phase, certaines démarches avaient déjà été menées par la famille du fiancé auprès des membres influents de la famille de la fiancée. De ce fait, la présentation des deux familles n’est en réalité que la phase officielle de l’opération. Au cours de cette phase, les deux futurs mariés restent discrets. Ce sont les deux chefs de familles qui occupent les premières places et font autorité. Chacun d’eux délègue donc cette autorité à une personne assez diplomate et négociatrice. 
Dans une ambiance rituelle, le représentant de la famille de la fiancée interroge la famille hôte et l’invite à se présenter et à donner les raisons de leur visite. L’émissaire de la famille du fiancé tentera par des allusions et des proverbes de donner une réponse appropriée. Ensuite vient la phase des échanges des cadeaux. Cette phase est généralement celle de la remise officielle des demandes matérielles symboliques, exigées par les parents de la future mariée (pour compenser le départ de leur fille après tout l’effort d’éducation, de protection, de nutrition consentie pendant des années). C’est aussi le moment de remettre officiellement à la future épouse son cadeau symbolique. Il s’agit ici de montre officiellement que la fiancée ne pourra pas souffrir chez son mari.
 Enfin, le rite d’union symbolise l’union pour la vie. Lors de ce rite pendant le mariage traditionnel, les officiants coutumiers mélangent symboliquement deux boissons différentes qui deviennent homogènes et font boire le breuvage aux deux futurs époux ; par cet acte symbolique, les futurs époux jurent devant l’assistance qu’ils acceptent d’être unis pour toute la vie. Et pour symboliser cet engagement, la mariée, en général, remet au chef de famille ce breuvage. En définitive, ces différentes étapes permettaient aux parents des mariés de faire connaissance et d’unir les deux pour toute la vie./ 

 Pai-Umon Madjingar Nehemie
 Dans le pays Sara, quand la famille constatait que leur garçon avait l’âge de se marier, le père, la mère, l’oncle ou la tante proposait à la famille une fille pour lui. La proposition est basée sur le bon comportement (travail, accueil etc.) Le garçon n’est pas associé dans le choix de la fille. Après l’accord des parents sur certaines questions concernant la famille de la fille (est-ce que la maman de la fille est toujours au foyer, est-ce une famille respectable sur le plan éthique…), on convoque le garçon pour l’informer du choix. 
Il s’agit maintenant d’informer la famille de la fille. Cette responsabilité incombe à la personne qui avait proposé la fille à la famille. Celle-ci informera à son tour la fille afin qu’elle commence à fréquenter sa future belle famille et à l’assister dans les cérémonies et les travaux champêtres. Le père du garçon lui demandera alors de construire sa case s’il n’en a pas encore. La préparation de la dot se fait par les parents du garçon. Pour demander la main de la fille, la famille apportait soit une modeste somme soit un objet symbolique.
 Après une concertation des parents de la fille, une délégation sera envoyée chez la famille du garçon pour lui faire connaître le montant de la dot qu’exige le père de la fille. Cette somme sera envoyée avec une proposition de date pour la cérémonie du mariage. Toutes les démarches étaient faites par un petit groupe de personnes et discrètement. Seul le mariage sera public. La mère de la fille achètera des ustensiles de cuisine et un soir sera retenu pour amener les bagages de la jeune femme chez son mari. La fille sera laissée chez ses parents. 
C’est la belle famille qui devait aller la chercher pour la ramener chez le mari. Après une grande cérémonie de danse, très tôt les tantes de la jeune mariée devaient l’introduire dans la cuisine en la prenant par la main et en l’aidant à allumer son premier feu dans son foyer. Cela se passe souvent entre 4h du matin et 5h ; elle préparera la boule, du thé et tout ce que la femme doit servir à son mari. Il y a tout un rite pour allumer ce feu.
 C’est une joute entre les deux familles. Alors que la famille de la fille essaiera d’allumer le feu, les femmes du côté du garçon chercheront à l’éteindre. Les sœurs du garçon cherchaient ainsi à tester l’habilité de leur belle-sœur à la cuisine. Après avoir préparé une grande quantité de nourriture, selon les moyens de chaque famille, chacun repartira chez lui et la fille restera dans son foyer.

