mardi 15 novembre 2016

TCHAD : Sarh, entre anachronisme et archaïsme (par Pascal Djimoguinan)

            Sarh n’aura jamais autant mérité son surnom de « ville archaïque » que pendant ces jours de la première quinzaine de novembre 2016. Il aura fallu qu’un problème de succession se pose pour que cette ville provinciale replonge dans les affres d’un passé récent et donner l’impression de n’être jamais entrée dans la modernité.
            Les faits tels qu’ils sont relatés semblent assez simples. Un simple fait divers dira-t-on s’il n’y avait une politisation à outrance de l’événement. Deux petits fils de Bezo se disputent le trône, Mahamat Bezo d’un côté et Ngaryedji Djiminan Bezo de l’autre. Deux faits viennent aggraver le problème. Mahamat qui est musulman n’est pas initié (au yondo, initiation local) alors que Ngaryedji l’est. La population Sara est du côté de ce dernier parce que ce dernier aurait été désigné par la famille et que par l’intiatiation traditionnelle il peut présider et assister aux cérémonies traditionnelles. Cependant, Mahamat qui est coopté par les autorités civiles profiterait du décret n° 425, taillé à sa mesure et qui instaure le sultanat de Sarh dans la sous-préfecture de Sarh.
            La réaction de la population sara a été très forte contre cette nomination et cette érection du sultanat dans un territoire qui n’en a jamais connu auparavant. Il a fallu un décret du Premier ministre pour calmer la situation en attendant que la situation ne se clarifie.
            Il serait intéressant de savoir comment s’est constituée la dynastie des Bezo à Sarh.
            Au Tchad, la colonisation civile couvre le période qui va de 1920 à 1960, l’année de l’indépendance. Ainsi, en 1920 arrive le premier gouverneur civil qui s’appelait LAVIT. Il y avait 9 régions comportant chacune trois ou quatre districts. Avec un budget alimenté par les douanes, l’impôt personnel, la taxe sur le bétail et les patentes des commerçants, le gouverneur devait payer tous les administrateurs, le personnel subalterne et les comptables.
            La tâche du « commandant » (chef de district) était énorme ; il devait s’occuper des travaux publics, agriculture, élevage, santé, justice. Pour faire les routes, les cultivateurs étaient réquisitionnés. Pour qu’il y ait une courroie de transmission afin que les ordres soient exécutés, le commandant avait son chef de canton, qui lui, vivait des « droits traditionnels », prélevés sur les récoltes de ses administrés.
            Dans beaucoup de districts, la chefferie du canton avait été confiée à des interprètes ou des goumiers qui avaient su se faire bien voir des officiers français, durant la conquête ou la guerre de 1914.
            Il y eu la réalisation du chemin de fer Congo-Océan, vaste entreprise qui demandait de la main-d’œuvre. Celle-ci a été trouvée au Tchad. Le gouverneur général de l’AEF, Antonetti fit rattacher le Moyen-Chari à l’Oubangui de 1925 à 1936. Un décret de 1934 y rattacha même le Logone géographique et le Mayo-Kebbi.
            Celui à qui la sale besogne de recrutement fut confiée fu le célébre Bé-i-so (Bézo). Il était sara par son père qui était de Koumra. Il a débord été « serrviteur de Balnoudji, le frère du Ngar-Koumra, puis « goumier » à Ngodéré, vers 1905. De là, il parit à Kyabé où il devint l’homme de confiance d’un adjudant corse pendant la guerre de 1914. Quand enfin on décida de créer des « chefs supérieurs » ayant barre sur plusieurs chefs de canton, il devient « commandant » à 4 galons, tandis que Tatola, à Moïssala, Batinda, pour les cantons Day, Beralengar, pour les cantons sara, n’en avaient que trois, comme des capitaines. Avec cela, Bezo eu la haute main sur le recrutement dans tout le département. Tous les jeunes gens sont enchaînés, avec des cordes de cuir, par fils de 50, et partent à Pied pour Bangui où il sont embarqués sur le fleuve jusqu’à Brazzaville. Ils y restaient deux ans à moins qu’ils en meurent de maladie.

