lundi 31 janvier 2022
Haro sur la France, pardon, sur le baudet (par Pascal Djimoguinan)
dimanche 30 janvier 2022
Afrique, qu'allais-tu faire dans cette galère ? (par Pascal Djimoguinan)
mardi 26 octobre 2021
TCHAD : Une lecture naïve des événements de Koumra après l’accord du 15 octobre (par Pascal Djimoguinan)
Est-ce l’épilogue de l’accord de Koumra du 15 octobre ? Par un décret datant du 25 octobre 2021, le Ministère de l’Administration du Territoire et de la décentralisation du Territoire nomme une nouveau Gouverneur de la province du Mandoul alors que l’ancienne est appelée à d’autres fonctions. Que faut-il en dire ?
D’emblée, on pourrait dire que la sanction administrative a
suivi la faute commise par l’ancienne gouverneur du Mandoul. Cela dit, faut-il
refermer le dossier ? Une lecture naïve répondrait par l’affirmative,
mais, en réalité, il ne s’agit qu’un palliatif. Pourquoi cela ?
Pour un lecteur assidu de la vie de nos provinces, l’éviction
de madame la gouverneure du Mandoul est tout simplement une manœuvre pour
éliminer les effets au lieu de s’occuper de la cause. C’est casser le
thermomètre au lieu de soigner la fièvre.
L’accord de Koumra qui a été annulé et qui a causé le
départ de la gouverneure du Mandoul voulait régler les tensions entre les
différentes communautés dans la province. La maladresse de l’accord vient du
fait que la dia a été retenue malgré les textes de la République. Annuler l’accord
et relever la gouverneure de ses fonctions pour en nommer un autre ne résout
pas le problème. Il y a en fait deux problèmes qui se sont entrecroisés ici. D’un
côté, la « dia » pour régler les homicides, et de l’autre, les
conflits entre les différentes communautés, exacerbés par le conflit éleveurs-agriculteurs.
Pour la « dia », il faut renforcer le décret de
2019 et l’interdire tout simplement. Tout homicide implique l’Etat d’une manière
ou d’une autre. Il n’y a pas de place pour quel que subterfuge que ce soit.
Le conflit éleveur-agriculteur est comme un cancer qui
ronge le pays de l’intérieur et son traitement d’une manière partiale ne fait
créer une métastase dont le perdant est le pays tout entier. Au lieu de prendre
une décision en dehors de tout contexte, il faudrait trouver une solution sur
le plan national. Pour cela, il faudra commencer par créer un comité ad hoc
regroupant entre autres des juristes, des géographes, des historiens, des
administrateurs, des représentants des éleveurs et des agriculteurs. Que ce
comité étudie le problème et propose une solution qui convienne. C’est seulement
après cela qu’une décision pourrait être prise.
En tout, le bien commun doit être recherché et conservé. Il
faudrait donc que le problème de Koumra soit plus féconde pour le vivre-ensemble
au Tchad.
mercredi 20 octobre 2021
De la validité de la « Dia » dans le sud du Tchad (par Pascal Djimoguinan)
La blogosphère tchadienne est rouge, tellement elle est en hyperactivité depuis quelques jours. Ce qui la tient ainsi en émoi, c’est le fameux soi-disant accord sur le consensus des chefs coutumiers et traditionnels du Mandoul.
Cet accord, ou consensus, aurait purement et simplement
pour but de fixer le « prix du sang » dans le Mandoul lorsqu’il y a
mort d’homme. Il s’agit en fait de fixer ce qui est appelé la « Dia ».
Il est étonnant de voir que les lois de la République sont
purement et simplement ignorées dans l’élaboration de cet accord. Ce qui
étonne, ou plutôt ce qui détonne, c’est que l’assemblée a été présidée par la
gouverneure du Mandoul qui cautionne l’accord. Il faut donc parler de l’accord
Diamlar Betolngar puisque la signature de la gouverneure s’y trouve.
Que penser de ce consensus ?