 Nandodjo Valerie
 D’après les informations auprès des adultes, nous essayerons de relater les différentes étapes qui conduisent des fiançailles au mariage traditionnel chez les sara.
 Chez les Sara, dans la première étape des fiançailles, les parents du jeune garçon envoyaient des cannes à sucre, des pois de terre et du mil aux parents de la jeune fille pour demander leur opinion, s’ils consentaient à ce que leur fille puisse être épousée. Les parents de la jeune fille l’appelaient pour demander son avis. Si elle accepte, les parents gardent les cadeaux. Les parents du garçon savent que la fille a accepté leur garçon. Commence alors les fiançailles. Le jeune garçon pouvait commencer à visiter la jeune fille, aider ses beaux-parents dans certains travaux. La jeune fille de son côté, faisait la cuisine et apportait cette nourriture à ses beaux-parents. 
Après une longue période, les parents du jeune garçon envoyaient les couteaux de jet, « Sirsi » ou « kul » (argent) aux parents de la jeune fille, symbolisant l’union du couple, en demandant aux parents que la jeune fille rejoigne le garçon. Ainsi le mariage commence.
Les parents de la jeune fille annoncent à la famille en précisant la date du départ de la fiancée chez son mari. De son côté, le fiancé annonce à son famille l’arrivée de la fille. Le jour J, la famille du garçon se rassemble pour accueillir les hôtes du côté de la fille. Celle-ci accompagne la fille avec des you-you et des cris de joie. Le repas est alors réparé par la famille et c’est une grande joie avec des ripailles et des danses. Selon les informations recueillies, il existe plusieurs étapes qui conduisent des fiançailles au mariage chez les Sara.

Aiba Bakhit 
Les fiançailles sont une promesse mutuelle de mariage faite entre deux personnes. Le mariage traditionnel est un mariage qui se fait selon les coutumes des ancêtres et qui se transmet de génération en génération. Ainsi, après nous être informé auprès des adultes de chez nous, nous parlerons des différentes étapes qui conduisaient autrefois des fiançailles au mariage traditionnel chez les Zaghawa.

 Jadis, dans ma région du Wadi Lina et plus précisément à Iriba, à l’instar des autres régions, la dot se faisait de manière spéciale et suivant certaines étapes. D’abord, si l’homme voyait une fille qui lui plaisait, il pouvait le demander à ses parents de se rapprocher de la famille de la fille pour demander sa main. Dans le cas où l’homme ne voyait pas spécialement une fille, il pouvait demander à ses parents de lui en chercher, selon certains critères (respectueuse, travailleuse…) Il arrivait aussi que les deux ne soient pas au courant des recherches et des choix des parents mais mis devant le fait accompli, ils devaient l’accepter car c’était une affaire de dignité.
 Après l’acception, c’était la deuxième étape qui commençait. La seconde étape consiste en la visite de la belle famille. Le garçon remettait de l’argent et des cadeaux à la famille de la fille. Le jour des fiançailles, les parents se réunissaient pour lire la fatié (versets coraniques) ; le fiancé offrait des dromadaires, des vaches à la belle famille, selon ses moyens, en forme de Sidak (cadeaux) ; Le beau-père pouvait alors dire qu’il acceptait de donner sa fille. La dot finissait avec les you yous de l’argent, des bijoux offerts à l’épouse. 
L’homme doit chercher de l’argent pour le mobilier (principalement des tapis). La femme quant à elle, devait construire sa maison dans le carré de sa mère. Après deux ou trois ans, on organisait la cérémonie du mariage. Une semaine avant la cérémonie, la femme devait être enfermée dans sa chambre. L’homme montait sur son dromadaire, tout de blanc vêtu ; accompagné de sa famille pour la cérémonie du mariage. C’est pour les jeunes un moment de danser, de manger, et de boire. C’est ainsi que la cérémonie s’achève. Après quelque temps, le mari pouvait faire déménager sa femme pour venir habiter chez lui. Pour conclure, le processus qui va de la dot au mariage se faisait en trois étapes essentielles qui étaient le dépôt de la demande de dot, sa réception et enfant la cérémonie du mariage. Ainsi se faisait le mariage dans la région du Wadi Fira et plus précisément chez les Zaghawa.

mardi 17 mai 2022

Mon Tchad est mal parti, à qui la faute ? (par Pascal Djimoguinan)