            Voilà l’origine de la chefferie qui pose aujourd’hui problème. Une création coloniale qui a su continuer avec l’indépendance.

samedi 12 novembre 2016

LU POUR VOUS/RCA- Dégradation de la situation sécuritaire et appel de la population à une table ronde

« La situation sécuritaire est grave en dehors de la capitale, ainsi que le démontre l’attaque perpétrée contre le site d’accueil des évacués de Kaga Bandoro le 12 octobre » déclarent des sources de l’Eglise depuis Bangui, capitale de la République centrafricaine, à l’Agence Fides. « Au cours de l’assaut contre le camp d’évacués qui se trouvait dans la zone de la Cathédrale, 37 personnes ont officiellement trouvé la mort mais les députés de cette zone affirment que les morts seraient plus de 200 » indiquent nos sources qui ont demandé à conserver l’anonymat pour raisons de sécurité.
Les responsables du massacre sont les rebelles de la Seleka qui « ont attaqué un certain nombre de quartiers de la petite ville pour ensuite concentrer leur assaut sur le camp d’évacués qui a été livré aux flammes. Certaines personnes sont mortes brûlées vives tant à l’intérieur du camp que dans les maisons. D’autres personnes ont été passées par les armes ou massacrées à coups de machette ou de fusil, après qu’elles aient été contraintes à s’agenouiller. Un enfant a été tué et son corps jeté dans un puits. Parmi les victimes, se trouvent des enseignants et le directeur du centre pédagogique régional » « Ce qui est stupéfiant est que le massacre ait été perpétré à quelques pas d’une position militaire de la MINUSCA – mission de l’ONU en République centrafricaine – et que (les casques bleus) n’ont rien fait pour défendre les civils » affirment nos sources. « Des témoins affirment que les casques bleus pakistanais auraient cédé des munitions aux rebelles lorsque ceux-ci avaient fini leurs stocks mais il n’existe aucune demande d’enquête et il n’est donc pas possible de savoir si cela est vrai ou non ».
Après l’attaque de Kaga Bandoro, d’autres, d’entité mineure, ont eu lieu dans d’autres zones du pays. « L’insécurité est très répandue. Depuis septembre, la société civile demande la convocation d’une table ronde avec le gouvernement et la MINUSCA pour affronter la question. En effet, l’ONU et les autorités de Bangui continuent à se renvoyer la responsabilité de la situation, alors que le Président, le gouvernement, le Parlement et la MINUSCA conservent le silence. A ce point, les organisations de la société civile ont lancé une pétition afin de demander la fin de l’embargo sur les ventes d’armes frappant les forces de sécurité centrafricaines légitimes et le retrait de la MINUSCA. Le premier jour de la collecte, ont été reçues 2.000 signatures suivies par de nombreuses autres. Le 24 octobre a constitué une journée de contestation sous la forme d’une opération ville morte afin de manifester l’impatience de la population face à cette violence ininterrompue à laquelle la MINUSCA n’est pas en mesure de faire face. La population a répondu en masse à l’appel et Bangui s’est retrouvée totalement bloquée. Les manifestations ont été pacifiques mais les casques bleus ont ouvert le feu à la mitrailleuse depuis leurs blindés d’abord en l’air puis à hauteur d’homme, tuant au moins six personnes ».
Les autorités ont procédé à l’arrestation de deux organisateurs de la manifestation, Gervais Lakosso, coordinateur du Groupe de Travail de la Société Civile, et Marcel Mokwapi, Président des Consommateurs Centrafricains, les accusant d’avoir tenté un coup d’Etat, ce qui serait faux selon nos sources.
Entre temps, dans les territoires se trouvant sous le contrôle de la Seleka, a fait son apparition le drapeau de la nouvelle République du Logone. « On se demande si existent des plans pour diviser le pays. Le déplacement des populations musulmans de Bangui en direction du nord et maintenant, après le massacre du 12 octobre, des chrétiens de Kaga Bandoro en direction de Bangui, semble finalisé à cela. Nous nous demandons quel est le rôle des troupes françaises et de l’ONU qui ont procédé à ces déplacements » concluent nos sources. (L.M.) (Agence Fides 11/11/2016)

mercredi 2 novembre 2016

Lu pour vous/Une communauté chrétienne au Tchad (par Pascal Djimoguinan)