Tout d’abord, il apparaît clairement dans ce document qu’il
y a une permission de tuer ; dans les détails, on donne le prix à payer s’il
s’agit d’un homicide volontaire ou d’un accident de circulation. Le prix varie
entre un million cinq cent mille Fcfa et un million Fcfa (2290 euros et 1526
euros).
Dans le fameux consensus, il n’est pas question de
sanctions pénales. Cela voudrait-il dire que tout s’arrête au payement de la
dia ?
Avec la dia, la sanction n’est plus individuelle mais
communautaire. Evidemment, il faut dire que les pauvres paysans du Mandoul ne seront
pas capables de trouver individuellement le prix du sang, ce qui signifie que
ce sera toute la communauté qui sera touchée.
Il faut maintenant s’interroger sur cet acharnement à
imposer aux populations du Sud du Tchad une coutume qui n’est pas la leur ?
Lorsqu’on se rend compte que le conflit
éleveurs/agriculteurs est récurent dans le Mandoul, ce consensus se présente
comme une prise de position partiale qui ne fera qu’augmenter le sentiment d’insécurité
des populations.
[1]
L’accord de Koumra, du 15 octobre 2021, sera heureusement annulé par une lettre
du Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, du 22
octobre 2021. Par la lettre, le ministre porte à la connaissance de la
gouverneure qu’au regard de la réglementation des textes en vigueur en la
matière, ledit accord est annulé dans tous ses effets. Cela signifie tout
simplement que la gouverneure est désavouée pour le simple motif de l’ignorance
des textes. La suite logique des événements ne tardera sans doute pas. La
gouverneure aura-t-elle le courage de démissionner ou attendra-t-elle d’être relevée
de ses fonctions ? L’avenir nous le dire.
samedi 16 octobre 2021
Tchad : Où en sommes-nous ? (Par Pascal Djimoguinan)
Il faudra sans doute être un charlatan pour dire où va le Tchad, six mois après le décès de l’ancien président Idriss Deby Itno. Un conseil militaire dirigé par l’un de ses fils a été mis en place avec comme objectif de diriger une transition de 18 mois. A part le fait que 6 mois sont passés depuis et qu’il ne reste plus que 12 mois de transition, que peut-on dire de concret sur l’avenir du pays ?
Un premier constat, c’est qu’on reprend les mêmes et on
recommence. Cela penser aux films d’horreur où on a l’impression d’un déjà vu
qui se déroule sans qu’on ne puisse l’arrêter ni avoir aucune maîtrise sur les
événements.
Le conseil national de transition qui fera office de
parlement provisoire, désigné par la junte au pouvoir, a été installé depuis le
5 octobre et le président de l’ancienne Assemblée Nationale, Haroun Kabadi
(oui, cela qui aurait refusé, pour cause de maladie, d’assumer son obligation
constitutionnelle de prendre la place du président en cas de vacance du pouvoir)
en a été désigné président par acclamation.
Lorsque l’on sait que le président de ce parlement
provisoire est en même temps est l’actuel secrétaire général du Mouvement Patriotique
du Salut (MPS), le parti du défunt président, à la suite d’un congrès extraordinaire
depuis le 10 juin, on voit bien que la boucle est bouclée.
Il est difficile que quelque chose de nouveau sorte de ce
scénario qui semble éprouver de l’effroi devant toute nouveauté. Que nous
réserve l’avenir ? La transition prendra-elle fin.
Si à cela, on ajoute que, pour se donner un air de
respectabilité, la junte a nommé un gouvernement de transition avec un premier
ministre civile, on est en droit d’être dubitatif quant à la neutralité du
gouvernement qui conduira les élections qui devraient suivre la transition. Le
malaise grandit quand on sait qui est le premier ministre nommé par le chef de
la junte ; il s’agit d’Albert Pahimi Padacké qui était le dernier Premier
ministre du président défunt, avant que ce poste ne soit supprimé.