Est-ce le Tchad dont je rêvais enfant ? Que s’est-il passé ? Quand est-ce que les choses ont dérapé ?
 Est-ce mon Tchad ?/ Le frère n’a pour son frère que la haine ;
 De partout s’élève le soupçon qui s’amplifie
 Et qui, comme un serpent, s’engouffre partout/ Instillant son venin partout.
 Est-ce mon Tchad qui s’érige comme Tanga,
 Un Tanga nord se croyant tout permis,
 Un tanga sud, « attendant comme une grâce le réveil de la botte ».
 Est-ce un film western, mon Tchad,
 Pour qu’on tire impunément sur de paisibles paysans
 Sans que cela n’émeuve personne ?
 A l’heure où les grands ensembles se mettent en place,
 Au Tchad, il n’est même pas encore possible de cohabiter.
 Une mentalité de colonisateur habite certains
 Alors que d’autres, en vain, ont voulu la paix.
 Une mentalité d’esclavagistes habite certains
 Alors que d’autres cherchaient de partenaires.
 Faut-il donc des nouveaux « nègres marrons » pour imposer la paix ?
 Il faut un Tchad où chacun puisse être reconnu
 Un Tchad où les lois soient les même pour tous,
 Un Tchad de tous les Tchadiens
 Mais je n’aime pas ce Tchad où certains sont de seconde classe,
 Un Tchad où certains appellent les autres « koulab »/ Je dis non à ce Tchad là !

mardi 10 mai 2022

Tchad : Comment les mongo racontent l’origine de la mort (par Pascal Djimoguinan)

            Ndɔ̄ kárē be dáa, Sú ulə kulə rɔ̄ yo tə́ ne kadə̄ kínə́ dow̄ oyi dáa, kadə̄ a ndə́l nga nā̰y̰ɪ̄ ə́ oyi dáa kadə̄ oyi rɪ́ẃ. Ngon kulə lə Sú lé to líyə̄. Lo kə́ Sú lé isə idē ta lé be dáa, ī báila, ī ɓɔ̄yɔ̄ rɔ̄yí kadə kəyí tə, ō ta lé láyí.

            Báila tḛ̄ḛ̄ kə ngɔdə̄ kuté tə kalang a̰yī ɔwū idə yo pane : « Ī yo wa, Sú uləḿ rɔ̄yí tə́ kādə m-reē kalang m’ídə̄ī : nā̰y̰ɪ̄ ə́ oyi dáa, kadə̄ ndo mutə́ gō tə dáa ndə́l, nga dow̄ oyi dáa, ow rɪ́ẃ.

            Lo kə́ ī líyə̄ i-ndūr̄ mbḭ́nǵ ī tḛḛ̄ rɔ̄ yo tə́ dáa, yo oō ta ləí kə̄ ta lám karē. Ḛ ɓá dɔw̄jē d-óyné dáa d-oý rɪ́w ngaā nāy̰ī oy dáa rā ndɔ̄ mutə́ yáa dáa tḛḛ̄ kəmé.

 

            Un jour, sou envoya une commission chez la mort pour que si les humains meurent, ils puissent ressusciter après trois jours mais que si la lune meurt, que cela soit une fois pour toutes. Le messager de Sou est le caméléon. Pendant que Sou était en train de parler, le margouillat s’était caché contre le mur et avait tout entendu.

            Le margouillat sortit à toute vitesse pour aller dire à la mort : « Toi la mort, tu vois, Sou m’envoie vers toi pour que je vienne vite te dire : si la lune meurt, elle doit ressusciter après trois jours mais si c’est un humain, qu’il meurt pour toujours. »

            Lorsque toi le caméléon tu te traines pour arriver chez la mort, celui-ci te prend pour un menteur. C’est ainsi que lorsque les humains meurent, c’est pour toujours alors que quand la lune meurt, elle se réveille après trois jours..

mercredi 27 avril 2022

L’harmonie universel chez les mongo, une comptine de plus (par Pascal Djimoguinan)

Kūnjə́ j-ɔw̄ walé            

M-ɔw̄ walé aĺ ne mulə uwəḿ

Mulə úwə̄ kūnjə́ dɔ̄rí ?  

M-úwə̄ kūnjə dɔ̄ ta lə gánē yō̰

Kūnjə́ i gánē yō̰ dɔ̄ ta lə ri ?