            Nous proposons ici un article du père Jacques Hallaire paru dans Vie chrétienne n° 106, avril 1968, sous le titre de « Une communauté chrétienne du Tchad au jour le jour. » Il est intéressant de relire cet article 48 ans après pour voir le chemin parcouru et ce qui reste à faire. C’est une façon de faire honneur au père Hallaire qui a passé 45 ans au Tchad. Le père Jacques Hallaire est décédé le 27 mars 1996 à 23h 05mn à Antony en France.
            Je suis curé de Bédaya. Ma paroisse se situe dans le sud de la République du Tchad, et correspond à une petite unité administrative qui s’étire sur cent kilomètres de long, et groupe trente-cinq villages totalisant treize mille habitants, presque tous de race et de langue Sara. Mon territoire paroissial, que j’ai divisé en trois secteurs, n’est que le reste d’une zone cinq fois plus vaste, dont l’évangélisation m’avait été confiée il y a quinze ans, et qu’on a pu morceler peu à peu grâce à l’arrivée de nouveaux missionnaires. Les premiers baptêmes datent d’il y a onze ans. Il s’y trouve actuellement environ sept cents chrétiens et six cents catéchumènes, répartis dans à peu près tous les villages.
            Comment un seul prêtre peut-il assurer l’instruction et la vie chrétienne dans une chrétienté aussi dispersée ? Cette question paraîtrait majeure en France. Ici, elle se résout d’elle-même. Les groupes de chrétiens sont nés de visites à peine mensuelles du missionnaire. Ils sont organisés pour vivre à ce rythme. C’est le catéchiste de chaque village qui assure l’enseignement religieux, et réunit les fidèles le dimanche. Pour ma part, je me dois d’aller visiter à peu près chaque jour l’un, parfois deux, des postes de catéchisme pour y contrôler et soutenir l’enseignement religieux. Dans une quinzaine de villages, je trouve une case-chapelle édifiée par les soins des fidèles ; j’y célèbre la messe à laquelle ceux des villages voisins peuvent se rendre sans difficulté, de sorte qu’à peu près tous les chrétiens de la paroisse peuvent fréquenter les sacrements de pénitence et d’eucharistie au moins une fois par mois. Tous invités à se retrouver au centre de Bédaya pour les fêtes de Noël et de Pâques, et les chrétiens des villages les plus éloignés s’efforcent, non sans mérite, de s’y rendre, ainsi qu’o la retraite annuelle qui se fait durant le Carême. Celle-ci à lieu en pleine brousse, au bord d’une rivière. C’est le cadre de plein air qui s’est révélé le plus favorable au recueillement nécessaire, et aux nécessités de la vie matérielle imposées par un tel rassemblement.
            Malgré mes possibilités de contacts assez fréquents avec les villages, c’est évidemment des catéchistes que dépend principalement la vie des chrétientés qui s’y trouvent. Le catéchiste est généralement un chrétien du village, qui a commencé par faire répéter le texte du catéchisme parce qu’il savait un peu lire ‘la plupart des adultes sont encore illettrés), et que nous avons essayé de former peu à peu par des stages. Chaque année, nous organisons un de ces stages, qui durent un mois à six semaines et nous invitons tous les catéchistes qui le peuvent à s’y rendre. De plus, tous les mois, pour chaque secteur de ma paroisse, je fais une réunion de catéchistes, où l’on examine les problèmes qui se posent et où l’on prépare le travail du mois à venir, en particulier la célébration du dimanche partout où on ne peut avoir la messe.