Devant tout cet appareil, nommé afin de rendre les choses
comme elles devraient être, et un consensus qui semble se mettre en place avec
l’ancienne opposition (sans donner l’impression d’être une galerie de
vieillards), la société civile seule semble encore avoir la tête en place.
Ainsi, en essayant d’utiliser le peu de liberté qui lui est donné, Wakit tama
(avec les Transformateurs) organise des marches pour rappeler que la démocratie
ne doit pas simplement être enterrée.
Personne ne peut deviner l’avenir du Tchad mais il est
temps que quelques esprits se réveillent et mettent l’intérêt du pays devant
les leurs. Qui se rappelle encore que quelqu’un disait : « A vin
nouveau, outres neuves ? »
jeudi 14 octobre 2021
IN MEMORIAM : Père Jacquineau Azétzop sj (par Pascal Djimoguinan)
Père Jacquineau, ton voyage,
le dernier, tu as décidé de l’entreprendre dans la ville éternelle. Ton dernier
combat, tu l’as vécu presque seul même si tu étais entouré des esprits de tous
ceux qui t’ont aimé.
Ton voyage à Douala cet été,
en juillet, a permis que beaucoup puisse te rencontrer. Très peu parmi nous ne
pouvions deviner que c’était le dernier adieu. C’était peut-être mieux ainsi
car toutes les rencontres étaient dénuées de toute tristesse et de tout rancœur.
Que puis-je te dire ? Pas
grand-chose en fait.
Je ne pourrai pas assister à
tes obsèques. Tu te rappelles ? Tu as voulu que le jour de ton ordination
sacerdotale, ce matin du 21 juin 2003, tu as choisi que je sois celui qui t’ai
aidé à porter les habits sacerdotaux. Je ne pourrai pas être là pour poser sur
ton cercueil l’étole. Mais mes prières t’accompagneront, quel que soit l’endroit
où je me trouverai. Je prierai pour toi, je prierai avec toi.
Avec saint Ignace, je dis avec
toi :
« Prends Seigneur, et reçois
toute ma liberté,
ma mémoire, mon intelligence
et toute ma volonté.
Tout ce que j’ai et tout ce que je possède.
C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté.
Donne-moi seulement de t’aimer
et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. »
dimanche 12 septembre 2021
Il faut se méfier de ceux qui font l'histoire-stop (par Pascal Djimoguinan)
Les grands hommes qui font l’histoire, sont ceux qui s’assument et prennent leur responsabilité, en s’engageant résolument dans les combats de leur temps, à cause d’idéaux nobles qu’ils entendent défendre. On ne peut les compter sur les doigts d’une main, car pour y arriver, il faut être crédible et d’une ascèse telle que chaque journée vécue par eux est un trophée arraché dans la persévérance et la fidélité.
Ils sont par contre légions, les hommes qui font l’histoire-stop.
Ce sont ceux qui sont toujours aux aguets, prêts à bondir sur n’importe quelle
situation qui favoriserait leurs intérêts mesquins. Leurs calculs ne prennent
jamais en compte l’intérêt général et le bien commun est pour eux un vain mot.
Sous nos cieux, les hommes du premier groupe ne s’engagent
pas beaucoup en politique par respect de leurs principes. Ils ne sont pas prêts
à des compromissions avec des gens sans foi ni loi. Ils préfèrent alors s’engager
dans activités dans lesquelles ils peuvent vraiment servir les autres dans l’éthique
et dans le développement de leur pays.
Les hommes du second groupe par contre prennent la
politique en otage. Ils sont nombreux à se nourrir des biens des veuves et des
orphelins. Ils n’acceptent pas de laisser tomber la moindre miette pour les
pauvres. Ils s’entredéchirent sur les dépouilles de ceux dont ils ont accélérer
la mort.
La politique se décline alors en bassesse et en
corruption. L’honneur aura vécu. De véritables charognards se sont emparés de
la chose publique.
Il faudra sans doute une révolution pour remettre les
choses en place.