M-gánē yō̰ dɔ̄ ta lə yō̰ o̰ bá̰ndə̄

Yō̰ ó̰ bándə̄ dɔ̄ ta lə rí   

M-ó̰ bá̰ndə̄ ne bándə̄ uwə dul

Bándə̄ úwə̄ dul dɔ ta lə ri

M-úwə̄ dul ne dul usə páīlá

Dul usə páīlá dɔ̄ ta lə rí 

M-úsə̄ páīlá ne páīlá usə kan̰̄jɪ̄

Páīlá úwə̄ kā̰njɪ̄ dɔ̄ ri     

M-úwə̄ kā̰njɪ ne kā̰njɪ̄ a̰y̰ɪ̄ mań

Kānjɪ̄ ā̰yḭ̄ man̄ dɔ̄ rí       

M-ā̰y̰ī man̄ ne man̄ tɔ̄l pər

Man̄ ī tɔ̄l pər dɔ̄ rí         

m-tɔ̄l pər ne pər o̰ kə́ý  

Pər ī-ó̰ kə́ý dɔ̄ rí           

M-ó̰ kə́ý ne kə́ý ros ɓē  

Kə́ý ī ros ɓē dɔ̄ rí          

M-ros ɓē aĺ ə ta ɓe na̰y̰ gajɪ

Poulet allons en brousse

Je ne vais pas en brousse car le chat sauvage va m’attraper

Chat sauvage pourquoi attrapes tu le poulet ?

J’attrape le poulet parce qu’il gratte le termite

Poulet, pourquoi grattes-tu le termite ?

Je gratte le termite parce qu’il détruit le filet

Termite, pourquoi détruis-tu le filet ?

Je détruis le filet parce qu’il attrape la biche-cochon

Filet, pourquoi attrapes-tu la biche-cochon ?

J’attrape la biche-cochon parce qu’elle mange ls roseau (Arbuste, Securidaca longepeduncalata)

Biche-cochon, pourquoi manges-tu le roseau ?

Je mange le roseau[1] parce qu’il attrape le poisson

Roseau, pourquoi attrapes-tu le poisson ?

J’attrape le poisson parce qu’il boit l’eau

Poisson, pourquoi bois-tu de l’eau ?

Je bois l’eau parce que l’eau éteint le feu

Eau, pourquoi éteins-tu le feu ?

J’éteins le feu parce que le feu brûle les cases

Feu, pourquoi brûles-tu les cases ?

Je brûle les cases car elles remplissent le village

Cases, pourquoi remplissez-vous le village ?

Si je ne remplis pas le village, le village sera informe.



 

mercredi 20 avril 2022

TCHAD : Sarh, la ville verte sacrifiée (par Pascal Djimoguinan)

De toutes les villes du Tchad, Sarh est parmi celles qui ont eu pour héritage les meilleurs aménagements. La ville est bien pensée, avec des rues bien tracées. Des espaces verts sont prévus. Il faut dire que la ville a été pensée d’une façon qui est en avance sur les exigences écologiques, bien avant sa création.

            Malheureusement, tout cela n’est aujourd’hui qu’un vieux souvenir. Une nouvelle politique de l’aménagement de la ville, n’ayant rien à voir avec l’écologie, a vu le jours à Sarh.

            Les espaces verts, autrefois appelés « forêt », sont désormais vendus à des particuliers. Une déforestation sauvage a complètement défiguré la ville. A la place des arbres, se dresse des villas, faites de briques cuites.

            Les poumons de la ville verte sont atrophiés. ; Sarh respire désormais difficilement.

            Pour se rendre compte de l’état de la ville de Sarh, il suffit de se promener un peu ; les dégâts sont partout. A titre d’exemple, il faut aller vers la sortie de la ville vers Kyabé. Après la société textile (NSTT) et sur deux ou trois kilomètres vers la gauche. Il n’y a pas plus de 10 ans, il y avait un beau bois où les élèves et les étudiants se rendaient pour étudier. Maintenant, on ne peut y constater qu’un massacre écologique.

            Il faut se demander qui a décidé de la nouvelle politique de l’aménagement de la ville. Les urbanistes devraient expliquer leur projet à la population.