            Tout en étant le seul prêtre dans mon poste, je fais partie d’une équipe, celle des missionnaires du doyenné. Ils ont eux aussi leur réunion mensuelle autour d’un thème de réflexion et d’étude. A l’intérieur de cette équipe ont été constituées des commissions plus restreintes, chargées de travailler des problèmes précis d’apostolat. Je fais partie de la commission liturgique, qui a dû, entre autres choses, élaborer des guides pour la célébration du dimanche par le catéchiste, là où on ne peut se rendre à la messe. Je suis plus spécialement chargé de la traduction des textes liturgiques en langue sara. Œuvre passionnante mais ardue, surtout en ces débuts où non seulement nous devons créer dans nos traductions le vocabulaire religieux sara, mais où nous devons même trouver la manière d’écrire le sara, qui était jusqu’à présent une langue uniquement parlée. Œuvre que les réformes postconciliaires rendent à la fois urgente et illimitée. Ce sont pratiquement tous les livres de la Bible que nous allons devoir être en état de livrer à nos fidèles rassemblés. Là comme partout dans l’apostolat missionnaire, nous nous sentons écrasés par la tâche qui s’impose.
            Il ne suffit pas de traduire le message chrétien en des termes dont les gens du pays arrivent à saisir la signification. Il faut tenir compte du contexte culturel, sociologique, économique, dans lequel ces gens sont insérés, et qui conditionnera de manière capitale leurs possibilités d’accueil de ce message. En France, tout plan d’apostolat est préparé par de minutieuses études sur le milieu où cet apostolat doit s’exercer. Ici, c’est plus nécessaire encore, mais plus difficile. La documentation et les spécialistes pour la réunir font défaut. C’est surtout grâce aux mouvements d’Action Catholiques et aux problèmes très concrets que leurs membres traitent dans leurs réunions, que nous arrivons à découvrir les difficultés que pose l’adoption d’un style de vie chrétien dans le monde où vivent nos fidèles, et aussi les valeurs positives qui sont de véritables préparations providentielles à l’Evangile dans ce pays. Tous les mois, je participe, dans chacun des secteurs de ma paroisse, aux réunions des responsables d’Action Catholique. Ils se rattachent tous à la J.A.C. et à la J.A.C.F., en attendant que l’on crée un mouvement pour les foyers. Ils rendent comptes des réunions faites dans les différents villages du secteur, et étudient le sujet qu’on aura à y traiter le mois suivant. En cherchant à monnayer leur christianisme dans la vie quotidienne, ils rencontrent toutes sortes de problèmes qu’ils essaient de résoudre ensemble.
            Bon nombre de problèmes concernent ces actes à signification religieuse, que, dans les circonstances les plus diverses de la vie, les Sara étaient tenus de poser pour se préserver, eux et les leurs, des influences maléfiques. Au moment où l’on va commencer les cultures, le père de famille emmène tous les siens à l’entrée du champ que l’on va labourer. Il plante en terre quelques branchages symbolisant les esprits tutélaires et supplie ces derniers de bénir les travaux des champs ; après quoi, les houes entrent en action. Quelle attitude va prendre son fils chrétien à l’égard de cette cérémonie ? Lorsqu’une femme, après un ou deux ans de mariage, n’a pas d’enfants, on pense que ce sont les grands-parents décédés qui empêchent la fécondité du foyer. Pour les apaiser, il faut leur offrir un repas sacrificiel. La famille de la femme se chargera de préparer, mais le gendre devra fournir le mouton et le mil nécessaire. Peut-il, s’il est chrétien, apporter sa coopération, même sur le plan tout matériel, à l’acte religieux qu’on va accomplir ? Un homme a été écrasé par un camion. Toute sa famille devra participer à des rites de purification pour neutraliser la puissance de mort qui s’est manifestée dans cet accident. Si un seul de ses membres s’y refusait, on aurait bientôt à déplorer en son sein un nouveau deuil dans des circonstances également tragiques. Là encore le chrétien, même s’il n’est nullement tenté de croire à cet enchaînement causal, aura un rude cas de conscience à résoudre. S’il se refuse aux rites prescrits, on l’accusera de provoquer la mort d’un des siens.
            Un des lieux les plus fertiles en difficultés pour nos chrétiens est celui du mariage. Et pourtant, les coutumes sara ont su donner à cette institution un caractère sérieux et de stabilité remarquable. On lui reconnaissait même une valeur sacrée, au moins en ce qui concerne l’union avec la première épouse, car la polygamie était, malgré tout, admise. Rompre cette union eût été encourir une malédiction qui aurait rendu toute autre union stérile, si bien que le divorce n’existait pratiquement pas. Le mariage se décidait entre les familles alors que la fille était encore petite, et les fiançailles duraient de nombreuses années. Durant cette longue période, les cadeaux du jeune homme venaient, à intervalles réguliers, renforcer les liens qui le rattachaient à sa fiancée et, lorsque celle-ci devenait nubile, l’union pouvait se consommer au gré des partenaires, sans être marquée par aucune cérémonie. On devine facilement les problèmes que de tels usages vont soulever quand le mariage devra être élevé à l’ordre sacramental. Comment garantir la liberté de consentement des deux fiancés, surtout celui de la jeune fille qui, au moment où elle est en âge de faire un choix personnel, se trouve liée par tous les cadeaux reçus, et qu’il faudrait rendre en cas de refus ? A quel moment du processus traditionnel placer la cérémonie du mariage chrétien, qui n’a aucun correspondant dans la coutume ? Ce qui s’en rapprocherait le plus serait la conduite de l’épouse au domicile de l’époux, mais elle ne s’effectue que lorsqu’ils ont déjà un ou deux enfants. Sur bien des points, seule une transformation de la société permettrait à nos chrétiens de trouver une solution à leurs cas de conscience, et ils ne sont encore ni assez nombreux ni assez influents pour la réaliser. Ils y travaillent pourtant déjà plus qu’il ne paraît en portant dans leurs cœurs et dans leurs réunions la souffrance de ce conflit entre les exigences de leur foi et le comportement que la coutume veut leur imposer.
            Parmi les plus gros obstacles à l’épanouissement d’une vie pleinement chrétienne chez les Sara de Bédaya, il faut certainement compter ceux d’ordre économique. Nous sommes dans le monde sous-développé. A part une quarantaine de fonctionnaires, maîtres d’école pour la plupart, et une dizaine de commerçants, toute la population de ma paroisse vit du travail de la terre. Le sol est pauvre, les moyens de culture rudimentaires. Aussi la situation de cultivateur est-elle synonyme de misère, voire de famine. La misère engendre le manque d’énergie, le laisser-aller, le gaspillage, ce qui réduit encore les possibilités de sortir du cercle infernal. Ces possibilités existent pourtant. On pourrait améliorer considérablement le rendement agricole par l’introduction de méthodes de culture assez simples qui ne réclameraient pas de gros frais d’équipement. Si les femmes savaient s’organiser pour faire laver et entretenir le linge, respecter certaines règles d’hygiène, on dépenserait moins et on vivrait mieux.
            La Mission Catholique a été amenée très vite à aider ses fidèles dans la lutte contre la misère. Les mouvements de la J.A.C. et de la J.A.C.F. ont commencé l’œuvre éducatrice nécessaire soutenue par la mystique d’union au Christ dans l’effort au service des autres. Les microréalisations du Secours Catholique et des campagnes contre la faim ont apporté l’aide extérieure nécessaire pour l’équipement initial à réaliser. Je bénéficie de la présence de deux laïcs missionnaires dont l’action s’exerce spécialement sur ce terrain du développement ; une assistante sociale cherche à éduquer les femmes et jeunes filles dans le domaine de leurs activités ménagères. Un conseiller agricole guide des groupes de cultivateurs dans la technique de la culture attelée sur le terrain préalablement dessouché, avec utilisation d’engrais et d’insecticide. Comme dans toute œuvre éducatrice, les résultats sont lents, mais ils sont positifs et donnent l’espoir qu’on pourra parvenir à des conditions de vie décente.
            Catéchisme et vie sacramentelle, traduction bibliques et puériculture, sous ces aspects divers et bien d’autres encore, c’est l’Eglise du Christ qui s’efforce, par la collaboration de tous ses membres, de constituer, en ces régions du centre de l’Afrique, le peuple de Dieu.
     P. Jacques hallaire.