            On peut constater que toute l’urbanisation de la ville de Sarh est devenue anarchique. Le quartier résidentiel est devenu un quartier populaire avec des huileries, des garages et des vendeurs improvisés ; tout cela se passe dans un vacarme étourdissant.

            Qui est responsable de l’urbanisation à Sarh ? Est-ce la commune ou les services cadastres ? Qui organise le désordre ? Dans un pays normal, le maire de la ville aurait été interpelé.

            Malheureusement, nous sommes au Tchad et la lente agonie de la ville de Sarh continue dans l’indifférence générale.

mardi 19 avril 2022

Tchad le pré-dialogue, un mauvais signe (par Pascal djimoguinan)

A la suite de la disparition brutale de l’ancien président du Tchad le maréchal Idriss Déby Itno le 20 avril 2021, le conseil militaire de transition qui a repris les rênes du pays s’est rendu compte qu’il fallait un nouveau processus pour réhabiliter le Tchad. Le dialogue national inclusif est apparu comme le moyen de réunir les Tchadiens pour un nouveau départ. Aux dernières nouvelles, la date du dialogue national inclusif est maintenue pour le 10 mai 2022.

Personne ne sait encore si cette date sera respectée, surtout quand on voit toutes les tergiversations qui accompagnent le pré-dialogue qui se tient à Doha au Qatar.

S’il y a un sujet qui mérite réflexion, ce serait moins au sujet du dialogue national inclusif que du pré-dialogue.

En effet, rien que le fait qu’il y ait besoin d’un pré-dialogue est un signal d’alarme pour le Tchad.

Le 21 août 1979, des tendances politico-militaires du Tchad ont signé des accords à Lagos, au Nigéria ; il s’agissait d’établir un cessez-le-feu, de libérer les prisonniers politiques, de démilitariser la ville de N’Djamena et d’intégrer les membres des différentes forces dans la gestion du pays. Cet accord fait suite à une autre conférence qui s’était tenue à Kano (Nigéria) du 7 au 14 mars 1979 suivie de Kano II (avril 1979).

Aujourd’hui, quarante ans après les accords de Lagos (et Kano), nous faisons du surplace. C’est comme si le temps s’était arrêté. Rien ne semble avoir changé. Tout se passe comme dans un vieux film usé, ou comme un disque vinyle rayé. Les politico-militaires doivent se réunir avant qu’un dialogue puisse s’engager entre les tchadiens.

C’est vrai qu’au Tchad, la honte ne tue pas. Cependant, il faudrait mieux rehausser le débat sur le plan intellectuel.

Si depuis 1979, les politico-militaires prennent tout un pays en otage, est-ce possible que cela change un jour ? Ne peut-on dialoguer au Tchad que l’arme au poing ? Les tchadiens n’auraient-ils pas encore découvert que l’on peut tout faire avec une baïonnette, sauf s’asseoir dessus ?

Beaucoup se réjouissent de la tenue du pré-dialogue mais en réalité, c’est un très mauvais signe qui n’augure en rien des lendemains qui chantent. Le pré-dialogue est le révélateur de l’impossibilité d’un vrai dialogue entre tchadiens. Il y a trop de préjugés, de méfiance et de haine, si bien que chacun ne se sent en sécurité que lorsqu’il s’appuie sur son kalashnicov AK 47.

Les accords de Doha, s’il sort quelque chose du pré-dialogue, ressembleront comme deux gouttes d’eau aux accords de Lagos. C’est dire que rien n’aura changé puisque, ne prenant pas en compte les enjeux nationaux, chacun s’agrippera sur ses propres intérêts ou sur les intérêts de son petit groupe et tout sera à recommencer à la prochaine échéance.

Le problème du Tchad est un problème institutionnel. C’est un problème de justice et de droit. Quand des magistrats sont spoliés, agressés, mille pré-dialogues n’apporteront rien. Commençons par faire du Tchad un pays de droit, où les textes en vigueur son respectés et où la Justice trouve sa vraie place de troisième pouvoir. Ainsi, nous n’aurons pas besoin d’armes ni de pré-dialogue pour nous entendre entre tchadiens.

N’oublions pas que le monde entier a le regard fixé sur les tchadiens. Arrêtons cette comédie et entrons résolument dans le dialogue pour mettre en place des conditions nécessaires au respect du droit. Que vive le Tchad ! !