vendredi 28 octobre 2016

Tchad: L'enseignement privé face aux grèves du public

            L’enseignement public est en plein dans les mouvements sociaux en vue de réclamer les primes et les indemnités des professeurs qui ont été gelés par le gouvernement. Du coup l’enseignement privé s’est retrouvé poings et mains liés. Cela fait que depuis la rentrée, les établissements privés, sont fermés. Les dirigeants de des établissements privés de Sarh se sont retrouvés pour réfléchir sur cette situation. Suite à cela, ils ont écrit une lettre adressée au Secrétaire National du SET (Syndicat des enseignants)

Sarh, le 28 Octobre 2016

A Monsieur le Secrétaire Général National
du SET - N’Djaména                    

Objet : Expression de notre préoccupation

Cher Monsieur le Secrétaire Général du SET,

Nous, lycées et collèges privés de Sarh, extrêmement préoccupés par la situation dans laquelle nous nous trouvons, venons à vous pour trouver une solution qui puisse nous apaiser.
Notre pays traverse une crise sans précédent qui a paralysé les instances de l’éducation par une grève sèche à l’appel du SET. Le droit de grève est un droit irrécusable de la personne humaine que nous ne saurons mettre en question. Au contraire, l’histoire humaine démontre que ce sont par des manifestations de cette nature que la situation sociale des hommes s’est améliorée au cours des siècles.
Toutefois, notre préoccupation porte sur la nature de nos institutions qui sont privées et qui ne devraient pas être touchées par la grève. En effet, nos institutions dépendent des cotisations des parents d’élèves qui ont consenti des sacrifices pour offrir un cadre spécial à l’éducation de leurs enfants dans nos institutions. De ce fait, nous sommes régis par la loi du privé. Notre personnel n’émarge pas à la fonction publique. La grève concerne essentiellement les fonctionnaires qui entreront à la fin de celle-ci dans leurs droits. Nous sommes en droit de nous poser la question : en quoi sommes-nous responsables de cette crise et devons en être les victimes ?
En tout état de cause, nous avons accepté de faire des sacrifices pour les employés qui ont signé un contrat avec nous pour le mois d’octobre bien que ce mois n’ait pas servi pour le travail comme nous l’espérions. Comme la situation persiste, nous ne disposons plus suffisamment de ressources pour prendre en charge nos employés.
C’est pourquoi nous venons à vous pour la question suivante : le SET demande la cessation du travail dans les établissements privés, malgré les grèves de soutien déjà observées. C’est son droit le plus absolu. Maintenant, serait-il aussi prêt à s’assumer et à prendre en compte le salaire de nos personnels (permanents et contractuels) ?
Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l’expression de notre profond respect.

1.     Lycée – Collège St Charles Lwanga
2.     Lycée – Collège Ndadjekra
3.     Lycée – Collège Humanité
4.     Complexe scolaire Ngarkosse
5.     Collège Communautaire Emmanuel
6.     Complexe scolaire Intelligence Sarhoise
Ampliation :
1.     Gouverneur
2.     Préfet
3.     Évêque de Sarh
4.     ATEBAM
5.     Alliance des Églises de Pentecôte
6.     DINEC
7.     Direction de l’Enseignement Privé
8.     SET régional
9.     Différentes radios

mercredi 26 octobre 2016

Tchad : tensions sociales, le piège (par Pascal Djimoguinan)

            Le Tchad est en train de traverser, dans l’indifférence générale, une période de tensions sociales dont personne ne peut prévoir les conséquences ultérieures. Des grèves sèches sont déclarées un peu partout, une tentative de ville morte a eu lieu même si elle n’a pas encore connu le succès escompté. Il serait bien de s’arrêter un moment pour analyser cette situation et voir les perspectives d’avenir.
            Face aux difficultés économiques faisant suite à la baisse du prix du pétrole, le gouvernement tchadien, après quelque temps de retard dans le payement des salaires, a décidé du gel des primes et des indemnités des fonctionnaires pour une période n’excédant pas dix-huit mois (18) et de la suppression des bourses des étudiants des instituts supérieurs et des universités du pays. Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres. Dès le 28 septembre, les syndicats, après consultation, annoncent dans un communiqué de presse que « toutes les portes des écoles, des lycées, des instituts, des universités publiques et privées sans parler des bureaux administratifs doivent être désormais fermées jusqu’à nouvel ordre… par ailleurs les enseignants doivent rester mobilisés pour d’éventuelles autres actions.»
            Depuis, sans que cela ne semble émouvoir personne, les établissements d’enseignement tant publics que privés sont fermés ainsi que les centres de santé et les hôpitaux. Pour ces derniers la question n’est pas de savoir s’il faut reprendre, mais de savoir s’il faut maintenir le service minimum.
            Pendant que les éléphants se battent, les souris trinquent… Les différents protagonistes n’en sont encore que dans la démonstration des forces donc il n’y a pas encore de dialogue social en vue d’arranger la situation. C’est à croire que les tchadiens sont incapables de tirer des leçons des tensions sociales antérieures. Le passé a pour rôle d’aider le présent à ne pas aller à l’aveuglette vers l’avenir.
            Pendant que les adultes sont occupés à montrer les muscles en essayant de se faire peur mutuellement, les jeunes sont à la maison. L’école est fermée dans tous les sens du terme. On sait bien ce que peut engendrer l’oisiveté (rappelons-nous Candide de Voltaire : le travail éloigne de nous trois maux : l’ennui, le vice et le besoin.) Les jeunes abandonnés à eux-mêmes vont petit à petit glisser vers la délinquance, s’il n’y a personne pour les orienter (les tentations de l’argent facile, les vidéos pornographiques qu’on peut trouver à profusion sur le marché, etc.)
            Tout le monde sait que l’année scolaire n’est pas extensible à l’infini. Nous sommes déjà en novembre et cela signifie que le premier trimestre est pratiquement raté. Même si les cours reprennent, on ne pourra plus avoir neuf mois de cours. Qu’en sera-t-il du programme ? Faudra-t-il plus tard blâmer les jeunes à cause de la baisse de niveau ? Les élèves et les étudiants sont un cliché de la qualité de l’enseignement que leur donne les adultes. L’échec des jeunes est avant tout un échec des adultes.
            Dans les hôpitaux et les centres de santé, les malades sont chassés. Leur crime est de tomber malade alors qu’il y a des mouvements sociaux. Dans le passé, il y a eu des syndicalistes qui sont morts à cause de la fermeture des hôpitaux qu’ils avaient eux-mêmes décidées. Ils étaient tombés malades et personne ne pouvaient les soigner.

            Un proverbe du sud du Tchad dit : « C’est à force de rester sur place que le pied du champignon pourrit. » Il ne sert à rien de rester statique. Les deux camps (le gouvernement devrait s’engager dans un dialogue afin d’arranger la situation. Seul le mouvement est la vie. Il faut arrêter cette chronique d’une mort annoncée.

jeudi 20 octobre 2016

Les extraterrestres ? Et si l’on faisait fausse route ? (par Pascal Djimoguinan)

            L’homme a toujours cherché, raisonné et pensé à partir de ce qu’il connaît, c’est-à-dire à partir de ce qu’il a pu éclairer de la lumière de son intelligence et pour ainsi dire, ramener à lui-même. Ainsi en est-il de la recherche d’autres êtres ou intelligences. La question à se poser est de savoir si l’homme jusque-là n’a pas fait fausse route et qu’il faudrait reprendre les choses dès le début.
            La connaissance humaine consiste à s’approcher de tout ce qui semble différent de l’homme, de le cerner, de l’assimiler  et de le rendre semblable à l’homme. Tout ce qui est différent de l’homme lui apparaît comme hostile, menaçant. Il n’y a pas de place pour l’étranger dans tout programme de connaissance. Ainsi en est-il de tout ce qui est cognitif. L’heuristique a pour but de tout rendre semblable à l’homme.
            La pensée contemporaine étant très dépendante des grecs, procède par conceptualisation. Le processus de conceptualisation passe par les prédicaments (classification par catégories) et les prédicables (une classification hiérarchique permettant de circonscrire avec plus d’acuité la réalité désignée par le concept). Avec les prédicables, nous avons donc la classification selon le genre et l’espèce ; nous retrouvons ici une manœuvre subtile de classer les choses en se les appropriant comme humain ; ainsi va la connaissance.
            Quand l’homme a commencé à se demander s’il était seul dans l’univers, il voulait inconsciemment savoir s’il y avait d’autres hommes ailleurs. Il s’est alors mis à la rechercher d’autres hommes en se les imaginant plus ou moins semblables à lui (à titre d’exemple, il suffirait de ne penser qu’aux « petits hommes verts », les martiens.) Cherchant des hommes, toute la recherche s’est tournée vers les conditions de possibilité de la vie (telle qu’elle existe en l’homme ou en suivant les prédicables.) y a-t-il des traces d’eau dans l’univers en dehors de la mère terre ? Le seul critère de vie est l’existence de l’eau. Dans sa recherche d’autres êtres dans l’univers, l’homme vit sa fantaisie jusqu’au bout sans se rendre compte qu’il s’est enfermé dans le piège de sa connaissance.
            Puisque l’homme est parti des a priori qui sont pour lui, comme le dirait Bachelard, des obstacles épistémologiques, il ne peut que conclure que jusque-là, il n’a encore pu entrer en contact avec d’autres êtres. L’homme est donc désespérément seul dans l’univers.
            Pourquoi ne pas changer de perspective ? Pourquoi ne pas accepter de chercher autre chose que d’autres hommes ? Peut-être que la réalité est tellement proche de nous qu’une espèce de myopie nous empêche de voir…
            La science nous a montré que les activités cérébrales peuvent être enregistrées comme des activités électriques. Il est possible de faire l’encéphalogramme d’une personne. Cela pourrait être un indice pour mener la recherche.
            Et si les autres êtres ou intelligences existaient comme forces ou énergies ? Cela pourrait signifier tout simplement que nous vivons avec ces êtres depuis la nuit des temps, sans le savoir. Cela pourrait expliquer tous les progrès réalisés dans tous les domaines ces dernières années. Les nanosciences peuvent être le lieu où nous collaborons avec ces êtres sans nous en rendre compte.
            Il n’y aurait pas de danger venant de ces êtres car diffiérents de l’homme, il n’est pas besoin de plonger dans ces peurs dont nous nous sommes nourris longtemps. Ne vivant pas comme nous, ils n’ont pas besoin de coloniser notre planète et d’en prendre possession.
           Dans nos recherches, ajustons donc nos lunettes et regardons autour de nous. Ces intelligences sont partout et nous rendent service comme des grands frères jouant avec leurs cadets. De grandes découvertes scientifiques et technologiques sont à venir. Notre apport comme humains et d’accueillir tous ces progrès immenses à venir avec humanité et éthique.


           

lundi 10 octobre 2016

LU POUR VOUS/VATICAN - Six Archevêques en territoires de mission parmi les nouveaux Cardinaux

A l’Angelus d’hier, Dimanche 9 octobre, le Saint-Père François a annoncé un Consistoire pour le 19 novembre prochain en vue de la nomination de 13 nouveaux Cardinaux électeurs, auxquels s’ajouteront un Archevêque et deux Evêques émérites « qui se sont distingués dans leur service pastoral », ainsi qu’un prêtre « qui a rendu un clair témoignage chrétien ».
 « Leur provenance de 11 nations – a déclaré le Pape – exprime l’universalité de l’Eglise qui annonce et témoigne la Bonne Nouvelle de la Miséricorde de Dieu dans tous les coins du monde. L’insertion des nouveaux Cardinaux au sein du Diocèse de Rome manifeste en outre le lien indissoluble entre le siège de Pierre et les Eglises particulières répandues dans le monde. Dimanche 20 novembre, Solennité de Christ Roi, au terme de l’Année Sainte extraordinaire de la Miséricorde, je concélébrerai la Messe avec les nouveaux Cardinaux, avec le Collège cardinalice, avec les Archevêques, avec les Evêques et avec les prêtres ».
 Parmi les nouveaux Cardinaux figurent six Archevêques de territoires dépendant de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. Il s’agit de S.Exc. Mgr Dieudonné Nzapalainga, C.S.Sp., Archevêque de Bangui (République centrafricaine), de S.Exc. Mgr Patrick D’Rozario, C.S.C., Archevêque de Dhaka (Bangladesh), de S.Exc. Mgr Maurice Piat, Archevêque de Port Louis (Iles Maurice) et de S.Exc. Mgr John Ribat, M.S.C., Archevêque de Port Moresby (Papouasie Nouvelle Guinée).
 Viennent s’y ajouter les deux Cardinaux non électeurs, en tant qu’ayant plus de 80 ans, que sont S.Exc. Mgr Anthony Soter Fernandez, Archevêque émérite de Kuala Lumpur (Malaisie) et S.Exc. Mgr Sebastian Koto Khoarai, O.M.I, Evêque émérite de Mohale’s Hoek (Lesotho). (SL) (Agence Fides 10/10/2016)